‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 315 sur 396 · Cron., Ill, 25; Tacchi Venturi, I · texte numérisé non relu

Cron., Ill, 25; Tacchi Venturi, I

venin s'en sans apercevoir; si on n'y pourvoit par des mesures energiques et promptes, la foi catholique dans Rome subira les plus grands dommages. II faudrait, par un edit public et perpetuel, leur interdire tout ministere apostolique, non seulement dans la ville des papes, mais dans n'importe quel diocese, a moins qu'auparavant on ne se soit assure de leur orthodoxie et de leurs bonnes moeurs.

II y a malheureusement a Rome des vicaires, dans certaines eglises paroissiales, qui ne sauraient correctement repondre a un examen sur les sacrements. Chez des religieux, 1'ignorance et Terreur sont bien plus redoutables, a cause de Pascendant qu'ils ont sur les dmes. II conviendrait que les religieux, hors de leur maison, fussent ecartes de tout ministere apostolique, nonobstant tout privilege contraire. D'autant qu'aujourd'hui, pullulent les nouveautes en doctrine, les sectes, les reunions suspectes dans lesquelles, en depit des titres les plus edifiants, circulent des idees fausses et s'observent des pratiques perverses. Beaucoup de pretendus semeurs evangeliques ne sement que de 1'ivraie.

Les jesuites sont,helas ! de ce nombre. Ce sont des heretiques. Et le pape devrait leur interdire de continuer leur genre de vie, jusqu'a ce qu'il soit mieux informe de leur institut. Ignace, leur chef, a etc, a trois ou quatre reprises, emprisonne en divers lieux, pour heresie. Toutes les pieces de ces proces devraient etre soumises aux inquisiteurs de la foi. Par des monitions fraternelles, don Giovanni a essaye de premunir Ignace centre 1'erreur. Rien n'a servi. II a fait pire, apres ces tentatives de correction evangelique. Et ceci est grave. Car, dans sa Compagnie, les jeunes hommes de talent ne manquent pas : qu'adviendra-t-il, s'ils sont imbus de doctrines detestables ?

Par quelques-uns de ceux qui ont quitte 1'Ordre, on peut deviner ce qui s'y passe. Plusieurs ont ete interroges sur les motifs de leur depart; Tun d'entre eux a repondu qu'il avait abandonne la- Compagnie, afin de pouvoir vivre selon la foi catholique. II ajoutait qu'il est hai et traque par ses anciens confreres, parce qu'il a refuse de reveler au P. Ignace, selon

la pratique de 1'Ordre, le secret des confessions entendues. II y a, a la maison della Strada, un certain Polanco, qui n'a pas he" site a dire a une noble dame qu'elle etait liee par une censure; mais qu'elle n'avait qu'a changer de confesseur; elle trouverait, a Teglise des jesuites, un pretre instruit, choisi par lui et qui aurait les pouvoirs de 1'absoudre. N'est-ce pas insinuer que le pouvoir d'absoudre derive du savoir et non de la juridiction ? Un autre jesuite, nomme Ponce Cogordan, a ose donner la communion a une religieuse qui, sur son avis peut-etre, avait quitte son couvent. Que deviennent alors les decrets canoniques centre les deserteurs de la vie religieuse? II y a sans doute, bien d'autres abus et erreurs. Pour les decouvrir, rien ne vaudra un monitoire.

Quant au signataire de la denonciation, ce n'est point la haine qui Panime ou la rancune; c'est uniquement le zele pour la vraie foi, et la crainte des censures ecclesiastiques qui menacent tous ceux qui, connaissant des faits pareils, ne les portent pas a la connaissance de qui de droit.

Lorsqu'il re9ut ce papier accusateur, Paul III dut froncer le sourcil, a moins qu'il n'eclatat de rire. Voila dix ans qu'il connaissait les jesuites, sept ans qu'il les avait approuves par une bulle solennelle; et un obscur cure de Rome venait lui dire gravement qu'il y avait lieu d'enqueter, d'informer, d'interroger, de mettre en mouvement 1'inquisition au sujet d'Ignace de Loyola et de la Compagnie de Jesus. Quelle folie! Et comme le pape dut s'egayer, si jamais, comme il est probable, il communiqua a Ignace la piece de Torano, en lui disant d'y Jeter un coup d'ceil. Une contradiction de plus n'etait guere faite pour emouvoir le saint fondateur; une supplique comme celle de don Giovanni de Torano, ne meritait que le mepris. Paul III et Ignace de Loyola durent etre vite d'accord, pour conclure que le cure de Saint- Jean- du -Petit- Marche etait un malheureux a laisser dans son neant, en attendant qii'ofl Feclairat sur la vanite de ses craintes.

On sait la fin de cette sentinelle vigilante de 1'orthodoxie. Trame plus tard, devant les tribunaux de PInquisition, do

Giovanni fut frappe d'interdit et condamne a la prison perpetuelle, peine qui fut commuee en celle du bannissement.

Mais avant que ces operations juridiques lui eussent enleve tout credit, il est manifeste que le cure de Saint- Jean repandait plus ou moins discretement ses propos infmes contre les jesuites 1 . II en vint, au moins indirectement, quelque chose jusqu'aux inquisiteurs. Quelques candidats a la Compagnie, renvoyes par Ignace, durent montrer la meme audace a denoncer la maison qu'ils avaient ete contraints de quitter. C'est un acte de basse rancune, ordinaire a tous les apostats. En tout cas, le Calabrais Theophile de Tropea, de TOrdre des Freres Precheurs et commissaire du Saint-Office, fut un instant preoccupe au sujet des jesuites. Dans une piece, emanee de lui ou de ses bureaux, s'accumulent de pretendues charges contre les pretres de la Compagnie de Jesus . II y a d'abord une liste de proces a revoir : celui de Venise, et celui de Rome contre Ignace; et celui plus recent de Mathias Gerard de San Cassiano. II conviendrait aussi d'interroger deux dames, Jeanne Conti et Constance Conti, dont les jesuites ont revele la confession. Et puis au Saint-Esprit, a la maison des catechumenes, a Saint- Jerome, il y a des pretres qui ont ete au noviciat pendant quelque temps; ils racontent des horreurs sur leurs anciens confreres qu'ils accusent de violer le secret de la confession et de pratiquer la sodomie. L'un de ces pretres n'hesite pas a dire que si Dieu permet que, dans son itglise, il se passe de telles iniquites, le diable en personne sera sauve au jour du jugement.

II ne parait pas que le P. Theophile de Tropea ait pousse plus loin les informations dont la piece que nous venons d'analyser contient 1'annonce. Mais il fallut evidemment quelques annees, pour dissiper ces calomnies, si atroces qu'elles fussent. .En 1551, nous trouvons encore la trace de ces morsures serpentines, au sujet de la maison des catechumenes.

es malms faisaient courir le bruit que les administrateurs,

* Tacchi Venturi, I, 637-641.

sinon les jesuites, gardaient pour eux les ressources recueillies pour les Juifs convertis. Le cardinal de Burgos estimait ces rumeurs assez nocives, pour ecrire au due Cosme de Medicis, une lettre, ou il proteste centre des accusations calomnieuses et recommande a la bienveillance de S. A. Philippe Herrera et Alexandre de Foligno, queteurs de la maison des catechumenes 1 .

Ignace de Loyola regardait ces contradictions comme le sceau de la benediction divine. Ni son esprit d'entreprise, ni son amour des mes en detresse n'en furent jamais diminues. Et sa perseverance obstinee, en depit de tous les obstacles, obtint les resultats les plus consolants.

Ces succes apostoliques amenerent parfois, de la part des cardinaux ou des families, des tentatives qui transformerent la maison della Strada en une sorte de penitencier 2 . On y conduisit un jour un enfant ne dans 1'heresie, tres obstine dans les erreurs sucees avec le lait, et du plus ardent proselytisme parmi les enfants de son &ge qu'il pouvait rencontrer. Re<; par Ignace, il abandonna an bout de huit jours la religion dans laquelle il avait ete eleve et devint cathblique. Comme on lui demandait la cause de cette surprenante et si rapide metamorphose, il repondit que les exemples d'Ignace, et de ses religieux, lui avaient fait conclure que la devait etre la vraie religion chretienne. La mme transformation heureuse se produisit chez un homme d'un caractere indomptable et de moeurs peu reglees; au bout de quelques jours passes aupres des jesuites, il etait change au point d'etre meconnaissable.

A mesure que le nombre des homrnes apostoliques augmentait autour de lui, Ignace devait sentir moindre en lui le desir d'evangeliser par lui-meme. Nous avons cependant la preuve qu'il lui arriva parfois de precher. II 1' avait fait dans 1'eglise

Page 1