Cron., II
de Notre- Dame-de-Montserrat, en arrivant a Rome en 1537. Au debut de son ge"neralat, en 1540, il expliqua la doctrine chretienne aux enfants, pendant quarante jours. Et tout a la fin de sa vie, il se rendit aux instances de ceux qui lui demandaient de commenter a Saint- Celse, le sermon sur la montagne *. De toutes les pages de 1'Isvangile, c'etait une de celles dont 1'intelligence lui avait 6t6 donnee des sa conversion; car elle contient ces vives formules de 1'esprit chretien admirablement synth&isees dans la seconde semaine des Exercices spirituels. Depuis pres de vingt-cinq ans, Ignace s'appliquait de tout son cceur a savourer la beatitude des persecutions, des calomnies, des souffrances, des larmes et de la pauvrete". Qui, mieux que lui, pouvait inculquer au peuple de Rome la doctrine du sermon sur la montagne ?
L' office propre du general, ecrit Igriace dans les Constitutions, n'est pas de precher ou d'entendre les confessions. II verra pourtant ce qu'il peut faire a cet egard dans les limites ou les occupations de sa charge le permettront. Cette observation est la sagesse meme. Ignace s'y est conforme dans la pratique. Nous savons le nom de quelques-uns de ses penitents : le vice-roi de Sicile, Jean de Vega et sa femme, 1'ambassadeur portugais Mascarenhas et sa femme, le peintre Jacopino del Conte qui fera son portrait apres sa mort, Isabelle Roser pendant qu'elle etait a Rome.
S'il n'eut ecoute que son zele, rhomme de Dieu aurait passe au confessionnal une grande partie de sa journee. Nul plus que lui ne fut convaincu du bien que le sacrement de Penitence peut operer entre les mains de pretres amis des pecheurs. Mais le zele meme de la plus grande gloire de Dieu demandait du general un autre emploi de ses forces. Son role vrai etait d'etre 1'inspirateur, le conseiller et le soutien de 1'apostolat de ses enfants. II remplit ce role magnifiquement, avec les intentions les plus hautes.
Nous avons deja vu, au chapitre XX de cette histoire, cette
' Ibid., v, 19.
action puissante du fondateur dans son Ordre. Ici, une breve esquisse suffira.
De lui, les jesuites tiennent toutes leurs consignes d'action : celle d'etre d'infatigables confesseurs et d'infatigables distributeurs de 1'hostie sainte; celle de precher assidument la parole de Dieu par des catechismes, les explications de Tlicriture et des sermons; celle d'evangeliser en toute rencontre; celle de profiter de 1'ecole pour former des chretiens et des pretres; celle de donner a qui en est capable les Exercices spirituels ; celle enfin d'appuyer par leurs exemples et par leurs prieres tout 1' effort de leur apostolat.
A ces oeuvres de misericorde spirituelle, Ignace veut qu'on joigne, dans les limites des loisirs et des forces disponibles, les oeuvres de misericorde corporelle : visiter les malades surtout dans les hopitaux, reconcilier les ennemis, aider les pauvres et les prisonniers. Quand lui et ses premiers compagnons, n'etaient encore qu'une association mal definie de pretres reformes , et avant meme d'etre pretres, ils avaient donne 1'exemple de cet esprit evangelique. Jamais le general de la Compagnie n'entendit oublier ou abolir ces pratiques primitives. Elles se maintinrent a Rome de son vivant. Partout ou ils parurent, les jesuites les plus dignes de leur Pere les firent fleurir. Elles ne doivent ceder le pas qu'a des reuvres reellement et manifestement de plus grande portee. Meme dans les colleges et les universites, il faut examiner ce qu'on peut accorder de temps au soin des humbles. A voir disparaitre de son Ordre 1'amour des malheureux, Ignace de Loyola se fut certainement demande si les fausses maximes du siecle et une delicatesse mondaine n'avaient pas chasse du cceur des siens 1'esprit de Jesus-Christ. Depuis le jour de sa conversion jusqu'au jour de sa mort, il a porte dans son cceur les pauvres, les petits, les souffrants. Les proces institues pour sa canonisation temoignent de ces preferences. II les voulait aussi dans Tame de ses enfants.
II est remarquable que, dans les principes qu'il enonce pour regler le zele dans la Compagnie de Jesus, il ne parle
seulement du bien le plus universe! a atteindre, mais aussi du bien le plus urgent a faire aux plus de"laisses. De cette compassion pour les abandonnes, procedait a la fois son souci des oeuvres de misericorde, son zele pour le relevement des pe*cheurs et pour la predication de 1'fivangile parmi les infideles ou les he'retiques. Dans cette maison professe de Rome ou il reside, il anime tout par son exemple. En le regardant et en I'e'coutant, chacun retrouve toutes vivantes les grandes Ie9ons apostoliques des Exercices et des Constitutions, et touche du doigt, pour ainsi dire, cette ame grande et liberate envers le Seigneur qu'il demande aux siens d'avoir.
Ses conseils s'ajoutent a ses exemples. Pour bien marquer a quel prix il met 1'apostolat dans la Compagnie, il dit qu'il n'y admettrait pas quelqu'un qui y viendrait uniquement pour se sauver; le de'sir de gagner des &mes a Dieu est essentiel; et plus il est vif, plus on est jesuite 1 .
II est d'experience que les defauts de caractere qui s'echappent en saillies de paroles ou en des allures cavalieres, paralysent le zele, en ecartant la confiance. Aussi le fondateur s'applique-t-il a ce que tous ses enfants aient les dehors les plus edifiants. Les regies de modestie, les regies tracees pour les jours ou les scolastiques vont prendre 1'air k la villa, sont dictees par ce vif souci d' edification 2 . Un jour, Ignace apprend que le ministre de la maison professe a laisse acheter de la viande pendant le careme; il le fait appeler et lui impose une penitence 3 . II le punit aussi, parce qu'il laisse aller au jardin lequel est domine par les fenetres des maisons voisines des freres aux allures moins reglees 4 . Sa vie durant, il ne manque jamais de donner lui-me'me ou de faire donner des syndics c'est-a-dire, un avertisseur, un controleur & ceux dont la conduite exterieure avait quelque chose de choquant 5 .