‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 329 sur 396 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

1'approbation des Exercices spirituels et le loisir d'ecrire les Constitutions. Ce triple voeu realise, le P. Nadal pensa que le fondateur ne tarderait pas a mourir. Et il se preoccupa de trouver une occasion pour demander a Ignace une sorte de testament spirituel.

Or, un jour de 1551, qu'il abordait Ignace, celui-ci lui dit par megarde : J'etais mamtenant plus haut que le ciel ; Nadal sollicita respectueusement une explication. Ignace se deroba et detourna la conversation. Nadal insista, disant qu'avant sa mort, qui peut-etre etait proche, le Pere devrait bien raconter a ses enfants comment Dieu 1'avait convert! et amene a fonder la Cpmpagnie de Jesus. Ignace se debattit un instant; ses occupations etaient trop grandes, trop continuelles, etc... Finalement il conclut : Dites trois messes a cette intention, Polanco, Cogordan et vous; et apres avoir prie, vous me direz votre sentiment. Nous dirons dans trois jours, reprit Nadal, ce que nous disons aujourd'hui. Faites ce que je vous dis , repliqua doucement le saint. Des jours passerent. II ne fut plus question de rien.

Cependant, a son retour de Sicile, en 1552, Nadal demanda a Ignace s'il avait commence ses memoires. Non , dit Ignace. En 1554, apres son voyage en Espagne, Nadal posa la meme question et re$ut la meme reponse. Alors, eclatant avec une filiale tendresse : Voila quatre ans que je vous prie, non seulement en mon nom, mais au nom de tous les Peres, de nous expliquer comment Dieu vous a forme, depuis le premier jour de votre conversion. Nous avons 1'assurance que ce recit serait tres utile pour, nous et la Compagnie. Ignace ne souffla mot. En realite, il avait deja commence a faire ses confidences au P. Gonzales de Camara l en septembre 1553. /

Apres avoir fait profession en Espagne, entre les mains de Francois de Borgia (30 mars 1533), Louis Gonzales de Camara etait venu a Rome, sur 1'ordre du visiteur Michel Torres, pour y porter une lumiere complete sur les affaires de Simon

i. Acta SS., VII, juillet, n. 957-960. Scr. de S. Ign., I, 33, 35.

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Rodrigues et la crise que traversal! la province de Portugal. A son arrivee (vers la fin de mai), Ignace recut le jeune profes 1 avec 1'empressement et la bonne grace qu'il mettait a recevoir les notes. II 1'engagea, comme il avait coutume a Tegard de ceux qui arrivaient nouvellement a Rome, a aller le matin, pendant quelques jours, prendre I'air a la campagne. Gonzales le fit une fois ou deux, puis s'abstint. Ignace le sut, le fit appeler, lui donna pour penitence de diner a genoux et de subir publiquement au refectoire un de ces requisitoires brefs et vifs ou excellait le frere Antoine Rion. Polanco et Olave lui furent d'ailleurs associes, dans cet exercice de mortification.

Apres quoi, plusieurs mois passerent, sans que jamais le general demandat a Gonzales le moindre compte de sa mission a Rome. Quand il avait celebre la sainte messe, recite son breviaire, Gonzales etait libre de tout son temps. Personne ne s'occupait de lui, c'etait comme s'il n'eut point habite la maison. Quelque peu deconcerte sans doute, au debut, par un precede si imprevu, il s'y soumit, dans une abnegation parfaite. Gonzales etait confesseur de Jean III et de son fils; il avait rendu a Lisbonne, dans Paffaire de Rodrigues, les plus signales services; envoye a Rome par le visiteur et appele par le general pour traiter de la crise portugaise, il acceptait, sans mot dire, qu'on le laissat dans un coin comme un homme inutile. Ignace vit, dans ce jeune religieux, un jesuite comme il les aimait. II donna a cette humilite d'un nouveau venu dans la maison professe la plus magnifique recompense.

Le vendredi 4 aout 1553, Gonzales ^se trouvant au jardin avec Ignace, lui faisait part de ses difHcultes a triompher de la vanite. Le saint lui donna quelques conseils, et lui avoua que lui-meme, a Manrese, et apres, avait souffert deux ans de tentations pareilles. Dans la journee, tout en prenant avec Polanco et Gonzales son repas de midi, Ignace dit que Nadal et d'autres Peres lui avaient demande plusieurs fois de raconter son histoire; qu'il n'avait pris la-dessus aucune determination; que, recueilli dans sa chambre, il avait ressenti, & executer ce projet, une grande devotion; qu'il s'y etait enfin determine'

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Gonzales lui servirait de confident; en depit de Tepuisement de ses forces, il esperait vivre encore trois ou quatre mois, de maniere a achever le recit de sa vie 1 .

Ignace etait alors aux mains des medecins, ses compagnons craignaient pour ses jours, et lui-meme parlait volontiers de sa fin prochaine. Aussi Gonzales ne tarda guere a lui dire : Pere, quand voulez-vous commencer votre histoire ? II repondit : Rappelez-le-moi tous les jours, jusqu'a ce que je sois dispose. Gonzales, tous les dimanches, faisait un rappel aussi fidele qu'inutile. Enfin, au debut de septembre, Ignace le fit appeler et lui raconta par le menu toutes ses folies de jeune homme. II y cut, encore dans le mois, trois ou quatre conversations; et Ignace poursuivit son recit jusqu'au premier temps du sejour a Manrese. Puis, pendant toute une annee, silence complet. Lorsque Gonzales insistait, le Pere s'excusait sur sa mauvaise sante et sur ses occupations. Parfois il disait : Cette affaire presente achevee, rappelez-moi que je vous dois'la suite de mon histoire. Gonzales guettait le moment, rappelait la promesse faite. Toujours une affaire nouvelle etait un pretexte a de nouveaux delais 2 .

A son retour a Rome le 18 octobre 1554, Nadal se rejouit fort d'apprendre que le saint avait commence a narrer sa vie. II poussa vivement Gonzales a harceler le conteur negligent, il pressa de son cote Ignace, a plusieurs reprises, sans rien obtenir. Ignace disait a Gonzales : Lorsque 1'affaire de la dotation du College remain sera terminee, dites-moi un mot. Puis il fallut attendre la fin des affaires d'fithiopie, puis 1'expedition du courrier... Enfin, le 9 mars 1555, le saint reprit sa narration. Mais des le 23, la mort de Jules III vint tout interrompre ; apres, ce fut 1'^lection, la maladie et la mort de Marcel II, 1'election de Paul IV; apres, vinrent les grosses chaleurs et d'absorbantes occupations 3 .

Des Janvier de 1555, il fut question de renvoyer Gonzales

i. Scr. de S.Ign., I, 31.

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