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ceux du fondateur de la Compagnie de Jesus. Voici ces principes 1 . II faut engager tous les Chretiens, de quelque condition qu'ils soient, a la communion au moins hebdomadaire. Pour la communion la plus frequente, comme la plus rare, il est indispensable et il suffit d' avoir une conscience pure, ou la foi et la charite habitent. Si en quelques endroits de leurs cents, les saints Peres semblent desirer dans le communiant des vertus exquises, ils ne parlent point la de dispositions indispensables, mais plus favorables. Jamais une vertu imparfaite et une moindre devotion ne rendent Tame indigne de communier ; bien mieux, en cet etat, la communion demeurera fructueuse .
Deux siecles plus tard, dans ses disputes avec le janseniste Antoine Arnauld, le fameux theologien jesuite, Denys Petau, citera ces reflexions du Libellus. On ne peut, ecrira-t-il, rien dire de plus a propos ; et il n'en faut pas davantage, pour imposer silence a ces theologiens trop zeles qui mettent tout en confusion, faute de discernement entre ce qui est d'obligation et de conseil.
Dans la treizieme session, le concile de Trente s'est occupe de la preparation qu'il faut apporter pour recevoir dignement la sainte Eucharistie . Les formules auxquelles 1'assemblee s'est arretee sont des plus simples. Celui qui voudra communier doit se rappeler ce precepte : que Vhomme s'eprouve lui-meme. Or la coutume de 1'figlise nous apprend que cette epreuve necessaire consiste en ce qu'une personne qui se reconnait coupable d'un peche mortel, quelque contrition qu'elle semble en avoir, ne doit point s'approcher de la sainte Eucharistie, sans avoir fait preceder la confession sacramentelle. Ce que le saint concile ordonne devoir etre perpetuellement observe par tous les Chretiens.
Ce langage est de 1551. Salmeron, theologien du pape du
i. J'ai d6ji fait cet expos^ dans : Pour la communion frequente et quotidienne, Paris, Beauchesne, 1910. Dans ce mfime volume, on trouvera le texte latin et la traduction du Libellus. Je suis revenu sur la question dans R- A. M., Janvier 1933, 13-19.
concile, s'en est souvenu dans son Libellus redige en 1554. Le P. Christophe de Madrid, en reeditant en 1557, 1'oeuvre de Salmeron, n'avait pas a chercher d'autre lumiere pour eclairer la route du Tabernacle. D'autant que les docteurs de Trente n'avaient fait que dresser, au-dessus des chretiens du xvi e siecle, le flambeau que s'etaient transmis d'age en age les Peres de l'glise.
Cette theologie traditionnelle de la Communion tient en quelques lignes. Le Christ, qui se donne a nous au tres Saint Sacrement de 1'autel, n'est pas autre les jours ordinaires ou le dimanche qu'il n'est a la fete de Piques; sa divinite n'est pas plus redoutable, sa bienfaisance plus marchandeuse ; a toutes les dates du calendrier, le pain vivant descendu du ciel est 1'aliment de notre faiblesse, le remede a nos maladies, 1'antidote du peche, le calmant de nos passions; jamais 1'figlise de Dieu ne 1'a considere comme la recompense de la vertu; des lors que I'Smc est vivante de la vie de la grace, elle est capable de s'assimiler profitablement la divine hostie; et tout pretre qui Ten prive lui fait tort, outre qu'il usurpe et m6connait les claires instructions de Jesus- Christ.
Telle est la these essentielle que le P. Christophe de Madrid appuie par les temoignages des Peres de 1'figlise grecque et de 1'figlise latine, les decisions des conciles et des papes, 1'opinion des theologiens, ,et Pexperience toute recente de 1'apostolat exerce en cent endroits par la Compagnie de Jesus. II fixe le taux de la frequence ordinaire, pour tous les bons chretiens, a la communion hebdomadaire. Mais il comprend a merveille que la logique de ses principes depasse cette consequence; et il affirme nettement qu'il est louable et utile de recevoir tous les jours le corps sacre du Sauveur, comme faisaient les chretiens de la primitive glise. Que si on reprenait partout cette sainte coutume, tous les amis de la passion du Christ, du culte divin et de la piete chretienne en devraient, dit-il, rendre a Dieu d'infinies actions de graces .
Malgre son merite, Christophe de Madrid n'aurait pas si bien dit, s'il n'avait eu, a ses cotes, un ange inspirateur tout
rempli de la sagesse divine. Dans cet esprit ardent d'Ignace que le zele emporte vers toutes les ceuvres capables de procurer une gloire de Dieu plus grande, la prudence gouverne 1'elan apostolique, sans rien lui enlever de sa flamme.
Par son experience personnelle et celle de ses enfants il sait combien les querelles lee-plus injustifiees nuisent au bien, des qu'elles se produisent au grand jour. La communion frequente n'est pas seulement empechee par les passions coupables et le respect humain des fideles. Elle a contre elle les prejuges des eveques et des pretres, d'ou qu'ils viennent. Pour changer les habitudes, sans troubler la paix des dioceses et des paroisses, il faut done user de management. Sans quoi les rivalries se traduiront par des diatribes porters jusque dans la chaire. C'est arrive jusque dans les villes dont les eveques sont des saints. La ou Ton peut determiner un mouvement general, la frequence peut etre plus grande, sans aucun inconvenient public. La ou les communiants sont plus exceptionnels, il faudra un systeme de precautions. Par exemple, que les personnes devotes communient en d'autres eglises que celles des jesuites et pas toujours dans la meme et que les confesseurs recommandent a leurs penitents de mener une conduite qui fasse honneur au sacrement. Ainsi les murmures des opposants seront evites, sans que les ames soient privees du bienfait de la communion frequente. Mais tout en suggerant ces temperaments pratiques, Ignace laisse debout les principes vrais; il plie aux circonstances son action, non point sa theologie eucharistique, laquelle tient en deux lignes : les premiers chretiens communiaient tous les jours; plus on se rapprochera d'eux, mieux on fera; toute communion faite en etat de grace est fructueuse; le peche mis a part, mieux vaut venir a la Sainte Table avec confiance que s'en retirer par crainte.
Ignace de Loyola a etc destine par Dieu a restaurer 1'usage abandonne des sacrements. Avant meme toute etude, le zele d'Ignace, eclaire d'en haut, s'etait exerce a inculquer a Manrese e t a Barcelone 1'habitude de s'approcher tous les dimanches ^e la Table sainte. Avant les enseignements du concile de
Trente, il avait propage de vive voix et par ecrit la theologie du bon communiant. Christophe de Madrid avait ces textes sous les yeux; il avait & ses cotes 1'apotre qui les dicta. De la precede sa pure doctrine.
Son Libellus est tout ensemble le testament eucharistique d'Ignace de Loyola, un des premiers echos des enseignements de Trente, une Somme, en quelques pages, des Ie9ons traditionnelles de 1'figlise sur la communion.
Les premiers jesuites tiennent aussi d'Ignace leur souci et leur maniere d'enseigner la religion chretienne. La decheance du clerge avait amene 1'abandon de la chaire comme celle du confessionnal et de la Table sainte. L'ignorance etait honteuse, surtout parmi le peuple des campagnes, qui avait a son service les pretres les plus mediocres. Nul, parmi les apotres du xvi e siecle, ne fut plus qu'Ignace, touche de cette misere et plus decide a y remedier. II cherche a atteindre les elites des villes, mais les gens de peu aussi. C'est son principe, et il 1'a ecrit en toutes lettres en ses Constitutions, qu'il faut aller la ou le bien a faire est plus important, et la ou les ames sont plus abandonnees. II veut surtout qu'on sauve 1'avenir, en imbibant de religion 1'ame des enfants. De la le soin jaloux mis par lui au catechisme et a Tecole.
Depuis Marirese, ?'a ete chez lui une preoccupation vive et une pratique constante d'inculquer les rudiments de la doctrine chretienne. II le fera, meme quand il sera devenu le general de la Compagnie de Jesus. II imposera aux siens un vceu special qui les consacre catechistes perpetuels. Cette Ie9on ne sera pas perdue. On a pu ecrire un volume sur la Compagnie de Jesus catechiste. Pour ne citer que trois grands noms : (Janisius, Bellarmin, Ripalda, ont laisse des catechismes r6edites pendant des siecles.
La predication dans les eglises etait, au xvi e siecle, ou negligee ou pedantesque. On ne prechait pas. Si Ton prechaiti
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on etalait, dans les sermons, son savoir scolastique ou ses preoccupations d'humaniste. Ignace se mit a precher, avant meme d'avoir passe par les facultes de the'olpgie, et en vertu de Ponction divine qui etait en lui. Mme quand il fut sorti de 1'Universite de Paris, toujours sa parole garda le meme caractere. II parlait en homme de Dieu. Le docteur Ortiz ne se lassait pas de 1'entendre, a 1'eglise dc Notre-Dame de Montserrat, a Rome; et il admirait la puissance de ces sermons simples et inspires. Outre son exemple, Ignace a laisse aux siens, dans les Constitutions 1 , des instructions qui reglent leur predication. II veut que les sermons soient clairs, pratiques, touchants. II attend la clarte, du savoir ; I'utilite pratique, du zele; 1' emotion, de 1' esprit de Dieu. Cette rhetorique sacree en trois points en vaut bien une autre. Elle est derivee de 1'livangile et meprise 1'eloquence des rheteurs. Loin de s'embarrasser a la poursuite des agrements academiques, elle monte droit, emportant les auditeurs dans la lumiere de la verite et dans la flamme de 1'amour divin. Pour aider plus efficacement ses fils, Ignace aurait voulu que Laynez ecrivit une sorte de Guide et de Somme des predicateurs. Ce voeu ne fut jamais realise.
II fut assez longtemps question, dans la Compagnie, d'ecrire une Somme theologique. L'idee etait venue de Ferdinand, roi des Romains, qui aurait voulu un livre de texte, a suivre dans les Universites de ses fitats 2 . Le prince renouvela 1'expression de ses desirs. Ignace finit par s'y rendre 3 . Et Laynez fut charge d'ecrire Touvrage 4 . II se mit resolument a Toeuvre et avan9a son travail, avec la collaboration plutot intermittente de Salmeron 5 . Frusius fut charge d'ecrire un simple rudiment pour les pretres et les laiques peu instruits. Quant a Laynez on attendait de lui une Somme developpee et un Compendium, et
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