Id., n
70 EN ATTENDANT LA VRAlE DESTINEE
comme 1'horizon d'Antoine Manrique de Lara, relegue dans ses terrcs par le caprice d'un prince, lui paraissait etroit, has et triste!
Le cavalier, par ces chemins solitaires, re9ut de Dieu de pre*cieuses lumieres. II etait encore, nous dit-il, bien aveugle dans les choses spirituelles ; mais il avait un genereux desir de servir le Seigneur, en tout ce qu'il pourrait connaitre . Ses peches passes lui etaient en horreur et il voulait en faire penitence *. Des ce moment-la, il prit coutume de se discipliner toutes les nuits. Toutefois ces pratiques rigoureuses de mortification n'avaient nullement pour but d'obtenir de Dieu le pardon de ses fautes ou de lui en offrir une juste satisfaction; Inigo voulait bien plutot plaire a Dieu, lui montrer un ardent amour et rivaliser avec les saints 2 . Le soldat de jadis, avec son ambition d'egaler les meilleurs et de se signaler en prouesses, avait change de milice, non de temperament; il revait toujours d'exploits, mais dans ce champ de la lutte chretienne, dont le Flos sanctorum lui avait revele les perspectives magnifiques. Et parce qu'il avait etc souvent vaincu par le d^mon de la luxure, dans le chemin meme, a un endroit et en un jour que nous ignorons, il fit a Dieu, par la mediation de Marie, vceu de chastete perpetuelle 3 .
Or, tandis qu'il poursuivait son chemin vers le Montserrat, il fut rejoint par un Maure qui chevauchait sur son mulet. Us allerent ensemble, et dans la conversation ils vinrent k parler de Notre-Dame . Le Maure exprima 1'avis que la conception de Jesus etait oeuvre divine; mais il ne pouvait croire que Marie fut demeuree vierge apres son enfantement.