Id., n
A MONTSERRAT ET A MANRESE 85
un degout supreme de la vie qu'il menait et il se sentit pousse a tout abandonner. Cependant ce fut alors que le Seigneur voulut qu'il se reveiMt comme d'un sommeil . Comme il avait deja quelque experience des motions des esprits, il commenfa a voir par quels chemins lui etaient venus ses scrupules; il resolut dans une grande clarte de ne plus confesser ses fautes passees; desormais, il demeura libre de ces angoisses de conscience; et il tint pour certain que Notre- Seigneur Ten avait voulu delivrer par sa misericorde .
Ces troubles profonds, ces jeunes, ces austerites, ces rigueurs de toute sorte auraient ebranle la sante de rhomme le plus robuste. A une epoque que nous ne pouvons determiner au juste, mais qui dut probablement coi'ncider avec les premieres chaleurs de Pete, Inigo tomba malade gravement. La fievre etait forte, au point qu'il se crut a Particle de la mort ; clairement, dit-il de lui-meme, il voyait que son &me allait s'echapper du corps . Et en cet etat, il fit reflexion que son &me etait juste et agreable a Dieu. Mais, sitot faite, cette reflexion le tourmenta comme une marque d'orgueilleuse presomption; et il fit mille efforts pour la chasser par le souvenir de ses peches. Or la pensee s'obstinait en son esprit, malgre tous les efforts contraires ; et cela le fatiguait plus que la fievre dont il etait devore. La fievre etant venue a baisser, il prit conscience que la mort n' etait pas imminente et comme il etait entoure de dames venues la pour le visiter, il les pria qu'une autre fois, si elles le voyaient a Pextremite, elles eussent la charite de lui crier aux oreilles qu'il etait un grand pecheur et qu'il ne devait point oublier les offenses dont il s'etait rendu coupable 2 .
Ces confidences d'Inigo sont eclairees par des temoignages manresiens concordants qui en precisent les circonstances. Parmi les endroits chers a la devotion du pelerin, il faut compter 1'oratoire de Notre-Dame de Villadordis. On Py trouva un