‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 76 sur 396 · Gonzalfes de Camara, n · texte numérisé non relu

Gonzalfes de Camara, n

fit le pelerin de ses desseins et de son d^nument, le doge ordonna qu'on lui accordat de s'embarquer sur le vaisseau qui conduisait a Chypre les gouverneurs de 1'ile.

Bien avant la prise de Constantinople par les Turcs (1453), I'acces des Lieux saints etait subordonne au bon vouloir des fils de Mahomet. Des 1208, Venise avait pris 1'initiative, d'accord avec le soudan de Babylone et d'figypte, d'une galere de pelerins qui repre'senterait pour tous les catholiques d' Occident la libert^ d'aborder le tombeau du Chrits. A travers les siecles, des sautes de rage musulmane ont parfois gne cette course pieuse; le principe est demeure*, ^institution s'est maintenue. Par sa marine et ses comptoirs, par Tinstrument diplomatique qu'elle eut soin d'obtenir des Turcs en 1458, Venise fait figure, aux yeux des nouveaux maitres du Bosphore, d'une sorte d'heritiere de I'Empire latin disparu.

Un peu plus tard, 1'Espagne des rois catholiques est la, presente et agissante. Le 23 decembre 1501, arrive au Caire un envoye d'Isabelle, Anghiera, qui obtient du soudan faculte de reparer et d'orner l'e"glise du Saint-Se'pulcre. A cette date, Philippe de Pares est, en Orient, le consul a la fois des Catalans et des Fran9ais.

La France, depuis des siecles et surtout depuis les Croisades, a tenu en Orient trop de place pour ne point faire sentir aux soudans la pointe de sa puissance. Lorsque, en 1510, le Soudan, pour venger le desastre de la flotte coulee et brulee par les chevaliers de Rhodes, s'emporte jusqu'a emprisonner tous les marchands chretiens, chasser les franciscains, murer les sanctuaires, le grand maitre Aimery d'Amboise n'a pas de peine a lui persuader qu'il faut, par une demarche solennelle, obtenir de Louis XII le pardon de telles violences. Un ambassadeur de Stamboul part pour Paris, porteur d'une lettre tres humble (1510), que Louis XII fait publier a son de trompe dans sa capitale (1511). L'annee suivante, Andre le Roy, secretaire du prince, partira pour la Palestine afin de faire ouvrir et desmurer le Saint-Sepulcre et autres lieux sacres et en prendre possession au nom de la tres chre*tienne couronne de France

La conquete de 1'ligypte par les Turcs (1516) ne change rien a cette situation. Le sultan Selim confirme les privileges qtie le soudan d'figypte avait accordes pour Venise a Domenico Trevisano en 1510. Jean-Pierre Benoit, consul de France en 1528, obtiendra aussi de Selim des capitulations renouvelant toutes les licences et conventions anterieures 1 .

II ne faudrait pas croire que tous ces actes solennels puissent suffire a garantir, de toute vexation et de tout peril, les pelerins qui se hasardaient en Terre Sainte. Us definissaient une situation de droit. La situation de fait de"pendait de 1'humeur des soldats et officiers turcs qui, depuis la porte de Jaffa jusqu'a la vallee du Jourdain, gardaient 1'acces des villes consacrees par les souvenirs evangeliques ; ils etaient souvent cruels, toujours rapaces; on n'evitait leurs coups, qu'en vidant sa bourse. Les recits de voyage du xvi e siecle sont unanimes sur ces mosurs turques.

Cependant 1'armateur Ragazzoni, qui devait conduire le gouverneur de Chypre, avait fait ses preparatifs, et aussi ses conventions avec les pelerins. Moyennant 26 ducats par personne, il se chargeait du voyage aller et retour. Le vaisseau etait solide et grand, arme de 19 canons, servi par 32 hommes d'equipage. Au dire du Zurichois Fiissli, jamais meilleur navire ne sortit des eaux de Venise pour les Lieux saints 2 .

Dans son journal de route a , il enumere complaisamment les provisions faites, d' accord avec ses trois compagnons suisses : des biscuits pour 3 ducats, trois barils de vin, le quart d'un fromage de Plaisance, du jambon, du pore, des saucisses, des

1. F. Rey, La protection diplomatique et consulaire dans les echelles du Levant, Paris, Larose, 1899.

2. Fiissli, 152. Sur le bateau du gouverneur de Chypre fitaient months : quatre Espagnols (Inigo de Loyola, un prStre dont nous ignorons le nom, le commandeur de 1'Ordre de Saint- Jean, Diego Manes ou Nunez, et son domestique); trois Suisses (Pierre Fiissli et Ziegler de Zurich, Hans Htinegg de Mellingen en Argovie); le Tyrolien Conrad Bernhard, boulanger de son metier, et membre de la confr^rie des boulangers allemands a Rome. Inigo nomme le commandeur dans ses dict6es a Gonzales; Fiissli, dans son Journal nomme les autres pelerins et marque la presence du prStre espagnol.

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