Id
langues fumees, 150 oeufs, des coqs et des poules vivantes, des oignons, des pruneaux, du sel, du sucre, quelques verres, plats et assiettes, quelques medicaments, de la poudre a fusil. II fallait s'accommoder pour dormir, aussi bien que pour manger : chacun se munit de nattes, de matelas, d'oreiller, de draps et de couvertures. On avait aussi quelques livres, parmi lesquels une Bible en allemand.
Les quatre Espagnols, note Ftissli 1 , firent ensemble leurs achats. II est a croire qu'avec ses habitudes de penitence, Inigo ne raffina sur aucun article et s'en rapporta au choix de ses compatriotes; il lui suffisait d' avoir, le mot est de lui, une inepuisable provision de confiance en Dieu . Un peu avant le depart, il tomba malade; la fievre le saisit, mais elle ceda au bout de quelques jours. Le matin meme ou Ton devait lever 1'ancre, il avait pris medecine. Le medecin, interroge, repondit plaisamment qu'on pouvait 1'embarquertojit de meme, si on voulait Tenterrer en route. Malgre cette parole peu rassurante, Inigo monta sur le bateau. II vomit tellement qu'il se trouva soulage et fut bientot en voie de guerison 2 .
Le mercredi 15 juillet, entre six et sept heures du matin, le capitaine deploya ses voiles et partit, comme dit Fiissli 3 , a la grace de Dieu .
Des la premiere nuit, le vent tomba et il le fallut attendre patiemment jusqu'au jeudi soir (16 juillet). Le vendredi a midi (17 juillet), la bonace revint, on jeta Tancre pres de Rovigno, en Istrie, a 120 milles de Venise. Le samedi (18 juillet) dans I'apres-midi, un vent leger permit d'approcher un peu de la ville. Le soir, des barques de pecheur vinrent prendre les passagers qui voulurent descendre. Dans la soiree du dimanche (19 juillet) le vent s'eleva si fort qu'il fut impossible