Scr. de S. Ign., II
3. Ibid., II, 89, 275, 330, 736; Creixell, San Ignacio de Loyola, I, 282-
etait munie de barreaux de bois derriere lesquels s'ouvrait un guichet. Aux heures des repas, les misereux s'assemblaient la, et Inigo dormait a chacun sa part, avec beaucoup d'humilite et de bonne grce, en sorte que les abords de la modeste habitation ressemblaient a ceux des eglises aux heures ou les offices y amenent les fideles et les quemandeurs. Ines Pascual, comme tresoriere fidele, avait la garde de 1'argent et des vivres recueillis par Inigo. Celui-ci n'omettait rien pour decouvrir les pauvres honteux. A la faveur de la nuit, il les visitait, les consolait et laissait dans leurs mains le meilleur des aumones re9ues. Naturellement, ces actes de charite evangelique s'accompagnaient de paroles de zele. Avec des mots enflammes, 1'apotre exhortait ses favoris a aimer Dieu et a garder ses commandernents. Le souci de subvenir a la detresse de ceux qui n'avaient rien, procedait, en son coeur, d'un ardent desir de gagner les jimes a Dieu. Faisant du service de Dieu le but unique de sa vie, et trouvant dans cet ideal tous les contentements de Fesprit, il rvait d'amener les autres a comprendre comme lui 1'fivan-
Ce reve se traduisait par toute sorte de genereuses entreprises. II catechisait les enfants, il entrait hardiment dans les maisons des femmes de mauvaise vie, il reconeiliait les ennemis. Un jour qu'il revenait du monastere des Angels, avec Jean Pascual, en passant place du Lull, il entendit des cris autour d'une maison. II y courut avec son jeune compagnon. La vivaient deux freres appeles Lysanos, divises depuis longtemps par des questions d'interets. Us avaient plaide, Tun contre 1'autre, a qui aurait un heritage. Celui qui perdit le proces en fut tellement desespere, qu'il se pendit. Le fait venait de se produire, a 1'instant ou Inigo passait par la place du Lull; il coupa la corde, fit etendre sur un lit le pendu, qui paraissait comme mort. II se mit a genoux et tous ceux qui Tentouraient firent de meme. Et de ses levres s'echappaient avec ferveur les
invocations : Jesus, Jesus. Et il criait a 1'oreille du pauvre homme etendu : Voulez-vous confesser vos peches ? . Au bout de quelque temps, Lysanos ouvrit les yeux et recouvra ses sens; selon quelques temoins, il eut le temps de se confesser a un pretre appele en hate de 1'eglise Sainte-Marie-de-la-Mer, Et en tout cas, il est certain que le malheureux ne quitta pas . ce monde sans temoigner son repentir 1 . Ainsi agit et triomphe le zele des saints.
La visite d'Inigo au monastere des Angels, que nous venons de rappeler, n' etait pas une promenade vulgaire ou de hasard. Les couvents de Barcelone, furent, des cette epoque, le theatre de Papostolat de cet etudiant en grammaire. Toute sa vie, il garda la preoccupation de la reforme des monasteres; sa correspondance en temoigne avec evidence. Ces saints desirs datent des premiers jours oil I'homme de Dieu put comprendre que le Seigneur etait mal servi par ceux qui avaient fait vceu d'etre siens. Le lutheranisme et le calvinisme recruterent des sectateurs et des predicants en foule, dans les monasteres reaches . Pour avoir echappe a 1'invasion du protestantisme, 1'Espagne de Charles-Quint n'en avait pas moins besoin d'un renouvellement de la vie chretienne attiedie; la Catalogne etait plus ou moins semblable au reste de 1'Espagne; les moniales de Barcelone avaient oublie, comme d'autres, les strictes observances qui gardent les vertus religieuses.
Les dominicaines du couvent de Monte-Sion 2 avaient reci>, en 1461, du Maitre general des Freres Precheurs, des articles de reforme qui prouvaient a la fois les deficits de la maison et la vigilance des superieurs pour y. pourvoir. En 1520, les efforts pour reprimer les abus n'aboutirent qu'a une rupture; le couvent de Monte-Sion se declara independant de la
1. Sur ce miracle voir les te"moins dans Scr. de S. Ign.,11, 611, 629, 344. 399>3 I 4- 1 5> 2 76; etActaS.S. Juillet, VII, 432, n. 120-127, ou se trouve une lettre du P. Gil au P. Lancisius.
2. Ce monastere e'tait habite" par des dominicaines. Des te'moins aux proces canoniques (Jean Pasqual, ses filles, Galceran de Toro, Fray Onofrio de Requesdns, Frances de Broquetes) parlent du relachement des religieux. La cloture ne fut ^tablie qu'en aout 1549, par 1'^veque Jaime Cazador.
juridiction des dominicains. Nous ne possedons aucun document positif qui parle d'un rapport quelconque d'Inigo avec Monte-Sion. Nous savons seulement que le monastic, en 1524, avait des religieuses appelees Euphrosine Ferrer, Isabelle de Josa, Jeanne et Catherine Zapila, Catherine Despla, et Jeanne de Bojados; ce sont prdcisement les noms des families barcelonaises qui etaient le plus attachees a Inigo. Ceci n'invite-t-il pas a croire qu'elles auront cherche a faire beneficier leurs parents recluses d'un zele qu'elles appreciaient elles-memes a un si haut prix ?
Nous sommes mieux fixes pour Sainte-Claire 1 . Dans cette maison franciscaine par ses origines, vivaient en 1524, des benedictines. La cloture, la comme ailleurs, etait en grande souffrance; les gens de la parente entraient dans les cellules des religieuses, et d'autres avec eux. Le mal survivra longtemps, jusqu'apres la mort d'Ignace de Loyola; les proces-verbaux des visiteurs ecclesiastiques en portent la preuve indeniable. Qu'Inigo ait commence des son sejour a Barcelone a ranimer la ferveur dans ce monastere, sa correspondance de plus tard, avec Therese Rejadell et 1'eveque de Barcelone, Jayme Cazador, ne permet pas d'en douter.
Nous avons deja parle des relations d'Inigo avec le couvent des religieuses hieronymites durant son premier sejour & Barcelone. On imagine sans peine si le coffret de pierres et de fleurs, apporte de Terre Sainte par le pelerin, aida a renouveler les rapports. La cloture n' etait pas etablie dans ce monastere en 1524 : ceci facilitait encore les visites. Dans le proces de 1606, Mariana Edo, annaliste du couvent, deposera qu'elle tient de Sor Antonia Strada qu'Inigo avait des entretiens quasi quotidiens avec les religieuses, pour les exhorter a la ferveur 2 .
Tout pres du couvent de Sainte-Claire, et dans le voisinage de la porte Saint-Daniel, se trouvait le couvent de Notre-