Scr. de S, Ign,, II
Dame des Anges. Depuis 1497, vivaient la des sceurs de la penitence de saint Dominique et de sainte Catherine de Sienne. Le 7 mars 1518, un decret de la Penitencerie les retira de la juridiction des Freres Precheurs pour les soumettre a celle de 1'eveque. La prieure Sor Geronima Ferrer etait .venue de Valence avec Sor Angelica Casanova pour mieux etablir les observances regulieres. Mais son zele n'y suffisait pas. L'habitude etait prise d'admettre les hommes, jusque dans les cellules des religieuses. Et aux Angels, tous les visiteurs n'etaient pas des anges. Un certain nombre d'entre eux, qui etaient fort assidus au couvent, n'etaient guere autre chose que des chevaliers de galanterie. Ces rencontres, connues du public, etaient un scandale dans la ville. Inigo en souffrit cruellement dans son coeur d'apotre. Apres avoir multiplie ses oraisons et penitences pour savoir de Dieu ce qu'il devait entreprendre, il alia droit au couvent et y parla avec une force toute evangelique. Les entre<- :tiens de rhomme de Dieu convertirent les religieuses frivoles; elles rompirent avec leurs courtisans suspects.
Ceux-ci en tirerent aussitot vengeance. Entre le monastere des Angels et la porte Saint-Daniel, ils aposterent un domestique pour guetter au passage le convertisseur de pecheresses. Des qu'Inigo parut, le domestique s'avan9a, le couvrit d'injures, se mit a le souffleter, a le frapper a coups de baton, avec une telle violence que le saint homme tomba a terre demimort. Des meuniers qui vinrent a passer le releverent, le mirent sur un cheval et le conduisirent ainsi jusqu'a la porte Saint-Daniel; de la il fut porte, doucement, a bras, jusqu'a la maison d'Ines Pascual, ou il demeura alite deux mois. Les soins d'Ines Pascual, les generosites des nobles barcelonaises qui le visitaient, 1'aiderent a se remettre. Dans les premiers jours surtout, tout le corps etait tellement endolori qu'on ne pouvait le remuer, qu'en le soulevant avec des serviettes. A plusieurs reprises on 1'enveloppa avec des linges imbibes de vin; ce fut, parait-il, le remede le plus efficace. Au milieu de ses soufTrances, le blesse ne proferait pas une plainte. II ne sortait de ses levres que des paroles de pardon et de priere; son
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cceur s'en allait en de continuels elans d'amour vers celui qui fut breve" dans sa passion poiir nos p^ch^s. Aussi, lorsque la guerison fut achevee, Ines Pascual se permit de conseiller a Inigo de ne plus retourner au monastere des Angels; 1'apotre impenitent lui dit pour toute reponse : Quelle douceur et quel bonheur pour moi que de mourir pour 1'honneur de Jesus-Christ et le salut du prochain 1 !
Le zele des dmes et 1'amour de Dieu etaient toute la vie d'Inigo. Tous ceux qui le connurent alors s'en aper^urent vite; a plus forte raison ses hotes de la rue des Cotoners en etaient-ils edifies. Jean Pascual, fils d'lnes, grandit aux cotes de rhomme de Dieu, Les petits apprentis, Juan Torres et Miguel Canyelles eurent le meme bonheur. Toute leur existence, le souvenir d'Inigo leur resta comme une benediction; ils n'en pouvaient parler sans verser des larmes d'attendrissement. Quand Jean Pascual fut mari^, il eleva sa famille dans la ven6ration du serviteur de Dieu. Le recit de sa vie a Barcelone etait 1'objet d'incessants entretiens, C'est par la que nous avons quelque lumiere sur la vie intime de ce rare ecolier 2 .
Chaque jour il assistait a la messe, aux vepres et aux complies. II friequentait particulierement Sainte-Marie-de-la-Mer qui etait sa paroisse, et la chapelle souterraine de Sainte- Eulalie a la cathedrale. Le jour ne suffisait pas a sa priere. II y employait une grande partie de la nuit ; -a genoux, les bras en croix, ou etendu la face centre terre, devant un devot crucifix, il epanchait son coeur en gemissements et en exclamations amoureuses : O Dieu, disait-il, comme il est vrai que vous 6tes bon infiniment, puisque vous supportez un etre aussi mauvais et aussi pervers que moi. Les penitences alternaient avec 1'oraison, la nuit comme le jour.
Lorsque, sur Pordre de son confesseur, Inigo fut contraint de quitter le sac grossier qui lui servait de cilice et de s'asseoir a la table de la famille des Pascual, la mortification n'y perdit