‹ Saint IrénéeChapitre 13 sur 181 · Cf. infra, p · texte numérisé non relu

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lO PAPIAS ET SAINT JUSTIN

Paul. Le Dieu juste et jaloux de rAncien Testament, identique au Créateur du monde, est radicalement distinct du Dieu Suprême, révélé par le Christ de TEvangile dans Tapparence humaine de Jésus et qui est tout miséricorde et tout amour. La rédemption est un acte incompréhensible de la miséricorde divine ; tout ce que le chrétien possède, il le doit uniquement au Christ. Si les Apôtres ont méconnu la pensée du Christ, le Dieu de TEvangile a envoyé saint Paul combattre après Jésus le dieu Jahvé et Marcion restaurer l'œuvre ébranlée de Paul.

Il faut que l'Eglise riposte afin de sauver « la tradition de la didascalie bénie des Apôtres ». On oppose à Basilide, à Valentin et à Marcion les souvenirs des vieux presbytres « qui ont vu les Apôtres » ; et, comme ils n'ont rien écrit, des hommes de bonne volonté rédigent les traditions qui se rattachent à eux : tel, l'évéque d'Hiérapolis Papias (-J- i6o) qui recueille dans les cinq livres de ses Explications des paroles du Seigneur [Ko^ibi-^ xupiaxwv EçiQ-p^deiç) les leçons qu'on leur attribue ; tel encore le palestinien Hégésippe (i- vers 190) dont les cinq livres de Mémoires {'T'7ro[jLvi^}jLaTa) « exposent la sûre tradition de l'enseignement catholique». Mais c'est en vain qu'ils écrivent ; bien que leurs démonstrations soient appuyées par d'autres livres encore, composés, soit par des évoques, comme Apollinaire d'Hiérapolis, Méliton de Sardes et Théophile d'Antioche, soit par des philosophes comme saint Justin [Traité contre toutes les hérésies)^ le Gnosticisme s'épanouit avec

une incomparable puissance. L'église marcionite rayonne partout. Ptolémée, Héracléon, Marcus, d'autres encore systématisent et affermissent la théologie valentinienne. Beaucoup de chrétiens qui haïssent la Gnose subissent pourtant son influence : Hermas la déteste, et lui emprunte Tidée d'entourer Dieu de six Anges supérieurs dont le Fils de Dieu, identique à Tarchange Michel, n'est que le chef (/^ Pasteîir, vers 150) ; un des plus brillants élèves de saint Justin, Tatien, abandonne l'Eglise (vers 172) ; Celse confond continuellement le Gnosticisme et le Christianisme (vers 180).

On juge par là de la puissance de séduction de la Gnose : il semble qu'elle doive dérober à l'Église l'héritage que lui réserve Dieu. Ce sera le rôle de saint Irénée de la tuer. Ce sera sa gloire de continuer la lutte et de partager la victoire de saint Paul et de saint Jean.

Saint Irénée était, à la fin du second siècle, évêque de Lyon, la métropole des Gaules. Non moins que cette situation ecclésiastique, son origine asiatique, Sfl valeur intellectuelle et morale faisaient de lui l'un

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