CRÉATION ET PERFECTION
On nous dit : Il ne devait pas faire les Anges tels qu'ils pussent pécher, ni des hommes capables de le renier aussitôt ; au lieu de leur donner la raison, et le pouvoir d'examiner et de juger, il fallait les faire tels que les animaux ou les choses : ils ne font rien volontairement, c'est la nécessité... qui les pousse au bien... Dans ce système, il n'y aurait pas eu de douceur à faire le bien ; la communion avec Dieu eût été sans pri;c... ; les hommes de bien n'eussent été d'aucune valeur, puisque leur nature et non leur volonté les aurait faits tels, puisque leur bonté aurait été, non le fruit d'un choix, mais le terme d'une action spontanée... Et c'est pourquoi le Seigneur a dit (Matth. XI, 12) : « Ce sont les violents qui ravissent le royaume des deux, » Et de même Paul, (I, Cor. IX, 24)
Mais quoi, dira-t-on : Dieu ne pouvait-il créer l'homme parfait dès l'origine?... Sans doute, rien n'est impossible à Dieu, quant à lui...; mais ses créatures, en tant qu'elles ont eu un commencement, sont nécessairement inférieures à lui : ce qui a été fait ne peut pas n'avoir pas été fait. Et parce qu'elles ont été faites, elles ne participent pas au parfait. Etant postérieures (à Dieu) dans le temps, elles sont comme ses enfants; et donc, elles manquent d'habitude et d'expérience et ne peuvent se conformer parfaitement à la règle. Une mère peut donner à son enfant un aliment parfait ; mais l'enfant ne peut se l'assimiler. De même Dieu : il a, quant à lui, le pouvoir de faire l'homme parfait dès l'origine; mais l'homme