‹ Saint IrénéeChapitre 18 sur 181 · JESUS-CHRIST · texte numérisé non relu

JESUS-CHRIST

de Marie compense la désobéissance d'Eve ; « comme le genre humain fut entraîné à la mort par une vierge, c'est par une vierge aussi qu'il est sauvé ». L'humanité de Jésus est identique à la nôtre ; « sinon, il ne serait pas alimenté ; il n'aurait pas éprouvé la faim après ses quarante jours de jeûne... » — Mais Jésus est aussi Dieu ; il devait être Dieu puisque c'était la vie divine qu'il fallait procurer à l'homme et que, seul, le sacrifice infini d'un Dieu pouvait effacer le crime de l'humanité. Jésus est né de Dieu : sa mère était vierge. La preuve qu'il est Dieu, c'est qu'il remet les péchés: il est donc celui que nos péchés atteignent. Jésus est le Fils unique du Père, le Verbe par qui il a créé toutes choses. — La dualité de la nature de Jésus ne compromet en rien l'unité de sa mystérieuse personne. Cette unité est absolument nécessaire pour assurer la communion de l'humanité déchue et de la divinité rédemptrice ; c'est l'indispensable condition du salut des hommes.

A l'incarnation de Dieu, qui est tout ensemble révélation, rédemption et déification répond la restauration de l'homme en Dieu, c'est-à-dire la vertu, la délivrance du péché d'Adam, l'adoption par TEsprit-Saint.

C'est d'abord par la perfection de sa vie que l'homme doit collaborer à l'œuvre du Verbe et s'élever à Dieu. « Il a été dit aux Anciens : tu ne forniqueras pas ; et moi je vous dis que quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis

LA DEIFICATION 3 5

Tadultère avec elle dans son cœur... » — L'homme doit pratiquer la vertu parce qu'il peut le faire, parce que le Christ tue en nous le péché et brise le pouvoir que Satan a sur nous. Comme la faiblesse d'Adam nous a soumis au démon et a implanté le péché dans nos cœurs, la résistance de Jésus, lorsqu'il a été vainement tenté au désert, a détruit l'empire et arraché la racine du péché. — Enfin, le Verbe restaure l'acte par lequel Dieu nous a adoptés pour ses enfants. Puisque le Verbe est le Fils unique de Dieu, et que le Verbe s'est fait homme, et que, par conséquent, l'homme communie avec le Verbe, l'homme participe à sa dignité de fils et reçoit par là l'adoption divine. Voilà pourquoi il a dit : « Vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut. » L'homme recouvre la ressemblance divine, parce que, dans le Verbe fait homme, Dieu s'est mêlé à l'homme ; l'homme devient le temple de Dieu, parce que l'Esprit du Père lui apporte quelque chose de Dieu, le prépare à la vie éternelle et incorruptible, l'habitue à recevoir peu à peu et à porter Dieu.

La restauration de l'homme en Dieu s'opère pratiquement par la grâce, par l'Eglise, par l'Eucharistie. Conformément à la tradition juive de l'absolue maîtrise de Dieu sur le monde et aux plus clairs enseignements de Jésus, conformément au bon sens, du reste, Irénée croit que la vie de Dieu ne peut être donnée à l'homme que par Dieu lui-même. Il insiste avec force sur la nécessité de la grâce et du baptême. — Ce don de Dieu est, à ses yeux, une propriété de

26 LA GRACE, l'ÉGLISE, L'ëUCHARISTIE

rÉglise qui a reçu TEsprit et qui doit réduire à l'unité la multitude des hommes. € C'est à l'Eglise qu^a été confié le don de Dieu,... afin que tous ses membres le reçoivent et soient justifiés par là ; c'est là qu'a été déposé le moyen de communier avec le Christ, c'est-à-dire TEsprit-Saint, gage d'incorruptibilité, échelle qui nous fait monter vers Dieu. » On a vu plus haut ce qu'il entend précisément par Église. — L'Eucharistie est d'abord un sacrifice véritable, action de grâces pour les bienfaits de la création, consécration de la nature à Dieu, immolation de Jésus-Christ ; c'est ensuite la nourriture appropriée par laquelle Dieu fait homme transporte Dieu en l'homme et l'homme en Dieu : c'est le sceau divin de l'œuvre de restauration accomplie par le Verbe.

Cette profonde et enchanteresse doctrine de la déification de l'homnle par l'incarnation de Dieu se couronne et s'achève par une théorie merveilleuse des fins dernières de l'homme ; si l'Église en a modifié quelques détails, elle en a soigneusement gardé la substance. Les Gnostiques enseignaient que la matière était l'essence même du mal. Irénée proteste : si le Verbe s'est fait chair, c'est donc que notre chair est, si j'ose ainsi dire, capable de Dieu. Irénée enseigne la glorification du corps matériel.

Sans doute, il prétend que le grand jugement sera précédé d'une résurrection partielle réservée aux justes, et que ceux-ci passeront mille ans à Jérusalem dans l'abondance de tous les biens. — L'Église a rejeté, à la suite d'Eusèbe, cette erreur, le»Milléna-

DiBU ay

risme; mais elle enseigne, à la suite d'Irénée, que les corps ressusciteront à la fin des temps. Puisque le Verbe a pris le corps et Tâme d'un homme, le corps et l'âme de l'homme seront également sauvés.

Irénée passe plus rapidement sur la théorie de Dieu et sur la théorie de l'homme.

La réalité de Dieu est, pour lui, un fait attesté par la nature et par l'histoire : il ne s'attarde pas à en rendre compte. Dieu est cause de soi (ce qui le distingue de l'homme), il est l'Absolu, il est l'Infini. Dieu est tout Verbe, tout pensée. Dieu est tout-puissant, il prévoit l'avenir, il gouverne la nature et l'histoire. Mais il est aussi tout justice, tout bonté, tout amour : Dieu, c'est le Père de tout et de tous. S'il est l'Absolu, le Dieu d'Irénée est aussi le Dieu vivant: c'est une Personne. — Simple et un dans sa nature et son essence, Dieu est trois Personnes, le Père, le Verbe et l'Esprit. C'est par le Verbe et l'Esprit que Dieu a tout créé, comme par ses mains. Le Père commande, le Fils exécute, l'Esprit achève et perfectionne. Mais le Père, le Fils et l'Esprit n'en sont pas moins égaux entre eux, comme ils sont coétemels Tun à l'autre.

Dieu a créé, par un acte d*absolue liberté, le monde, la matière, toutes choses; et de cette création*, l'homme est le but et le roi. Ce qui caractérise l'homme, c'est que, comme Dieu n'a besoin de

I. Sur l'angélologie d'Irénée. Cf. notre Saint Irénée (Lecofifre), p. i6o.

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rien,,rhomme a besoin de Dieu. L'homme est un mélange d'âme et de chair. L'âme est principe de vie, elle anime et meut le corps; elle est incorporelle par rapport au corps, mais, de fait, se compose d'une substance infiniment ténue; elle est immortelle, non par nature, mais par la volonté de Dieu, qui continue de lui procurer l'être à travers les temps; elle est créée par Dieu, semble-t-il, chaque fois qu'un corps est formé. Les âmes des justes, en qui vit l'Esprit, ont en elles un principe sanctifiant et informant (le TuveîîjjLa) qui ne se retrouve pas dans les autres âmes. — L'homme est libre et responsable. Irénée prouve la réalité du libre arbitre par les peines et les récompenses, les éloges et les blâmes distribués par les hommes, les ordres donnés par Dieu. Il prouve encore la liberté par l'idée même de la vi« éternelle : le prix de cette vie divine tient à ce que nous en sommes par nous-mêmes les artisans. Nous ne pouvions pas la recevoir dès l'origine : c'est notre nature créée qui veut que nous nous développions peu à peu et que nous mûrissions lentement pour la vie éternelle !

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