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ECLIPSE DU GNOSTICISME

La place de saint Irénée dans l'histoire de la pensée chrétienne

Saint Irénée occupe une très grande place dans Thistoire de la pensée chrétienne : il a tué le Gnosticisme, il a fondé la théologie chrétienne.

A la fin du ii** siècle, le rayonnement du Valentinianisme s'atténue sensiblement, en même temps que sa doctrine évolue (Héracléon). Le Marcionisme se transforme (Apelle). L'Ophitisme traverse une semblable crise d'où il sort rajeuni et fortifié : c'est contre les diverses formes de TOphitisme que saint Hippolyte dirige ses *P h ilosophotimena et Ton devine qu'elles dérivent toutes de l'enseignement d'un maître gnostique *.

Mais en même temps que le Valentinianisme décline et que le Marcionisme, l'Ophitisme et sans doute d'autres Ecoles et d'autres Eglises encore se transforment dans une très notable mesure, il est incontestable que le Gnosticisme lui-même perd du terrain. Non qu'il disparaisse tout à fait : plusieurs textes nous attestent sa survie au milieu du m** et

I. Cf. notre Saint Irénée (Lecoffre), p. 169. sq. ; Duchbsne : Origines chrétiennes, p. 248-351; de Fayb : Introduction à l'étude du Gnosticisme (Revue de l'histoire des religions, 1903, tome 46, p. 166-167).

30 LA VICTOIRE DIRENEE

même du iv*^ siècles. Mais, s'il est vivant, il n'occupe plus le devant de la scène; c'est le Mithriacisme, ce sont les cultes orientaux, c'est surtout le Néo-Platonisme qui concurrencent, si j'ose ainsi dire, le plus dangereusement le Christianisme. C'est au temps de Commode (180-192) que commence de s'épanouir le Mithriacisme en Occident. C'estau temps d'Alexandre Sévère ("h 235) que le culte d'Isis, qu'il protège spécialement, atteint sa plus grande extension. C'est au début du 111° siècle, enfin, qu'apparaît le Néo-Platonisme. Compatriote d'Origène et de vingt ans plus jeune que lui, Plotin (205-270) ne tend qu'à déchristianiser son système : dans sa synthèse, la théorie de la purification complète la théorie de l'émanation, comme dans la synthèse d'Origène la doctrine de la rédemption prolonge la doctrine de la création. Si le Gnosticisme est vivant encore au m* siècle, ce n'est plus lui qui est le grand souci des chrétiens.

Je soupçonne que saint Irénée est la principale cause de cette transformation, de cette éclipse du Gnosticisme. La chronologie nous invite à le croire ; Irénée écrivait vers 180-190, et c'est peu de temps avant 200 que fleurissent Héracléon, Apelle et le rénovateur de l'Ophitisme. — Nous savons d'autre part que le livre d'Irénée fut traduit en latin, en syriaque et en arménien, et qu'il parut livre par livre (sauf les livres I et II) : ce nous est une preuve de l'intérêt qu'il excitait, du retentissement qu'il eut, de l'influence qu'il exerça. Longtemps désarmée, réduite à la défensive, réfugiée derrière l'arma-

L INFLUENCE D IRENEE )l

ture protectrice de Tépiscopat, TÉglise prenait enfin Toffensive ; elle tenait enfin une réfutation copieuse et péremptoire de Thérésie. On se précipita sur le traité de Tévêque de Lyon : ses relations avec Polycarpe, son origine asiatique, l'illustration de son église, les traités gnostiques, si jalousement cachés et qu'il s'était procurés cependant, tout concourait à éveiller la curiosité des fidèles, de ceux* surtout qui avaient mission, comme les évoques, de réfuter 1-hérésie.

Le Gnosticisme était gravement atteint, ses doctrines mystérieuses étalées au grand jour, son dualisme réfuté de mille manières, son docétisme réfuté de même et audacieusement provoqué. Il fallait répondre. De là Teffort d'Héracléon, d'Apelle, des Ophites. Il est vraisemblable que saint I renée a directement provoqué cet ébranlement où le Gnosticisme est mort, d'où le Néo-Gnosticisme et le Néo- Platonisme sont nés.

Saint Irénée a encore posé les bases de la théologie chrétienne.

Il a étroitement rattaché sa synthèse spéculative au symbole qu'enseignait l'Eglise et que récitaient les humbles; par là, l'unité de la foi et de la vie chrétiennes a été pour jamais fondée.

Il a éclairé l'enseignement donné dans V Ecriture par l'enseignement contenu dans la tradition des églises apostoliques et particulièrement de l'église romaine; par là, la substance de la foi fut sauvée des manipulations gnostiques, et par là fut écarté pour

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