BASILIDE CONTRE VALENTIN
Pourquoi du Verbe et de la Vie dix Eons sont-ils émanés, ni plus ni moins ? Pourquoi douze, de l'Homme et de l'Eglise ? Pourquoi pas plus, pourquoi pas moins ? Pourquoi cette division tripartite du Plérôme en Ogdoade, Décade, Dodécade ? Pourquoi celle-là et pas une autre ?
— Ou bien ils ne répondront rien, où bien ils nous rediront tout au long leurs dissertations anthropomorphiques.
Autre difficulté [759]. Ils veulent que la création, œuvre du démiurge, ait été faite à l'image du Plérôme ; pourquoi ne veulent-ils pas que le démiurge, de luimême, en ait formé l'idée ? Pourquoi le Premier Père n'aurait-il pas, lui aussi, en constituant le Plérôme, copié un monde supérieur, plus sublime et plus parfait ? Toute création, tout être étant l'image d'un autre, où s'arrêter? C'est l'objection qu'adressent les Basilidiens aux Valentiniens. « Vous ne savez pas élever vos regards audessus de cet univers créé », nous disent les Valentiniens ; et voici que les Basilidiens leur disent : « Vous ne savez pas élever votre esprit au-dessus du Premier Père des Trente Eons ; vous oubliez les trois cent soixante-cinq cieux ! » Mais voici quelqu'un qui va leur dire à son tour : « Vous oubliez les 4,380 cieux ou Eons ; >
— il y a 4,380 heures de jour dans l'année ; et un autre en comptera le double, s'il additionne les heures des nuits aux heures des jours !
De fait [761], qu'est-ce qu'une émanation ? Si c'est une génération, semblable à la génération humaine, les Eons sont de même substance que le Premier Père, ils sont distincts de lui, ils ont un corps comme nous. Si, comme une lumière s'allume à une autre lumière *, les Eons émanent l'un de l'autre, ils auront tous la même substance : ou tous seront impassibles, » ou le Premier Père éprouvera leurs passions ; comment donc expliquer la
I. Comparaison qui vient peut-être de saint Justin [Dialog. 61].
L IDEE DE L EMANATION 97
passion du dernier des Eons ? Si Témanation est une germination, comme celle qui, de l'arbre, fait sortir les rameaux, la même difficulté reparaît : si le Premier Père est exempt d'imperfection, il faut que tous les Eons en soient également exempts. vSi l'émanation est une émission, semblable à l'émission d'un rayon de soleil, la difficulté reparaît encore : le Verbe ne peut pas ignorer le Premier Père, la Sagesse ne peut pas plus l'ignorer que le Verbe. Or, je ne vois pas une cinquième manière de concevoir l'émanation.
O vous, (766) les plus vains des sophistes, pourquoi rintelligence du Père, pourquoi le Père luimême, puisqu'il est Intelligence et absolument parfait, a-t-il émis un Verbe imparfait et aveugle?... Pourquoi le Christ, ce dernier né des Eons, a-t-il été émis parfait? Si le Verbe est antérieur au Christ, il devait être émis parfait, non pas aveugle ; l'Intelligence ne devait pas émettre d'autres Eons plus aveugles qu'elle, au point que votre Sagesse aveuglée enfantât la substance de tant de maux. C'est votre Père la cause de tout ce mal; c'est par son immensité et sa puissance que vous expliquez l'ignorance (des autres). Vous l'appelez l'Abîme, vous lui donnez un nom, à ce Père ineffable ! Mais, (en expliquant ainsi l'ignorance), vous faites du Père l'auteur du mal ! . . .
Toute votre théorie de la Sagesse [767] est absurde : pourquoi en faire le moins sage des Eons? et comment soutenir que sa réflexion [Enthymesis] a une existence séparée ? et que la passion qu'elle éprouve [HachamothJ