LES GNOSTIQUES COPIENT
images du monde supérieur; ils ont changé les noms, et ils se glorifient d'être les inventeurs et les auteurs de ces imaginations.
Et ceci aussi, à savoir que le démiurge a fait le monde d'une matière préexistante, Anaxagore et Empédocle et Platon Tout dit avant eux, les premiers... Et que chaque chose se résolve nécessairement en ses éléments d'où elle procède, et que Dieu lui-même soit l'esclave de cette nécessité, et ne puisse donner l'immortalité a un mortel, l'incorruptibilité à un être corruptible, ceux qu'on appelle les Stoïques, du (mot grec qui signifie) portique, et tous ceux qui ignorent Dieu, poètes et écrivains, l'affirment (avec eux). Aussi éloignés de Dieu que tous (ces impies), ils attribuent aux êtres spirituels, comme leur domaine propre, le Plérôme; aux animaux, ce qui est entre le Plérôme et la terre ; aux corps ce qui est terrestre ; Dieu ne peut franchir ces limites et chaque être, (spirituel, animal et corporel), retourne à ce qui partage sa nature.
Quant au Sauveur qu'ils tirent des Eons et dans lequel ils voient comme la fleur de ceux-ci, tout ce qu'ils apportent de nouveau, c'est la Pandore d'Hésiode... Leur théorie de l'indifférence des aliments et des actions, l'impossibilité où ils pensent être d'être atteints par aucune souillure, quoi qu'ils mangent ou fassent, c'est un héritage des Cyniques, qui sont de la même bande. Et, parce que c'est l'habitude des Aristotéliciens, ils tâchent d'introduire dans (les choses de) la foi un langage minutieux, et subtil. Ils
LES PHILOSOPHES lOI
veulent transposer cet. univers dans (le monde) des nombres : c'est Tidée des Pythagoriciens. Les premiers, ceux-ci ont émis Thypothèse d'après laquelle l'origine de tout, c'est les nombres, l'origine des nombres, c'est le pair et l'impair, d'où dérivent toutes choses, animées ou inanimées; (c'est la matière, et c'est la forme), éléments de toute perfection : par exemple, une statue se compose d'airain et d'une forme...
Nous leur répondrons : tous ceux que nous venons de dire et dont vous êtes convaincus de partager les idées, ont-ils connu ou n'ont-ils pas connu la vérité? S'ils l'ont connue, la descente du Sauveur en ce monde était inutile. Pourquoi venait-il?* Pour faire connaître une vérité déjà connue aux hommes qui la connaissaient? — S'ils ne l'ont pas connue, comment les Gnostiques peuvent-ils partager les idées de ceux qui ne la connaissaient pas, et affirmer en même temps qu'eux seuls possèdent cette science suprême,
— que possèdent ceux-là même qui ignorent Dieu?
— C'est donc qu'ils parlent par antiphrase : ils appellent « connaissance » l'ignorance de la vérité 2.
I . Voilà la raison des méfiances d'Irénée pour la philosophie ; voilà ce qui le sépare de saint Justin, et de Clément (l'Alexandrie, et ce qui le rapproche de TertuUien.
a. Que valent les rapprochements établis par Irénée? Ils sont exacts, — ou ingénieux, — à l'exception d'un seul. Il est certain que Démocrite n'a jamais enseigné, comme le veut Irénée, que notre monde fût l'image d'un monde supérieur. Son erreur procède sans doute, soit d'une interprétation allégorique d'un texte authentique de Démocrite, soit d un ouvrage apocryphe attribué à Démocrite [tel que le ireol Gu^LizoL^ziôy xal àvriiçaOsiûv, utilisé à ce moment même par Tatien : le Discours aux Gr^csj ij. Cf.
lOa LES GNOSTIQUES
Discussion de la théologie scripturaire et de la théologie arithmétique des Gnostiques
Les Gnostiques étayaient leur doctrine d'arguments tirés de la Bible et d'arguments tirés des nombres.
Ils introduisent indûment... dans leurs fantaisies les paraboles et les actes du Seigneur : voici comment. Ils veulent démontrer la passion qu'a soufferte le douzième Eon (la Sagesse), par ce fait que la passion du Sauveur est Tœuvre du douzième Apôtre et est survenue au douzième mois; — car,selon eux, il n'a prêché qu'une année après son baptême. — Cet Eon, à ce qu'ils prétendent, est représenté manifestement par la femme qui avait une perte de sang : car cette femme a souffert pendant douze ans et c'est en touchant la frange (de l'habit) du Sauveur qu'elle a recouvré la santé...; et c'est lorsqu'elle a touché la pre-
PuECH : Recherches sur le Discours aux Grecs.., p. 130 et 45, et SusEMiHL : Geschichte der Alexandrinischen Litteratur I, 482-483.] On se demande aussi comment Irénée a pu accuser les Gnostiques d'appeler imagines^ en changeant le nom, ce qui, chez Platon, est Vexemplum : chez Platon comme chez eux, ce sont les choses d'ici-bas [hœc) qui sont les imagines. Peut-être le texte est-il ici corrompu. — On sait que cette thèse est reprise et amplifiée dans les Phtlosophouména. C'était un argument plus commode que solide, dont les Chrétiens aimaient sans doute à user.
Cf. suprà p. 3-4, ce qui constitue l'originalité du Gnosticisme.
ET LA BIBLE lOJ-
mière Tétrade, figurée par la frange, que la Sagesse a pu se fixer et a cessé de souffrir.
Voici donc qu'ils démontrent par Judas la passion du douzième Eon. Mais comment peuvent-ils lui comparer Judas, qui a perdu sa place de douzième et qui ne Ta pas recouvrée? Tandis que TEon, dont Judas est le type, après s'être séparé de la Réflexion, a repris son rang.... Judas a été ... rejeté et Matthias a pris sa place, selon qu'il a été écrit : et qu'un autre reçoive sa charge de surveillant [Actes. I. 20]. Ils auraient dû dire que le douzième Eon a été chassé du Plérôme, et qu'un autre a été produit ou est émané afin de prendre sa place... Ils disent encore que c'est l'Eon lui-même qui a souffert, alors que le rôle de Judas a été de trahir. C'est le Christ, et non Judas, qui a souffert la passion : eux-mêmes le confessent. Comment donc Judas qui trahit Celui qui eut à souffrir pour nous sauver, peut-il être l'image et le type de l'Eon qui a souffert?
Mais la passion du Christ n'est pas davantage semblable à la passion de TEon, elle ne s'est pas passée de la même manière. La passion qu'a soufferte l'Eon, c'est une dissolution : celui qui souffrait courait le risque de se dissoudre dans la corruption ; au con-^ traire, le Christ Notre-Seigneur a souffert une passion violente... ; non seulement il ne courait pas le risque de se dissoudre lui-même dans la corruption, mais c'est à l'homme corrompu qu'il a communiqué sa force ; il Ta raffermi et lui a rendu l'incorruptibilité. — L'Eon a souffert sa passion en cherchant le Père^