NATURE ET DUREE
ce que nous avons rêvé. Platon prétend qu'un mystérieux breuvage nous a donné l'oubli ; mais alors, comment peut-il en parler et ne peut-il rien nous dire d'autre ? Le corps n'est pas une cause d'oubli, puisqu'il ne nous empêche pas de nous souvenir de nos rêves, ni les prophétejs de leurs visions ; et puis, l'âme est plus forte que le corps qu'elle anime, et qui est seulement son serviteur. Dieu n'est pas faible et pauvre à ce point qu'il fasse servir une même âme à plusieurs corps.
Lorsqu'il aura atteint le chiffre qu'il s'est luimême fixé, tous ceux qui ont été marqués sur le livre de vie ressusciteront avec leur corps et leur âme et leur esprit... ' ; ceux qui méritent un châtiment iront le recevoir dans leur âme et dans leur corps, qui tous deux se sont éloignés de la bonté de Dieu. Les uns et les autres cesseront d'engendrer et d'être engendrés, de se marier et d'être mariés : et le genre humain étant ainsi parfait, ayant atteint la mesure que dès l'origine lui a marquée Dieu, pourra conserver ainsi l'harmonie du Père.
Comme sur son origine, les Gnostiques se trompent sur la nature de l'âme. Elle a une substance infiniment ténue qui épouse la forme du corps, et la garde après la mort, comme l'eau glacée garde la forme du vase où elle a gelé 2 : elle peut donc être reconnue. L'histoire de
I. Pour Irénée, l'esprit (irvsuixa) est la grâce de l'Esprit-Saint qui déifie Thomme juste. Cf. notre Saint Irénée (Lecoffre), p. 163.
3. IL 19. 6. 774. B. < (Q)iomodo aquainvas missa ipsius vasis habebit formam ; et jam si gelaverit in eo, speciem habebit vasculi in quo gelavit), quando ipsae animse corporis habeant figuram : ipsi enim adaptatae sunt vasi. »
DES AMES m
Lazare et du riche, telle qu'elle est racontée par saint Luc (xvi, 19-31), rindique avec netteté.
On nous dira peut-être ici que des âmes qui ont commencé d'être..., ne peuvent pas durer longtemps; qu'il faut qu'elles soient inengendrées pour être immortelles, et que, si elles ont été engendrées, si elles ont commencé, il faut qu'elles meurent avec le corps. Que ceux-là apprennent que Dieu, le Seigneur de toutes choses, est, lui seul, sans commencement et sans fin, vraiment, et toujours et absolument identique à lui-même. Ce qui vient de lui au contraire, c'est-à-dire tout ce qui a été fait et se fait, a eu un un commencement, a été engendré et, par là, est inférieur à lui ; mais toutes ces choses persévèrent et traversent la durée des siècles selon la volonté de Dieu, qui les a faites : à l'origine, il leur donne l'être, ensuite il leur maintient l'être. Le ciel qui est audessus de nous, le firmament, le soleil, la lune, les étoiles..., qui d'abord n'existaient pas, ont été faits et ils persistent à travers une longue durée par la volonté de Dieu. De même les âmes, et les esprits, et tout ce qui a été fait... : car tout ce qui a été fait, bien qu'il ait commencé d'être, persévère dans son être aussi longtemps que Dieu veut qu'il soit et persévère... Car ce n'est pas de nous que vient la vie, ni de notre nature ; elle nous est donnée selon la grâce de Dieu... Comme le corps animal n'est pas l'âme, mais participe à la vie de l'âme tant que Dieu le veut ; ainsi l'âme n'est pas la vie, mais participe à la vie que Dieu