RÉCEPTION DU DÉLÉGUÉ PAPAL, PARURE ET ILLUMINATION
Les âmes étant ainsi bien préparées, tout comme les rues pavoisées et ornées, les fêtes jubilaires eurent donc lieu, nous l’avons dit déjà, les 28, 29 et 30 juin.
Le samedi, 28, Mgr le curé Dubuc chanta solennellement la première messe d’action de grâces, avec
diacre et sous-diacre. L’après-midi, on eut les vêpres solennelles, avec salut et bénédiction du saint Sacrement. L’église, si vaste et si belle, était remplie de fidèles. Le soir, à 7 heures 30, une nombreuse délégation de citoyens, ayant à sa tête Mgr le curé, MM. les vicaires ec MM. les marguilliers de Saint- Jean-Baptiste, se porta au devant de Son Excellence Mgr le délégué apostolique à la gare Windsor. Au débarqué, on fit une ovation au distingué prélat. Après un arrêt à l’archevêché, le cortège se reforma pour faire suite à la voiture automobile dans laquelle avaient pris place, auprès du délégué papal, Mgr Gauthier, administrateur apostolique de Montréal, Mgr le curé Dubuc et M. le marguillier en charge Cornellier. La parade se faisait, ce soir-là, par les rues de la partie ouesc, de l’avenue Esplanade à la rue Saint-Denis. Au parc Jeanne-Mance, on lança au passage un feu d’artifice. Partout, les drapeaux flottaient au vent, joyeux et fiers, et les lanternes vénitiennes alternaient avec les courants d’ampoules électriques. Devant l’église, rue Rachel, la voiture qui portait Son Excellence s’arrêta un moment et Mgr le délégué donna une première bénédiction solennelle. Son Excellence rentra pour la nuit à l'archevêché, cependant que la foule qui l’avait acclamée se dispersait.
NOCES D’OR DE LA PAROISSE
Mgr l’archevêque Gauthier voulut bien, ce soir-là, répéter à plusieurs reprises, à Mgr Du bue, qu’il était enchanté de tout ce qu’il avait vu à Saint-Jean- Baptiste et reconnaissant aux paroissiens d’avoir si bien reçu et acclamé le représentant du Saint-Père. “Dites-le bien, répétait-il, à vos paroissiens, Monseigneur. Ils ont magnifiquement fait les choses. Ditesle leur en mon nom.”
Au cours de la nuit du 28 au 29, saint Pierre, selon le dicton populaire, “pleura ses péchés”, ce qui veut dire qu’il plut abondamment. Pluie bienfaisante ailleurs, dont les champs en culcure avaient soif, mais qui fut jugée malencontreuse par les citoyens de Saint-Jean-Baptiste, lesquels désiraient et escomptaient un beau jour. Heureusement que, le matin, les nuages se dissipèrent et que, bientôt, le soleil se mit de la fête.
Ce qu’elle était pimpante et riche à voir, sous sa parure de fête, la belle église, aux rayons du brillant soleil de 10 heures, comme aussi, aux alentours, les édifices de l’académie Marie-Rose, de l’hospice Auclair, de l’académie des frères et de l’académie du Sacré-Cœur! Nous renonçons à dénombrer les drapeaux et les étendards, les inscriptions et les vivats, où dominaient, ici et là, le chiffre du jubilé, 50, en lettres d’or ou en festons de fleurs. Au frontispice de l’église, entre de larges écufesons portant les mots Foi,
Religion, Patrie, Honneu-r, ou les armes des évêques de Montréal, nous voyons toujours cette superbe tiare en relief, que surplombait tout au haut le drapeau pontifical et sous laquelle des ronds d’ampoules électriques figuraient un gigantesque 50. Cela ne se décrit pas de mémoire. Il faut avoir vu. De même, à l’intérieur, les banderolles qui descendaient des piliers du haut, en se déployant avec élégance, la profusion des ornementations, la croix de l’immense voûte démarquée par des cordons lumineux de petits globes électrisés, l’autel au superbe baldaquin tout brillant de feux et tout parfumé de fleurs, les 50 en lumière qu’on voyait partout, rien ne manquait, des jubés de l’orgue au sanctuaire où s’élevait le trône de Mgr le délégué, pour faire entendre que c’était grande fête, la fête du jubilé, la fête des noces d’or!