MESSE PONTIFICALE JUBILAIRE, ADRESSE DU CURÉ, RÉPONSE DU DÉLÉGUÉ
La messe principale de ce jubilé avait lieu à 1 1 heures le dimanche 29. Dès 10 heures 30, quand la messe de 10 heures fut finie, l’église se remplit et déborda bientôt de fidèles. A 11 heures 15, exactement, ce lut l’entrée solennelle. Nulle part au monde,
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croyons-nous, nous l’avons déjà écrit dans la monographie de Saint-Jean-Baptiste, les cérémonies liturgiques ne se font mieux qu’à l’église de la rue Rachel, sous la direction des clercs de Saint-Viateur, “des clercs paroissiaux”, disait Mgr Bourget. Ce jour-là, on se surpassa. Quel défilé que celui de l’entrée solennelle du cortège de Son Excellence, par la grande porte et par la grande nef, pour arriver au chœur! Des acolytes en soutanes blanches soutachées de rouge accompagnent la croix qui ouvre la marche. Des pages suivent. D’autres enfants viennent, des centaines, habillés de blanc crème, de rouge vif, de noir avec manteau romain et ceinture pourpre. . . Tout ce petit monde s’avance lentement, avec, à l’entrée du chœur, des évolutions savantes. Les bons frères n’ont pas l’air d’y toucher. . . et tout se fait avec une grâce incomparable. De nombreux prêtres et religieux suivent les enfants. Son Ejftellence Mgr le délégué, en magna cappa, entouré de ses assistants, ferme la marche. Souriant et bon, à droite et à gauche, il bénit, il bénit sans se lasser. Mgr di Maria est un fort bel homme. Se donnapt, ce matin-là, à la joie de ses hôtes, dans toute la majesté de la pompe qui l’accueillait, il paraissait heureux et sa haute dignité se faisait plus paternelle que jamais.
Son Excellence prit tout de suite place au trône et, avant l’office, reçut les hommages de la paroisse. Le curé lui-même,, Mgr Dubuc, revêtu de ses insignes prélatices, les lui présenta dans le discours-adresse dont voici le texte.
“Excellence,
“Vénérés confrères,
"Mes biens chers frères,
“La paroisse de Saint-Jean-Baptiste est aujourd’hui dans la joie. Elle fête ses noces d’or. Il y eut, exactement hier, le 28 juin, cinquante ans, que M. le vicaire général Moreau, au nom du grand Mgr Bourget, bénissait ici et ouvrait au culte la première église, qu’ont connue les anciens avant l’incendie du 29 janvier 1898.
“La présence de Votre Excellence, Monseigneur le délégué apostolique, à nos fêtes nous est un grand honneur et une douce consolation. C’est pour Dieu et c'est pour la sainte Église que mes prédécesseurs, les curés de Saint-Jean-Baptiste, et avec eux, nos dévoués et zélés paroissiens, ont dépensé depuis cinquante ans leur généreuse activité. Ils l’ont fait par esprit chrétien, en suivant tout naturellement les traditions du peuple canadien-français. Se grouper autour du clocher, vivre la vie catholique dans toute son ampleur et sa force sociale a toujours été
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l’une de nos meilleures garanties de progrès et de prospérité. Nos anciens ont voulu être, et ont été, de vrais paroissiens, attachés et affectionnés aux intérêts de leur paroisse. C’est une récompense magnifique pour leurs fils et représentants actuels que de voir le délégué du Saint-Père présider aujourd’hui à leurs fêtes et célébrer avec eux les noces d’or de la paroisse.
"Il y a maintenant six ans, Monseigneur le délégué apostolique, aue vous êtes au Canada. Vous avez naguère parcouru nos villes et nos campagnes. Vous nous connaissez, vous savez que nous aimons l’Eglise et son chef suprême. L’esprit de nos zouaves de 1868-1870 reste le nôtre. Nous sommes prêts toujours, d’une façon ou d’une autre, à faire les combats du droit et de la vérité, sicut bonus miles Christi, comme de bons soldats du Christ. Rien ne saurait nous être plus agréable et plus précieux que de voir le légat du pape, l’envoyé de Benoît XV et le représentant de Pie XI, nous encourager de sa bienveillance et de ses bénédictions, en cette circonstance solennelle de notre vie paroissiale.
"C’est l’un des avantages et l’un des bonheurs des Canadiens français, Excellence, de vivre pleinement, même dans nos villes, quoique cela soit plus sensible et plus apparent dans nos campagnes, la vie paroissiale catholique. Groupés autour de leur
curé, nos fidèles des villes aussi bien que ceux des campagnes se sentent à l’aise, animés d’un même esprit et comme vivant dans une plus grande famille. C’est l’une de nos meilleures forces nationales.
“Il y a cinquante ans, Excellence, Mgr Bourget faisait bénir ici, par son grand-vicaire, M. Moreau, un modeste arbuste qui est devenu aujourd’hui un grand arbre. Seize mille âmes maintenant, au lieu de quatre mille en 1874, viennent chercher dans notre église le pain de la parole et celui plus auguste du sacrement de vie. Des institutions de charité ou d’éducation se sont une à une construites qui sont notre joie et notre orgueil.
“Quatre curés m’ont précédé dans l’administration et dans la culture de cette belle partie de la vigne du Seigneur. Je voudrais pouvoir, Excellence, les louer tous, comme ils le méritent, devant vous. Je me contente de les nommer: MM. Maynard et Ddzojs, qui se dépensèrent, le premier quatre ans et le deuxième deux ans, au service des âmes dans les débuts mêmes de la paroisse; M. Auclair, qui passa ici trente ans, s’y prodigua sans compter, fit naître, sous l'impulsion de son grand cœur, presque toutes les œuvres dont nous jouissons et finit par y donner sa vie; et enfin Mgr Forbes, dont le souvenir de douceur et de bonté est resté si vivant dans toutes les âmes de cette paroisse et qui occupe à l'heure
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actuelle avec tant de dignité le siège épiscopal de Joliette. Dire ce que Saint-Jean-Baptiste est devenue, c’est dire ce que la paroisse doit à mes quatre distingués prédécesseur^.
‘‘Je ne puis oublier, Monseigneur le délégué apostolique, en une pareille circonstance, ce que la paroisse doit aussi aux nombreux vicaires qui se sont succédé ici depuis cinauante ans, et dont je vois avec tant de bonheur un bon nombre, et quelquesuns des plus anciens, prendre aujourd’hui place dans le sanctuaire auprès du trône de Votre Excellence.
“Mes bien chers frères, c’est une grande fête pour nous que celle de ces noces d’or. N’y voyons pas, je vous prie, que l’honneur qui nous est fait par la présence de Son Excellence Mgr le délégué apostolique et de tant de distingués visiteurs. Cherchons-y plutôt une leçon de constance et de fidélité à nos saines traditions de foi et d’esprit chrétien. Malgré l’adversité, malgré les inœndies et les épreuves, notre paroisse, sous l’œil de Dieu, et je l’en bénis, a magnifiquement prospéré. Son histoire est écrite, et je proclame bien haut que, à cause de votre zèle inlassable et de votre générosité inépuisable, c’est une belle histoire. Relisez-la et faites-la lire à vos enfants. Ce sera un sûr moyen de vous retremper dans l’esprit du Christ et d’assurer l’avenir de votre belle paroisse. Nous disparaîtrons tous plus tôt ou
plus tard, mais eile, notre paroisse, elle vivra! Que votre bénédiction, Excellence, nous en soit une promesse et un gage.”
A ce discours, que Mgr Dubuc prononça, au pied du trône du pontife, d’une voix forte, avec une excellente articulation et de manière à être bien entendu, Mgr le délégué répondit, lui aussi d’une voix distincte et facile à suivre, avec cette légère pointe d’accent italien qui est un charme, mais en excellent français, par l’allocution que voici.
“Monseigneur le curé,
“C’est une pensée de foi et de piété qui vous a inspiré d’inviter le délégué apostolique à venir pontifier dans votre belle église eh ce jour. Vous célébrez aujourd’hui le cinquantième anniversaire de fondation de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, et, en une circonstance si mémorable, point de doute que la présence au milieu de vous de celui qui, quoique bien humblement, représente le Souverain Pontife au Canada, est une nouvelle source de joie, tant pour les paroissiens que pour leur cher pasteur.
"C’est un véritable plaisir pour moi de venir partager votre bonheur et de vo'us dire combien le pape loue votre foi vive, de quel cœur il vous bénit et comme il se réjouit du bien qui s’est accompli dans
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cette paroisse pendant les cinquante ans qui viennent de s’écouler.
“Oui, vraiment, qui dit un demi-siècle de vie paroissiale dit un demi-siècle de labeurs assidus pour la création et l’accroissement de tant d’œuvres de religion et de charité dont les âmes ont profité en nombre incalculable. Et, dans votre église, vrai centre de la vie paroissiale, que ce soit le grandiose édifice que nous admirons présentement ou que ce soit le beau temple qui naguère fut la proie de l’élément destructeur, que de faveurs divines jetées à profusion dans les âmes! Combien d’entre vous ont reçu, ici même, le premier sacrement qui les a faits enfants de Dieu et héritiers du paradis! Combien qui, par l’imposition des mains de l’évêque, sont devenus ici parfaits chrétiens! C’est ici que, depuis cinquante ans, les paroissiens de Saint-Jean-Baptiste viennent déposer le fardeau de leurs péchés et se nourrir du pain céleste, gage de vie éternelle. Que de lumières et d’inspirations surnaturelles ont rempli les esprits et les cœurs, en ce lieu, en réponse aux prières ferventes qui n’ont cessé de monter vers le ciel! Et toutes les fois que la mort est venue vous ravir ceux qui vous furent chers, vous avez encore porté à ce centre de vie leur dépouille mortelle, pour que la prière du prêtre hâte le moment où, délivrés des flammes expiatrices, ils puissent enfin jouir du
bonheur sans limites avec Dieu. Et, là-haut, le grand nombre des paroissiens qui ont passé à une vie meilleure, pendant ce demi-siècle, participent à vos fêtes jubilaires, regardent avec complaisance l’œuvre accomplie et, par leur puissante protection auprès du Seigneur, préparent la moisson d’âmes pour l’avenir.
‘‘Monseigneur, cette belle pafoisse porte le nom, si cher au cœur canadien, de saint Jean-Baptiste. Vous surprendrai-je en disant que, parmi les saints de l’Ancien Testament, on n’en rencontre point qui ait miedx rempli la mission qui, dans chaque paroisse, incombe au curé ? Il instruisait les foules. Il prêchait Jésus-Christ, qui vivait au milieu du peuple, mais que le peuple ne connaissait point. Il baptisait de ce baptême de pénitence qui était la figure du grand sacrement institué par Notre-Seigneur, dans l’eau et dans l’Esprit-Saint, pour être la base de tous les autres sacrements. Saint Jean-Baptiste enfin condamnait les vices du siècle et il mourut martyr de son devoir. Quel bel exemple pour un pasteur d'âmes!
"Cher Monseigneur, avec l’exemple et sous le patronage d’un si grand saint, continuez votre noble et sublime mission. Les fêtes de ce jour seront pour vous et pour tous vos paroissiens l’occasion de grâces spéciales de Dieu. Qu’elles soient aussi un
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précieux encouragement pour l’avenir. . . Les saints du ciel prient pour vous, le pape vous bénit, vos amis, qui font couronne autour de vous, vous félicitent. Je m’unis à eux pour vous féliciter à mon tour et pour vous dire de toute mon âme: ad multos annos ! ”
Ces discours, il était aisé de s’en rendre compte, furent écoutés avec une respectueuse attention par l’immense auditoire. On sentait qu’il s’échangeait, en cette circonstance, des paroles qui ne devaient pas s’oublier. Mgr le curé rappelait le passé, Son Excellence le félicitait de tout ce qui s’est fait depuis cinquante ans dans la paroisse et, au nom du pape, elle bénissait l’avenir. Mgr Bourget, Mgr Fabre, les cutés défunts, du haut du ciel, où nous nous plaisons à les voir, ont dû se pencher avec bonheur vers ce coin de terre où, pbur le bien, leur action fut puissante et féconde!
L’instant d’après, Mgr di Maria revêtait les ornements sacrés, qu’apportaient un à un, dans des évolutions et avec un ensemble pleins d’élégance, des enfants merveilleusement exercés, et la messe pontificale commença. Les assistants de Mgr le célébrant étaient: M. le curé Perrier, du Saint-Enfant-Jésus, la paroisse-mère de Saint-Jean-Baptiste, prêtre assistant; M. le chanoine Pratte, supérieur du séminaire de Saint-Hyacinthe, où Mgr le curé Dubuc a fait
ses études, premier diacre d’honneur; M. le curé Bonin, de Saint-Barthélémy, ancien vicaire de Saint- Jean-Baptiste (il y a 40 ans) de 1875 à 1885, deuxième diacre d'honneur; les Révérends Pères Cornellier, des Oblats (le fils du marguillier en charge), et Martineau, des Viateurs (enfant d’une famille de la paroisse), diacre et sous-diacre d’office. Tout le monde admira la perfection avec laquelle les enfants qui servaient à l’autel s’acquittèrent de leurs fonctions. Disons aussi que, dans les nefs, les jeunes gens qui s’occupaient de placer les invités, sous la direction de M. Alfred Girard, firent très bien les choses. Dans la vaste église, si bien éclairée, le déploiement de ces cérémonies avait un caractère des plus imposants.
A l’orgue, la chorale Saint-Jean-Baptiste, si justement réputée, exécuta, comme la veille du reste et comme le lendemain à la messe des morts, un programme musical choisi. Particularité intéressante, on joua ou on chanta du Contant, du Descarries, du Lamoureux, tous des organistes ou des chantres de Saint-Jean-Baptiste. Même après la musique des grands maîtres, tels que Widor, Gounod, Saint-Saëns et Perosi, celle des nôtres, au dire des connaisseurs, ne faisait pas mauvaise figure, si tant est qu’on puisse parler ainsi de l’harmonie des sons. M. le professeur Germain Lefebvre remplissait ses fonctions de maître de chapelle et M. le professeur Raoul Paquet
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touchait l’orgue. Avec M. Germain Lefebvre luimême, les principaux solistes furent MM. Blanchard, Gour, Favreau, Rochon, Mongeau, Lavoie, Lefebvre (Joseph), Poirier et Leprohon. Ce f1 t, les trois jours, solide et brillant jusque pour les oreilles d’un orofane.