‹ Saint-Jean-Baptiste de MontrealChapitre 20 sur 24 · BENEDICTION DU SAINT-PERE · texte numérisé non relu

BENEDICTION DU SAINT-PERE

Vers la fin de la messe, Mgr Forbes, ancien curé de Saint-Jean-Baptiste et évêque de Joliette, qui venait de porter la parole au congrès de la Jeunesse Catholique, prit place au sanctuaire. Mgr Georges Gauthier, archevêque de Tarona et administrateur apostolique de Montréal, retenu à une autre cérémonie, n’ayant pu se rendre, comme il l’aurait voulu, aux fêtes de Saint-Jean-Baptiste, c’est Mgr Dubuc qui lut au peuple, à l’issue de la messe pontificale, le câblogramme apportant aux paroissiens en “jubilé” la bénédiction du pape Pie XI.

Un précieux message nous est venu de Rome, expliqua Mgr le curé, dont Mgr l'administrateur apostolique vous eût donné communication s’il eût pu être ce matin présent au milieu de nous. Avec la permission de Son Excellence Mgr le délégué, j’ai l’honneur de vous en faire part.

“Rome, le 25 juin 1924,

“Archevêque Georges Gauthier, Montréal. Saint- Père bénit paroissiens Saint-Jean-Baptiste, occasion jubilé fondation.

(signé) Card. Gasparri."

NOCES D OR DE LA PAROISSE

Cette bénédiction papale, qui comporte une indulgence plénière aux conditions accoutumées, Mgr le délégué apostolique, ainsi qu’il convenait, la donna lui-même.

Enfin, à la sortie de l’église, le cortège du délégué, prêtres et clercs, se groupa sur le portique et un photographe habile fixa pour l’avenir le souvenir de cette magnifique assistance.

LE BANQUET — CHANTS — DISCOURS DE Mgr FORBES

A ses invités et à ses hôtes d’honneur il avait été décidé que la paroisse devait offrir un banquet. A i heure 30, les convives, au nombre de plus de quatre cents, étaient réunis dans la magnifique salle Saint-Vincent-de-Paul-, qui se trouve heureusement aménagée au sous-sol de l’église. Des jeunes gens de bonne volonté, membres du cercle Le Moyne de l’A.C.J.C. de la paroisse, étaient chargés du service des tables et s’acquittèrent fort gentiment de leur tâche. Comme il est d’usage en ces grands concours, on nous donna, à l’exception du potage “Saint-Jean”,

un dîner froid: olives, tomates, concombres et saucissons en hors-d’œuvre, langue en gelée, jambon froid et galantine de volaille, pommes-château, salade de saison, crème glacée napolitaine, petits fours et café, vin ‘‘chianti’’, liqueurs douces, fruits et fromage . . .

Un autre menu, plus doux encore à déguster, attendait les convives. Les jeunes filles de l’académie Marie-Rose et, après elles, les orphelins de l’hospice Auclair exécutèrent avec succès un beau programme musical. Les jeunes filles donnèrent des extraits de Ruth, l’oratorio de César Frank, paroles de Guillemin, et les orphelins un Jubilé d'or, écrit par le Père Louis Lalande, avec adaptation musicale de M. Germain Lefebvre. Il n’est pas d’auditoire plus ingrat sans doute que celui qui se compose de gens qui dînent, surtout quand on dîne tard. Pourtant, nous ne croyons pas mentir en écrivant que ces jeun.es artistes réussirent magnifiquement à capter l’attention. Dans Ruth, le chant du crépuscule, l'air de Booz, les portes de Bethléem furent brillamment enlevés. De jeunes solistes, à la voix très pure, disaient fort bien les angoisses et les joies de la Moabite et les chœurs s’exprimaient dans un ensemble des plus harmonieux. Les derniers vers de Guillemin, qui paraissaient

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vraiment de circonstance en cette fête paroissiale, nous reviennent encore:

Donne à ton peuple, à ton Église,

Donne un flambeau divin. . .

Et que sa clarté nous conduise A l'aurore du jour sans fin. . .

Le Père Louis Lalande avait écrit pour les petits orphelins et orphelines, aux voix fraîches et candides, des vers qui n'éta,ient peut-être pas très poétiques, parce que l’auteur les voulait sans doute très simples et peu compliqués. M. Germain Lefebvre sut les faire rendre dans un rythme des plus naturels et des plus touchants. C’était tout simple et c’était grandiose à force d’être charmant. Si les jeunes filles de Ruth étaient gracieuses à regarder autant qu’agréables à écouter, les “petits” du Jubilé d'or étaient à croquer tout bonnement! On n’avait pas assez d’yeux et d’oreilles pour les voir et les entendre. Les fillettes portaient à leur corsage les "cloches” du jubilé, et les garçonnets, à leurs basques, un beau “50” en or! C’était ravissant! Nous reproduisons la dernière strophe — si c’en est une — de ce chant sans prétention :

0 saint Jean, doux protecteur,

Vers toi s'élève notre cœur.

Que par toi notre amour s'accroisse !

Que Jésus, dans cette paroisse,

Ne cesse de régner en roi !

Qu'il garde notre foi !

Qu'elle croisse,

O Christ-Roi . . .

Au moment où les chers enfants de l’hospice Auclair achevaient ce chant, qu’ils rendirent d’une façon vraiment heureuse sous la direction personnelle de M. Germain Lefebvre, le dîner se terminait aussi et Mgr le délégué apostolique avait dû quitter la table d'honneur, que naturellement il présidait, cédant la place à Mgr Forbes. Un petit homme du groupe des orphelins, haut comme ça, n’en fit pas moins sqn discours au ‘‘délégué du pape", une de ces petites choses charmantes et touchantes comme seules les bonnes sœurs savent en imaginer. Il terminait en souhaitant "bonheur, longue vie et prospérité” à la paroisse, aux invités, à Son Excellence et au Saint-Père, sans plus de cérémonies. “Gloire, amour à Notre Saint-Père! Gloire à Pie XI, si doux, si bon!..." A la demande de Mgr le curé Dubuc, Mgr Forbes prit la parole.

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“Mgr le délégué, dit-il, a dû s’éclipser. Il m’a laissé l’honorable tâche de répondre en son nom. Ces chers enfants viennent d’acclamer le distingué représentant du Saint-Père et le Saint-Père lui-même, Pie XI, si doux et si bon. Je les remercie de leurs vœux si sincères, si purs, si délicats et si charmants. Ils montent, ces vœux candides, vers le ciel, comme un encens d’agréable odeur. Des bénédictions et des grâces célestes leurs seront en retour octroyées par la divine puissance. Mes frères, c'est là un hommage de reconnaissance offert par ces petits et ces humbles en votre nom pour cette faveur de la bénédiction papale avec indulgence plénière qui vous a été donnée ce matin par Son Excellence. Disons merci à ces enfants. La voix des humbles et l'hommage des petits plaisent au bon Dieu. Nous ne saurions avoir auprès de lui de meilleurs ambassadeurs.

“Seul survivant des quatre curés qui ont précédé votre curé actuel, continua Monseigneur, je suis heureux, mes frères, vous n’en doutez pas, de me trouver aujourd’hui avec mes chers paroissiens d’autrefois. Ce matin, c’est pour les vivants, demain ce sera pour le memento des défunts. Ensemble nous prierons pour nos chers morts, comme ensemble nous nous réjouissons de tout ce que Dieu a fait pour cette paroisse depuis cinquante ans. De ces cinquante

ans, je n’en ai vécu que deux avec vous, mais c’est assez pour ne pouvoir jamais vous oublier. Vous avez passé par de rudes épreuves mais l’épreuve est une bénédiction où l’on se retrempe et où l’on se raffermit. D’autres grâces, et nombreuses, vous ont été départies. La Providence, en somme, a été pour vous une bonne mère. Je me rappelle toujours, pour ma part, avec bonheur, les deux ans et demi de mon séjour à Saint-Jean-Baptiste. Soyez remerciés une fois de plus, mes frères, pour votre bienveillance de jadis et pour le bon souvenir que vous voulez bien me garder. . .

"Je voudrais évoquer longuement la mémoire de mes vénérés prédécesseurs. Le temps ne me le permet guère. Leur histoire d’ailleurs est écrite dans la monographie paroissiale qui vient de paraître. Je remercie et je félicite l’auteur de ce travail qui ne contribuera pas peu à conserver dans vos foyers et chez vo3 enfants l’esprit chrétien et les saines traditions de vos pères et de vos grands-pères. Il se trouve que les cinq curés que la Providence vous a donnés, en votre demi-siècle de vie paroissiale, avaient reçu leur éducation dans cinq de nos meilleurs collèges M. Maynard était de Joliette et M. Dozois de l’Assomption. M. Auclair, d’immortelle mémoire, qui fut trente ans votre curé, était un illustre fils de Sainte-Thérèse, qui ne donne d’ailleurs

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que d’illustres fils... Je suis moi-même du collège de Montréal et mon estimé successeur est un enfant de Sa'nt-Hyacinthe, l'église fille-aînée de Montréal . . .

“Acceptez, chers paroissiens d’autrefois, mes meilleurs vœux de progrès et de prospérité

Mgr Forbes ne s’était pas assis que le petit homme de tantôt, inspiré sans doute par la bonne sœur qu’on apercevait dans la coulisse, cria à pleins poumons: “Vive Mgr Forbes!” C était le mot qui convenait.

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