DISCOURS DE M. LE MARGUILLIER CORNELLIER
On était à l’heure des discours. Il y en eut un qui ne fut pas prononcé, mais qui était écrit. C’est celui du marguillier en charge, M. Cornellier Une bonne fortune a voulu que le texte nous tombe entre les mains. Nous nous reprocherions de ne pas le publier. Il appartient à l’histoire. Voici donc ce que M. le marguillier Cornellier devait dire à Mgr le délégué, si celui-ci eût été là.
“Excellence,
Messeigneurs,
“Messieurs,
“D'après la coutume, le marguillier en charge, dans nos paroisses de la province de Québec, si responsable qu’il soit, n’est en charge de rien du tout. Il n’a qu’à laisser faire le curé qui besogne pour a paroisse et pour lui.
“I se présente cependant des circonstances où l’honneur comporte son fardeau, et c’en est une aujoui d’hui! Je crains sincèrement de n’être pas à la hauteur pour vous dire, Excellence, et à vous, Messeigneurs, toute la joie dont nos cœurs sont remplis, à nous les paroissiens de Saint-Jean-Baptiste.
“Comment pourtant ne pas parler ? Si nous nous taisions, les pierres de notre église, de notre hospice, de notre collège, de nos couvents et de nos écoles parleraient toutes seules. Elles diraient notre foi, notre charité, notre esprit chrétien.
“Notre foi d’abord. Oui, nous sommes des croyants sincères. Nous pouvons avoir nos faiblesses, mais nous sommes chrétiens et catholiques dans l’âme. Notre paroisse a connu des jours difficiles. Nous avons eu nos épreuves. Par deux fois, notre église a été rasée par l’incendie. Guidés et soutenus par nos curés, nous avons tout relevé et tout re.
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bâti, et chaque fois le temple de Dieu renaissait plus beau et plus spacieux. Sans doute, cela n’allait pas Sans quelques sacrifices de notre part A la fin, nous trouvions qu’ils étaient légers.
“La foi sans les œuvres est une foi morte. A côté de notre église, deux fois rebâtie, nos institutions éducationnelles et de charité se sont élevées, qui proclament bien haut la générosité de nos gens. En général, surtout dans les commencements, nos co-paroissiens n’étaient pas très riches. Le plus' souvent, c’est la souscription du pauvre qui a permis l’éclosion de nos œuvres Nos curés, le curé Auclair surtout, qui a passé trente ans à la tête de la paroisse, étaient des hommes d’action. Ils donnaient l’élan et toute la paroisse suivait.
“C’est que l’esprit chrétien, l’esprit paroissial, fruit naturel de la foi et de la charité, a toujours été très vivant parmi nous, et c’est ce dont, il me semble, Excellence, Messeigneurs et Messieurs, il convient au marguillier en charge de féliciter ses co-paroissiens. Obéissant à nos chefs, comme nos pères aux jours des premières corvées pour la construction de l’église il y a cinquante ans, nous avons fait nos petites corvées au jour le jour sans presque nous en apercevoir. Et les résultats ont été magnifiques! Jugezles, Excellence, Messeigneurs et Messieurs, et dites si le plus modeste des marguilliers n’a pas le droit
d’être fier comme un prince de ses co-paroissiens anciens et actuels.
“Aussi bien, nous n'avons pas d’autre ambition que de voir notre paroisse et nos co-paroissiens continuer dans la voie parcourue depuis cinquante ans. Qu’elle grandisse, notre paroisse, qu’elle prospère toujours! Ce sera la joie de nos fils et ce sera leur meilleure garantie d’avenir!”
Discours de Mgr Dubuc
Mgr le curé Dubuc avait, lui aussi, son discours tout prêt. Et, fort heureusement, malgré l’absence du délégué papal, que par une fiction de droit il considéra comme présent, il lut sa harangue, qui constitue un précis de l'histoire de la paro sse et dont voici le texte.
“Excellence,
“Monseigneur,
‘Messieurs,
“On a souvent comparé les noces d'or à un soleil couchant. Quand deux époux, par exemple, reviennent, après cinquante ans de ménage, renouveler
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leurs serments au pied des autels, quand un prêtre ou une religieuse, après cinquante ans de vie donnée à Dieu, célèbre son jubilé de cinquantenaire, on dit: “C’est beau, mais c’est l'approche de la fin.’’ Le soleil des noces d’or, en effet, s’il est brillant et doux à voir, a aussi, pour les pauvres humains, quelque chose de la mélancolie d’un beau couchant.
Il n’en est pas de même, Messeigneurs et Messieurs, des noces d’or d’une institution ou d’une paroisse. Elles constituent uniquement comme une affirmation et une surabondance de vie. Tout ce que nous avons à proclamer aujourd’hui, c'est que notre paroisse Saint-Jean-Baptiste a vécu pleinement ses cinquante ans et qu'elle est encore riche d’avenir
“Elle a eu ses beaux et ses mauvais jours. Deux fois l’incendie a rasé son église, les constructions et reconstructions ont coûté cher, le budget de la fabrique a connu des heures difficiles, mais l’infatigable générosité des paroissiens a permis de faire renaître de leurs cendres, plus spacieux et plus beaux, nos édifices religieux. En même temps, nos maisons d’éducation, notre hospice des pauvres, nos sociétés de secours s’agrandissaient ou se fortifiaient. L’esprit paroissial, comme un ciment puissant, unissait les uns aux autres les milliers de paroissiens
pour l’œuvre commune. Et c’est là ce qui explique tous nos relèvements et tous nos progrès.
“Quels changements se sont produits à Saint-Jean- Baptiste depuis cinquante ans! Lorsque, le 28 juin 1874, M. le grand-vicaire Moreau, au nom de Mgr Bourget, bénissait notre première église, tout était bien pauvre dans la localité et ce n’était partout aux alentours que des champs à perte de vue. Quatre mille âmes environ formaient la population catholique. M. le curé Maynard et ses deux vicaires, MM. Baril et Bonin, logeaient dans une maison à sept pièces. La grande église en pierre, avec son soubassement humide, son toit sans voûte et ses quatre murs sans crépi, était bien nue, bien froide et bien triste. L'ancien presbytère, qui avait sa façade et son jardin sur la rue Rachel, ne fut construit que sous M. Dozois, en 1879. Les deux premiers curés, MM. Maynard et Dozois, passèrent, l’un quatre ans, de 1874 à 1878, et l’autre deux ans, de 1878 à 1880, à la tête de la paroisse. Le souvenir de leur zèle et de leur dévoument ne s’est pas perdu.
“11 est un autre de mes prédécesseurs, qui a dirigé cette paroisse pendant plus de trente ans, à qui je suis particulièrement heureux, Excellence, Monseigneur et Messieurs, en présence de cet auditoire distingué, de rendre un solennel hommage. C’est M. le curé Magloire Auclair. De 1880 à 1911, M.
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Auclair s’est dépensé sans compter, à Saint-Jean- Baptiste, au service de Dieu et des âmes. Toutes les œuvres vives de la paroisse, on peut l’affirmer, sont nées sous l’impulsion de son grand cœur. Eglise, sacristie, chapelle, presbytère, académie des frères ou des sœurs, il a tout construit, achevé, agrandi ou reconstruit, sans jamais se lasser. Le premier debout dans sa maison, il vaquait aux exercices du ministère, confessait, prêchait, visitait les malades, avec un zèle incomparable. L'histoire de son administration, qui forme deux chapitres de la monographie de notre paroisse récemment publiée, est un récit des plus émouvants. L’on sent que l’historien l’a écrite avec son cœur autant qu’avec sa plume. “Tout avait réussi au curé Auclair,’’ dit-il en terminant le dernier de ces deux chapitres, “jusqu’au terme de sa carrière. Mais à la fin Dieu a voulu que sa force vacille, que sa voix se taise et que son bras se paralyse. Ses travaux et ses œuvres restent, mais lui est mort écrasé par la douleur.’’ Messieurs, nous ne rendrons jamais trop d’hommages, à Saint-Jean- Baptiste, à la mémoire du curé Auclair. Des ombres ont pu se glisser sur la fin de ses jours. Elles n’empêchent pas qu’il ait été le grand ouvrier de notre œuvre paroissiale, celui qui a presque tout fait, celui avant tout autre dont la mémoire, rnérite
d être en vénération et en bénédiction au foyer de chacune de nos familles.
"Puis, vous êtes venu, Monseigneur l’évêque de Joliette. Recueillant une succession qui était lourde à certains égards, éprouvé au lendemain de votre arrivée comme curé dans la paroisse par le deuxième incendie, celui de juin 1911, vous avez travaillé pendant deux ans à réparer et à consolider ce qui avait besoin de l’être. La nouvelle de votre élection à un siège épiscopal fut ici une cause de joie et de peine tout ensemble. On vous voyait avec bonheur prendre rang parmi les pontifes de l’église. . . Mais vous quittiez la paroisse. . . Heureusement, vous nous revenez de temps en temps.
"Il y a dix ans, et même presque onze ans, j’avais l'honneur. Messieurs, de succéder aux quatre pasteurs que je viens de nommer. Comme eux, j’ai pu compter sur la coopération de mes chers paroissiens. Notre église s’est construite, nos œuvres ont prospéré. Laissez-moi proclamer que c’est à votre zèle paroissial et à votre esprit de charité que tous nos progrès sont dus. La paroisse compte actuellement seize mille âmes. Nos académies instruisent et éduquent plus de deux mille cinq cents enfants. Notre hospice Auclair hospitalise une centaine de vieillards et d’orphelins. Notre dette de paroisse, encore assez élevée, se solde assez rapidement. De-
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puis 1917, je suis fier de proclamer que, sur 277,000 piastres que nous devions, nous en avons payé 77,000, et qu’il ne nous reste plus, par conséquent, au passif, que 200,000. L’esprit chrétien, qu’avaient si généreusement inculqué à leurs paroissiens mes vénérés prédécesseurs, est toujours vivant. Vive Dieu! tout va bien. Chers amis, soyez-en bénis, félicités et remerciés !
“C est un grand bonheur, Excellence et vous Monseigneur pour le curé de Saint-Jean-Baptiste, de pouvoir rendre en votre présence cet hommage au souvenir de ses prédécesseurs et au bon esprit qui a marqué de tout temps leurs paroissiens et qui marque aujourd’hui les siens. Il me semble que, connaissant mieux ces derniers, vos bénédictions se feront encore plus chaleureuses.
'Je vous ai dit ce matin, du haut de la chaire, Excellence, combien votre présence à nos fêtes nous était chère et précieuse. Qu'il me soit permis de voué dire encore une fois merci. L’amour du pape et de son représentant n’avait pas à naître au milieu de nous, mais je suis sûr que la condescendance dont vous usez à notre endroit aujourd’hui ne pourra que fortifier cet amour filial, fait de respect et de vénération pour la sainte Église et ses chefs.
‘ Merci à vous, également, Monseigneur de Joliette, d’avoir bien voulu nous honorer de votre présence et nous fortifier de vos bénédictions.
‘Merci à nos vicaires et à tous les organisateurs de ces belles fêtes. Merci à tous, et merci du plus profond du cœur.”