‹ Saint-Jean-Baptiste de MontrealChapitre 4 sur 24 · S. MAYNARD · texte numérisé non relu

S. MAYNARD

M.AUCLAIR

1880 — ISII

çUBUC

LES ORIGINES DE LA PAROISSE

breux ayant fixé là leur demeure, en dehors des limites de la ville du temps. Il s’y trouvait d’immenses carrières de pierre dont l’exploitation devenait profitable, à mesure que la construction se développait, et fournissait la subsistance à des ouvriers et à des manœuvres qui, naturellement, s’étaient logés sur les lieux où s’exerçait leur industrie. Les deux centres principaux où se poursuivaient ces opérations avaient été respectivement dénommés Coteau-Saint- Louis et Pierreville, l’un à cause de la configuration du terrain et l’autre du prénom du principal propriétaire, M. le docteur Pierre Beaubien, l’aïeul des Beaubien d’aujourd’hui. Pierreville portait aussi le nom populaire de Mile-End, parce qu’un fameux rond de courses s’y remarquait, à un mille des limites de la ville. Disons tout de suite que, de nos jours, Coteau-Saint-Louis est devenu, au civil, le quartier Saint-Denis (depuis 1900) et, pour les fins religieuses, la paroisse Saint-Denis (depuis 1890), tandis que Pierreville ou le Mile-End s’est appelé, au civil, Saint-Louis-du-Mile-End, puis Ville-Saint- Louis, et, pour les fins religieuses, Saint-Enfant- Jésus-du-Coteau-Saint-Louis en premier lieu, et enfin Saint-Enfant- Jésus-de-Montréal (depuis 1899).

Un précis historique de cette paroisse du Mile- End, de 1848 à 1874, puisque le territoire de Saint- Jean-Baptiste en faisait alors partie, ne constituera

pas ici, croyons-nous, un hors-d’œuvre. Dès 1848, Mgr Bourget avait décidé d’ériger, dans cette partie du nord de la ville, pour subvenir aux intérêts spirituels de ceux qui l’habitaient, une église succursale ou filiale de Notre-Dame-de-Montréal. Le 16 avril de cette année 1848, il bénissait l’emplacement du futur temple et y plantait une croix. Un peu plus d’un an plus tard, le 3 novembre 1849, le docteur Beaubien faisait don à Mgr l’évêque et à l’Église d’un vaste terrain, et, dans le cours de la même année, une chapelle temporaire s’y construisait. Huit ans se passèrent. Le 14 juin 1857, Mgr Bourget bénissait la pierre angulaire de la première église permanente. Enfin, le 25 décembre 1858, jour de Noël, Mgr l’évêque venait en personne y célébrer la première messe. De 1858 à 1863, la direction spirituelle de cette église filiale de Notre-Dame fut confiée aux Clercs de Saint-Viateur, et les Pères Lagorce, Jacques, Lahaie et Thibaudier s’y succédèrent en qualité de desservants. Le 16 février 1863, deux Sulpiciens, MM. Tallet et Archambault, prenaient charge de l’église, toujours succursale de Notre-Dame. En 1867, Mgr Bourget érigeait la paroisse canonique, et les Viateurs revenaient, le Père Beaudry d’abord, puis le Père Mainville. Cinq ans plus tard, en 1872, les prêtres séculiers remplaçaient les religieux. De 1872 à 1875, M. l’abbé Rioux

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fut le premier curé du clergé séculier. Ses successeurs, depuis cinquante ans, ont été : M, Taillon (1875- 1878), M. Birtz (1878-1889), M. Lesage (1889-1897), Mgr LePailleur (1897-1915), et, depuis neuf ans, M. Perrier.

Cependant, en 1872, sous M. Rioux, et déjà plusieurs années auparavant, le “ village Saint-Jean- Baptiste ” existait, au sud du Mile-End, en descendant vers la ville, distinct au civil du Coteau-Saint- Louis, et sa population progressait rapidement. Le LovelV s Directory pour 1872 donne même un chiffre plus considérable d’habitants à Saint-Jean-Baptiste, soit 5,000, qu’à Coteau-Saint-Louis, pour lequel il n’ei enregistre que 4,000. Il était naturel que l’évêque du diocèse pensât à assurer une desserte à cet important groupement qui s’augmentait sans cesse, par la forte natalité d’abord de ses chrétiennes familles, et aussi par l’affluence de nouvelles venues du point de vue moral tout aussi bien disposées. M. l’abbé Maynard, qui remplissait les fonctions d’aumônier au Bon-Pasteur de la rue Sherbrooke depuis 1871 et avait été à Joliette un condisciple de M. le curé Rioux, fut chargé par Mgr Bourget de veiller immédiatement à l’organisation de la nouvelle desserte et future paroisse. Les gens du “ village Saint-Jean-Baptiste ”, conseil municipal en tête, s’y

prêtant volontiers, M. l’abbé Maynard se mit à l’œuvre avec autant d’ardeur que de confiance.

Grâce sans doute aux démarches de ce prêtre zélé, le 13 juin 1872, quatre grands propriétaires du “ village ”, MM. Ferdinand David, député à la chambre de Québec, Sévère Rivard, avocat, Michel Laurent, architecte, et Gustave-Adolphe Drolet, avocat, faisaient don, par acte notarié, passé devant maître Édouard-P. Fréchette, à la corporation épiscopale et à Mgr Bourget, de vingt emplacements, d’environ 15 pieds de large sur 200 de profondeur chacun, sis entre les rues “ projetées ” Drolet et Sanguinet (aujourd’hui Henri-Julien) et ayant front sur la rue Rachel, avec entente qu’on y construirait une église pour les catholiques romains et à la condition que les donateurs ne paieraient aucune taxe d’église dans l’avenir. Cinq ans plus, tard, le 8 mars 1877, cette propriété devait être cédée par la corporation épiscopale à “ l’œuvre et fabrique ” de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, qui serait alors constituée.

Les premiers travaux d’excavation et de construction commencèrent tout de suite, au cours de cet été ou de cet automne de 1872. Mais il fallut bientôt les interrompre, à cause de l’hiver sans doute, et probablement aussi pour d’autres raisons. Il fut question, en effet, de les suspendre, cçs travaux, plusieurs

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années. En voici la preuve. Le 1er mars 1873, les citoyens du “ village Saint-Jean-Baptiste ” adressaient une requête à Mgr Bourget — laquelle est conservée aux archives du diocèse — pour demander à Sa Grandeur “ que les travaux de l’église, maintenant en construction dans cette localité, soient poussés de telle sorte qu’il soit possible d’y dire et entendre la messe vers le 1er janvier prochain (1874) ”, alléguant, entre autres considérants, que “ ne pas reprendre les travaux au printemps prochain serait dommageable à leurs vrais intérêts”, et que “ le bruit qui en circule provoque des murmures ”. Le 8 mars, c’est-à-dire huit jours après, l’évêque écrivait à son grand-vicaire, M. le chanoine Hippolyte Moreau, le chargeant de rencontrer les signataires de la requête et de s’entendre avec eux, en son nom, au sujet des mesures financières à prendre.

Parmi les citoyens du “ village Saint-Jean- Baptiste ” qui signèrent cette requête de mars 1873 à Mgr Bourget, à la suite des noms de M. le curé Rioux et de M. l’abbé Maynard, nous tenons à le noter pour l’histoire, on trouve ceux de M. J. -O. Villeneuve, maire du village (plus tard maire de Montréal), des quatre donateurs du terrain de l’église, MM. David, Rivard, Laurent et Drolet, du député d’Hochelaga, M. A. Desjardins, des conseillers du “ village ”, MM. Léandre Fauteux, Édouard

SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉaI

Girard, John McCaughan, Joseph Paris, Alphonse Bastien, du secrétaire-trésorier M. A. Normandin, du notaire M. L.-N. Dumouchel, et de plus d’une centaine d’autres.

On reprit, en conséquence, les travaux de l’église au printemps de 1873. Un ancien nous racontait qu’en juin et juillet de cette année on fit des “ corvées ” pour charroyer la pierre. Jusqu’à cent voitures se suivaient, certain jour, des carrières du Mile-End au site de l’église de la rue Rachel. Les larges tombereaux s’ornaient de drapeaux et de feuillages et l’on chantait gaiement. Il y eut même jusqu’à une fanfare ! Cependant on dut suspendre encore durant l’hiver de 1873-1874, et la grande église en pierre, de 180 pieds sur 80, qu’on bâtissait, ne fut prête qu’en juin. M. l’abbé Maynard, toujours chapelain au Bon-Pasteur, trouvait quand même le moyen de diriger tous ces travaux. Il se faisait aider le mieux qu’il pouvait par les citoyens de la localité, mais pour les responsabilités financières il devait s’appuyer surtout sur la corporation épiscopale qui continuait d’être l’unique propriétaire de tout ce qui appartenait à l’église et le resterait jusqu’en mars 1877. M. l’architecte Alphonse Raza avait fait les plans de l’église et les principaux entrepreneurs furent MM. Louis David et Jean Paquette.

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Le 28 juin 1874, ainsi qu’il est dit dans notre préface, la construction de l’église ayant été jugée assez avancée, M. le grand-vicaire Moreau venait la bénir et l’ouvrir au culte. Ce fut une belle cérémonie. A la messe solennelle, célébrée par M. le curé Rioux, il y eut du beau chant et M. le curé Norbert Lavallée, de Saint-Vincent-de-Paul (île Jésus), prononça un éloquent sermon. Les gens du “ village Saint-Jean- Baptiste ” étaient dans la jubilation. Leur grande église en pierre était encore bien nue et bien froide, mais enfin ils avaient leur église à eux !

Nous pensons d’après la tradition orale — il n’y en a pas trace aux archhres du diocèse — que M. l’abbé Maynard fut à ce moment nommé desservant. A quelques jours de là, en tout cas, au commencement de juillet, M. l’abbé Baril, un de ses condisciples de Joliette comme M. le curé Rioux, lui était adjoint pour l’exercice du saint ministère. Ils vinrent demeurer, tous les deux, à proximité de l’église, dans une maison qui fait encore le coin sud-ouest des rues Rachel et Henri-Julien (autrefois Sanguinet), et où ont habité, dans la suite, M. le notaire Pierre Terrault, puis M. le docteur Napoléon Rivet, propriété dans le temps de M. Cyrille Gervais. M. l’abbé Maynard continua, croyons-nous, à rendre quelques services au Bon-Pasteur. En août 1875, les annales du monastère de la rue Sherbrooke l’appellent encore

“ notre chapelain D’autre part, en 1874, M. l’abbé Maxime Laporte, pour quelques mois, et M. l’abbé Alexis Martineau, pour plus longtemps, furent sûrement nommés chapelains au Bon-Pasteur. Ce qui est aussi certain, c’est que la nomination officielle de M. Maynard, comme curé, et celle de M. Baril, comme vicaire, à Saint-Jean-Baptiste, sont datées du 11 décembre 1875, jour également de l’érection canonique de la paroisse.

Donc, le 28 juin 1874, l’église était bénite, et elle avait bientôt son desservant et un autre prêtre pour présider aux exercices du culte. Mais la paroisse ne devait être canoniquement érigée, et le premier curé officiellement nommé, que le 11 décembre 1875, c’està-dire seize mois plus tard, On se demande naturellement ce qui avait amené ce retard.

A cette époque, il nous paraît utile de le rappeler pour l’intelligence des faits que nous racontons, la question de l’érection des paroisses dans Montréal faisait l’objet d’un grave litige, qui avait été porté à Rome, entre Mgr Bourget, d’une part, et les messieurs de Saint-Sulpice, ou peut-être plus exactement les fabriciens de Notre-Dame (le corps des marguilliers), d’autre part. “ Depuis plusieurs années, écrit M. Olivier Maurault, prêtre de Saint-Sulpice lui-

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même(l), le système des succursales pesait à Mgr Bourget. Il obtint enfin de Rome, en décembre 1865, un décret démembrant en plusieurs l’immense paroisse de Notre-Dame(2). Mais, les marguilliers de l’œuvre et fabrique de Notre-Dame s’opposèrent à l’application du décret, et, après consultation de leur aviseur légal(3), en appelèrent à Rome. Mgr Bourget passa outre, et le 25 septembre 1866, une seconde fois, il déclara Saint-Jacques paroisse canonique. . . Les marguilliers de Notre-Dame avertirent alors le curé de Saint-Jacques que, s’il tenait les registres des baptêmes et mariages, il le ferait à ses risques et périls, puisque sa paroisse n’était pas reconnue civilement. On se le tint pour dit. Aussi, n’estce qu’à partir de janvier 1873 que l’église (de Saint- Jacques) possède les registres de l’état civil. En effet, à la fin de 1872, bien que le conflit entre l’évêché et la fabrique (de Notre-Dame) ne dut se terminer que sous l’épiscopat de Mgr Fabre en 1884, la nécessité avait forcé la main aux fabriciens. Les registres de Notre-Dame pour 1872 contiennent 845 actes de mariage et 4390 actes de baptême : ce qui signifie que les prêtres du séminaire (c’est-à-dire de Notre- Dame) devaient être accablés.

1) Saint-Jacques de Montréal, jolie monographie de 126 pages, publiée à l’occasion du centenaire en 1923, voir page 49.

2) Décret du 22 décembre 1865.

3) M. l’avocat Jetté, plus tard sir Louis-Amable

Nous n’avons pas à insister ici sur les raisons qu’avait Mgr Bourget, et qu’il faisait valoir à Rome, de tenir si fortement à la division des paroisses dans sa ville épiscopale, et cela en dépit des droits acquis de Notre-Dame, qu’il reconnaissait d’ailleurs, mais dont il fallait, pensait-il, pour le mieux des âmes, modifier la teneur. Si le grand évêque avait besoin devant l’histoire d’une justification quelconque elle serait facile à trouver. Le 12 juin 1885, vingt ans après les événements de 1866, un éminent supérieur de Saint-Sulpice, M. Colin, prononçait, à Notre-Dame même, devant les restes mortels de Mgr Bourget, une oraison funèbre qui fit sensation et qui est à bon droit restée célèbre. Après avoir, au cours de son émouvante allocution, rappelé le zèle du pasteur défunt pour l’enseignement de la doctrine, il disait, notamment, au sujet de la division des paroisses : “ Vint l’œuvre des paroisses. Pasteur des âmes, il lui faut (à Mgr Bourget) répondre au besoin d’expansion de son vaste diocèse, au progrès étonnant qui se fait partout dans la population, à l’accroissement rapide de ces familles pures et chastes queDieu ne cesse de bénir. C’est par les paroisses que le peuple se groupe et se développe, que la religion se répand d’une manière plus régulière et plus efficace parmi le troupeau confié à la sollicitude de l’évêque. Mgr Bourget crée donc des paroisses. Il les multiplie, les

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affermit et les organise. Et, sous sa juridiction, par son initiative, son inspiration et son autorité, soixante-quinze paroisses nouvelles sont érigées dans son seul diocèse, soit dans la ville, soit dans la campagne.”

Mais — les paroissiens des quatre-vingts et quelques paroisses de Montréal ont le devoir de s’en souvenir — Mgr Bourget, pour en arriver là, a du faire face à plus d’une difficulté et largement travailler. C’est peut-être à cause de ces difficultés, que, encore en 1874-1875, les créations des paroisses ne se pouvaient faire à Montréal que lentement. Et voilà sans doute pourquoi, au fond, bien que créée en 1874, et même en 1873, Saint-Jean-Baptiste ne fut canoniquement érigée, et son premier curé officiellement nommé, qu’au cours de décembre 1875.

La première église (1874-1898)

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