‹ Saint-Jean-Baptiste de MontrealChapitre 5 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Administrations des curés Maynard et Dozois

Les premiers développements 1874-1880

L’évêque créateur de la paroisse de Saint-Jean- Baptiste, comme de tant d’autres dans Montréal, ce fut donc Mgr Bourget, et son premier curé, ce fut M. l’abbé Maynard, plus tard curé de Saint-Édouard puis de Saint-Isidore. Il nous a paru utile et convenable, avant de raconter l’histoire même des premiers développements de la paroisse, de donner au moins un aperçu de la vie et de la carrière de ces deux hommes de Dieu qui en furent les premiers chefs spirituels.

Mgr Bourget était né à Saint-Joseph-de-Lévis, le 30 octobre 1799. Ses études faites à Québec et à Nicolet, il avait été, le 30 novembre 1822, ordonné prêtre à Montréal, où il était déjà secrétaire de Mgr Lartigue depuis plus d’un an. Il continua ses fonctions de secrétaire jusqu’en 1836, alors que Mgr Lartigue, étant devenu évêque titulaire de Montréal,

d’auxiliaire de Québec qu’il était jusque-là depuis 1821, le choisit pour être son grand- vicaire. Le 12 mars 1837, M. Bourget était élu évêque de Telmesse et coadjuteur, et il fut sacré le 25 juillet suivant. A la mort de Mgr Lartigue, le 19 avril 1840, il lui succédait de droit. Il administra le diocèse pendant trente-six ans, de 1840 à 1876. Le 11 mai de cette dernière année, il démissionnait et prenait bientôt sa retraite au Sault-au-Récollet, à la résidence Saint- Janvier, où il mourut, plein de jours et de mérites, à 85 ans, le 8 juin 1885.

“ On sent vivement l’impuissance où l’on est, s’écriait M. Colin, dans cette oraison funèbre dont nous avons parlé, de dire tout ce que renferme d’extraordinaire cette longue carrière de quatrevingt-cinq ans, cet illustre sacerdoce de soixantedeux ans, ce prodigieux épiscopat de près de quarantehuit ans. . . Aucun pinceau ne pourrait rendre sous ses vraies couleurs l’étonnante physionomie de cet homme aux convictions profondes, d’une conscience intègre, d’une pureté de vie hors de discussion, d’une capacité d’action incroyable, d’un esprit d’entreprise ne connaissant de limites que celles de son amour pour Dieu et pour son diocèse ! Ame de feu dans une constitution faible et délicate, volonté infrangible unie à une inaltérable douceur, énergie invincible jointe à une bonté inépuisable, modestie

surprenante et cependant courage ne comptant jamais avec les obstacles : tout cela n’est qu’un pâle rayon de cette grande figure historique, de ce prélat qui a exercé sur ses contemporains un ascendant et un prestige dont on n’a pas encore mesuré toute l'étendue, de cet évêque qui fut sans contredit, pour TÉglise du Canada, l’homme le plus considérable et le plus prodigieux de son siècle. . Ce jugement d’un supérieur de Saint-Sulpice, qui a été lui-même l’un des prêtres les plus distingués et l’un des orateurs sacrés les plus éminents que la France nous ait donnés, et qui était, on le comprend, bien placé pour apprécier la carrière du grand évêque, autant que compétent et autorisé pour en parler, reste et restera, sans aucun doute, celui de l’histoire.

Saint-Jean-Baptiste, l’une des dernière-nées des soixante-quinze paroisses que Mgr Bourget a créées, a le droit d’être glorieuse du grand évêque qui fut son premier père en Dieu.

M. l’abbé Maynard, son premier curé, n’était pas indigne d’être le mandataire d’un tel pasteur. Sa longue vie fut, elle aussi, remplie d’œuvres, plus modestes sans doute, mais qui ont eu leurs mérites. Salomon-François-Benjamin Maynard dit Bellerose était né à Longueuil (Chambly), le 20 décembre 1843, d’une famille d’humbles cultivateurs. Il avait fait ses études à Joliette, où il eut pour confrères ou condis-

ciples, avec MM. les curés Rioux et Baril déjà mentionnés dans ces pages, le juge Louis Tellier, les avocats McGown, Cléophas Beausoleil et Zotique Renaud, les curés Joseph Bonin et François-Xavier Chagnon (de Champlain N. Y . ) . . Au collège, il s’appelait Bellerose tout court. Mais l’ancien curé de Longueuil, M. le grand- vicaire Manseau, alors curé de Joliette, lui fit prendre plutôt le nom de Maynard, qui précédait dans sa famille celui de Bellerose. Sa cléricature terminée à Montréal, il y fut ordonné prêtre le 16 juin 1867. Vicaire, successivement, à Varennes (1867), à Longue-Pointe (1867-1869), à Saint-Vincent-de-Paul-de-l’île-Jésus (1869-1870) et à l’Acadie (1870-1871), il passa ensuite à l’aumônerie du Bon-Pasteur (1871-1874). De là, ainsi que nous l’avons vu, il travailla à l’organisation de Saint- Jean-Baptiste, dont il devint le premier curé et où il passa quatre ans (1874-1878). Au mois de septembre 1878, M. le curé Dozois le remplaçait à la rue Rachel, et il allait lui-même prendre la cure de Saint-Edouard (Napierville), où il vécut vingt-deux ans (1878-1900). En 1900, il était nommé curé de Saint-Isidore (Laprairie), qu’il administra vingt ans (1900-1921), et où il mourut, à 77 ans, le 8 janvier 1921. Il avait été fait chanoine honoraire le 1er janvier 1917.

“ Fort bel homme, grand et robuste, avons-nous écrit nous-même — qu’on nous pardonne cette cita-

tion — au lendemain de sa mort, conservé très frais et très rose sous la neige des ans, affable et courtois à l’extrême, attentif à ne manquer d’égards à personne, M. le chanoine Maynard était avant tout le pasteur au cœur riche de dévouement, le curé qui avait le constant souci des âmes confiées à sa garde. Les belles qualités extérieures n’étaient, chez lui, que le reflet de ses qualités intérieures. Si le corps était beau et bien fait, l’âme était plus belle encore ! Toute entière donnée aux choses de Dieu aux jours lointains de son sacerdoce naissant, elle ne s’était jamais reprise. Son zèle pour les intérêts spirituels de ses ouailles ne s’était pas démenti un seul instant. Conscient des responsabilités de l’administration curiale, il avait, pendant cinquante ans, suivi la ligne droite. . . ” Cette ligne droite, ajouterons-nous aujourd’hui, c’est à Saint-Jean-Baptiste, sa première cure, que le bon M. Maynard y était surtout entré. Ce “ village ”, que Mgr Bourget l’avait chargé d’organiser en paroisse en 1872-1873, ainsi que nous l’avons raconté, était déjà prospère du point de vue civil. Voici la courte mais topique description qu’en fait le Lovell’s Directory du temps : “ C’est un village incorporé qui s’ajoute, à la tête de la rue Saint-Laurent, à la cité de Montréal, mais qui appartient au comté d’Hochelaga. Il contient un bureau de poste et de télégraphe, un joli marché ( fine market), nombre de magasins

(stores), plusieurs hôtels et beaucoup de belles constructions. Il est grandement favorisé ( benefited ) par la compagnie du chemin de fer à passagers (The City Passenger Railway). Sa distance du bureau de poste de Montréal est d’environ un mille. Il compte une population de 6,000 âmes.” De ces 6,000 âmes, chiffres un peu ronds, qu’il faudrait peut-être ramener à 5,000 d’après les listes d’adresses du LovelVs lui-même, 4,000 au moins (dont 3,000 communiants) constituaient la population catholique canadienne-française. Nous avons relevé, dans le LovelVs toujours, quelques noms des principaux citoyens du temps. Ce sont les mêmes à peu près que ceux que nous avions vus dans la requête à Mgr Bourget de mars 1873, dont il est question plus haut. Il nous paraît intéressant d’en citer ici quelques-uns, et nous suivrons pour cela l’ordre alphabétique : Archambault, Beaudry, Bédard, Caron, Cérat, Clément, Corbeil, Deschatelets, Desjardins, Despatie, Drolet, Duclos, Dumas, Fauteux, Germain, Gervais, Gingras, Goddu, Godon, Gravel, Grenier, Hogue, Labelle, Lachance, Lapierre, Lamontagne, Lauzon, Lecompte, McCaughan, Mainville, Maloin, Martineau, Mérineau, Nelson, Normandin, Ouimet, Pariseau, Paquet, Pépin, Pinsonneault, Pot vin, St- Jean, Tessier, Vallières, Vilbon, Villeneuve. . . Il en est beaucoup d’autres sans doute, mais cette liste est déjà longue et force nous est de

nous restreindre pour ne pas devenir fastidieux. C’était là, en somme, leurs descendants ont droit d’en être fiers, les pionniers de la belle paroisse d’aujourd’hui. Par cette liste même et par la courte description du “ village ” qui la précède, on voit que la portion de la vigne du Seigneur où M. le curé Maynard et son vicaire M. Baril étaient appelés à travailler ne manquait pas d’une certaine ampleur. A deux qu’ils étaient seulement, ils avaient de quoi s’occuper !

Quelques jours après sa nomination officielle comme curé, M. Maynard voyait lui arriver, le 26 décembre 1875, un deuxième vicaire qui devait passer dix ans à Saint-Jean-Baptiste. C’était M. Régis Bonin, aujourd’hui curé de Saint-Barthélemy. Ce très digne confrère a bien voulu, à notre demande, rafraîchir ses souvenirs de jeunesse sacerdotale et nous écrire quelques notes sur ces débuts de la paroisse auxquels il a assisté. Nous ne les publions pas ici sans un respect particulier. “ Quand j’arrivai rue Rachel, nous écrit-il, où M. le curé et son premier vicaire habitaient depuis plus d’un an, M. Maynard avait déjà fait construire sa grande église . . . Les gens, en général, se montraient bien disposés. Mais on était dans un grand embarras. A la suite de la fièvre de spéculation et de construction de 1873-1874, était survenue, à Montréal, une crise dans les affaires des plus

sérieuses. Pour beaucoup ce fut la faillite. Le travail cessa et l’ouvrier manqua de pain. Plus d’argent, plus d’affaires !... Commencée en 1872, à la place d’anciens fourneaux à chaux, l’église, avec son soubassement humide et en partie sous terre, son toit sans voûte et ses quatre murs sans crépi, était bien triste à voir. En hiver, elle n’était chauffée que par deux fournaises à charbon que le bedeau du temps (un M. Joinville) attisait tant bien que mal. On se servait du soubassement comme sacristie, et, pour monter à l’église en habits sacerdotaux, nous n’avions qu’un pauvre escalier de vingt pouces de largeur. . . Nous n’avions pas de presbytère. Le premier ne fut construit que sous M. le curé Dozois en 1879. Le logement que nous habitions, coin Rachel et Sanguinet, n’avait que sept pièces pour répondre à tous les besoins : bureau, réfectoire, cuisine, chambres du curé, des vicaires et du personnel de service. . . Ah ! nous ne vivions pas dans le luxe ! Tout de même, le bon Dieu était aimé. . .** — “ Avec cela, écrit toujours M. le curé Bonin, une dette de plus de $60,000, pas encore de “ répartition ”, et, pour seule garantie, la bonne volonté de gens peu fortunés et qui passaient par une crise !... M. Maynard se dépensait sans compter. Il alla même jusqu’à sacrifier ses honoraires de curé pendant quatre ans. . .”

L’intérieur de la première église (1881)

(l’intérieur ne fut fini qu’en 1881)

Évidemment, la situation n’était pas gaie. Mais, comme le note M. Bonin, la “ bonne volonté ” ne faisait pas défaut. C’est l’essentiel toujours. Les pionniers de Saint-Jean-Baptiste voulaient quand même aller de l’avant. Ils n’y faillirent pas. Dans leur requête de mars 1873 à Mgr l’évêque, ils avaient insisté, nous l’avons vu, pour que leur église fût ouverte au culte en janvier 1874. Sous la direction de l’architecte Raza, les entrepreneurs Louis David et Jean Paquette avaient poussé les travaux et l’église en effet avait été ouverte au culte en juin 1874. C’est également à leur demande pressante, formulée dans une autre requête en date du 21 novembre 1875, que Mgr Bourget avait canoniquement érigé leur paroisse et officiellement nommé leur premier curé, le 11 décembre 1875. Pour l’année 1876, ils avaient à leur disposition trois prêtres, un curé et deux vicaires.

Le 10 février de l’année 1876, Mgr l’évêque Bourget constituait, par une ordonnance spéciale, et selon la loi qui régit l’érection des paroisses dans l’ancien territoire de la paroisse de Notre-Dame-de- Montréal, une fabrique dans la paroisse de Saint- Jean-Baptiste. Le 27 du même mois, conformément à l’ordonnance de Monseigneur, une assemblée des francs-tenanciers élisait douze paroissiens pour former le corps de la fabrique ou “ les anciens marguil-

liers”.Les élus furent MM. Joseph-Octave Villeneuve, Joseph Pariseau, Philias Mainville, Elzéar Lecompte, Frédéric Tessier, François Paquette, John Mc- Caughan, François-Xavier Caron, Gustave-A. Drolet, Charles Pépin, Pierre Mainville et Cyrille Gervais. Le 5 mars suivant, ces douze “ anciens ” marguilliers, réunis sous !a présidence de M. le curé Maynard, choississaient, comme marguilliers du banc, MM. Joseph Pariseau, Charles Pépin et Elzéar Lecompte. La paroisse était désormais régulièrement organisée et formée.

Mais tout n’était pas fini, tant s’en faut ! Ainsi que nous l’écrit M. le curé Bonin, “ la grande église en pierre, avec son soubassement humide, son toit sans voûte et ses quatre murs sans crépi, était bien nue, bien froide et bien triste ”. On dut pourtant accepter d’y vivre jusqu’après l’arrivée du curé Auclair en 1880.

En attendant les développements matériels, l’organisation spirituelle, plus importante, s’affirma progressive et bien vivante, d’abord par la régularité des exercices du culte, puis bientôt — avant même l’arrivée de M. Bonin — par l’établissement des diverses congrégations pour les hommes et les jeunes gens, pour les femmes et pour les jeunes filles. Qui pourrait dire la somme de bien qui s’est opérée, là comme ailleurs, par ces réunions de congrégations, où, naturellement,

curé et directeur sont plus à l’aise pour donner à chaque catégorie de bonnes âmes les avis et conseils propres à chacune !

Le 11 mai 1876, Mgr Bourget, démissionnaire, quittait l’administration du diocèse, et son coadjuteur, Mgr Fabre, devenait évêque de Montréal. Ainsi que nous l’avons fait pour son prédécesseur, il convient que nous rappelions succinctement les diverses phases de la vie et de la carrière de ce deuxième évêque sous la juridiction de qui se trouvait maintenant Saint- Jean-Baptiste.

Mgr Fabre était né, à Montréal, le 20 février 1827. Après ses études à Saint-Hyacinthe et à Issy, en France, où il reçut la tonsure des mains de Mgr Affre, il avait continué sa cléricature à l’évêché de Montréal, où il fut ordonné prêtre par Mgr Prince le 23 février 1850. Vicaire à Sorel deux ans (1850- 1852), puis curé à Pointe-Claire deux ans également (1852-1854), il fut ensuite appelé à l’évêché et devint chanoine en 1855. Le 1er avril 1873, il était élu évêque de Gratianapolis et coadjuteur de Montréal. Il fut sacré le 1er mai de la même année, par Mgr Taschereau, dans l’église du Gésu. Le 11 mai 1876, il succédait, sur le siège de Montréal, à Mgr Bourget. Il devait être promu archevêque de Montréal le 8 juin 1886, et mourir, à 69 ans, le 30 décembre 1896.

Fils d’une famille riche et considérée — son père fut l’un des premiers maires de Montréal — Edouard- Charles Fabre avait dû, avant d’entrer dans les ordres, pour se soumettre à la volonté paternelle, fréquenter le grand monde. Il n’en suivit pas moins l’attrait qui le portait vers les saints autels. Devenu prêtre à 23 ans, puis évêque à 46 ans — il mourrait à 69 ans, sa vie se partageant ainsi en trois périodes de vingt-trois ans chacune — Mgr Fabre s’est fait remarquer toujours par son esprit ecclésiastique, son tact et sa modération. Esprit éminemment clairvoyant et pratique, grand ami de la régularité et des belles cérémonies, d’une persévérance dans ses vues et d’une ténacité dans la suite de ses actes qui se rencontrent rarement, cet évêque au cœur généreux était surtout doux et bon. On a raconté que le pape Léon XIII disait de lui : “ Il ne faut pas lui faire de la peine, c’est la bonté même.”

Le 26 novembre 1876, ce nouvel évêque de Montréal faisait se première visite officielle à Saint-Jean- Baptiste et y présidait la cérémonie de la bénédiction de l’académie Marie-Rose. L’établissement de ce couvent était en cours ou en marche depuis plus d’un an. Avant même sa nomination officielle comme curé, M. Maynard se préoccupait des œuvres d’éducation, car il savait que, dans toute paroisse bien tenue, l’école est le vestibule de l’église, ou encore qu’elle en

Académie Marie-Rose (1876)

est le complément. Pour le moment, l’école des garçons de la rue Georges-Hippolyte, que dirigeait un excellent personnel d’instituteurs laïques, et que fréquentaient environ 250 enfants, suffisait aux besoins de la population ; mais les jeunes filles étaient peut-être moins bien partagées. M. Maynard voulut y pourvoir. Il était le neveu de Sœur Marie-Madeleine, l’une des compagnes de Mère Marie-Rose, la fondatrice, à Longueuil, en 1843, de l’institut des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. Il s’adressa, en juin 1875, à Mère Marie-Stanislas, supérieure du couvent d’Hochelaga, devenu maisonmère en 1860, pour avoir des religieuses enseignantes. L’économe générale, Mère Marie-Olivier, vint visiter et accepta le terrain, situé juste en face de l’église, offert par M. Maynard. Bientôt, sous la direction de M. l’architecte Albert Mesnard, un spacieux couvent (176 pieds par 140) était construit par MM. les entrepreneurs Généreux et David. On donna à la nouvelle maison le nom de la fondatrice de la communauté. Ce fut donc l’académie Marie-Rose. Elle ouvrit ses classes le 14 septembre 1876, et l’on compta, dès le premier jour, 288 inscriptions.

Le 26 novembre, disions-nous, Mgr Fabre venait bénir l’établissement. Comme c’était sa première visite officielle dans la paroisse en qualité de chef du diocèse, on fit d’abord, à l’église, ce qu’on appelle

“ l’entrée solennelle M. le maire J. -O. Villeneuve lut une adresse à l’évêque qui répondit. Puis M. l’abbé Camille Caisse, chapelain du couvent d’Hochelaga, prêcha sur les bienfaits de l’éducation chrétienne. Après le salut du saint Sacrement, Mgr l’évêque, le clergé et les fidèles se rendirent à l’académie, et Mgr Fabre procéda aux rites de la bénédiction, passant par chaque pièce de la maison, qu’on avait, pour la circonstance, toutes artistement décorées. Le 1er décembre, M. le curé Maynard célébrait au couvent la première messe qui s’y soit dite et, à partir du 1er janvier 1877, on eut là la messe quotidienne.

Cette fondation d’un couvent, un an seulement après l’ouverture de l’église, établissait sans conteste que la vie de la jeune paroisse, malgré le malheur des temps, se manifestait assez active. Aussi, le 8 mars 1877, M. le chanoine Plamondon signait-il, au nom de la corporation épiscopale, devant le notaire J. -P. Marion, un acte de “ transport et cession ” des propriétés de l’église à “ l’œuvre et fabrique ” de Saint-Jean-Baptiste, représentée par M. le curé Maynard et M. Charles Pépin, le marguillier comptable de l’année, à ce autorisés par une assemblée des fabriciens du 6 février précédent. L’année suivante, le 28 février 1878, la “ fabrique ” faisait l’acquisition de quelques terrains adjacents et, cette fois, le

marguillier comptable qui signait l’acte d’achat, avec M. le curé, c’était M. Elzéar Lecompte.

On avait pensé, naturellement, entre temps, à parachever la pauvre église. “ Le 15 mars 1877, lisons-nous aux archives diocésaines, M. le chanoine archidiacre Joseph Séguin fait (à Saint-Jean- Baptiste) une assemblée pour vérifier les faits énoncés dans une requête présentée dernièrement à Sa Grandeur, par les habitants francs-tenanciers de la dite paroisse, à l’effet d’obtenir la permission d’achever la construction de la dite église paroissiale, de faire construire une sacristie, un presbytère et les autres dépendances curiales.”

Ces démarches, cependant, n’eurent pas de suites immédiates. Le presbytère et les autres dépendances ne furent construits qu’après l’arrivée de M. le curé Dozois, en 1878-1880, et l’église ne fut terminée que sous M. le curé Auclair, en 1881-1882.

A l’automne de 1878, en effet, M. le curé Maynard fut nommé à la cure de Saint-Edouard et remplacé par M. le curé Dozois. La nomination de M. Dozois est du 2 septembre 1878. D’après les annales de l’académie Marie-Rose, M. Maynard quitta la paroisse le 26 du même mois. Les annales ajoutent que M. le curé laissait, en partant, à son couvent,

son beau ciboire ”. Il laissait aussi, rapporte la tradition, à la paroisse entière, le souvenir d’un

prêtre actif, généreux, peu exigeant pour lui-même et largement dévoué à ses ouailles.

Avant lui, M. l’abbé Baril était parti en 1877. Les autres vicaires, sous M. Maynard, avaient été, avec M. Bonin : M. l’abbé Remi Décarie, en septembre et octobre 1877, M. l’abbé G. -S. Huet, de novembre 1877 à juillet 1878, et M. l’abbé C.-O. Laferrière, depuis août 1878. MM. Bonin et Laferrière allaient continuer, sous M. le curé Dozois, l’exercice du saint ministère à Saint -Jean-Baptiste, le premier jusqu’à 1880 et au-delà, le deuxième jusqu’à décembre 1878.

De quelques années plus âgé que M. Maynard, M. le curé Dozois (Louis-Isaïe) était né à Saint-Cypriende-Napier ville, le 4 juillet 1840. C’était, lui aussi, un fils de cultivateur. Son père, Jean-Baptiste Dozois, avait épousé Amable Palin d’Abonville. La famille était nombreuse : quatorze enfants. Deux des sœurs de Louis-Isaïe se firent religieuses, l’une chez les Sœurs de la Providence, l’autre à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Son cousin germain, l’abbé Palin d’Abonville, sulpicien, fut le premier supérieur du Collège canadien de Rome. Les deux Pères oblats Dozois sont ses neveux. M. l’abbé Hébert, supérieur de l’Assomption, en est un autre, comme aussi son frère, le jésuite Louis Hébert, mort jeune. L’ancien curé Tremblay, de Saint-Médard (Coteau-Station), était

son cousin. Il eut enfin quelques nièces qui devinrent religieuses. Louis-Isaïe fit ses études classiques à l’Assomption, où il fut du 22e cours (1854-1861) et confrère de classe de sir Wilfrid Laurier, du curé Camille Caisse (Marlboro), du curé Larose (Laprairie), du docteur Bourque (le père des deux Pères Bourque, l’un dominicain, l’autre jésuite), et du notaire Marion (le père des deux Pères dominicains). Arthur Dansereau, le journaliste, Israël Tarte, l’ancien ministre, et le curé Maxime Laporte (Saint- Urbain) étaient ses contemporains.

De 1861 à 1865, M. Dozois avait fait sa cléricature à l’Assomption, tout en enseignant, selon l’usage du temps, comme professeur d’éléments et de syntaxe. Ordonné prêtre, à Montréal, le 17 décembre 1865, il avait été vicaire à Ste-Scholastique deux ans (1865- 1867), puis directeur du collège commercial de Varennes un an (1867-1868). Il était ensuite revenu à son Alma Mater de l’Assomption, où il avait été préfet de discipline (1868-1869), puis procureur du collège et directeur de l’école d’agriculture (1869- 1873). En 1873-1874, il avait remplacé, à l’Ile-du- Pas, le curé Plinguet qui voyageait en Europe. De 1874 à 1878, il avait occupé la cure de Hemmingford. En 1878, avons-nous dit, il succédait à M. Maynard à Saint-Jean-Baptiste, où il ne passa que deux ans (1878-1880). Curé ensuite à Saint-Lazare-de-Vau-

SAINT-JEAN-BAPTISTE DeJmONTRÉAL

dreuil deux ans (1880-1882), et enfin à Pointe-aux- Trembles onze ans (1882-1893), il se retira, en 1893, malade, à l’hospice de la Providence à l’Assomption, où il mourut, neuf ans plus tard, le 13 août 1902.

Le curé Dozois, pas très grand de taille, était assez corpulent. Il avait la mine réjouie et l’air toujours souriant. C’était, comme son cousin, l’abbé d’Abonville, ancien supérieur du Collège canadien de Rome, un gentilhomme-né et un très digne prêtre. Nous nous souvenons de l’avoir vu, à Rome précisément, où il était l’hôte de nos supérieurs, durant l’hiver de 1893-1894. Sa bonne grâce lui avait conquis tous les suffrages. On l’aimait bien, ce curé affable et obligeant. Jeune encore, à 53 ans, il avait conscience déjà d’avoir fait son temps et s’y résignait sans se plaindre. Quel brave homme, se disait-on, quel digne prêtre et quel bon cœur! De ce bon cœur, les anciens de Saint- Jean-Baptiste, comme ceux de Pointe-aux- Trembles, n’ont pas perdu le souvenir. Ses générosités et ses charités, si discrètes fussent-elles, ont laissé, partout où il a vécu, des traces qui durent. Grand ami de l’instruction, il se fit le protecteur de beaucoup. Neveux et nièces en profitèrent, et d’autres aussi. Il est mort pauvre des biens de ce monde, ses modestes revenus ayant alimenté les œuvres de son vivant même. Il prêtait à Dieu ! C’est toujours le meilleur des placements.

Le premier presbytère (1879")

: Wÿ'' ' ’

A Saint- Jean-Baptiste, on peut écrire que M. le curé Dozois ne fit à peu près que passer. Il construisit l’ancien presbytère, qui avait sa façade et son jardin — ce jardin dont M. Bonin surveillait jalousement les fleurs ! - — sur la rue Rachel. Il va sans dire que ce bon prêtre, le temps qu’il fut là, se dévoua largement pour les âmes dans l’exercice du saint ministère. Mais il ne put dominer la crise des affaires, obtenir l’acceptation par ses gens d’une “ répartition ” et finir l’église. A sa demande, croyons-nous, Mgr Fabre lui donna une cure de campagne, celle de Saint-Lazare-de-Vaudreuil, où il remplaça le curé Auclair qui lui succédait à Saint-Jean-Baptiste.

Tout le temps que M. Dozois fut curé, M. Régis Bonin continua ses fonctions de vicaire. M. C.-O. Laferrière partit en décembre 1878. Vinrent ensuite : M. François Hainault, de janvier 1879 à février 1880, M. Vitalien Dupuis, de mars à juin 1879, M. C. Lafortune d’août à septembre 1879, M. Avila Lapalme, de mars à avril 1880, M. C.-O. Laferrière (2e fois), de septembre 1879 à décembre 1880, M. Kimber, d’octobre à décembre 1880. Au moment ou il quittait la paroisse M. Dozois laissait à son successeur, comme vicaires, MM. Bonin, Laferrière et Kimber.

Page 1