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CHAPITRE III

Administration du curé Auclair

Première période 1880-1898

Le 30 octobre 1880, Mgr Fabre nommait M. le curé Magloire Auclair, alors en charge de Saint- Lazare-de-Vaudreuil, à la cure de Saint- Jean-Baptiste. Huit jours après, le dimanche 7 novembre, le nouveau curé prenait possession de sa nouvelle paroisse. Il l’a administrée plus de trente ans, ce qui forme exactement les trois cinquièmes de la vie paroissiale de Saint-Jean-Baptiste depuis cinquante ans.

Comme ses deux prédécesseurs, le curé Auclair était un fils de cultivateur. Il était né le 18 septembre 1846, à Saint-Vincent-de-Paul (île Jésus), et avait reçu au baptême le nom d’un de ses oncles, Magloire. Son père, Jean-Baptiste Auclair, et sa mère, Flavie Gravel, appartenaient à deux anciennes familles de cette déjà vieille paroisse qui date de 1743. Pierre et André Auclair, deux frères, venus de

LaRochelle (France) au Canada avec le régiment de Carignan, ou peu après, se marièrent au pays, l’un en 1679, l’autre en 1681, et s’établirent à Charlesbourg, où ils firent souche. L’ancien curé de Québec, M. l’abbé Joseph Auclair, était un descendant de Pierre. L’un des fils d’André, François, fut le père de Jean- Baptiste, qui vint s’établir à Saint-Vincent-de-Paul, au “ moulin du crochet ”, pour le compte des MM. du séminaire de Québec, seigneurs de l’île Jésus, et se maria, en 1761, à Saint- Vincent, devant le curé Renoyer. L’un des fils de ce premier Jean-Baptiste, Louizonnet, était le père d’un autre Jean-Baptiste (né en 1808), le propre père du futur curé de Saint- Jean-Baptiste. Sa mère, Flavie Gravel (née aussi en 1808), était la fille de Pierre Gravel, fils de Louis (de Saint-Vincent) et petit-fils d’Athanase (de Château- Richer), lequel était le fils de Charles Gravel, marié en 1689, à Sainte- Anne-de-Beaupré, avec Françoise Guyon, la petite-fille de Jean Guyon, l’un des compagnons de Louis Hébert, et l’ancêtre, au dire du Père rédemptoriste Leclerc, de plus de deux cents prêtres, dont quatorze ou quinze évêques, canadiens. Auclair ou Gravel, tous ces ascendants du curé Auclair, étaient des laboureurs du sol.

Magloire était le treizième d’une famille de quinze, dont sept ont vécu jusqu’à l’âge adulte : deux filles et cinq garçons. Sur ces cinq garçons, deux conti-

nuèrent la lignée des bons “habitants”: Jean- Baptiste et Joseph, et trois firent leurs études : Elie- Julien, qui fut avocat et mourut d’une façon tragique à 26 ans ; Magloire et Zéphirin, qui devinrent prêtres et furent, le premier curé de Saint-Jean- Baptiste et le second curé de Saint-Polycarpe. En 1856, à 10 ans, Magloire suivait son frère Êlie au séminaire de Sainte-Thérèse. Il y fut le confrère de

classe de Mgr Paul LaRocque (Sherbrooke), du curé

Jean-Baptiste Proulx (l’ancien vice-recteur de Laval), du curé Cousineau (Piopolis), et eut, comme contemporains, Mgr Nantel, Mgr Routhier, Mgr Lorrain, M. le juge Routhier et M. le sénateur L. -O. David. Il se distingua, au collège, plutôt par sa vivacité et son bon entrain que par des succès marquants en classe. Il était trop jeune. A 18 ans, il avait fini ses études. Séminariste, il enseigna d’abord au collège Masson à Terrebonne, où se donnait alors un cours classique, puis au collège de Montréal, où il eut, comme élèves, entre autres, Mgr Bruchési, M. Frédéric Monk, Mgr Langevin, M. le curé Reid, M. Ernest Marceau et M. le curé Baillargé. Le 19 décembre 1869, il était ordonné prêtre, à Montréal, par Mgr Bourget, à qui il garda toute sa vie un vrai culte. Il fut vicaire sept ans (1869-1876), à Saint-Cyprien-de-Napierville, chez un curé très distingué, Mgr Morisson. A* la: mort de ce dernier, il devenait vicaire au Saint-Enfant-

Jésus (la paroisse-mère de Saint- Jean-Baptiste), chez M. le curé Taillon. Il ne fut là que quelques mois. Le 13 septembre 1877, Mgr Fabre lui confiait la fondation de la nouvelle paroisse de Saint-Lazarede-Vaudreuil. En trois ans, il assura son établissement, construisit l’église et le presbytère, y fit aimer le bon Dieu et s’y fit aimer beaucoup lui-même. Enfin, en 1880, à 34 ans, il arrivait comme curé dans cette paroisse de Saint-Jean-Baptiste, qu’il a tant aimée, où il s’est si généreusement dépensé et qu’il ne devait quitter, malade, que pour aller mourir, le 11 décembre 1911, chez son frère, le curé Zéphirin Auclair, à Saint-Polycarpe-de-Soulanges.

En le nommant à Saint-Jean-Baptiste, Mgr Fabre écrivait au curé Auclair : “ J’aurais voulu ne pas vous déranger (à Saint-Lazare) d’ici à plusieurs années. Mais je me vois poussé par la nécessité de chercher un homme dévoué, qui ait de l’aptitude pour le genre de ministère que j’ai à vous offrir. Vous savez que la paroisse de Saint-Jean-Baptiste de Montréal est dans une vilaine passe. J’ai la conviction qu’en y mettant votre bonne volonté et votre zèle vous réussirez à mettre cette paroisse dans la bonne voie. Ce sera un peu dur en commençant, mais plus tard vous serez heureux d’avoir sauvé cette église et vous aurez de grandes consolations avec la population. . .” Si bien disposés que fussent les gens, par

la force même des circonstances, la tâche était rude en effet. D’après un compte rendu, qui a été publié au lendemain de l’incendie de 1898, la fabrique de Saint-Jean-Baptiste devait en 1880, en chiffres ronds, 64,000 piastres, ses revenus étaient insuffisants pour payer les intérêts et l’on n’avait pas encore de “ répartition ” pour garantir le paiement de cette dette. Le terrain, l’église construite par M. Maynard et le presbytère bâti par M. Dozois étaient évalués, c’est vrai, à 70,000 piastres. Mais on devait tout et il restait tant à faire !

Le curé Auclair se mit à l’œuvre avec courage. Jeune, vigoureux et actif, ne redoutant ni le travail ni la peine, il entreprit de persuader ses bons paroissiens que, avec de l’entente entre eux et en s’imposant quelques sacrifices, ils sortiraient de la “ vilaine passe ” dont avait parlé Monseigneur. Affable et insinuant, il s’en allait par les rues, entrait dans chaque maison, causait avec ses gens. Or, il marchait vite et parlait bien ! Sa confiance en la Providence se faisait communicative. Sa bonne humeur achevait de gagner les derniers opposants. A l’église, en chaire, ou dans les réunions de sa congrégation de Sainte- Anne, doué d’un beau talent de parole, il plaidait sa cause, qui était celle du bon Dieu, sans jamais se lasser. Petit de taille, de figure ouverte et bien vivante, le front déjà chauve, mais très jeune d as-

pect avec ses yeux vifs et clairs, il fut bientôt sympathique à tout son monde. La pieuse influence de ses mères de familles congréganistes, il l’a reconnu souvent et s’en est félicité dans la suite, lui fut en particulier un puissant appoint. Il réussit à convaincre. Les hommes d’affaires, comme le maire Villeneuve et d’autres citoyens importants, qui entretenaient jusque-là des doutes ou des craintes, lui firent confiance. Unanimement, on décida de prendre les moyens de payer la dette de 64,000 piastres — dont l’évêché accepta de payer la moitié, soit 32,000 piastres — et d’achever l’église. Le 27 février 1881, une assemblée des francs-tenanciers, sous la présidence de M. le curé, et à laquelle M. le maire J. -O. Villeneuve prit une part prépondérante, décidait que la fabrique paierait 16,000 piastres et que, pour les 16,000 autres et pour achever l’église, on prélèverait une “ répartition ” sur les immeubles de la paroisse. MM. J. -O. Villeneuve, J. -A. Lapierre et Pierre Cérat furent adjoints au corps des marguilliers pour les démarches à faire auprès de la Législature de Québec. On obtint un “ bill ” (le “ bill ” 75). Le 10 juillet 1881, on élisait, en assemblée de paroisse, trois syndics ou marguilliers adjoints. Ce furent MM. Joseph-Octave Villeneuve, Louis-Olivier Vallières et Jean-Louis Lamontagne. Mais le 28 août suivant, M. J. -A. Lapierre était régulièrement nommé au lieu et place

de M. Villeneuve, démissionnaire. Nous avons nommé déjà les trois premiers marguilliers, MM. Joseph Pariseau (1876), Charles Pépin (1877) et Elzéar Lecompte (1878). Vinrent ensuite : MM. Émilien Vannier (1879), François Paquette (1880), Michel Deschatels (1881), John Lee (1882), Antoine Grenier — en remplacement de Frédéric Tessier (parti de la paroisse) — (1883), Vital Grenier (1884). Nous indiquons entre parenthèse, pour chacun, l’année de sa comptabilité. Le marguillier comptable de 1884 avait donc été élu en décembre 1881. On peut dire que c’est par le travail de ces messieurs, marguilliers et syndics, que, de 1880 à 1884, les premiers grands règlements d’affaires furent arrêtés à Saint-Jean- Baptiste, sous la direction, naturellement, de l’actif curé Auclair.

Nous pardonnera-t-on de rappeler ici un souvenir personnel, sur lequel se greffe une anecdote qui ne manque pas de saveur ? Jeune écolier de 13 ans, nous étions alors l’enfant du presbytère. Orphelin de père avant de naître, nous avions vu la charité de notre oncle, alors séminariste à Terrebonne (1866), se pencher sur notre berceau. Il nous servait de père depuis ce temps et nous vivions sous son toit. Allant externe au collège de Montréal, nous prenions nos ébats avec les enfants de chœur, que dirigeait M. le vicaire L.-A. Lafortune, aujourd’hui curé de Boucher-

ville, successeur de M. Laferrière en juin 1881. Ah ! le bon temps, passé à jouer à la balle, aux alentours de l’église, dans le vaste champ qui s’étendait, sans aucune maison, entre les rues Sanguinet et Saint- Denis (la rue Drolet n’était là que tracée) jusqu’à la rue Mont-Royal ! Un soir, voilà le souvenir et l’anecdote, grand émoi chez l’oncle curé. M. le grand-vicaire de Montréal (Mgr Lorrain, plus tard évêque de Pembroke) soupait au presbytère avec les principaux citoyens, syndics, marguilliers et contracteurs des travaux de l’église. Ce devait être au printemps de 1882. Les grandes décisions étaient prises en tout cas. A la fin du repas, M. le grand-vicaire Lorrain fit un petit discours. L’écolier, qui n’était pas loin, écoutait de ses deux oreilles. Or, M. le vicaire général, par exception peut-être, s’amusa à jouer sur les noms de ses commensaux et se permit quelques calembours. Il y avait là M. Lafortune, M. Lapierre, M. Lamontagne, les deux MM. Grenier, un M. Saint- Louis et, naturellement, le curé Magloire Auclair : “ La fortune de Saint-Jean-Baptiste, dit à peu près le futur évêque (il le devint en septembre 1882), est désormais assurée. Avec la pierre prise sur la montagne, on bâtira solide. S’il faux des greniers pour entasser vos fonds, vous les avez. Vous avez même un saint Louis pour vous défendre ! Tout d’ailleurs, j’en suis sûr, va se faire au clair du grand jour, et

chacun de vous, à la fin, en se tournant vers le bon curé qui est l’âme de ce progrès, pourra dire : “ Celuici, c’est ma gloire ! ” Ce soir-là, évidemment, il y avait de la confiance dans l’air !

Ce qui est encore plus certain, c’est que, de ce moment, les choses “marchèrent” bien ! “En novembre 1880, nous écrit M. le curé Régis Bonin, arrive à Saint- Jean-Baptiste votre oncle M. le curé Auclair. Avec son esprit d’entreprise, son activité fiévreuse et son beau talent oratoire, il sait remuer la masse, faire passer une “répartition” et finir l’église...” En effet, nous l’avons dit au passage, une assemblée des francs-tenanciers avait accepté la “ répartition ” le 27 février 1881. Un premier emprunt fut conclu le 27 mars 1882. La grande église en pierre, si froide et si nue, put enfin être parachevée. Le presbytère aussi fut complété. Les accessoires de l’église, autels, chaire, confessionnaux, orgue au jubé et cloches à l’extérieur, tout fut mis à point. Mais il fallut attendre pour la construction d’une sacristie. Les architectes des travaux exécutés furent MM. Perrault et Mesnard. Les entrepreneurs étaient nombreux. Il ne nous a pas été possible de retrouver tous leurs noms. Parce que, dans une ville comme Montréal et sa banlieue, la valeur des immeubles est censée devoir augmenter rapidement, on avait prévu, en demandant des pouvoirs à la Législature de

Québec, qu’il conviendrait de changer de temps en temps le “ rôle ” d’évaluation. Fixé en mars 1882, il fut effectivement changé trois fois en quinze ans : en février 1888, en mars 1893, en novembre 1897. Constatation intéressante, la propriété imposable, qui était (en chiffres ronds) de $1,100,000 en 1882 et de $2,000,000 en 1888, s’élevait à $3,400,000 en 1893 et à $4,700,000 en 1897. Que de démarches, que d’assemblées, que de travaux, que de veilles la direction de ces constructions et la gérance de ces affaires ne supposent-elles pas, en dix-huit ans, de la part du curé Auclair !

Nous avons déjà nommé les premiers marguilliers et syndics qu’il eut, de 1880 à 1884, pour l’assister. Voici les noms des marguilliers qui vinrent ensuite jusqu’en 1898, époque de l’incendie : MM. Wilfrid Dumas (1885), Joseph Mérineau (1886), Arthur Lemieux — élu en 1885 à la place de F.-X. Brazeau décédé — (1887), Stanislas Pariseau (1888), L.-E. Gingras (1889), Cyrille Gervais (1890), Alexandre Dupuis (1891), Damase Pilon (1892), Georges Vermette (1893), William Gravel (1894), A. -T. Clément (1895), T. -O. Grothé (1896), Odilon Vannier (1897), et Grégoire Léveillé (1898). En 1898, les deux autres marguilliers du banc, avec M. Léveillé, étaient M. le notaire Pierre Terrault, élu en décembre 1896, et M. Édouard Beaudry, élu en décembre 1897. Les

syndics ou marguilliers adjoints continuaient, eux, de remplir leurs fonctions sans autre élection, ainsi que le veut la loi. Nous avons vu que, en 1881, on avait nommé MM. Lapierre, Vallières et Lamontagne. En novembre 1888, M. Jacques Vilbon remplaçait M. Lapierre, décédé. En septembre 1890, M. Ferdinand Bourguignon succédait à M. Vilbon, décédé, et M. Édouard Roy à M. Lamontagne, démissionnaire. Enfin, en juin 1894, M. Joseph Lauzon remplaçait M. Bourguignon, décédé.

En même temps qu’avec l’aide de ses marguilliers et syndics M. le curé Auclair s’occupait de ces affaires de fabrique et de ces constructions à l’église, l’inlassable et vigilant pasteur assumait pour lui tout seul d’autres besognes. Ce fut au sujet de ses écoles d’abord, puis de sa chapelle du Sacré-Cœur attenante à l’église et enfin de l’hospice qui porte son nom d’Auclair et a été confié au zèle des bonnes Sœurs de la Providence. Etant donné l’importance de ces œuvres connexes ou complémentaires de l’œuvre curiale proprement dite, il est tout naturel que nous parlions ici, au moins succinctement, de ces diverses initiatives.

L’académie Marie-Rose, nous l’avons vu, avait été construite en 1876, sous M. le curé Maynard. Les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie continuaient à y donner aux jeunes filles de la paroisse une

8 AINT-JE AN-B APTISTE DE MONTRÉAL

solide formation. Il y avait aussi, pour les jeunes garçons, rue Georges-Hippolyte (rue Coloniale aujourd’hui), une “ école du village ”, dirigée par un personnel d’instituteurs laïques compétents et dévoués. M. le curé Auclair jugea, en 1883, qu’elle ne suffisait plus. Mais il faut reconnaître qu’elle avait eu ses beaux jours. Nous avons interrogé, à son sujet, l’un de ses plus distingués anciens élèves, M. l’avocat Calixte Ethier, député de Laval-Deux-Montagnes. “ Nous étions assez nombreux, nous écrit-il, à cette école du village Saint-Jean-Baptiste (ils étaient 250 environ) où je suis allé de 1875 à 1881. Notre principal, ce fut d’abord un M. Côté, plus tard à l’emploi de la maison Barré (les marchands de vin). Puis, nous eûmes un M. Dorais, qui devint dans la suite instituteur au pénitencier de Saint-Vincent. Nous avions comme professeurs, M. le docteur Caisse, M. Black (pour l’anglais) et M. Ernest Doin, un Français, qui composait et nous faisait jouer de petits drames — Joachim Murat, par exemple. Parmi les camarades du temps, je me souviens d’Henri Amiot, d’Albert Deschatelets, de Frédéric Villeneuve, de Casimir Saint-Jean, d’Alfred McCaughan, d’Eugène Bédard, de Pierre Leclerc, de Jules Bourguignon, des deux Gervais, des deux Mainville, des deux Gour, des deux Paris...” Nous citons ces noms avec d’autant plus de plaisir que c’étaient, ceux-là préci-

Académie Saint-Jean-Baptiste (1883)

sèment, ces “ enfants de chœur ” qui furent, nous l’avons dit, nos compagnons de jeu, comme M. Ethier lui-même fut notre camarade de route pour aller au collège de Montréal . . .

Si bien tenue que fut l’école du village, M. le curé Auclair estimait donc qu’elle ne suffisait plus au nombre toujours croissant de ses garçons. Le 12 mai 1883, il faisait don à la commission scolaire de sa paroisse d’un assez vaste terrain (24 lots), évalué à 4,000 piastres, sur la rue Sanguinet, à proximité de l’église, et d’une somme de 3,000 piastres en argent, à la condition qu’on bâtirait, sur ce terrain, une académie de garçons, dont la direction serait confiée à des religieux. Mgr Bourget vivait encore, à cette époque, retiré au Sault-au-Récollet. Le curé Auclair, ayant eu l’occasion de le consulter sur le choix qu’il voulait faire des Clercs de Saint-Viateur (on se rappelle qu’ils étaient déjà au Mile-End) pour cette académie de garçons, eut la joie d’entendre le vénérable prélat lui dire : “ C’est un bon choix, les Clercs de Saint-Viateur sont, voyez-vous, des clercs paroissiaux ! ” Les Viateurs vinrent donc à Saint-Jean- Baptiste, et ce fut en 1884. Les deux premiers directeurs furent le Frère Desjardins, puis le Frère Jalbert. Pour l’instant, bornons-nous à dire que, depuis quarante ans qu’ils sont là, les dignes fils du Pères Querbes et de “ notre ” Père Lajoie, tout en

donnant une excellente instruction commerciale au millier d’élèves qui s’inscrivent annuellement chez eux, ont aussi démontré, par la façon distinguée dont ils s’acquittent des fonctions et cérémonies liturgiques à l’église paroissiale, qu’ils sont bien, en effet, selon le mot de Mgr Bourget et l’esprit de leur fondateur, des “ clercs paroissiaux

Une autre œuvre du curé Auclair, dont il eut l’idée vers le même temps, ce fut la chapelle dite des congrégations, qu’il plaça sous le vocable du Sacré-Cœur, cette propre et si jolie chapelle, qui avait sa façade sur la rue Sanguinet (Henri-Julien) et que nombre d’anciens ont connue et aimée. Dès 1883, en effet, nous trouvons, aux archives du diocèse, une lettre de l’évêque au curé, à ce sujet, qui est fort explicite. Mgr Fabre se demandait si la paroisse pourrait supporter cette nouvelle charge. L’idée^fit apparemment son chemin, puisque la chapelle était en voie de construction trois ans plus tard. Le 27 octobre 1886, Mgr l’archevêque ordonnait de bâtir une sacristie “le plus tôt possible Le 17 janvier 1887, les fabriciens décidaient de faire préparer des plans par M. l’architecte Victor Roy (Poitras et Roy), et de se conformer, ainsi qu’il convenait, à l’ordonnance de Monseigneur. Le même jour, ils autorisaient M. le curé à élever sur le terrain de la fabrique sa chapelle des congrégations. C’est M. Casimir Saint-Jean, alors

Façade de l’ancienne chapelle du Sacré-Cœur (au lendemain de l’incendie de 1898;

étudiant aux bureaux de MM. Poitras et Roy, qui traça les plans que ses patrons avaient à faire exécuter. L’un des principaux entrepreneurs de la chapelle (et peut-être de la sacristie) fut M. Stanislas Pariseau. Le 8 août 1887, les travaux étaient en marche, car les fabriciens décident ce jour-là, de percer, entre la sacristie et la chapelle, un grand châssis de communication. Enfin, le 29 juin 1888, la sacristie et la nouvelle chapelle étaient bénites par Mgr Clut, un évêque oblat. Le célèbre Père Plessis prêcha le sermon de circonstance. Il traita de l’Eucharistie et du Sacré-Cœur, montrant que “ l’Eucharistie est la réalité la plus voilée du mystère de l’amour de Dieu pour les hommes ” tandis que “ le Sacré-Cœur est le symbole le plus manifeste de l’amour de Notre- Seigneur pour chacun de nous ”. “ L’orateur sacré, écrit le curé Auclair lui-même, dans une note que nous avons eu la bonne fortune de retrouver, a littéralement subjugué l’auditoire nombreux et distingué qui l’écoutait par la force et le charme de sa parole. C’est le Père Foucher, des Viateurs, qui chantait la messe. Mgr Clut s’est montré bien bon. . . La chapelle a coûté 25,000 piastres. Elle est destinée aux réunions des diverses congrégations de la paroisse ...” Plus tard, tous les travaux terminés, M. le curé estimait le coût de sa chère chapelle à 35,000 piastres. Il a vécu là de belles heures avec ses dévoués

S AINT-JEAN-B APTISTE DE MONTRÉAL

et dévouées congréganistes ! C’est là aussi, le plus souvent, que se faisaient les mariages. Beaucoup, dans la paroisse, se le rappellent sans doute. C’est là, pareillement, de 1894 à 1898, qu’on peut placer le “ berceau ” de l’actuelle paroisse de Sainte-Agnès. Car c’est là que les catholiques de langue anglaise de la localité se réunissaient, jusqu’à l’incendie de 1898, pour remplir leurs devoirs religieux, sous la direction de “ Father Casey ”, qui devint plus tard (1903) leur premier curé, à l’église de la rue Saint- Denis, coin Duluth.

Six ans après l’inauguration de la chapelle du Sacré-Cœur en 1888, c’est-à-dire en 1894, M. le curé Auclair construisait, rue Sanguinet, en face de sa chapelle et de son presbytère, l’hospice qui devait porter son nom. Mais, avant de parler de cette autre initiative du zélé curé, il nous convient, pour suivre l’ordre chronologique, de raconter brièvement la fondation de la paroisse de l’Immaculée-Conception, rue Rachel, qui fut confiée aux Pères Jésuites (1884), et celle de l’église des Pères du Saint-Sacrement, avenue Mont-Royal (1890), dont il est bien évident que l’histoire que nous écrivons ne saurait se désintéresser.

C’est le 8 décembre 1884 que la première église (un soubassement) de l’Immaculée-Conception, coin Rachel et Papineau — dans l’ancien village de la

Côte Visitation — fut inaugurée par Mgr Fabre. Déjà en 1875, un M. Lyonnais avait donné le terrain où devait se construire cette église. En 1876, l’abbé Villeneuve, plus tard curé d’Albany, et qui mourut à l’hospice Auclair en 1898, avait commencé là une construction. Les circonstances avaient nécessité la suspension des travaux. Le 19 mars 1884, Mgr Fabre appelait les Père Jésuites à reprendre l’œuvre. A la cérémonie de la bénédiction, le 8 décembre suivant, laquelle fut présidée par Mgr l’évêque, le curé Auclair prêcha. La paroisse canonique ne fut érigée qu’en 1887, le 7 décembre, sous le nom de Saint-Grégoire-le-Thaumaturge. Les Pères avaient ouvert une école de garçons en 1885, et depuis 1886 les Sœurs de l’académie Marie-Rose allaient tous les jours faire la classe aux petites filles dans cette localité. Le décret du 7 décembre 1887 désignait pour la nouvelle paroisse des parties des territoires du Sacré-Cœur, de Saint-Vincent, du Bon-Conseil, d’Hochelaga et du Mile-End. Ce n’est que le 20 décembre, quelques jours plus tard, qu’un second décret épiscopal donna à Saint-Grégoire la partie est du village Saint-Jean-Baptiste (de la rue Amherst à la rue Papineau). Le recensement de 1888 enregistre pour la nouvelle paroisse 322 familles (1569 âmes), dont environ 200 se trouvent sur l’ancien territoire de Saint-Jean-Baptiste. Plus tard, un

décret de Mgr Bruchési (25 novembre 1910) devait substituer le nom de l’Immaculée-Conception à celui de Saint-Grégoire. Le curé Auclair favorisa toujours les arrangements qui concernaient la paroisse des Pères Jésuites en partie détachée de la sienne et il ne cessa jamais d’entretenir avec ces distingués religieux les meilleures relations. Les annales de la maison des Pères en font souvent mention. C’est lui qui avait prêché en 1884 à l’inauguration. C’est lui également qui prêcha à la bénédiction de la pierre angulaire de l’église actuelle, le 7 juin 1896. £M1 fit entendre, dit un journal du temps, en cette circonstance, à ses anciens paroissiens et à leurs pasteurs, de chaleureuses paroles d’encouragement. . .”

Il devait accueillir aussi avec un grand zèle et “ pour l’amour du Sacré-Cœur”, selon ses propres expressions, les Pères du Saint-Sacrement, qui vinrent s’établir sur sa paroisse, rue Mont-Royal, en 1890. Admis dans le diocèse par Mgr Fabre le 31 mars de cette même année 1890, les Pères s’entendirent avec le curé Auclair et, le 13 juin, ils devenaient propriétaires de la maison de M. Barré, rue Mont-Royal, dont le salon fut bientôt transformé en chapelle. Le 18 octobre 1892, Mgr Fabre bénissait la crypte de l’église de l’adoration et, le 23 décembre 1894, le même évêque présidait à l’inauguration de la chapelle supérieure. Le couvent des Pères, tel qu’il

Académie du Sacré-Cœur (1892)

existe aujourd’hui, ne devait être achevé qu’en 1905. De cette maison de Montréal, naîtraient bientôt, pour les mêmes Pères, celles de Terrebonne, de Québec, de New-York, de Suffren et de Chicago. Personne n’ignore, dans Saint-Jean-Baptiste surtout, l’admirable élan que les religieux du Saint-Sacrement ont donné à Montréal, depuis trente ans, à la dévotion et au culte de la sainte Eucharistie. Le curé Auclair et ses paroissiens ont eu là leur part de mérites. Non pas, sans doute, que des intérêts divers du point de vue matériel n’aient pas parfois produit quelques tensions ou quelques heurts. Mais le bien s’est fait quand même. Les intentions des uns et des autres étaient trop pures et trop droites pour que la Providence ne vînt pas aplanir à la fin toutes les difficultés qui ont pu surgir. Les Pères n’ont jamais oublié, quand surtout sonna l’heure des désastres et de l’adversité pour le curé Auclair, l’ami de la première heure qu’il avait été pour eux.

Nous avons dit plus haut que, dès 1886, les Sœurs de l’académie Marie-Rose allaient faire l’école du côté de l’Immaculée-Conception. En septembre 1892, un deuxième détachement de ces dévouées religieuses commença de se rendre, tous les jours également, sur la rue Drolet, tout près de l’église Saint-Jean-Baptiste, pour donner l’enseignement aux nombreuses élèves externes de la paroisse. M. le

curé Auclair plaça cette nouvelle académie sous le vocable du Sacré-Cœur. Pas moins de 600 enfants s inscrivirent au premier jour et l’institution n’a pas cessé de prospérer depuis.

Ces activités extérieures cependant, il faut nous hâter maintenant de le dire, n’absorbaient pas toute la vie du curé Auclair. De la construction de son église à celle de l’hospice qui porte son nom, en d’autres termes de 1880 à 1894, d’ailleurs aussi dans la suite et tant qu’il en eut la force, ce directeur d’œuvres fut avant tout un directeur des âmes. Le premier debout, c’est lui toujours qui disait la première messe. Assidu au confessionnal, prêchant plus souvent qu’à son tour, sans parler de ses “ annonces ” qui valaient des sermons à cinq ou six messes chaque dimanche, donnant parfois, lui seul, ses retraites de carême, recevant à son bureau tous ceux qui venaient à lui, allant plus d’une fois jusqu’à faire personnellement la visite annuelle de toutes les familles de sa paroisse, il se dépensait sans compter pour ses paroissiens. Il ne voyageait pas beaucoup au dehors. Une excursion dans l’Ouest canadien en 1892, quelques courses aux États-Unis pour aider ses amis de la Société des Artisans, de rares promenades chez son frère le curé à Saint-Anicet ou à Saint-Polycarpe, des pèlerinages à Sainte-Anne et des séjours de quelques heures à sa maison de Saint-Vincent-de-Paul, voilà

le bilan de tous ses déplacements au cours de trente ans. C’est qu’il aimait le ministère auprès des âmes et qu’il s’y donnait pleinement. Ses sermons, comme ses exhortations au confessionnal, jaillissaient de source. Il était né orateur. Original et bien vivant, il s’élevait quelquefois, sans beaucoup de préparation, jusqu’à la haute éloquence. On cite encore dans les familles certaines de ses allocutions : ses souhaits du jour de l’an par exemple. Avec sa piété d’enfant pour le Sacré-Cœur et la sainte Vierge, cette éloquence fut le secret de sa force et de son prestige sur ses gens. S’il eut des privilégiés, ce furent les pauvres et les souffrants, les vieillards surtout et les orphelins.

Parmi les vicaires qui lui furent donnés, il en est plus d’un qui lui ont été de précieux auxiliaires. Nous avons déjà parlé de M. Bonin, de M. Laferrière et de M. Lafortune. En attendant d’en dresser la liste complète, nommons spécialement M. Vitalien Dupuis, M. Olivier Dufault et M. Napoléon Morin. A la direction des congrégations comme dans l’exercice du ministère, ces prêtres dévoués se montrèrent des plus zélés. M. Dupuis, fondateur de Saint-Canut, est mort curé de Saint-Cuthbert. M. Morin, fondateur de Saint-Édouard à Montréal — où l’on retrouve encore bon nombre da familles qui sont venues là de Saint -Jean-Baptiste — est mort chanoine, il y a deux ans. Le bon M. Dufault, qui est aussi devenu

chanoine, est depuis trente ans curé de Sainte- Justine-de-Newton. Nous savons parfaitement que, pour les gens de Saint-Jean-Baptiste, rappeler les noms de ces anciens vicaires, c’est évoquer de bien bons souvenirs.

En 1885, M. Dufault et M. Dupuis furent chargés par Mgr Fabre de la desserte de l’hôpital Saint-Roch. C’était l’année de la picote. L’épidémie fut violente. Les autorités municipales de Montréal convertirent en hôpital d’urgence une vieille maison en pierre, située au pied de la montagne, dans les arbres, vis-àvis la rue Rachel, à peu près à l’endroit où se voit aujourd’hui le monument Cartier. Il y eut là jusqu’à cent cinquante et deux cents malades à la fois. M. Dufault surtout se consacra, pendant sept mois, de mars à novembre, à ce pénible ministère. La reconnaissance des pouvoirs publics n’a peut-être pas été brillante pour les desservants de cet hôpital Saint- Roch ! Mais le bon Dieu, là-haut, a tout vu. Et c’est une belle page de l’histoire de Saint-Jean-Baptiste que M. le chanoine Dufault a écrite en ce temps-là.

La fondation de l’hospice Auclair, que nous allons maintenant raconter, en est une autre, et plus durable encore. Cette page, elle a été publiée déjà, dans le Bulletin 'paroissial de Saint-Jean-Baptiste, à l’occasion des noces d’argent de l’institution en décembre 1920. Nous n’avons ici qu’à la condenser et à la résumer.

L’hospice Auclair fl 8941

Dans ses visites de paroisse et dans ses courses aux malades, le zélé curé Auclair avait souvent constaté que, dans sa paroisse comme ailleurs, il y avait bien des éprouvés, de vieux infirmes, de petits abandonnés, des pauvres connus ou cachés. Il pensaàfonderun hospice pour leur donner asile. Le 20 mai 1893, il écrivait à Mgr Fabre pour lui demander la permission de travailler à cette fondation et aussi, pour sa fabrique, l’autorisation de s’y intéresser. Mgr l’archevêque voulut bien acquiescer à cette demande. Il fallait en plus, naturellement, s’assurer le concours d’une communauté religieuse. M. le curé s’adressa aux Sœurs de la Providence, à la Mère Godefroy, qui était à l’époque supérieure générale. Coïncidence à remarquer, c’est à l’extrémité du territoire de la paroisse elle-même, au pied de la montagne, au “ fief de la Providence ”, qu’était née, en 1800, Emmélie Tavernier, la future Mère Gamelin, fondatrice de l’institut de la Providence. Mère Godefroy accepta avec joie de rapprocher quelques-unes de ses filles de leur “ berceau ”. Le curé fit appel à l’inépuisable générosité de ses bons paroissiens ... et il se mit à bâtir. C’était en 1894. Le 1er juillet 1894, avait lieu la cérémonie de la bénédiction de la pierre angulaire. Mgr Fabre la présida et l’abbé Rouleau, de Sainte-Thérèse, y prononça un éloquent sermon. Ce fut, cet hospice, l’un des premiers édifi-

ces construits, à Montréal, en ciment et en pierre, complètement à l’épreuve du feu. M. l’architecte Casimir Saint-Jean dirigeait les travaux, et M. Onésime Martineau fut l’un des principaux entrepreneurs. Le 19 novembre 1895, s’organisait une association de dames de charité, sous la présidence de madame Gill, l’épouse du juge, pour aider l’œuvre. Le 24 octobre 1896, c’était la bénédiction solennelle. Mgr Emard célébra à l’église une messe pontificale, à laquelle Mgr Langevin prêcha. On se rendit ensuite au nouvel hospice, et le vénérable Mgr Laflèche (Mgr Fabre était en Europe) présida aux rites de la bénédiction “ de la maison des pauvres ”. D’importants personnages du monde laïque, M. Chapleau, lieutenant-gouverneur, M. Flynn, premierministre, M. Taillon, M. Beaubien, M. le juge Baby, M. le juge Gill, d’autres encore, avec toutes les notabilités de la paroisse, assistaient à cette cérémonie. Mgr Laflèche leur en expliqua le sens, avec cette simplicité et cette hauteur de vues qu’il savait mettre en tout ce qu’il disait. Un banquet fut ensuite servi dans la grande salle de l’édifice nouveau. Ce fut une belle fête. C’est à ce banquet du 24 octobre 1896, jour de la Saint-Magloire, que M. le juge Gill, si nos souvenirs sont fidèles, proposa publiquement, après un discours vibrant du curé, de donner son nom à l’hospice né de son zèle. On l’acclama. L’hospi-

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ce Auclair était fondé ! Il devait coûter à la paroisse au-delà de 150,000 piastres. Nous aurons l’occasion de voir que, au curé, il devait coûter plus cher encore, des larmes de sang, la vie elle-même !

En 1894, la paroisse avait célébré, par de belles fêtes, le vingt-cinquième anniversaire de prêtrise de son curé. Il était alors, on peut le dire, dans toute sa force et tout rayonnant de prestige. C’était en décembre. L’anniversaire de son ordination tombait exactement le 19, mais les solennités furent remises aux 26 et 27. Tour à tour les paroissiens, dont l’honorable juge Gill fut le porte-parole, les diverses congrégations et les institutions ou académies offrirent leurs hommages et leurs vœux au vénéré pasteur. “ Heureuse paroisse, disait-on dans l’adresse des élèves de l’académie des Viateurs, heureuse paroisse que la nôtre !... A peine rangée sous votre houlette, Monsieur le curé, voilà notre paroisse grandie, prospère, renommée. . . Elle se suffit à elle-même et ne connaîtra plus bientôt de misères que celles qui s’ignorent elles-mêmes ! ” Certes, ces enfants avaient bon cœur et ils éta ent sincères. Mais des jours tristes et sombres paraîtraient encore. Ainsi le veut la vie pour les peuples et pour leurs groupements, tout autant que pour les individus.

Au cours de cette première période de l’administration du curé Auclair, qui va de 1880 à 1898, épo-

que de l’incendie, après MM. Bonin, Laferrière et Kimber, qu’il avait trouvés en arrivant en 1880, voici, dans l’ordre chronologique, les noms des vicaires qui s’étaient succédé, à Saint-Jean-Baptiste, sous sa direction : M. Louis-Joseph Lafortune (1881- 1884), M. Louis-Olivier Dufault (1881-1889), M. Louis Gravel (1884), M. Vitalien Dupuis (1884-1886), M. Napoléon Morin (1886-1895), M. J. -A. Desjardins (1886), M. Alphonse Dugas (1886-1889), M. Joseph-Télesphore Prouîx (1888-1889), M. Camille Rochon (1890-1892), M. Aristide Meunier (1891- 1892), M. Louis Durocher (1892), M. Alphonse Préfontaine (1892-1900), M. Joseph LaRocque (1892-1893), M. A. Xoual (1893-1894), M. Alfred Laliberté (1893-1895), M. Joseph Casey (1894-1903), M. Odilon Forest (1895-1896), M. Avila Bélanger (1896-1897), M. Alfred Dequoy (1896-1897), M. Arthur Guay (1896-1900), M. Elie-J. Auclair (1896- 1899), M. Narcisse Gauthier (1897-1899), M. Joseph Piette (1898-1904). En janvier 1898, lors de l’incendie, nous étions là, avec M. le curé, six vicaires: MM. Gauthier, Casey, Préfontaine, Piette, Guay et celui qui écrit ces lignes.

Saint-Jean-Baptiste était pour nous personnellement, qu’on nous permette de l’écrire au passage, comme une seconde paroisse natale. De Saint-Lazare, où nous étions arrivé, chez l’oncle généreux, à 11 ans,

en 1877, nous l’avions suivi dans la grande ville, d’où nous avions fait nos classes à Montréal, à Sainte-Thérèse, puis au grand séminaire. C’est à l’église de la rue Rachel que Mgr Fabre nous avait conféré le sacerdoce, le 15 août 1891. Après un séjour de cinq ans à Rome et à Paris, nous étions revenu à Saint- Jean-Baptiste, devant y passer deux ans au saint ministère. Nos camarades d’enfance vivaient là, nos meilleurs souvenirs y palpitaient dans l’ambiance des choses. L’épreuve qui allait atteindre la paroisse, et plus particulièrement son curé, le 29 janvier 1898, ne pouvait pas ne pas nous toucher profondément. C’est en témoin oculaire en tout cas que nous en pouvons parler.

La paroisse comptait alors de onze à douze mille communiants. Les institutions, collège, couvents, hospice, étaient florissantes. Au cours de l’été de 1897, d’importantes réparations avaient été entreprises à l’église, sous la direction de M. l’architecte Joseph Venne. Pendant plusieurs mois, jusqu’aux premiers jours de janvier 1898, la grande salle de l’hospice avait servi de chapelle temporaire. C’est à cette époque, croyons-nous, et à Saint-Jean-Baptist.e, que, avec la permission de Mgr l’archevêque, les messes de 11 heures, le dimanche, furent inaugurées à Montréal. Tout allait bien, semblait-il, on était en pleine voie de prospérité ! Soudain, dans la nuit du

29 janvier 1898, un violent incendie rasa l’église, la chapelle du Sacré-Cœur et le presbytère. Ce fut un vrai désastre. C’était une perte de 100,000 piastres et au-delà.

Quelle nuit ! Trois alarmes furent sonnées 'coup sur coup et les pompiers se montrèrent vaillants. Les paroissiens, éveillés au milieu de leur sommeil, accouraient de partout. Le feu faisait rage. En deux heures, tout fut consumé. Nous, les prêtres, nous nous retirâmes à l’hospice, où l’on nous installa provisoirement. Nous avions tous perdu nos modestes mobiliers et nos livres. Le pauvre et cher curé, après d’héroïques efforts pour sauver les choses les plus précieuses, regarda brûler, du petit portique de l’hospice, son presbytère, son église, sa belle chapelle. Une foule consternée se pressait autour de lui. Bien des mains vinrent serrer la sienne. Bien des cœurs sympathisèrent avec son cœur. Il pleura de vraies larmes. Mais, le lendemain, il était debout !

Ainsi passent les choses, plus durables pourtant que les hommes. Elle n’était plus, la bonne église qu’avait connue et aimée les gens de la génération d’avant 1898, ni, non plus, la belle chapelle du Sacré- Cœur! Le feu les avait détruites. Il était en cendres, le vénérable temple, modeste mais digne, où, pendant quinze ans et plus, la vie paroissiale s’était écoulée paisible et calme! Le feu l’avait consumé.

Que de souvenirs les anciens de Saint-Jean-Baptiste évoqueront, en lisant ces lignes, depuis celui peutêtre de ce sacristain modèle, si vif et si alerte, qu’était Joseph Poirier (un cousin du curé), jusqu’à ceux des maîtres de chapelle, Elzéar Drolet et Arthur Boucher, sous la direction de qui le chœur de chant d’alors, avec, à l’orgue, ce grand artiste que fut Alexis Contant (à qui la gloire a souri trop tard), avait si souvent brillamment célébré la solennité des fêtes de l’Église! Certes l’église construite en 1902- 1903, et celle aussi qu’on a bâtie après le second incendie de 1911, et où auront lieu les fêtes de 1924, furent plus riches et plus belles. Mais on n’oublie pas le temple de Dieu où l’on a prié étant enfant, où l’on a fait sa première communion, où l’on s’est marié . . . Quel terrible destructeur qu’un incendie !

Pour personne, cependant, le malheur qui frappait la paroisse, en cette nuit du 29 janvier 1898, n’était plus accablant que pour le curé Auclair. Le lendemain, nous l’avons dit, il était debout. Mais, au fond, il ne s’est jamais complètement relevé de ce malheur. L’incendie de son église, de sa chapelle, de son presbytère, l’avait pour jamais blessé au cœur.

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