‹ Saint Jean-Baptiste, l'évangile et le Canada [microforme]Chapitre 11 sur 65 · VA <X LE PATRONAGE., XF · texte numérisé non relu

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2. Ce sont les nations elles-mèmes qui font ce choix ; car, du moment que Dieu accorde des grâces safionales à un peuple, et que ce peuple peut en user ou en abuser, — grande vérité qui nous a été strictement démontrée dans l’antiquité, et par suite surnaturellement préfigurée pour toute la durée de l'ère chrétienne, par l’histoire du Peuple Juif, — on doit admettre qu’i existe pour les peuples un Zibre-Arbitre National, et que les sociétés partici pent à la plus sublime émanation que Dieu ait voulu souffler de sa propr essence sur cette terre en ‘‘ faisant l’homme à son image et à sa ressemblance ‘ pour qu’ils se multiplie”/, au’ils remplisse”f la terre et la soumette. ” (r!

D. Et de quelle manière s'exerce ce Libre-Arbitre National dans 4 choix que font les peuples de leurs Patrons dans le ciel ?

2. Quelquefois, et même très souvent, ces Saints sont les propres fondateurs du Christianisme dans leurs patries. En les choisissant ainsi pour Patrons, ces patries se donnent à elles-mêmes les Ac/es de leur Baptême national ; comme l'Irlande, à l'égard de St. Patrick ; l'Allemagne, à l’égard de St. Boniface et tant d’autres pays.

Mais quelquefois aussi, ce choix a quelque chose de plus directement inspiré de Dieu ; c’est comme l’effet surnaturel d’une Pentecôte nationale ; c'est ic Sacrement de Confirmation que reçoivent certaines patries, qui sont plus spécialement choisies par le St. Esprit pour étendre au loin le Royaume de Dieu. Le Seigneur dit à ces Patries, comme à St. Paul, le grand apôtre des nations : ‘Je t’ai posé là où tu es, pour servir de flambeau aux peuples, ‘et pour être un agent de salut jusqu’à l’extrémité de la terre.”” (2) Il en est ainsi, par exemple, du Royaume de France, la Fille aînée de l'Eglise, qui a pour marraine dans le ciel la Ste. Vierge Marie, la propre Reine du Ciel,

et pour parrain, le grand Archange St. Michel, le généralissime des armées du Très-Haut.

Eh bien, le Canada, la Pafrie canadienne, dans son Patron, St. Jean Baptiste, est bien positivement honoré de Dieu d’un privilège de cette

nature, en ce qui touche à sa mission, c’est-à-dire, à sa vitalité nationale et politique.

D. Le Canada est À à proprement parier une Nation, et ses enfants peuvent ils réellement l'appeler une Patrie ?

(1) Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram...... .… Et ait: crescite et multiplicamini et replete terram et subjicite eam.— Gen. 7, 26-28.

(2) Posui te in lucem gentium ut sis in salutem usque ad extremum terræ.—4c# X111, 47

2. A cette question, nous répondrons hardiment : Oui ; le Canada a le Aroit de s’appeler une Nation, et les Canadiens, en tant que Canadiens, sont sien réellement les enfants d’une Patrie.

Mais, pour justifier cette’ affirmation catégorique et convaincue, il est vresque indispensable d'entrer dans quelques développements. Bien qu’en apparence un peu é/rangers à ce pays, nous les croyons d’autant plus à leur vlace dans ces très humbles considérations, qu’on en fait fort souvent un sage tout à fait à côté de la vérite, qu’on en jase un peu partout, et ma foi | assez à tort et à travers; enfm parce que, si leur exactitude arrivait à s'implanter tant soit peu dans l'esprit public, la sève en sourdrait, sans aucun conteste, dans toutes les fibres intérieures de l’Arère populaire, pour y faire couler à flots savoureux et bénis, — qu’on nous pardonne l’expression ; mais, Canada y oblige, — ce sucre de patriotisme, qui doit être considéré par tout enfant de ce sol comme un don tout spécial de Dieu.

Il n’y a pas encore vingt ans, dans ce qu’on est convenu d’appeler la Politique des tems modernes, on a fait grand bruit en Europe du Principe des Nafionalités, mais c'était un bruit révolutionnaire, c’est-à-dire, ayant pour brincipe tout autre intérêt que celui des peuples soi-disant en faveur desquels ces clameurs étaient poussées. — C’est là le grand signe auquel on reconnaîtra toujours la Fraternité de la Révolution, et ses cris.

Qu'’était donc tout ce bruit ?

C'étaient, à la fois, et d’insatiables ambitions personnelles qui poussaient quelques Souverains à invoquer un nouveau fantôme de mots, non à cause de la rationalité, mais à cause du simple vorsinage de quelques Etats, envers lesquels ils se sentaient atteints d’un famélique accès d’accaparement ; et d'autre part, c'était la haine invétérée dans le cœur de quelques autres Souverains contre tous les gouvernements légitimes, — parce qu’ils étaient usurpateurs eux-mêmes ; contre tous les gouvernements chrétiens, — parce qu'ils étaient athées ; et surtout, contre tous les gouvernements écclésiastiques,— parce que l’Eglise était pour eux comme un reproche perpétuel de leur passé, comme un remords vivant de leurs succès d’un jour.

Tel est, en deux mots, le fond prouvé, et très prouvé, de tout ce qu’on a fait, ces derniers temps, au sujet de la question des Nationalités, Victor-Emmanuel étant Roi de Piémont, et s'étant fait décorer par l’impiété cos -polite du surnom de Galanthomme ; et Napoléon III se trouvant affublé du titre d'Empereur des Français, pour finir, quelques années plus tard, par mériter le sobriquet de Napoléon-le-Séranfaire,

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Mais, du fait au prendre, sur quoi appuyait-on ce prétendu principe des nationalités ?—Sur rien de fixe, sur rien de sensé, sur rien de stable, sur rien

d’honnèête, sur rien de généreux, sur rien de civilisateur, sur rien même qui fût seulement plausible.

Il suffit pour s’en convaincre, de donner un apérçu rapide des simples utopies qui auraient pu servir de décorum à ce prétendu principe ; et on ne s’en est pas même servi. — On n’en a pas eu besoin, du reste ; on avait pour soi la force des baïonnettes, et l’escamotage diplomatique.

Peut-on dire que ce sont les accidents géographiques qui doivent opérer la distinction des nationalités entre elles ? De ces accidents de séparation matérielle, il n’y a que deux sortes : les chaînes de montagne et les grands cours d’eau. Or, la grande majorité des nationalités sont, de fait, plutôt séparées entre elles par des fleuves que par des montagnes ; et il est prouvé qué les fleuves sont, de leurs nature, non pas des agents de séparetion d’un peuple à un autre, mais bien au contraire, des véhicules de relations entre eux. L’utopie était donc trop matériellement criante pour qu’on ait pu s’y arrêter. — Et d’une.

Alors, on a balbutié quelques pâles controverses au sujet des Zzngues. C'était une idée un peu plus, sinon rationnelle, au moins rationaliste, et qui, par cela même, a un peu plus, sinon de consistance, au moins, de subtilité. On a essayé de lancer cette proposition que tous les peuples parlant la même langue devaient être régis par la même autorité politique. Mais, devant cette seconde utopie, se sont dressées deux barrières, que le cheval échappé de la Révolution n’a pu franchir.

La première est une barrière de droit et de philosophie. — Elle consiste en cette donnée expérimentale bien établie, que l’idiôme, dont se sert un peuple pour exprimer ses idées, se transforme par le temps et en vertu de l’état social de ce peuple ; que la langue d’un pays est donc, à proprement parler, un effet, et non pas une cause. C'est le résultat de sa civilisation particulière ; — résultat lent et venant de longue main, — et la chose ellemême ne peut donc être rationnellement invoquée comme un mobile déterminant à changer la nationalité, à faire un transfert de patrie.

Il y a même à remarquer, ce nous semble, dans l’histoire universelle des peuples, que chez eux l’efflorescence intellectuelle de leur langue, qui n’est autre que ce qu’on entend par ces mots ; #s Lettres, les Belles-Lettres, n’acquiert son plus sensible éclat, son plus grand épanouissement extérieur, que lorsque la décadence morale et sociale de la Nation est déjà très-avancée-

Dans le cours de la vie politique d’un pays, la beauté des formes de l'esprit est tout-à-fait posthume à la laideur du fond de sa conscience. C'est là une pierre d’achoppement, contre laquelle se heurte souvent l’étude philosophique de l’histoire, mais le Siècle de Périclès, le Siècle d’'Auguste, le Siècle des Médicis, et le Siècle de Louis XIV, avec leur illustration littéraire et leur moralité comparée, sont là, pour corrober cette remarque. Le pélérinage de tout ce qui constitue le monde des idées se trouve ainsi encombré de retardaires ; ou plutôt, non ; c’est une vrai procession, car c’est un ordre mystérieux établi par Dieu lui-même, dans des développements dont aucune force humaine n’est capabie d’intervertir le défilé spiritualiste.

On doit pourtant tirer d’un tel phénomène une conclusicn pratique ; c'est qu’une patrie, une nationalité, doit essentiellement tenir à sa langue, la respecter profondément, être jalouse de sa pureté et la traiter avec une extrême décence. En agissant ainsi, ce peuple coopèreru, pour une part plus grande qu’on ne pense, à cet ordre divin que nous venons de signaler et concourra à l’harmonie, à la dignité, à la sainteté de la Procession de ses idées, à travers les âges. Procession signifie d’ailleurs : ‘* Zmaner, ‘’‘“ Etre issu.” — De qui les idées ne procèdent-elles pas, si ce n’est de l'Eternel Dieu ?

La seconde barrière, qui a empêché la langue d’un peuple d’être ouvertement invoqu’e comme le principe de sa nationalité, a été une barrière de fait, et bri.tale comme un fait ; c’est que, ce principe une fois admis dans le droit des gens, c'était un remaniement obligatoire de la carte d'Europe ; et cela ne faisait plus le compte de la Révolution couronnée ; car elle est bien disposée aux Annexions de ses voisins qui gênent sa domination, mais aux Cessions des peuples qu’elle domine ; jamais.— Et de deux.

Alors, en troisième analyse, on s’est rabattu sur une autre idée, ou plutôt encore, sur un autre mot, qui n’est également qu’une utopie, quoique beaucoup plus spécieuse. C’est la théorie des Æaces. Les récentes victoires des Prussiens contre les Français ont donné comme un aliment nouveau de popularité et un retentissement en apparence très-substantiel à cette théorie ; mais là encore, après un examen un peu sérieux de la question, n’est pas la vérité.

On ‘t bien des races, qu’elles sont douées d’une vie ayant, dans ses phases diverses, de grandes analogies avec la vie de l'individu humain ; c’està-dire, qu’elles ont leur enfance, leur jeunesse, leur maturité et leur vieillissement ; que dès lors, la décrépitude et la mort leur ‘ont choses aussi fatales que pour l’homme, et qu’elles se succèdent ainsi, les unes aux autres, comme des générations sociales. Et l’on ajoute triomphalement à l'appui de

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cette thèse : “Voyez la Rare Latine ; elle a dépassé l’âge de sa maturité ; elle grisonne ; elle s’achemine à sa mort naturelle ; il faut qu’elle en prenne

, Son parti; c’est la Æace Germanigue qui s'apprête à la remplacer, qui est

même déjà en pleine voie de le faire, pour établir, dans le monde, une civilisation nouvelle et délimiter, par cela même, les divers groupes des nationalités. Puis, la race germanique subira, comme la race latine, les mêmes lois de déchéance par suite de vieillesse ; et déjà, l’on voit poindre à l’horizon la Race slave, qui formera vraisemblablement un jour une troisième génération de peuples, devant à leur tour dominer le monde, ??

Il faut le reconnaître, cette théorie est prestigieuse, mais elle n’a qu’un défaut, c’est de n’avoir absolument pas l’ombre de fondement.

C’est assez facile à démontrer.

Et tout d’abord, arrêtons-nous un tout petit instant sur la dénomination spéciale de Æace Latine. C'est une dénomination des plus fausses en ellemême qui se puisse voir, attendu que les nations dites de cette race, dont les principales sont : la France, l'Italie et l'Espagne, n’ont en elles qu’une proportion extrêmement minime de sang latin. (Composées, pour une part, des Aborigènes, qui existaient sous l’antique domination Romaine ; — (Et cette domination, il ne faut pas l’oublier, était le fait de la suprématie d'une seule ville, — Très, —sur le monde entier, et non pas une question de peuplement du monde par l’expansion d’une souche primitive), — et pour une autre part, des Barbares de la grande Invasion des premiers siècles de l’Ere Chrétienne, les populations européennes sont toutes, au même degré, le fruit, le résultat et l'expression de ce mélange. Elles sont originairement 4% mêne âge.

En France, ce sont : Celtes, Germains, Bretons, Francs, Normands, et autres variétés descendues du Nord. En Italie, pour la partie septentrionale, les Lombards y trouvèrent, non des Latins, mais des peuples de race celtique ; et pour la partie méridionale, c’étaient des colonies grecques qui furent greffées de rameaux espagnols et normands. Enfin pour l'Espagne, c'estun mélange de sang Celtique, Basque, Gothique et Mauresque qui s’est infusé dans la race aborigène des Ibères. Dans ces divers pays, la /a/inité de la race y est donc, pour ainsi dire, insignifiante.

Et pour ce qu’on appelle les Æaces Germaniques, il en est absolument de même. C'est une composition tout-à-fait semblable des deux éléments de l'Autochtonie et de l'Znvasion. La généalogie des diverses nationalités qui se disent de cette race est de la même antiquité, de la méme formation, de la

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même conception à la vie des peuples, que pour les pays désignés du nom de Latins.

On peut en dire autant de la Æace Slave elle-même. Elle n’est pas plus jeune que les deux précédentes. Si elle a paru plus tard qu’elles sur la scène

du monde, c’est qu’elle a été pendant longtemps comprimée par la domina- :

tion Tartare, de sorte que, pour son plus grand malheur, son activité est restée en arrière de toute la durée de cette belle époque de foi et de civilisation, dont la plus vivace effusion s’est signalée par les Croisades.

Le défaut de la cuirasse de cette théorie affirmant une succession des peuples par voie de caducité progressive et fatale, c’est l'oubli d’un grand fait qu’il est inutile ici d'analyser en lui-même. C’est qu’il n’y a plus de Migrations de races primitives tenues, non sans dessein par Dieu, à l’état Barbare, lequel est le point extrême et l’antipode de l’état Sawvage. — La Migration n'a aucun rapport foncier avec l’£migration.

Cela n'empêche pas que les grandes ramifications de la famille humaine, n'aient leurs débuts dans l’existence, qu’elles ne suivent des développements variés dans leur virilité et enfin, qu’elles ne puissent disparaître ; mais c’est plutôt en elle un commencement, un milieu et une fin qu'une enfance, une jeunesse et une mort, telles que ces phénomènes de la vie s’accomptissent obligatoirement pour l'individu.

C'est ce Milieu de l'existence d’un peuple qui offre les plus grandes dissemblances avec la jeunesse de l’homme, par sa durée autant que par ses alternatives extrémement variées d’épuisements mortifères, de décadence et de régénération. — L'étymologie même de ce mot: Æégénération, qui ne s'applique qu’à l’âme baptisée et aux nations, suffirait à indiquer clairement que la vitalité sociale ne peut-être comparée, avec un semblant de justesse, dans tout ce qui concerne à sa durée à la vie éndividuelle.

On entrevoit d’ici les éléments sociaux de Foi, d’Espérance et de Charité nationales, qui surgissent de cette exacte donnée,

En résumé donc et comme conclusion de ce rapide et léger aperçu d’ethnologie traditionnelle, l’on doit reconnaître que ni la situation zéographique, ni la langue, ni même la race, ne constituent réellement le Lie L à la Vafionalité et le fondement de la Patrie.

f! faut chercher plus haut le principe originaire de ce droit, et asseoir ‘: d’autres bâses le fondement de cette sainteté sociale ; car la Patrie est sainte,

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