CHAPITRE I
LA NAISSANCE
Pater noster qui es in cœlis Sunctificetur nomen tuum.
« AMEN
D. Que devons-nous remarçuer tout farticulièrement dans la Naissance de St. Jean-Baptiste ?
2. Remarquons d’abord, — Et cette première remarque est une vraie marque d’honneur, dont on doit décorer le berceau canadien, — que St. Jean-Baptiste était le fils d’un Pontife de l’ancienne Loi. (r) Le Canada n'at-il pas eu, pour origine de sa conception à la vie des peuples, l’apostolat de Prêtres de la Loi nouvelle, de ces Missionnaires et de ces Martyrs, de ces Jésuites, de ces Recollets et de ces Capucins, qui ont vivifié de leur parole et arrosé de leur sang les racines de la Patrie Canadienne ? — Le Canada, —il ne doit l'oublier en rien, et s’en souvenir en tout, — est de race sacerdotale comme son Patron. — Il y a tout un monde politique dans cette mémoire.
La naissance de St. Jean fut miraculeuse. Son père, était un vieillard, et sa mère était également fort avancée en âge, quand l’Ange Gabriel, le méme qui devait annoncer, quelques semaines après; à la Vierge Marie qu’elle
(1) Fuit in diebus Herodis regis Judsææ sacerdos quidam nomine Zacharias, de vice a Sa ; et uxor illius de filiabus Aaron et nomen ejus Elisabeth.—Zuc Z, 5.
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< LA NAISSANCE,
deviendrait la mère du Fils unique de Dieu, annonçait à Zacharie, dans le temple, et pendant qu'il remplissait ses fonctions sacerdotales, (1) qu’il aurait un fils de sa femme Elisabeth, et lui ordonna d'appeler cet enfant inattendu du nom de Jean, qui signifie: Miséricordieux. (2)
Cette vieillesse des parents de Jean selon la nature, a bien quelques rapports avec l’âge de la Mère-Patrie, qui a enfanté le Canada à la Chrétienté. Nous venons de dire dans le Chapitre I. que la Nationalité Canadienne, longtemps portée dans les flancs de la France, avait, pour ainsi dire, vu le jour, quand elle à été douloureusement séparée de sa mère. Et à cette époque, oh ! que la France était vieillie ; comme elle était avancée en ses jours ! — J'entends la France traditionnelle et catholique, la France fidèle au Christ et à son Eglise. — Mais Dieu a fait les nations guérissables, et par cela même, à miracle capables de rajeunissements.
L'Ange qui annonce la naissance de St. Jean trace à son père de bien beaux traits de la grande mission à laquelle a été prédestiné le divin Précurseur, Nous grouperons ensemble, dans un Chapitre spécial, ainsi que nous || l'avons déjà signalé, pour n’en faire qu’un tout homogène, les splendeurs 1f spirituelles de cette mission disséminées, en quelque sorte, dans toite: le; phases de la vie de ce Saint incomparable. Pour le moment, contentons- 1 nous de noter, dans les paroles de préexistence prononcées par l’Ange sur la vocation du Protobaptiste, un ordre tout spécial, un commandement de conduite personnelle, on ne peut plus caractéristique, dont l’appropriation a quelque chose de souverainement instructif pour le Canada.
D. Quel est cet ordre spécialtet personnel ?
Æ. C'est celui de ‘‘ne boire ni vin ni cervoise,”’ c’est-à-dire, ni liqueur enivrante. (3)
Qu'en dites-vous ? L'’Esprit-Saint, pour qui le temps, aussi bien que l’espace, sont comine s'ils n'étaient pas, car il est infini, s’y est-il pris assez 11 longtemps d'avance, pour flétrir, combattre et réprouver l’Zvrognerte, dans ti cette portion de l’universel troupeau, dont St. Jean devair-être le pasteut 1] mystique et le guide élu ? — L’Ivrognerie ! ‘* mal capital de ce pays |
(1) Factum est autem quum sacerdotio fungeretur in ordine vicis suæ ante Deum —apparuit autem illi Angelus Domini stans a dextris altaris incensi.—Zuc 7, 8.11.
(2) Ait autem ad illum Angelus : ne timeas Zacharia …… Uxor tua Élisabeth pariet
stibi filium et vocabis nomen ejus Joannem.—Et dixit Zacharias ad Angelum : Unde hoc sciam ? Ego enim sum senex et uxor mea processit in diebus suis.—Zuc Z, 13.18.
(3) Et vinum et siceram non bibet.—{Zue Z, 15).
‘ menaçant de ruiner la fortune comme la religion de beaucoup de nos ‘“ compatriotes. ”” (1) L'Ivrognerie ! ‘ qui a fait un jour pousser de profonds ‘ soupirs de tristesse au Père commun des Fdèles, au’ Vicaire de Jésus- ‘ Christ, quand il a appris que ce grand désordre était la passion domi ‘ nante ”” de ses Benjamins du Nouveau-Monde, ‘‘et qu’il ternissait les ‘ belles qualités et les mœurs douces de ce peuple, si cher à l'Eglise ” (2). L'ivrognerie, ‘‘ qui se joue de l’aütorité publique, qui engendre les plus ‘ grands malheurs de la patrie, qui glace d’effroi ’” la conscience nationale, (3) et qui, sans cesse combattue, sans cesse frappée d’anathèmes religieux et civils, sans cesse percée de coups, reparait toujours, et actuellement encore, pleine d’une audacieuse vie, renaissant de ses cendres comme un phénix d'enfer, survivant aux réprobations qu’elle inspire, échappant à ses propres blessures, et défiant presque la miséricorde, la confiance et la charité ! Ah! que la dévotion envers St- Jean-Baptiste, une dévotion de bon alloi, franche et sincère, virile et patriotique, serait donc d’un bel usage pour les Canadiens, si elle pouvait leur remettre sans cesse en mémoire, avec une pieuse et salutaire crainte, les ordres si précis et si absolus de tempérance et de sobriété dictés par l'Envoyé du Souverain Juge au Précurseur élu de son Verbe de vie ; et cela, dès avant la conception même de ce grand Justicier du Roi Jésus !
D. La naissance de St. Jean Baptiste offre-t-elle quelque autre particularilé à nos méditations ? |
@. Oui. Deux autres ; et pour mieux les classifier, nous appellerons la première, une particularité Ævangélique, et la seconde, une particularité Ecclésiastique.
D. Quelle est la particularité Évangélique que vous signalez ?
Z. C'est la visite que fit à la mère de Jean-le-Sacerdotal, la mère de Jésus-le-Royal. Elles étaient proche-parèntes, et portaient, chacune dans leur sein, ces deux enfants jumellement annoncés par les Prophêtes, dont l’un, étant Fils unique de Dieu dans son essence, et Fils d’une vierge dans sa nature humaine, a voulu, par un prodige d’humilité et d'amour, être appelé le Æ4s de # Homme ; et dont l’autre fut proclamé par ce Fils de
; (1) S G. Mgr. Ignace Bourget, Evêque de Montréal.—{Circulaire au Clergé du 23 7bre 1841.)
(2) Idem —{(Mandement du 25 Janvier, 1842).
(3) Idem. -(Lettre pastorale du 18 Avril, 1854.)
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