‹ Saint Jean-Baptiste, l'évangile et le Canada [microforme]Chapitre 15 sur 65 · LE BAPTÊME · texte numérisé non relu

LE BAPTÊME

Paler noster qui es in cœlis, Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra.

AMEN

D. Quels sont Les enseignements qui signalent le Baptème de Notre Seigneur Jésus-Christ par St. Fean ?

Æ. Avant de baptiser Notre Seigneur Jésus-Christ, Jean baptisait la population de Jérusalem et de tout le pays de Judée, qui accourait en foule à lui. (1) L'Evangile prend soin de nous faire une classification très-marquée de cette multitude ; et c’est une véritable classification politique qui se déroule à nos regards, dans le Livre de Vie. De plus, comme au baptême le divin Précurseur joignait la prédication, (2) dans l'exercice de ce haut ministère, il traçait à chacun des groupes sociaux, qui se présentaient à lui et l’interrogeaient, le cadre de leurs principaux devoirs. Il va suffire de transcrire ici le texte sacré ; les inductions que chacun peut en tirer pour servir, en Canada, de Programme à leurs divers devoirs civils,sont trop claires et trop précises pour avoir besoin de bien longs commentaires.

Ces classes, ou couches de la société, indiquées en cet endroit par le Saint Evangile, se divisent en trois groupes.

(1) Et egrediebatur ad eum omnis Judaeae regio et universi Jerosolymitae et baptisaban. tur abillo in Jordanis flumine.— arc I, 5. |

(2) .…..... Et praedicabat dicens.— arc I, 6.

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D. Quel »st le premier groupe ?

2. C'est la Foule en elle-même, ce qu’on appelle la masse du peuple, où le 2as peupie ; ce qui constitue, dans tous les pays, l’agglomération sociale, le corps de la nationalité proprement dite. (1) Le précepte que St. Jean leur donne à tous est le grand précepte de l'assistance mutuelle, du secours aumônieux, des œuvres de Miséricorde ; cet immortel et imprescriptible précepte, dont le Christ a décrêté qu’il formera, pour chacun, le terrible interrogatoire dn Jugement dernier. — ‘‘ Si quelqu'un a deux habits’ dit le Précurseur, ‘‘qu’il en donne un à celui qui n’en a pas ; et que celui qui ‘ possède des vivres, en agisse de même.”” (2) C'est la grande loi sociale du Partage par la Charité chrétienne, et cette loi est l'unique, absolument l’unique panacée, — qu’on ne l’oublie pas ! — à ces deux maux extrêmes et plus menaçants aujourd’hui que jamais de l'Etat social: le Pawpérisme et le Communisme.

Les vieilles traditions nationales du Canada, la générosité, la bienfai: sance, l'hospitalité, la main ouverte de ses habitants, — de ceux du moins qui n’ont pas dégénéré, — montrent bien que le Peuple, le vrai bon peuple canadien qui s’est conservé à lui-même, a su retenir, dans ses meilleurs instincts, cet enseignement fondamental et populaire de son Bienheureux Patron. De nos jours, où dans le monde entier, la grosse question du Capital et du Salaire, del’ Enrichissement des uns et du Zravai/ des autres, a pris, par la force des choses, à la fois, les plus intéressantes et les plus ombrageuses proportions, sous la dénomination générique de ‘ Question Ouvrière’ , puisse le Canada, en restant caritable, ce qui est une qualité, — on peut l’affirmer sans crainte, — exclusivement catholique, — les faits le crient au monde ; — en le devenant de plus en plus, marcher, de cet unique avancement dans la voie du vérit=ble progrès ! Puisse-t-il, non-seulement écarter de son sein tout ce que cette grave et cosmopolite Question Ouvrière peut avoir de rongeant, d’empoisonné, de pestilentiel et de tuant, mais encore, s’attirer les regards de tous les autres peuples, en leur apprenant, par son exemple et par sa pratique, que seuls les impérissables enseignements de l'Evangile sont capables de résoudre les problèmes sociaux les plus ardus, les complications politiques les plus épineuses. L'Eglise, écho maternel de la Paternité divine, est la dépositaire, la gardienne, la caissière, de toutes les prospéri.és réelles, de toutes les gloires franches,

(1) Et iaterrogabant turbae dicentes : Quid ergo faciamus ?—Zwc III, 10. (2) Respondens autem dicebat illis : Qui habet duas tunicas det non habenti,et qui habet escas similiter faciat.—Zuc III, 11.

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de toutes les grandeurs fécondes et de la véritable paix ; la paix intérieure des Etats, leur plus enviable trésor ; car seule elle possède le secret de l'équilibre à établir entre les diverses couches sociales.

D. Quel est le second groupe qui se présentait au Baptême du Fourdain ?

ÆR. C'est le groupe des Publicains (1). Et il faut entendre par ce mot tous les employés publics, tous les agents, tous les fonctionnaires de l’autorité civile. Après le peuple dont, socialement, le premier et l’inéluctable devoir, comme peuple, est d’obéir, c’est-à-dire, d’être gouverné, vient la classe des Gouvernants, de tous ceux qui ont charge légitime de puissance gouvernementale sur leurs semblables, dans l’ordre des choses temporelles. Rien n’est plus logique.

AÉMER :

D. Et quel précepte leur communique St. Jean SC tti ds

Æ. Un précepte éminemment concis et précis, mais dont l’observance n’en est que plus capitale pour eux, s’ils veulent que Dieu bénisse et fasse fructifier leurs fonctions, leurs dignités et leurs charges.

A leur demande : ‘Que devons nous faire ? ’’ — Demande qu'ils adressent, en donnant au Saint le titre de ‘ Maître, '’ — détail qui n’est pas sans portée, — St. Jean leur répond textuellement : ‘ Ne faites rien de plus ‘ que les choses pour lesquelles vous êtes constitués ” en fonctions, en charges et en dignités. (2)

Est-ce assez clair ? Et peut-on assez admirer la profonde sagesse politique de cette courte réponse? Elle atteint, droit au cœur, pour la prévenir ou la cautériser, la grande plaie administrative des Æmpiètements. Et cette plaie a deux faces, où si l’on veut, deux trous, d’où s'échappe, en flots de pourriture, la vitalité nationale des peuples. En premier lieu, l’empiétement d’une fonction sur une autre, dans l'organisme intérieur du Gouvernement. C'est ainsi qu’un Magistrat doit rendre la Justice, sans s’immiscer, en formulant ses arrêts, dans la situation politique, ou autre, de ceux qui défilent à sa barre ; sans se laisser influencer par les diverses couches sociales, au milieu desquelles il est appelé à vivre ; et ainsi de suite, pour toutes les branches du service public. En second lieu, il y a l’empiétement mille fois plus grave, plus coupable et plus épuisant encore de ce qu’on désigne, dans tous les

(1) Venerunt autem et Publicani ut baptisarentur et dixerunt ad ilum : Magister, quid faciamus ? — Zac III, 12.

(2) At ille dixit ad eos : Nihil amplius quam quod constitutum est vobis, faciatis,— Lac IL, 13.

pays, par ces mots : /e Temporel sur le Shirituel.—‘* Ne faites rien de plus que “4 ce qui constitue votre part spéciale d'autorité.” — Cette briève mais très vaste injonction ne contient-elle pas la condamnation formelle et précise de toutes les théories modernes, véritables drogues d’empiriques dont on fatigue tant la conscience publique, en lui insufflant la plus perfide des somnolences, en lui faisant ingérer tous les mortels empoisonnements de son intelligence et de 3. ” * ; nous voulons dire : —l’immixtion de l’Etat dans le domaine de 1 Eglise ; — la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; — l'indifférence politique et législative du Gouvernement, en matière religieuse ; — la suprématie accordée, dans l’économie du progrès social, aux intérets matériels et au bien-être terrestre sur les besoins de l’âme et les jouissances spirituelles ; et toutes les aatre« nndres de cette réelle pharmacopée de l'Enfer ?

Les borû n° l“tiques du Jourdain viennent de répercuter à nos oreilles, l’arti'e fo:.iame:ital et souverain de la grande charte nationale des

Peunles qui veulent mt*'!-: le nom de Chrétiens. En nous signalant les limites d’auts 5 Civile ‘«squelles les Publicains doivent strictement circonscrire leurs aies pul':« ; 2 Jean proclame l’imprescriptible droit

de la Ziberté de l'Eglise.

D. Dites nous maintenant quel est le troisième groupe des Baptisés de St

Jean.

@. Ce sont les So/rats. (1) — Et à ce mot, il me semble, que tout bon Canadien doit sentir tressauter dans son cœur le sang d’où la patrie canadienne est issue ; ce vieux sang de la France, qui est si constitutivement la nation guerrière, le soldat traditionnel de l’Ancien-Monde. Qu’importent les cruels revers, les fautes immenses et les rudes châtiments, dont ces dernières années ont marqué l’histoire des Armes Françaises, aux regards du monde qui n’en pouvait pas croire ses yeux ? Nous l’avons déjà dit, les nations sont guérissables, et les châtiments dont Dieu les frappe sont un des signes les plus sensibles de ses miséricordes sur elles ; et le sang ne ment pas, surtout le sang versé. Ce sang militaire, — qui oserait le nier ? — il coule avec chaleur et santé dans les veines du Canadien. Un appel du clairon trouverait tout entier le pays debout, aligné, fébrile de bravoure et d’honneur. Que ‘ Z4 poudre parie,’ comme disent les Arabes, ces enfants du Désert, prédestinés à être Français, et la voix canadienne saura lui donner fidélement la réplique d'écho en écho. Canadiens et Français, gardons ce signe commun de la race ; gardons ce don de Dieu ; et c'en est vraiment

(1) Interrogabant autem eum et milites dicentes : — L46 III, 14.

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un, car toute générosité du sang est un bienfait de la Providence. Pour cela, maintenons fermes dans nos cœurs les instructions militaires, le véritable Ordre-du Jour du Divin Précurseur.

D. Quelles sont ces Instructions ?

2. Les voici en trois mots, telles que St. Jean les promulge en trois mots : ‘Ni concussion, ni calomnie, et le contentement de sa solde, ?” (x)

Nous n'avons garde de vouloir faire ici une appropriation tout-à-fait technique de ces paroles aux Milices Canadiennes, dont l’organisation est naturellement appelée à varier, suivant les besoins et les diverses phases politiques du pays. Ces variations, quelque importantes et quelque significatives qu’elles soient en elles-mêmes, — car c’est un thermomètre très sûr de la chaleur patriotique, —ne sont, à regarder les choses de haut, qu’une question de forme. Mais il nous semble de la plus haute utilité sociale pour les Canadiens d’acapter à leurs devoirs civils les trois points de cette belle loi disciplinaire édictée par St. Jean pour l'Ecole des Braves qui formaient le cercle autour de lui afin d’écouter ses Æapports. Le saint homme Job n’a-t-il pas donné cette belle définition de la vie : ‘ C’est une milice ’’? (2) Or le Canada, par le Patronage de St. Jean-Baptiste, doit être le Bataillon d’Elite de cet Officier si haut gradé du Ciel. Et tenez, ce Commandant surnaturel des Canadiens n’a-t-il pas été décoré par le Christ du titre d’Airé parmi les hommes. En latin, ‘Ainé ”’ se dit : ‘* Major ’’—Bien souvent, ce qui a l’air d'un jeu de mots n’est en substance que l'expression voilée et obscurcie d’une très exacte donnée poilosophique.

D. Commentez nous la Loi militaire de St. Jean.

ÆR. ARTICLE PREMIER. — /Ve pas commettre de concussion. — C’est-àdire : — apporter une sévère, une inviolable honnêteté, une consigne morale infrangible, dans la gestion des deniers publics ; — avoir horreur, faire en sa propre conscience, prompte et martiale justice, comme d’autant de cas de désertion, de tout Scandale de ce genre, de toute Corruption, soit d'argent, soit de favoritisme, de tout Passe-droit qui touche, de près ou de loin, aux sphères actives du pouvoir civil.

ARTICLE DEUXIÈME. —ÂVe pas pécher par calomnie. — C'est-à-dire : — Respecter en tout, entre citoyens, qu’ils soient les So/dars réguliers des

(1) Et ait illis: Neminem concutiatis, neque caltimniam faciatis, et contenti estote stipendiis vestris. — Luc [11, 14.

(2) Militia est vita hominis super terram. — 68 WII, x.

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