‹ Saint Jean-Baptiste, l'évangile et le Canada [microforme]Chapitre 17 sur 65 · PET TETE · texte numérisé non relu

PET TETE

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surnaturelle de l'Eglise, par ses conseils, par ses encouragements, et par sa véritable Absolution. L'Aäso/ution c'est la maternité d'Abso/utisme de cette belle Reine des peuples et des Rois. Car, ajoute encore le Divin Précurseur, ‘ Celui qui viendra après moi tient en main le crible par où tout doit ‘être vanné, C'est lui qui balayera son aire. Le froment sera recueilli ‘ dans le grenier et la paille jetée au feu, mais ce feu sera inextinguible.”’ (1)

Quand on est fils d’un sol si fertile et si nourricier que celui du Canada ; quand la plus vaillante partie de sa population est agricole ; — et c'est — l'expérience de tous les pays en fait foi, — la première et la plus enviable des forces d’une nation, — cette comparaison de l'Evangile sur la justice de Dieu doit être tout particulièrement saisissante. Et si l’on veut en faire juste et obligatoire application aux choses publiques, il s'agit de se demander si l’on veut que le Canada devienne le grenier d'abondance des bénédictions du Ciel, pour nourrir ses enfants du pur froment de toutes les prospérités chréciennes ; ou bien, s’il consent à être anéanti par le feu, à disparaître pour jamais de l’aire des nationalités, par ce qu’il n’aura su être qu’une nation de paille.

Enfin, St. Jean-Baptiste nous présente encore une image bien propre à attirer notre attention sur les malheurs qui peuvent fondre sur nous ; et il nous présente cette image pour nous inspirer la salutaire pensée que ces malheurs peuvent éclater d’un moment à l’autre, qu'ils sont imminents, et que nous commençons déjà à en réssentir les premiers ébranlements. ‘‘ La cognée ‘ du Tout-Puissant, dit-il, est déjà à la racine des arbres. ”’ (2) Les arbres ! n'est-ce pas la richesse primordiale et légendaire des colonisateurs canadiens, dans les voies de la nature terrestre ? Ah ! dans la nature de leurs voies célestes, qui sont les fruits ; les fruits d’humilité de conscience et d'énergie pour tout ce qui est vrai, pour tout ce qui est bien, pour tout ce qui est pur, plaise à St. Jean-Baptiste, le puissant défenseur du Canada, devant le tribunal de l’Infaillible Justice, de désarmer le bras du divin bucheron, dans la poursuite de ses coups !

Et ses féaux clients ne cesseront de prier.

D. St. Jean a-t-il laissé quelque instruction spéciale relativement au Sacrement du Baptème, tel que devait l'instituer Notre Seigneur Jésus-Christ ?

(r) Cujus vantilabrum in manu sua et permundabit aream suam et congregabit triticum suum in horreum, paleas autem comburet igni inextinguibili. — A/a/#, LIL. 12. (2) Jam enim securis ad radicem arborum posita est (Math III. 10

Ne LE BAPTEME. ;

R. Oui.—Il a précisément indiqué tout le côté surnaturel des dispositions dont l'âme doit être pénétrée, quand elle reçoit ce grand Sacrement ; et par conséquent, lorsque, l'ayant reçu, dès notre naissance, par la grâce que Dieu nous a faite en nous dennant des parents catholiques, nous correspondons à cette insigne faveur de toute la force active de notre âme. C'est là une condition indispensable de salut. Nous ne saurions, en effet, — on ne peut assez le répèter, -— mériter l'honneur d'être appelés et de nous dire catholiques, que si nous savons nous en rendre compte à nous-mêmes, comme si, ne l’étant pas, il s'agissait pour nous de le devenir. Retour sur soi, et contrôle intérieur de sa propre conscience qu'on oublie si souvent !

Cette fois, Jean s'adresse à fous ; — Le texte sacré le marque expressément, et il dit: ‘ Pour moi, c’est dans l’eau que je vous baptise, mais il en ‘ viendra un autre que moi, plus fort que moi, puisque je ne suis seulement ‘ pas digne de délier la courroie qui attache sa chaussure, et lui, il vous bap- ‘€ tisera dans l’Esprit-Saint et dans le Feu, ?” (x)

L'Æsprit et le Feu / — C'est bien là, en effet, ce qui doit perpétuer en nous la vertu sacramentelle de l'Eau baptismale, qui nous a lavés de la souillure héréditaire. — L'Æsprit, l'Esprit Saint, qui nous donne l'intelligence de tous nos devoirs et la force morale de leur accomplissement ; et le Xew, c'est-à-dire, le Cœwr à l'œuvre, l’étincelle qui féconde, ce que le langage populaire appelle le eu Sacré ; — l'Esprit, dont l'Esprit Sanctificateur luimême à fait dire et répèter par St. Paul, le grand Docteur des nations ; qu’il vivifie, tandis que la Lettre ne fait que tuer, ’’ (2) car ‘“ l'intelligence de l'Esprit vient de Dieu et l’ineptie de la Lettre vient des hommes ”” (3). — Cette maxime de l’éternelle vérité trouve son application à tout en ce monde ; — et le Æew, qui n’est autre que la Charité, la Charité, qui domine tout ; ‘‘ qui est caressante de la vérité en toute liesse ; qui sait tout souffrir et ‘ tout croire, tout espérer et tout soutenir, qui survit à tout, et qui resterait ‘ debout sur les ruines du monde, quand bien même les prophéties s'éva- ‘ nouïraient ; quand bien même les langues viendraient à disparaître et la ‘€ science à tomber en décomposition ’” (4). Dans un des plus beaux chants

(1) Respondit'Joannes dicens omnibus: Ego quidem aqua baptizo vos. Veniet autem fortior me, cujus non sum dignus solvere corrigiam calceamentorum ejus. Ipse vos baptizabit in spiritu sancto et igni., — Zuc, III. 16.

(2) Non littera sed spiritu ; littera, enim occidit, spiritus autem vivificat, — J/, Cor III. 6

(3) Circumcisio cordis in spiritu non littera cujus laus non hominibus, sed ex Deo est.— Rom, IL 22.

(4) Congaudet autem veritati. Omnia suffert, omnia credit, omnia sperat, omnia sustinet —Charitas numquam excidit, sive prophetiae evacuabuntur, sive linguae, cessabunt, sive scientia destruetur (I Cor. XIII. 7. 8.).

de l’Eglise en l'honneur du St. Esprit, cette vertu surnaturelle du Baptème de l'Esprit et du Feu, en dehors duquel il n’y a vraiment pas de salut, est admirablement exprimée par ces trois mots programmatiques : Æons vivus, — Lgnis,—Charitas *” (1).

‘6 Quand une âme est frappée des foudres de la grâce, il se fait en elle ‘un parfait embrasement. Cette grâce puissante, qui ne porte avec elle ‘ que feu et qu’amour brûle et consume tout ce qu’elle trouve d’humain ‘et d’imparfait, tout ce qui s'oppose à cet amour qu’elle mène avec elle, ‘ comme un conquérant, pour triompher des cœurs. Elle abat toutes ‘ les fortifications que l’amour matériel et sensuel a élevées ; elle force les ‘ barrières et enfonce les portes de notre obstination, qui sont nos habitudes ‘et nos manières d’agir, qu’on appelle propres parce qu'elles viennent ‘ de nous mêmes, et non pas de Dieu ; elle renverse les maximes contraires ‘€ à la simplicité de l'esprit de Dieu, les déterminations qui ont été formées. ‘ par notre propre volonté, et qui sont fondées en l’ancien usage que notre ‘ nature a de se satisfaire et d’agir à sa mode, à quoi nous sommes entière- ‘* ment attachés, par ce que c’est notre coutume et notre manière d’agir.”?

‘ Cela étant renversé, ce feu se prend à la dernière palissade dressée ‘ par notre amour-propre. C’est cette activité qui nous est si naturelle, que ‘ nous faisons paraître en toutes choses, et gws est bien la citadelle ennemie de ‘€ l'activité de Dieu. Quand la grâce l’a une fois arrachée, et qu’elle ‘€ est réduite en cendre, alors ce feu céleste est le maître et règne absolument ‘ dans l’âme. Il va de chambre en chambre, parcourant toutes les facultés. ‘ Il y consume tout ce qui lui reste de propre, de sentiments, de vues, ‘ d’affections, d’inclinations et d’instincts terrestres, matériels et grossiers ; ‘€ il abat toutes les résistances occultes, et il change tout en la belle uniforff mité de l’amour de Dieu et de l’amour en Dieu. ”?

‘€ L'âme possédée de ce feu, pénétrée de cet amour, sent une tendresse ‘et une ardeur extrêmes pour Dieu, avec une familiarité surprenante ; et ‘ Dieu, de son côté, ne trouvant plus rien en elle qui la rende désagréable à ‘ses yeux, se plaît à demeurer en elle et la gagne par ses largesses et par sa ‘ douceur. Il se donne lui-même à elle, n’ayant rien de meilleur à lui ‘ donner, et vint, en véritable Epoux, la réjouir et la caresser, par ses conso- ‘lations et par une intime application de sa bonté, que l’âme sent en soi et ‘ qu’elle goûte pleinement en vertu de ce feu sacré qui la brûle.”?

(1). Hymne du Veni Creator,

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