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‘ De plus, à la faveur de cette même flamme, elle voit toutes les créatu- ‘res et tous les effets de la puissance divine en elles, d’un autre air qu’elle ‘les voyait auparavant, Elle y écouvre ce qu'elle n'y avait jamais aperçu, “ c'est-à-dire, des rayons du premier Etre, des vestiges sensibles des perfec- ‘tions de Dieu, de sa bonté, de sa majesté, de sa force, de sa justice ; ‘et tous les objets qui se présentent à elle, de toutes parts, lui donnent de ‘nouvelles lumières pour connaître Dieu et une nouvelle ardeur pour ‘4 l’aimer.”?
‘€ ZI n'est personne qui ne doive souhaiter cette «Zaire communication ‘ que Dieu désire avoir avec les âmes, puisqu'elle est un si grand moyen ‘“ pour le connaître et pour le servir purement et parfaitement”?
‘ Ce que je vous écris ici, c’est à tous ceux de votre famille que je le “€ dis ; vous les en assurerez s'il vous plaît. ” (1)
En résumé, cette façon de s’appliquer la grâce du Baptême porte, dans la vie morale, un bien beau non ; c’est celui de Générosité. Et c’est là, en toute réalité, une éminente vertu sociale, car, — son étymologie elle-même l'indique, — la Générosité est le principe générateur de l'activité. — ‘ Sainte Générosité ! qui donne à l’âme cette trempe vigoureuse, qui la ‘rend capable des plus héroïques sacrifices ! — Sainte Générosité ! qui ‘ ambitionne les plus bas emplois, qui embrasse les plus durs travaux, se ‘€ plait avec les caractères les plus acariâtres, sympathise avec les humeurs les ‘ plus fâcheuses, vit en paix avec toute sorte d’offices et toute sorte de per- ‘ sonnes. — Sainte Générosité ! qui accepte bumblement les corrections “ les plus répugnantes à la nature, reçoit courageusement les humiliations ‘les plus terribles à l’amour-propre, baise amoureusement la main qui ‘ châtie, bénit modestement la main qui outrage ! — Sainte Générosité | ‘ qui coule de la croix comme une sève féconde, et vivifie les vraies plantes ‘ du Calvaire.” (2)
D. L'Evangile présente-t-i! quelque autre particularité dans cette phase de la vie de St. Fean-Baptiste ?
Æ. Oui, deux autres petites particularités, que nous ne craignons pas d'appeler Canauwiennes, en ce qu’elles semblent avoir, pour le Canada Catholique, une portée toute spéciale, et qu’elles peuvent former pour
(1) Lettre du Père Jean-Joseph Surin, à M. Dussault, Conseiller au siége présidial de Guenne, 15 octobre 1562.
(2) Monseigneur Ignace Bourget, — Mandement du 8 Septembre 1850,
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les habitants de cette contrée, lé sujet des méditations les plus appropriatives et des enseignements les plus pratiques.
D. Quelle est la première de ces particularités Canadiennes ?
@. Elle est contenue dans les détails que nous donne l'Evangile sur le genre de vie personnelle que menait St. Jean Baptiste, quand il accomplissait son ministère de baptème et de prédication. ‘Son vêtement, ’” dit le texte sacré, ‘‘ était fait de poil de chameau ; il portait autour des reins une ‘ ceinture de pelleterie, et sa nourriture se composait de sauterelles et ‘ de miel sauvage.” (1)
En bons Canadiens, en Canadiens de St. Jean Baptiste qui, fidèles à leur Patron du Ciel, répètent sans-cesse avec lui : “Il y en a un plus fort ‘“ que tout et que tous — ‘* Fortior,? — et nul n’est digne de délier sa “ chaussure, ?” les Catholiques de ce pays, devraient, devant cette peinture de la vie du Précurseur, se confondre en actions de grâces envers cette bonté de ‘ Notre Père qui est au Ciel,’? à laquelle ils doivent d’être nés sur un sol qui leur produit si abondamment les ressources de la nourriture et du vêtement. Or, de ces resssources la suffisance pacifique et dépouillée de toute inquiétude du lendemain (2) est un vrai précepte usuel de la vie chrétienne, comme l'indique St. Paul à Timothée, l’ami de son cœur (3) et devrait servir, pour toutes les forfunes, d'unique bâse aux légitimités des soucis temporels.
Et lorsque quelques pauvres esprits, chagrins et vaniteux, aigris et tourmentés, envieux et possédés d'une soif maisaine d’enrichissements, viennent dire aux Canadiens: ‘Si vous ne vous jetez pas à corps perdu dans l'exploitation de vos richesses naturelles, fût-ce au prix de votre âme ; si vous ne faites pas un Dieu de l’Zndustrie, une religion du trafic ; si vous ne consacrez pas à la production de l'argent ce que vos pères consacraient à la propagation de leur Foi et à la garde de leur honneur national ; si vous ne concentrez pas tout votre patriotisme à lutter avec vos entreprenants voisins, sur le terrain du progrès et des intérêts matériels, vous êtes un peuple en décadence, un peuple indigne de vivre ; ’’ — oh! que les vrais canadiens n’écoutent pas ces ‘ hommes-séducteurs,”” car c’est la voix du Tentateur qui parle par leur bouche. — Le Tentateur disait au Christ: ‘Tu n’as qu’à
(1) Et erat Joannes vestitus pilis cameli et zona pellicea circa lumbos ejus et locustas et mel sylvestre edebat.—//arc I, 6.
{2) Panem nostrum quotidianum da nobis hodie.—Zuc X7, 1-3.
(3) Habentes autem alimenta et quibus tegamur, his eontenti simus.— 7m, V7, 8.
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ordonner, et les pierres se changeront en pains”’ (1); et le Christ répond au Tentateur: ‘ L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.’”” (2) — Le Tentateur disait au Christ : {Jette toi du haut du Temple en bas. Que risques-tu? Les Anges te recevront dans leurs mains, et tu ne te blesseras pas seulement le pied contre une pierre; (3) Et le Christ répond au Tentateur : ‘Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu’’ (4) — Le Tentateur disait au Christ: “Je te donnerai tous les royaumes du monde et leur gloire, si tu consens à m'adorer.”’ (5); Et le Christ expulse le Tentateur : — ‘ Va-t-en, Satan ! car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que lui seul.”” (6) — Oh! c’est bien cela en vérité ! — Cette adoration de la Déesse Industrie, pour posséder les royaumes du monde et leur gloire, ces hasards, ces risque-tout, ces sauts-périlleux du pinacle des édifices séculaires, ces rêves de transmutation des pierres en pains, c’est-à-dire, de toute sueur en or: voila leur dogme, voila leur morale et voila leur culte ! voila leur foi nationale et leur drapeau ! !
‘ Pour mieux connaître ces hommes séducteurs, écoutons l’Apôtre » St. Jude, qui nous en fait un portrait frappant, en nous assurant que ce ‘6 sont des hommes qui ne cherchent qu'à se satisfaire eux-mêmes, tout en se € vantant de ne chercher que les intérêts des peuples.— ‘* Semetipsos pas- ‘€ centes ;—-"? qu’ils sont des nuages sans eau, que le vent emporte avec rapidité, ‘€ parce qu'ils n’ont aucun principe fixe, — ‘* Vubes sine aqua, que a ventis te circumferuntur ; ‘’ que ce sont des arbres d’automne, qui ne portent aucun ‘6 fruit, qu’ils sont doublement morts et qu’ils sont entièrement déracinés ; 6 Arbores autumnales, infructuosæ, bis mortue, eradicate ; ”” qu'ils res- 6 semblent aux flots d’une mer en fureur qui ne viennent se briser sur ‘€ Je rivage que pour y laisser l’écume du désordre et de la confusion.— 66 Fluctus feri maris despumantes suas confusiones *’ ; — que ce sont des astres ‘ errants, qui n’ont à attendre pour toujours qu’une tempête terrible, au ‘€ milieu des ténèbres les plus épaisses, — ‘ Sidera errantia quibus procella “€ jenebrarum servata est in œternum."" Sud.— 12, 13. (7)
(1) Dic et lapides isti panes fiant.— Mark. ZV, 3.
(2) Non in solo pane vivit homo sed in omni verbo quod procedit de ore Dei.—Ma/k. ZIP, 4. s
(31 Mitte te deorsum. Scriptum est enim quia angelis suis mandavit de te et in manibus
tollent te, ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.—Ma’k. ZV, 6.
(4) Non tentatis Dominum Deum tuum.—Wa/k. ZV, 7. :
CIN . Omnia regna mundi et gloriam eorum..... Haec omnia dabo tibi, si cadens adoraveris me.—Ma/k. IV, 8-0.
(6) Vade Satana. Scriptum est enim : Dominum Deum tuum adorabis et illi soli servies.— Math. IV, 10.
(7) Mgr, Ignace Bourget, Ev. de Montréal.— Lettre Pastorale du 10 Mars 1858.
Toutes ces séductions de /'Æsprit moderne, ne tendent en réalité, qu’à une chose ; c’est à faire du Canada une pâle étoile de plus à la matérialiste constellation de la Puissance Yankee.
Un instant, une fraction de cette vaste Puissance, qui craque de partout et qui s’effondrera dans la corruption et dans la mort, si le Catholicisme ne lui insuffle une force nouvelle de résurrection et de vie, a marqué son drapeau du Signe de la Croix. C'était le drapeau du Sud, qui poussé, malgré lui, et d’une façon presque inconsciente, par une force chrétienne, — pourquoi ne pas dire, catholique ? — n’a pas su en comprendre, hélas ! toute la grandeur et toute la portée. Suivant une légende poétique, répandue parmi ces vaincus, qui ont été écrasés bien moins par le fer que par l'or. — Toujours l’or et toujours son adoration ! — le drapeau du Sud ne s’est point rendu, n’a point été abattu, mais il est remonté vers les nuages, reportant au Ciel ses étoiles alignées dans le symbole du Crucifié, sur le Zabarum blanc. Il enredescendra peut-être un jour, nais ne triomphera que s’il sait abriter, de ses plis, la liberté de l'Eglise, seule gardienne et seule garantie de la liberté des Peuples. La cause du Sud, par ces affinités de l'honneur qui sont restées si vivaces au cœur des nations chrétiennes, a eu, dans le temps, toutes les sympathies du Canada ; et, — fait bien remarquable dans l’histoire, — Notre Saint Père le Pape, Pie IX, est le seul Souverain régnant de l’Europe qui ait accueilli avec une fraternité paternelle la députation que les hommes d'Etat Confédérés ont eu d’ailleurs le généreux ixs#nct de lui envoyer,
Toujours est-il, — et quelque soit, d’ailleurs, l’avenir de la Nationalité Canadienne ; — ayant pour Patron, St. Jean-Baptiste, son devoir, le premier de ses devoirs, si elle veut vivre la vie qui lui a été donnée, est d’opposer aux perfides insinuations mercantiles, traficantes et positivistes qui l’obsèdent de toutes parts, les paroles que criait le Divin Précurseur, vêtu de peaux de bête, sur les rives du Jourdain ! ‘ Celui que Dieu envoie parle la parole de ‘ Dieu, car Dieu donne son Esprit sans mesure. — Le Père aime le Fils et ‘ lui a tout donné en main. — Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; ‘ celui qui est incrédule au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu ‘ demeure sur lui. *’ (1)
D.j-- Quelle est la seconde particularité Canadienne que nous devons méditer dans la phase de la vie de St. Jean se rapportant au Baptéme ?
(1) Quem enim misit Deus, verba Dei loquitur ; non enim ad mensuram dat Deus spiri- . tumi, — Pater diligit Filium et omnia dedit in manu ejus — Qui credit in Filium habet vitam æ&térnam : Qui aut.m incredulus est Filio, non videbit vitam, sed ira Dei manet super eur (Yoan Z, 11, 34, 35, 36.) à
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RP. — Cette autre particularité Canadienne n’est pas indiquée textuellement dans l'Evangile, mais elle ressort victorieusement de tout l’ensemble de cette grande mission du Baptème exercée par le Patron du Canada.
Or, il est un vice canadien qui frappe d’un douloureux étonnement tous les chrétiens qui abordent parmi cette population pourtant si chrétienne, — sujets britanniques ou étrangers ; — c’est un Blasphême spécial à la langue canadienne-française ; le B/asphême par le Baptême !
Le Blasphême est bien certainement un des plus grands crimes qui se puissent commettre ; c’est un crime de gratuite malice, ‘‘ injurieux au ciel et exécrable à la terre ?” (1), comme dit, dans sa paternelle indignation, le Vénérable Evêque de Montréal, ce Pasteur vigilant sans cesser d’être combattant ; — ce qui est la fine fleur du patriotisme, — ce beau vieillard canadien qui réalise si bien le mot de St. Jean que nous citions plus haut : ‘ Celui que Dieu envoie parle la parole de Dieu ; *’ — mais, quand on a le Saint Baptiste pour Patron, blasphêmer par le Baptême est une habitude qui peut à peine se concevoir. — Il n’est pas besoin d’insister davantage sur la nécessité d’extirper du peuple cet infâme vice de son langage, qui n’est vraiment qu’une ironie de l’Enfer, et dont ‘’inepte le dispute à l’odieux.
PRIÈRE
O Trinité Eternelie de Dieu, Notre Père qui êtes au Ciel, — PATER NOSTER QUI ES IN CŒLIS 3 — Jésus son Fils Unique, fait Homme par miséricorde envers chacun de nous, Christ, seul vrai Roi surnaturel de doutes les nations du monde ; et Vous, Esprit-Saint, qui procédez du Père et du Fils, par la vertu incompréhensible de l'incommensuraëble amour, qui, seul, pouvez éclairer nos intelligences, féconder nos volontés, pactfier, purifier et sanctifier nos cœurs ; Vos volontés sont sublimes ; elles sont uniformément rigoureuses en vous, mais toujours, de votre part, compatissantes à l'avenant, pour nous-mêmes. Elles sont multipliées, multipliées comme votre harmonie céleste, mais, en même temps, unes, comme votre essence divine. ÆElles se rapportent à tout ce qui existe, à tout ce qui à vie, à tout ce qui s'unif, s'associe et s'engendre, dans tout ordre d'idées, de sentiments et d'actes ; mais aussi, vous ne manquez jamais de nous marquer du doigt le signe auquel nous pouvons les reconnaître ; c'est que la terre devienne dans leur accomplis-
(1) Mandement du 6 mai 1853.
sement, la traduction de leur dictée du Ciel. Voilà ce que vous voulez ; nous de voulons avec vous, mais donnez-nous la grâce de le vouloir encore et toujours davantage, afin que nous ne mentions jamais, en vous disant : ‘ Que votre volonté soit faite, sur la terre comme au ciel.’ — FIAT VOLUNTAS TUA SICUT IN CŒLO ET IN TERRA.
Nous vous demandons cette grâce, pour la Chrétienté tout entiére, « spécialement pour le Canada, notre patrie, par les mérites de son Bienheureux Protecteur du Ciel, St. Gean-Baptiste, et en mémorial du BAPTÈME, dom tl fut le ministre envers un Dieu fait Homme qui, étant l' Innocence incarnée, a porté tout le poids de nos péchés, pour nous en décharger. — AMEN.
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