Les Anathèmes nationaux
D. Quelles sont les Interrogations sociales du Christ au sujet de St. Fean ?
2. Les voici: — Si ce passage, comme toutes les paroles sorties de la bouche de Dieu, ne contenait pas un sens de doctrine et de philosophie qui doit en primer toute étude et en dominer toute méditation, au simple point de vue de la forme, il mériterait d’être cité comme un véritable chef d'œuvre. C’est un morceau de'la plus haute poésie ; c’est une inspiration littéraire, nous pouvons même dire musicale, — tant c’est harmonieux ! — comme aucun génie humain n’en a produit de semblables.
Il parle donc de Jean à ces masses et il leur dit : ‘ Qu'’êtes-vous allés “€ voir dans le désert ? — Un roseau agité par le vent P ’” (2) — Et la foule se tait.
‘€ Mais qu’'êtes-vous donc allés voir dans le désert ? — Un homme vêtu ‘ de mollesses, couvert d’habits somptueux, vivant dans les délices ? ?’ — Et, répondant pour la foule, qui semfle pétrifiée par cette ironie divine, le Sauveur ajoute : — ‘ Mais ces gens-là, ce n’est pas dans le désert, c’est ‘ dans la maison des rois qu’on les rencontre, ?” (3)
Enfin pour la troisième fois : — ‘* Mais dites-moi donc ce que vous
(1) Illis autem abeuntibus cœæpit Jesus dicere ad turbas de Joanne, — Mark. X17, 7.
(2) Quid existis in desertum videre ? Arundinem vento agitatam ? — Mat, 1,7. (3) Sed quid existis videre ? Hominem mollibus vestimentis indutum ? Ecce qui in veste pretiosa sunt et deliciis in domibus regum sunt, — Luc VZZ, 25.
‘“ êtes allés voir dans le désert ! — Un prophète ? — Oh oui, je vous le dis, ‘en vérité, un prophète et plus qu’un prophète 1’? (x)
Le désert ; les roseaux agités par le vent ; les hommes portant la livrée de la mollesse dans les antichambres des rois ; les prophètes ! Quelle image de notre siècle ! quel emblème de la civilisation contemporaine ! quelle photographie de nos curiosités du jour ! Que va-t-on voir dans les pays lointains, qui sont presque toujours, hélas, pour bien des sentiments humains et bien des intentions voyageuses, de véritables déserts, quand ils ne symbolisent pas des désertions ? —(Ces deux mots ont la même origine ; ils viennent, l’un et l’autre, d’un verbe latin qui veut dire : ‘* Abandonner. ''} Dans les pays lointains, disons-nous, dans les déplacements de la vie, que va-t-on contempler ? — Ce qu’on est convenu d'appeler les spectacles de la nature ? —Roseaux agités par le vent.— Va-t-on faire ce qu’on désigne par des études de mœurs ? — Mollesse des grands, habits somptueux des riches, délices des ignorants ; c’est toujours la même chose. Retournez, si vous voulez, la proposition et changez en les termes symboliques, l’Evangile aura la même réponse. C’est dans la maison des Rois qu’on trouve le plus de roseaux agités par le vent ; c’est dans le monde du plaisir et parmi les familiers de la faveur publique, que se concentrent ces nonchaloirs hébêtés qui tournent au plus léger souffle, ces tiges creuses qui plient sous le moindre faix, ces balancements et ces courbettes devant toute illusion qui traverse l'air ; c’est toujours l’éternelle devise des plats raméliques de jouissances terrestres : ‘ Zow/passe.— Tout casse.— Tout lasse ; ’’ c'esttoujours le roseau agité par le vent ; — et Salomon, dans toute sa gloire, était moins somptueusement vêtu que la fleur des champs et le lys des vallées ; aussi Salomon s’écriait-il : ‘ Vanité des:vanités et tout est vanité. ?? (2)
Mais, faites le désert dans votre âme, changez l'abandon du cœur des hommes en abandonnement dans le sein de Dieu. — Comme le Prophête fils du Prophète, qui tressaillit dans les entrailles de sa mère, à la présence d’un Dieu conçu dans la virginité, ceignez vos reins de ces tuniques d’expiation, que les doigts des hommes n’ont pas tissées, qui indiquent, à la fois, et la mortalité pécheresse, et la brutalité occise, et dont, aux premiers jours du monde, le Créateur miséricordieusement irrité fabriqua de ses mains ingénieuses le premier modèle pour nos premiers parents étourdis de la confusion
(1) Sed quid existis videre ? += Prophetam ? — Ætiam dico vobis et plus quam prophetam. —Math. XI, 9.
(2) Vanitas vanitatum, dixit Ecclesiates, Vanitas vanitatum et omnia vanitas. — ÆEcc, Z, 21.
Ce L'AMBASSADE.
de leur déchéance. (1) Nourrissez vos consciences du souvenir de vos fautes,
ces racines amères de toute vie d'homme ; de la prise et de l'appropriation
réparatrice des péchés des autres, ces sauterelles du monde ; et de la pure:
doctrine de la. vérité, ce miel sauvage, si doux au cœur, si limpide à l’esprit ; — et alors, vous verrez des prophètes, et plus que des prophètes ; vous contemplerez des Saints ; car, dit le Seigneur, ‘‘ entre ceux qui sont nés des ‘ femmes, personne ne s’est levé qui fût plus grand que Jean-le-Baptiste ; et ‘ pourtant, celui qui est le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus ® grand que lui.”’ (2) Alors, vous connaïtres, et vous arriverez à prophètiser vous-mêmes ; car, ainsi que le dit St. Paul, après avoir chanté la Charité universelle, dans le plus inimitable, dans le plus social de tous les Cantiques : (3) ‘‘ De toutes ces choses, il en est une partie que nous connaissons ‘et il en est une partie que nous prophètisons.”” (4)
Résumons la portée de ces interrogations divines, en ce qui peut toucher au cœur la Nationalité Canadienne.
Cette Nationalité comprend-elle l’idée du desert dans le sens des désertions mondaines ou dans le sens de l’abandon en Dieu ?
N'offre-t-elle pas aux regards de ceux qui la visitent les flexibilités malsaines de ces roseaux des mœurs, des institutions et de la conduite, qui croissent dans les terrains mous et sur les sols fangeux ?
Elle n’a pas de Rois ; elle n'a pas de cour. — C’est peut-être un bénéfice pour elle, car presque toujours, c’est l’air des cours qui empoisonne la Royauté, pour de là, venir vicier la respiration morale du peuple ; — mais, bénéficie-t-elle de cette sobriété sociale qui lui est octroyée par lagrande Charte Providentielle, en restant austère dans ses habitudes, en proscrivant le luxe et la frivolité de ses usages domestiques, les efféminements de ses foyers, les étourdissements et les étourderies de sa vie nationale ? — N’avoir pas de
cour et s’en faire les singes, ce serait joindre le ridicule au vicieux et le grotesque à l’indécent !
Enfin, cette Nationalité Canadienne, que Dieu a placée, sous la bannière de St. Jean, aux avant-postes de la civilisation américaine, sait-elle se faire prophètesse de vérité, de charité et de pureté ?
(1) Fecit quoque Dominus Deus Adæ et uxori ejus tunicas pelliceas et induit eos, — Gen. IL, 21.
(2) ‘Amen dico vobis. Non surrexit inter natos mulierum major Joanne Baptistag Qui autem minor est in regno cœlorum, major est illo.— Mas, XI, 11.
(3) ‘1ère Epitre aux Corinthiens.—Chapitre XIII, ;
(4) Ex parte enim cognoscimus et ex parte prophetamus.—Z7 Cor. XZZI, 9:
Telles sont les gloses interrogatives qui, pour le Canada de St. Jean, s'inscrirent d'’elles-mêmes en marge aux interrogations sociales adressées dans l'Evangile par le Verbe de Dieu, au sujet du Prophète.
Mais, quand Dieu interroge, il répond toujours, car la Vérité incarnée répudie essentiellement les énigmes. Et voici la réponse souveraine du Maitre :
‘ Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu’à présent... ?’ — Zes Jours “de Jean-Baptiste ! quelle merveille d'expression ! quel honneur de date 1 — Et dire que si le Canada a la vraie intelligence de sa mission, il peut, —- il doit, — compter sa vie nationale par cette ère: ‘‘les Jours de Jean- Baptiste *’ ! — ‘ Depuis ces jours, dit le Seigneur, le Royaume des Cieux € souffre violence et ce sont les violents qui l’enlèvent ?? (1)
Sans nous arrêter à la merveilleuse force métaphysique que présente l'accolade de ces deux mots : Soufrir et Violence, qui pourrait ne pas voir, dans cette grande conclusion du Maître, la réprobation la plus accentuée et l'anathème le plus énergique du Zibéralisme ? Le nom de ‘‘ Libéralisme ?? est moderne, parce que dans ce siècle où règne en souveraine cette perversité morale, il a bien fallu désigner par un vocable technique cet empoisonnement des âmes. Mais la chose a existé depuis les jours de Jean, et cette chose est bien précisément composée tout entière de ce refus de souffrir violence pour le règne des cieux, c’est-à-dire, pour l’empire des vérités divines exeroé sur la terre ; pour l’intrônisation de l'Evangile ; pour la royauté sociale du Seigneur Jésus. On admet bien le règne des cieux un jour, quand tout sera fini, pour sa petite part personnelle, puisqu'il faut bien mourir, une fois, chacun à son tour ; mais on n’admet pas ce règne des cieux en exercice public; on ne veut pas le règne règnant ; comme la France actuelle, tombée tout épuisée entre des mains libérales, qui veut la monarchie sans monarque, et qui se donne tous les jours, dans la personne du premier porteur d’épaulettes ou traineur de sabre venu, des monarques sans monarchie, aspirant ainsi, par tous les pores, les miasmes du régime républicain, tout en répudiant tout ce qui peut émaner de ce régime, en fait de senteurs salubres. — Surtout, pas de cœurs qui s’affirment, pas de principes définis, pas de convictions assises, pas de doctrine inébranlable, pas de débats irri- . tants, pas de violents du ciel ! Il faut des idées élastiques, des consciences ductiles, un pouvoir extensible, une autorité de caoutchouc ; —il faut des Ba-
(1) À diebus autem Joannis Baptistæ usque nunc regnum cœl i i i | | sta orum vim patitur Aenti rapiunt illud.—#Wark XL 12. : F pis
; \ V2 L'AMBASSADE, Ve Nr
yard de papier-maché. — Ah ! quand Pie IX, ce radieux Voyant de l'Univers,
appelle le Libéralisme une peste plus pernicieuse que la Commune de Paris,.
il sait bien ce qu’il dit. La Commune est un ouragan qui passe ; c’est une escouade de Démons qui traverse l'air, mais ces démons peuvent s'exorciser ; ils versent le sang, d’ailleurs, — ils en verseront encore, beaucoup, beaucoup 5 — Mais c'est ce sang versé qui retrempe les sages, qui fait germer les forts, et dont sont divinement conçus ces violents, à qui seuls il sera donné de conquérir leur part de royauté céleste,
Quant à ce Libéral, qui va aux offices du dimanche de la paroisse où il a son banc, qui salue les prêtres, qui fait maigre en famille les jours d’abstinence ; (1) mais qni ne veut pas que Dieu soit souverain dans les lois de son pays, qui relègue le Christ dans le Ciel et l'Eglise dans la Sacristie, ou dans. quelque Parloir de maison seigneuriale, — Ce qui est bien loin de suffire à en faire la Maison du Seigneur ; — ce Libéral, qui dit sans cesse prudhommesquement à lui-même et aux autres : ‘* Moi, je suis le roi des honnêtes gens et le pays qui n’a vu naître est le modèle des pays qui puissent exister, sous la calotte des cieux couvrant ce monde sublunaire que nous habitons tous momentanément ; ’” puis, qui dit : ‘* Charité ”” quand il faudrait dire : ‘ Extermination ; ” qui pleurniche : Ménagement, Tolérance, Conciliation, Partage, et Capitulation, quand il faudrait chanter : Hardiesse, Marche en bataille, Charge et Victoire; qui crie, tout épeuré, à la Paix, quand le Christ ardent sonne la Guerre ; qui invoque le fantôme de son Parti pour s’en faire
une carapace ou en caparaçon — selon qu’il est né tortue ou palefroi — quand. il s’agit de se prononcer sur les Droits inviolables et imprescriptibles de sa:
Mère l'Eglise, et qui s’exclame : ‘‘ Je suis conservateur, ’’ pour s’octroyer,. de son chef, la licence d’être lâchement et publiqnement anti-chrétien ; alr!!
celui-là, ‘ maître aveugle, ’’ en vérité, comme dit le Seigneur, ‘* capable de: filtrer un moucheron entre ses dents et de s’ingurgiter un chameau, sans le:
dépècer *” ; (2) non, il ne verse pas le sang des autres, mais, en un vampiris--
me sans nom, le sang de son âme, le sang de l’âme de ses frères, le sang de: sa patrie, et pour tout dire, le sang de sa Mère immortelle, la Sainte Eglise:
de Dieu, dont le Cœur s'appelle Vatican, oh le misérable ! il s'acharne à: l’apauvrir, à l’énerver, à le corrompre, à le pourrir, à le prostituer,. car il: pèche contre le St. Esprit, et c’est le plus abominable des péchés.
Et quant à ceux qui disent: ‘Il n’y a pas de Libéralisme en Canada,” — Petitesse et Malheur ! — de quelle jaunisse morale leur conscience:
(1) NOTE — HÆE OPORTUIT FACERE ET ILLA NON OMITTERE, Math. XA777, 23. (2) Duces cœci, excolantes culicem, camelum autem glutientes, — Mu/k. XX7ZI, 24.
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décevante et déçue, imprévoyante ou prévenue, ne se trouve-t-elle pas atteinte! Leur Conscience / Eh ! grand Dieu ! leur excuse personnelle, qui est en même temps leur plus rigide condamnation sociale, est tout entière dans le mot opposé ; un des plus pauvres qui existent : le mot: /Z»conscience. Le Canada ! il n'y a peut-être pas de pays, où le Libéralisme soit plus le maître de la situation. Et c’est d’ailleurs de toute logique ; et il ne peut pas en être autrement ; et il ne faut pas être grand clerc en observations philosophiques d'un pays pour se rendre compte du malaise caché qui travaille ses intestins.
Le Canada a échappé à ces grandes secousses politiques et sociales qui ont plus ou moins tourmenté les autres pays; — D'où, première germe d'orgueil intérienr, de vanité béate et irréfléchie, de confiance malsaine et tentatrice. Mais de plus, tous les intérêts humains imaginables de sa destinée et aussi, hélas! toutes les infortunes sociales de son existence morale, toutes les infirmités de son train de vie civile, toutes les défectuosités intérieures de son régime habituel, — (Et quoi de parfait en ce monde ?) — au lieu de se neutraliser mutuellement, comme cela peut arriver pour quelques pays, se sont, tout au contraire, comme condensées, quintessenciées et coalisées entre elles, pour tarir subrepticement et subtilement dans les veines du Canada cette sève de la Violence divine, dont parle Jésus-Christ, à propos de St. Jean ; pour le Xbéraliser, en un mot, à colossale dose et à haute pression. — Taris-
sement, énervation, libéralisme, tout ça, c'est un, dans la grande singerie d’Unité du Diable.
Au surplus, — (et pour en crayonner, puisqu’il le faut, quelques sommaires lignes d'ensemble) — le génie colonial britannique bien connu de partout ; — l’acclimatation savante en ses douceâtres lenteurs, non moins qu’en ses fort longues vues d’affaissement national, du parlementarisme politique; — la facilité d'esprit tout primesautière et si française de sa race originelle ; facilité essentiellement rebelle, de sa nature, à la vraie science parlementaire, si tant est que ce soit une science ; — les tyranniques instincts de bien-être, de paresse et d’encensements, si peu réprimés, si peu <ombattus et qui caractérisent, depuis nombre d’années d’une placidité des mieux endormies, les sept - huitièmes environ, sinon plus, des dépositaires de foute autorité s'exerçant sur les masses ; — le liquide corrosif de l'esprit de division, de jalousie, d’envie, d’aigreur dans les contacts de société, suintant, comme de raison, de ce mauvais repos, qui s’est infiltré dans toutes ces fissures du corps social, que nous indiquons en cet instant ; — et enfin, brochant sur le tout, le voisinage immédiat, industrieux
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et industriel, hardi en tout, fors l'honneur, indépendant de tout, fors de l'argent, qui est le type de l’C:range peuple en fermentation qui grouille à ses frontières tout grand ouvertes; — les importations européennes sans discernement ; rossignols d'idées et démodage, en apparence inoffensif,
mais en réalité fort dépravant, de toutes sortes de marchandises sociales ;
— tout, tout, tout, a concouru à inoculer le virus libéral dans le plus pur bon vieux sang canadien, — Na. — Aussi le Libéralisme en Canada, il circule à pleins bouillons ; et, ce qu’il y a de plus pernicieux, à l’état inconscient ; dans la religion et dans la politique, dans la morale, dans la discipline et dans l'administration intérieure du pays. Il siège au premier rang dans tous les Bureaux de toutes les Chambres. Il charrie la pensée publique, comme son convoi quotidien de prisonniers de police. Il domine les habitudes et les mœurs, comme un négrier de la Louisiane faisait de ses travailleurs à la peau d'ébène ; et, pis que tout cela, il a le fauteuil du coin du feu au foyer des familles. Ah! c’est là qu’il trône, qu'il se prélasse, qu'il gouverne, qu'il mène les âmes par le bout du nez. C'est là qu’il porte culottes et qu’il fait en même temps le ménage. — On n'aurait qu’à entrebailler la porte, pour le voir à l’œuvre, et son œuvre est une œuvre de mort, — Suffit. — Il n’y a rien d'exagéré dans cet aveu.
Mais aussi, qu'entend-on répéter à chaque instant, aux échos 4’alentour, comme aurait dit Boileau, à tous les coins de rue, derrière le grillage de tous les Bureaux, et dans tous les angles des salons, parmi les Canadiens-Français ? — ‘ Le Canada se meurt. *’ — Nous sommes débordés. ?’ — ‘ Nous sommes un peuple fini. ?’ — ‘ Les Anglais nous étouffent ; et ma foi ils ont raison. *’ — “Les Américains nous lorgnent, et un de ces quatre matins, si l'estomac leur en dit, ils nous mangeront sur le pouce. *’ — ‘ Nous ne savons pas nous entendre; Nous ne voulons pas nous comprendre ; Nous ne pouvons pas nous défendre. ’’ — ‘* Dès que nous nous réunissons à trois, nous avons tant d'esprit naturel, qu’il surgit immédiatement parmi nous quatre idées contradictoires, qui n'ont de rapport entre elles que celui d’être envieuses à l’envi les unes des autres, et chacun tire de son côté. ”’ — Je me le demande, — trouvera-t-on que j'invente un seul de ces dires là ? — Eh ! non, — je ne les ramasse même pas ; je ne fais que les pousser du pied ; on peut les prendre au crochet sans avoir besoin de lanterne ; et c'est bien la réalité positive des choses. Mais il n’y a qu’un remède à ce mal, c’est le remède que le Christ prescrit lui-même ; le remède des jours de Jean-le-Baptiste, Patron très-puissant du Canada ; le remède, l’unique remède de la Violence Soufferte ; c'est-à-dire, Æxercée pour tout bien, comme Affrontée contre tout mal.
Ainsi que le dit de la France, un officier français franchement ultramontain, — (Il y a encore, Dieu merci! dans l’armée française, de ces violents de l'Evangile —); ‘ Le moment est venu ; il est encore temps de ‘“ nous relever, parce que pour un peuple, comme pour un homme, tant que ‘ dure la vie, l'espoir n’est pas perdu, ni le devoir fini ; le moment est ‘venu, . . . sans quoi, des temps arrivent, où il fait meilleur à honorer ‘ les morts qu’à servir les vivants. ?” (1)
Les morts et les vivants ! — Oh mon Dieu ! comment expliquer, si ce n’est par une foi catholiquement aveugle en vos infinies perfections si inexplicables à notre pauvre entendement humain, cette dure parole que vous avez prononcée un jour, Vous le sublime résurrectionniste des morts : ‘ Laisse les morts ensevelir leurs morts ? ?” (2) — C’est qu’en cette heurelà de votre vie mortelle, Simon Pierre, tout seul entre tous les Apôtres harcelés paï vos interrogations prophètiques, venait de vous confesser comme éta:it le Christ de Dieu. (3) — Et les autres ? — Les autres, ils se disputaient sur le degré de leur grandeur respective. Il leur était entré en l'esprit je ne sais quelle excogitation, sur je ne sais quelle distinction dans leurs attributs. (4)
Alors !... — Et aujourd’hui ?... — Mais aujourd’hui comme alors, Seigneur ! comme partout et comme toujours, jusqu’à la consommation des siècles, vous êtes Arbitre et Roi, car vous êtes l’immortel Christ de Dieu ; et Pierre vit sais interrègne de vie, dans cette Royauté et dans cet Arbitrage que vous lui avez transmis! — Les vivants et les morts! le symbole professionnel de notre foi de chrétiens aous affirme en termes précis qu’ils auront tous un seul et même juge, ce même Christ Jésus, qui réapparaitra un jour sur cette terre, mais cette fois, dans tout l’éclat victorieux de sa gloire, et pour la définitive sanction de son règne sans fin. (5)
Un dernier mot. — Dans la méditation des rapprochements, si légitimes et si naturels que le Canada peut faire avec sa patrie d’origine, il est une petite chose qu’il ne lui est pas permis d’oublier.
Autant que l’on peut pronostiquer des plans de la Providence dans
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{(r) Cte. de la Tour du Pin Chambly, Capitaine d'Etat-Major., — 4 L'Armée Française &M 2" — Se vend au profit de l Œuvre des Tombes.
(2) Sine ut mortui sepeliant mortuos suos, — Luc LX, 6.
(3) Dixit autem illis : Vos autem quem me esse dicitis ? — Respondens Simon Petrus dixit: Christum Dei. — Zue ZX, 20.
(4) Intravit autem cogitatio in eos, quis eorum major esset. — Luc ZX, 46.
(5) Etiterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos ; cujus regni non erit finis, — Symbole de Nicée,
a L'AMBASSADE, a- l’économie soriale du monde, la France est placée en Europe comme la clé Ei es de voûte de l’édifice des autres Puissances Continentales. Ses ennemis euxle mêmes, les plus acharnés et les plus négateurs du plan divin, ne peuvent A ue s'empêcher de reconnaître ce signe séculaire marqué à son front par le doigt | st du CArist qui l'aime, (x) de sorte que, si bas qu’elle puisse descendre dans er les flots de l’oubli d'elle-même et de Dieu, elle’est, en quelque sorte, véritablement insubmersible comme nation. — Le Canada, le Canada Catholique et Traditionnel a certes, lui aussi, une grande mission de bien, de vertus et ee d’influences à exercer sur le Continent Américain ; une mission similaire à #0 sé celle de la France en Europe, précisément parce qu’il est Fil; de France ; l4 | mais on ne peut admettre que sa position internationale sur cet hémisphère | À | hi soit la même que celle de la Fille Ainée de l'Eglise sur l’autre. Il ne porte 144 se pas, dans ses flancs, cette force, pour ainsi dire indispensable, de cohésion | . et d'équilibre pour les autres nationaiités qui l’enserrent ; de sorte qu’il . peut disparaître, sans que l'univers en éprouve !a moindre secousse, le plus | | se lé‘ r'tremblement. Il peut être submergé dans l’océan de ses négations de | : ILi-même et de son Christ, sans qu'il se creuse le moindre tourbillon au pr dessus de son engloutissement national, Les implantés de Jacques-Cartier | sur le sol américain peuvent être rayés du vocabulaire, où plutôt, de l’armo- | ei- rial des Peuples et ils ne se survivront pas même à eux-mêmes, comme Polo- | Les mais du Nouveau Monde. Et si leur nom se détache de l'arbre mystérieux | ; des nationalités, cette chûte ne fera pas plus de bruit que la chûte d’une | ge pomme. C'est ainsi qu’il y a des peuples qui meurent, s2 5 ébranlement | - d'aucune sorte pour les autres peuples; ce qui n'empêche pas que leur is maturité et leur maintenance auraient grandement pu être fécondes en sève |. ti a- morale, expansives de vie, germinatives de civilisation et de paix, florise -santes d'honneur et d’honnêteté. (2) Le fruit gâté qui se détache de la branche, contenait dans ces pépins le germe de tout une forêt. — Le mot | pépinière en fait foi.
st En résumé, que le Canada apprenne la violence, la violence des | jours de son patron, la violence ordonnée par le Christ, s’il ne veut pas s À périr. — ‘ Autant que vous vous ferez de wo/ence, autant vous ferez | de progrès, *’ dit l’immortel auteur de l’Zmifation de Jésus-Christ. | dé Mais le Christ a lui même des demonstrations plus incisives encore |
dans la seconde partie de son grand discours de la St. Jean-Baptiste.
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(1) Préambule de la Loi Salique, Ï (2) Flores mei fructus honcris et honestatis, — Æcc/i, AX7V. 23.
D. Quelle est la Peinture politique que nous offre le Christ en parlant de St. Jean-Baptiste ?
2. Après avoir adressé à la foule ces interogations sublimes, que nous venons d’analyser, et pour réponse victorieuse, après avoir préconisé l'obligation de la violence divine de son règne, Notre Seigneur Jésus- Christ, pénétrant plus à.fond dans le sondage de la plaie corrosive des
sociétés humaines, s’écrie, infaillible clairvoyant des siècles qui devaient naître un jour :
‘ Mais à qui comparerai-je cette génération? Elle est semblable à ces enfants assis dans le forum, qui glapissent à lews petits camarades (1): Nous vous avons chanté et joué de la flûte, et vous ne dansez
pas ; nous vous avons modulé des lamertations, et vous ne pleurez point (2)! ?’
Ces enfantillages du Forum, ces clameurs puériles, cette camaraderie désœuvrée, ce mécontentement systématique, cette opposition toute réglée d'avance, ces doléances fades ; et puis, cette plate plateforme des chants obligatoires, de la musique d'impôt, et des danses forcées ; le tout synoptiquement aligné en regard des jérémiades officielles, des lamentations de commande, et des larmes en poche qui ne peuvent parvenir à faire pleurer leur monde ! —- n’avons-nous pas eu raison d'appeler cela la grande peinture politique du Maître? — Et quel coup de pinceau y manque! — Oh! Seigneur, Mon Dieu! Telles ne sont pas vos assemblées, et vos législatures ne ressemblent guère à ce jeu réputé, de nos jours, comme la science suprême de la conduite des peuples! L'ironie mordante de votre parole flagelle à juste titre ces niaiseries du Pouvoir Public, où le mensonge est érigé en dogme, la duperie en art, et le bavardage, ‘‘ cette moisissure de l’esprit, ”’ en principe de gouvernement.
Les joueurs de flûte et les pleureurs! I1 semble vraiment que le Christ les poursuive de ses détestations. Il les chasse de sa présence partout où il les rencontre sur son chemin, dans la Famille et dans l'Etat. Quelques pages plus haut, nous rappelions cette journée si pleine de la vie du Maître, où il rendit la vie à l'enfant pleurée d’un des dignitaires de la Synagogue. Or, comme pour tous les miracles du Christ, l'appropriation de leur enseignement est à la fois spirituelle et sociale, parce que leur mobile a
(1) Cui autem similem Ææstimabo generationem istam ? similes est pueris sedentibus in foro qui c.amantes coaequalibus.— Mark. XI, 16.
‘2} Dicunt ad invicem : can‘avimus vobis tibis et; non salt:stis, lamentavimus et non plorastis, — Zuc VII, 32.
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L'AMBASSADE
été universel et souverain dans le concept infini qui les a directement opérés. Il disait donc de cette enfant : ‘ Elle n’est pas morte, mais elle dort. ?” (1)—Ainsi des nations, qui souvent semblent expirer et qui ne sont qu'ensommeillées ; mais, pour accomplir leur réveil, pour qu’elles entendent le divin ‘ Zhalita cumi, *” il prend giand soin d’expulser, tout d’abord, de la chambre, les joueurs de flûte et les pleureurs, absolument comme il les accable ensuite de ses sarcasmes sociaux, quand il nous les montre sous les malingres traits des petits traînards de la place publique. Les pleureyrs riaient de Jésus. Rien n’est dérisoire, en effet, comme ces larmes de parade, ou bien ces larmes de nerfs, ou bien encore, ces larmes, peut-être plus sincères, mais tout aussi stériles, des douleurs sans résignation, sans abandon à Dieu, sans ce doux mysticisme du cœur, qui seul peut rendre toute peine féconde et qui est le grand secret de la sagesse ici-bas; toutes larmes qui ne sont que des larmes révoltées, et qui figurent également des larmes libérales, car le libéralisme s’est infiltré jusque dans les brisements du cœur. — La terminologie populaire a d’ailleurs stigmatisé ces divers pleurs qui ne montent pas jusqu'à Dieu d’un nom qui fait image; elle les appélle des ‘ #/eurs de crocodile.
Et quand Jésus a fait ce vide autour du lit virginal de l’endormie, qui introduit-il dans ce foyer en deuil ? — Trois de ses Apôtres, qui représentent, chä-un par sa mission spéciale ultérieure, par ses écrits à venir, par la monographie surnaturelle de son ministère particulier à travers les âges, —l’un le Dogme et la Foi, — Pierre ; — l’autre, la Morale et l’Espérance, — Jacques ; —et le troisième, le Culte et l'Amour, — Jean (2). Ah! que la vertu de ces Apôtres, de ces grands et premiers Ministres du Roi Jésus, préside aux Assemblées d’Etat ; qu’elle soit l’âme des soucis politiques et l'interprétation d'un gouvernement! — Voilà la vérité, et voilà la réponse à ces amertumes de la Parole Divine sur ces enfants de la place publique qui se plaignent de chanter sans qu’on danse et de se lamenter sans qu’on pleure !
Pour résumer ce grand débat, si actuel et si troublé, entre la Vérité et l’Erreur politiques, entre la Doctrine et l’Jllusion gouvernementales, entre la Vertu d'Etat et le Préjugé régnant, il faut bien dévisager l’Idole, l’Idole de l'Etat, tel qu’on voudrait aujourd’hui en déifier l’économie et le règne, — et cette déification est déjà tant et tant faite ! Le nom de cette Idole qui
{1 Et quum venisset Jesus in domum principis et vidisset tibicines. — Mazk. IX, 23.
(2)Et flentes et ejulantes multum, et ingressus ait illis: quid turbamini et ploratis ? Puella non est mortua sed dogmit, Et irridebant eum, Ipse vero ejectis omnibus, non admisit quem quam se sequi nisi Petrum, Jacobum et Joannem. — Marc V, 37, 38, 39, 40,
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wL ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA. > ,
a le Parlementarisme, dit Constitutionnel, pour temple, s’appelle la Aayorité. — Quelle expression ridicule de sa nature intime! Le mot Aayorité est, en effet, la quintessence d’un comparatif, Or, — prendre un comparatif, c’està-dire, le terme d’une idée qui n’a d’être et de vie que par sa juxtaposition perpétuelle à uñe autre idée ; — savoir et professer que de ces deux termes de la comparaison en présence, le terme supérieur en validité de simples chiffres n’a de confirmation législative que par un démenti continu que lui applique le terme inférieur en cette même validité numérique ; — vouloir faire de cette infirmité essenfielle des choses, de ce défaut radical de tout étalonnage fixe et absolu, le grand arcane, le souv rain critérium et la valeur maitresse du Principe d'autorité. de la Virtu d'obéissance et de la Sanction souveraine de tout acte civil, — (cette indissoluble Trinité du droit au gouvernement des hommes ; } —c'est véritablement, dans le domaine des idées, des notions et des faits, pire que l’efféminement même de tout Droit, car c’en est, en toute certitude, l’émasculation.
‘€ La somme du nombre et des forces matérielles n'est pas un principe ‘€ d'autorité,’ a dit Pie IX, dans une de ses allocutions dogmatiques (1), et n’a-t-il pas, par cette parole #nfaillible, flétri le Parlementarisme, de cette flétrissure sans recours intellectuel raisonnable et possible, qui s'attache à toute constatation d’un non-sens mathématique? Que ceux qui prônent tant l'excellence des sciences exactes ÿ pensent donc un peu! Appliquée aux choses politiques, cette exactitude des Décrets irréformables de la Papauté formera toujours le rudiment élémentaire, l'A. B. C. de toute science de gouvernement civil. — La Majorité: — wne certaine somme indispensablement fluctuante de certains nombres essentiellement indéterminés. — (La Majorité en politique, c’est ça et ce n’est que ç1) -— eh, Mon Dieu! c’est la négation à jet continu de toute force morale ; de toute force intellectuelle ; de toute force des aptitudes ; de toute force des études ; de toute force du travail; de toute force des dévouements personnels et vrais ; de toute force des générosités libres et dociles ; de toute force des associations franches, vivaces, bien réglées et fécondes pour le bien : — (7»# bonum, car tel est le grand mot dont St. Paul couronne le front du Prince, pour marquer à quel signe on peut reconnaître la légitimité absolue du Pouvoir Public ;) (2)—de toute force de ces apparitions vitales qui peuvent guider la marche lumineuse d’une Patrie, des manifestations honorables ui communiquent à cette patrie la vigoureuse élasticité de cette même marche, — ce qui est tout le progrès ;— etenfin, des gé-
(1) Alloc, ‘ Maxima quidem? du 9 Juin 1862 (2) Dei enim minister est tibi in bonum om, XII, 4.
yorité.
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