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C'est, effectivement, la loi congénère de toutes ces cités industrielles qui n'ont pas goûté le lait de ces deux mamelles des nationalités: le Labourage, et le Paturage, comme disaient les anciens de France.
Oh mon Dieu! un vieil apophthegme français, qui n’a rien d’absolu tant s’en faut, maisqui peut toutefois se citer, lorsqu’en étudiant un vice, on n’est, de sa personne, capable que d'en dévisager le péril, sans se trouver en puissance d’y porter remède, prétend qu’ ‘“7/y a des maux dont il faut rire ‘€ de peur d'être obligé d'en pleurer.’ — Cette souvenance nous amène à énoncer ici, comme en sa place naturelle, c'est-à-dire, en en mé/aphysiquant la bêtise, — s'il est possible de s'exprimer ainsi, — cette bonne grosse naïveté qui, semblable à ces refrains idiots dont on a quelquefois l’oreille obsédée, vous revient obstinément à l'esprit, lorsqu'on traverse les Etats-Unis: ‘€ Pourquoi ne bätit-on pas les villes à la campagne ; l'air y est si bo!”
Enfin, pour cloturer cette donnée, figure, en troisième ligne, cette autre loi similaire à celle que nous venons dénoncer précédemment, en ce qui touche aux rapports de moralité qui lient les villes aux campagnes ; et cette loi consiste en l’envahissement méthodique des i@ées de l’Europe sur le continent américain. Cette loi est également positive et inévitable ; c’est un courant qu’il est impossible de remonter. — Nous n’en indiquerons la raison que d’un seul mot, sans aucun commentaire, — Il n’y a qu’une ville de Rome dans le monde ; et de nos jours, sous la Tiare, civilisatrice de l’Univers entier, comme dans l’ère païenne, sous l’ignoble anneau des Césars, elle seule s'appelle la Pz%e tout court : — Urës.
Ce courant transatlantique ainsi signalé, l’unique devoir, comme l’unique remède à ses dévastations, comme l'unique assurance de ses fécondités, c'est d’en tenir compte, catholiquement, apostoliquement, romainement.
Résumons. — La moralité des Campagnes en Canada se trouve donc, pour ainsi dire, empoignée par ses extrémités vitales, entre les dents d’acier d’une de ces machines industrielles qui étirent le fer ; d’un côté, par le Citadinisme, de l'autre, par le Yankeesme, avec l’Européisme qui martelle le tout de ses coups sensuels ; le danger n’est-il pas grand de voir cette moralité se désagréger, rouir ou éclater ?
C’est pourquoi, si ce que nous venons d'exposer dans cet écrit, au sujet du Sensualisme, n’a pas, Dieu merci! pour les populations des campagnes du Canada une application #recte, nous avons cru pouvoir nous permettre de penser que la portée n’en serait peut-être pas moins #rgente. Il appartient seulement à toutes les consciences responsables de la pudeur Aabifante de ce
> Re LA MORT,
L pays, à quelque ordre qu'elles appartiennent, de chercher et de faire un usage , préservatif des notices sommaires que nous avons pu déposer sur ces humbles pages. En temps d'épidémie, en effet, il ne s’agit pas seulement de guérir ceux qui sont malades ; il faut encore préserver ceux qui sont en santé.
u n 2° Reste un mot à dire maintenant du Sensualisme dans les Villes du n Canada, pour répondre à la question posée.
| Eh bien, nous dirons. . . nous dirons. . . ma foi! nous dirons È hardiment ceci, puisque la plaie nous est signalée comme cela. é Il y a des pauvres-honteux, de par le monde entier, car partout et , toujours il y a des pauvres. C'est Christ le Sauveur, lui-même, qui nous r l’affirme. (1) Et il a choisi l’heure de cette affirmation, lorsque Madeleine pénitente, après avoir été délivrée des sept démons qui avaient possédé sa sensuelle jeunesse, (2) rencontrait le Maître, tout-à-fait à la veille de sa mort, dans 7 la maison de Simon, un lépreux de Béthamie, et oignait le chef divin d’un il parfum de haut prix sortant d’une urne d'albâtre. (3) — Symbolisme vain- " queur des vénérations futures de la Tiare! — Or, c'est cette perpétuité promise du pauvre en général qui est bien la cause génératrice de l'existence n égalementuniverselle du pauvre-honteux, c'est-à-dire, du riche quitombe en n pauvreté. Le pauvre-honteux ! — le plus intéressant contingent, sans aucun Fe doute, dans le tirage au sort des dénuements physiques, parce qu’il est le d plus profond en souffrances réelles, parmi les rangs serrés de cette sainte 8 phalange des déshérités successifs de ce monde, qui dressent les armées de la Charité. — Dans ce commandement divin, ce sont les soldats qui dressent 4 leurs chefs ! — O invention surnaturelle des inouïsmes de la Croix ! Ë Et maintenant, nous prions le lecteur de vouloir bien se rappeler ce à que nous avons noté au Chapitre de l'Ambassade sur le compte de la ; ° Pauvreté de l'ordre moral, quand nous avons médité ensemble le sublime e Pauperes Evangelizsantur de la réponse mandée par le Christ à Jean captif, ; et, sans aucune réflexion adjacente, nous dirons du Canada qui, dès sa plus tendre enfance, a été si riche en bénédictions et en grâce : — A son âge d'aujourd'hui, dans la population de ses villes, au sein de ses cités progressantes, le Sensualisme existe, et il se signale par les allures t d'un. .. . Sensualisme-Honteux.
(1) Nam semper pauperes habetis vobiscum, (ak. XX VJZ, 11.)
(2) Surgens autem mane prima Sabatti, apparuit primo Mariæ Magdalene de qua ejecerat septem dœmania. (Marc XVI, 9.)
(3) Quum autem Jesus esset in Bethania, in domo Simonis leprosi, — accessit ad eum mulier habens alabastrum unguenti pretiosi et eftudit super caput ipsius recumbentis. (Ma/z. XXVI, 67.)
D. Quel est donc le remède à un aussi grand mal ?
2. Sans parler des remèdes directs pouvant s'appliquer spécialement à ce vice et qui sont, pour chaque homme, ainsi qu’en toute spécialité de guérison des plaies de l'âme, la vigilance à analyser la spécialité du mal, confirmée par l’ardeur à le combattre, en en prenant justement le contrepied dans la conduite pratique de la vie, nous venons affirmer que Notre- Seigneur Dieu, dans les effusions toujours unes de son insondable Trinité, a donné à ce Siècle, contre le Sensualisme, qui circule dans le sang de ses veines, un des plus merveilleux spécifiques de sa Miséricorde véritablement infinie, C'est une cure d'autant plus swrnaturelle que ce poison de l’humanité contemporaine est plus assimilable, de son essence, au #afwrel de l’homme et a plus profondément pénétré jusqu'aux racines secrètes de toute vitalité sociale, — Nous voulons parler de la Dévotion & la Conception Immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie, et du classement de cette dévotion antique et ininterrcuipue depuis les origines du Christianisme, parmi les symboles obligatoires de la foi catholique.
Il y a des périodes dans la vie du genre humain qu'on pourrait appeler, il me semble, des périodes d'électricité. L'atmosphère est chargée de fluides qui sont impondérables, et qui pourtant pèsent d’un poids mortel sur la respiration de toutes les consciences. La suffocation est dans l'air; tout le système nerveux vibre spasmodiquement, et l'esprit, qui halète en de dures angoisses, oscille entre l'émotion de l’orage qui vient d’éclater et la terreur de l'orage qui s’amoncèle plus menaçant encore ; entre le tonnerre de l'heure écoulée et le foudroiement de l'heure qui approche.
Moralement parlant, ne vivons nous pas, en toute réalité, à une de ces époques P
Ezéchiel, dans sa grande et terrassante vision des quatre animaux à faces diverses, mais, ayant toutes similitude d'homme ; à quadruples ailes déployées, et constellees de regards ; roulant sur une roue à quatre faces et portant, comme sur un trône de saphir irradiant l’immensité, l’impétuosité de l’Esprit de Vie incarné dans une stature humaine ; nous a laissé la préfiguration prophètique des souveraines conquêtes de l'Evangile. Mais, dans cette intraduisible révélation, il nous parle d’une sorte de Substance ambrée, qui rayonnait au centre du feu, dont l'apparition se trouvait tout enveloppée. “€ Zenis involuens, et de medio jus quasi spécir, electri, ” (1)—C'est de ce
(1) Ezechiel. Chap. — Z, Passim.
> EX LA MORT, Xe
dernier mot que l’Electricité à tiré son nom ; agent lumineux, en sa création originelle, des colères célestes, et voix symbolique des avertissements éternels ;
Ÿ ent à comme est la puissance formidable laissée par la prescience divine aux mains | ÿ é de de l'Esprit de Ténèbres. — ‘ Æ4 nubes magna. '' La pensée songe, en un Le mal, mot, — qu'on nous permette cette interprétation, — à quelque fluide social | $ ntre- des grandes décharges sataniques ; à une propagation, qu’on peut dire atmos- ‘F4 otre- phérique tant elle est large et subtile, de toutes les oppressions internatio- Ja té, a nales de l'Enfer, Or c’est, lorsque Lucifer est armé de cette force qui L ss s’épand dans l'air ambiant d'un Siècle, Que la Sainte Eglise Apostolique et j ment Romaine, sage, fidèle et surnaturelle trésorière de toutes les sciences comme LA Uma" de toutes les richesses du planisphère divin, dresse ses paratonnerres sur la Î ‘| l de coupole des sociétés civiles.
toute À ption La défintion du Dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie ( cette est le paratonnerre surhumain du Sensualisme. agois . L'Immaculée Conception de la Vierge Marie! Quelle merveille de | la Révélation, et quelles révélations de merveilles! — Le sang de Jésus- | eler, Christ, ce rachat du monde, ce principe et cette fin, ce prix £t cette }) | » de gratuité de notre vie éternelle à tous, pouvait-il prendre origine autrement F4 ortel que dans une origine sans souillure du propre sang dont il devait être | ; 'air; formé? Le Verbe s’est fait Chair ; mais étant, de son essence et de toute de n de éternité, l'unique engendré du Dieu unique, il a voulu que le germe de (s et la son humanité miraculeuse fut exclusivement tiré de la substance humaine Las Lerre de la femme. — Ceci est le prodige de l’Incarnation. fe Ë Or, ce prodige, qui a fait naître un Dieu d’une femme, comme nait le e de dernier des hommes, a demandé, pour cette femme, un autre prodige ; corrélatif, indispensable à la propre Divinité de ce Dieu qui s’abaissait ; jusqu’à se faire homme. Et ce nouveau mystère, essentiel à l’œuvre de la x à Rédemption, c’est la suspension de l’hérédité du péché dans la personnalité iles de la femme choisie, de toute éternité, pour être mère, selon la chair, du s et Fils unique du Père. — L'hérédité du Sang, Dieu l’a respectée dans son sité Incarnation, car c'était son œuvre, l’œuvre de ses mains créatrices; mais éfi- l’hérédité du Péché, il ne pouvait s’y soumettre, mème dans la plus minime os ans parcelle de la chair humaine dont sa chair divine devait être formée ; car Ai ée, cette hérédité-là ne provenait pas de son œuvre ; elle est l'œuvre de l’homme qe ée. dans l'usage qu’il a fait de son Libre-arbitre ; dans la chûte, en un mot, - EN ce ct Dieu re s’est revêtu d'humanité que pour redresser la chûte de l’homme. Voilà pourquoi la Mère de Jésus-Christ s’est trouvée, seule entre tous les ‘ êtres humains, exempte de toute tache originelle, dès l'instant de sa propre | 7 l \b
conception, c'est-à-dire, dès l'instant où son âme, à elle, a eu vie. Sans l’Immaculée-Conception de Marie, Jésus-Christ, en s’incarnant du sang virginal de cette fille d'Adam et d’Eve, aurait participé à la désobéissance de nos premiers parents; il aurait donc outragé son Père, ce qui est la chose inadmissible au-dessus de tout. Et le Saint-Esprit, ainsi écarté de ce premier miracle d'amour, — son œuvre, — en vertu duquel, une seule fois, une enfant a été conçue en dehors de la défectuosité morale de toute conception d'enfants, aurait été, en quelque sorte, désarmé d’avance pour opérer le second miracle de son même amour, qui est également son œuvre, et en vertu duquel, cette même enfant prédestinée, devenue femme, a conçu elle-même un enfant sans cesser d’être vierge.
Quel abîme de tous les respects dans cet enchaînement de la logique trois fois sainte de la Trinité de Dieu! Et aussi, quel sublime équilibre en ces respects divins, par le fait de cette double exception surnaturelle aux lois naturelles des générations de ce monde!
En effet, nous voyons, d’un côté, qu’au jour de la Création, le Père Tout Puissant avait, lui, tiré la femme tout entière et toute formée, de la chair de l’homme, parce qu’alors la chair de l’homme était encore sans souillure. Puis, la souillure étant intervenue, — comme contrepoids, c’est-à-dire, comme équilibre réparateur de ce fait primordial, —}’Homme-Dieu, voulant accomplir sa propre génération humaine, en écarte l’homme-homme, et c’est de la chair de la femme seule qu’il veut être tiré tout entier, pour vivre de la vie des hommes. Et d’un autre côté, l’hérédité du péché par le sang s'étant perpétuée, à la fois originellement et volontairement, dans la filiation d'Adam, par ce fait du Libre-Arbitre inhérent à chaque âme créée, — (Dans cette race de David, parmi les aïeules de Marie, que de pécheresses, et parmi ses ancêtres, que de Rois immoraux !)— il a suffi à Dieu, pour échapper à cette tache héréditaire, d’en préserver la chair et le sang de sa Mère ; et cette unique préservation est précisément, de la part de Dieu, la consécration de son plus grand respect pour la Personnalité humaine, autrement dit, pour ce même Libre-Arbitre de l’homme.
Enfin, pour donner à ces respects, émanant de l'Unité substantielle de Dieu, un reflet humain de sa Trinité insondable, l'Eternel a voulu, en tenant l’homme à l'écart de toute paternité matérielle dans la conception terrestre de son Fils, ne pas priver pourtant l’homme de sa part des respects que lui réservait l’Incarné Suprême. Or, il a réalisé ce troisième point de son souverain équilibre, en faisant intervenir St. Joseph dans cet ineffable mystère. St. Joseph est bien, en effet, et le représentant de l’homme dans l'honneur
EX LA MORT
de la Rédemption, et le respect vivant, extérieur, sensible et animé de la femme dans sa réputation. — La réputation de la femme ! un grand mot et une haute idée, quand une vertu surnaturelle l’inspire ; mais au contraire, une jonglerie décevante et un mensonge invétéré, en dehors de ce sentiment surnaturel ! —St. Joseph était bien véritablement le Père humain de !’ Enfant Jésus, dans le sens de l’autorité, de la protection, de tous les liens de l’esprit, du cœur et de la volonté; en un mot, dans la plus féconde des paternités et la plus riche des filiations ; la paternité et la filiation des consciences. Il était bien aussi réellement le Mari de la Ste. Vierge, dans l’indissolubilité sacramentelle du mariage, dans tout ce que ce lien des existences terrestres d’un homme et d’une femme possède de plus beau et de plus vrai, de plus fortifiant et le plus enviable : la Dignité Mutuelle. — Ah! Quand Pie IX, à qui le St. Esprit a révèlé que l’instant propice était venu de dévoiler au monde la vérité dogmatique de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, a vu l'Eglise, cette Epouse inviolable du Christ et cette Mère admirable des âmes, meurtrie de coups, outragée de doutes, humiliée d’irrespects, il a appelé St. Joseph à son secours, et en un anniversaire récent de la Fête de l’Immaculée Consception, il a dit à l’Epoux de la Vierge-Mère : Venez, soyez le Protecteur Universel de la Sainte Désolée des Nations, qu’écrase l'ingratitude de ses fils.
En résumé, c’est par la femme que le péché est entré dans le monde ; c'est par la femme qu’il devait en être banni. A l’heure de la grande faute que St. Augustin a appelée la Faute Heureuse ! — tant elle a servi, par la toute-puissante miséricorde de Dieu, à l’exaltation et à la gloire de son propre nom ! — l'Eternel a puni !’humanité, mais il ne l’a pas maudite ! Il n’a maudit que Satan, et n’a frappé d’un réel anathême que le Péché. Ila dit au serpent, vision de Satan qui est Esprit, et symbole du Péché qui est Action : “Tu es maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes de la terre,'’ — c'est-à-dire, entre toutes les Znspirations basses et toutes les Ac#vités inférieures de l'humanité ; — ‘* 74 marcheras sur ta poitrine,’ — c'est-àdire, tes Znspirations seront toujours tortueuses et tes Activités inévitablement rampantes — ‘ 7% mangeras de la terre tous les jours de ta vie’ — c'est-àdire, le germe de tes Zwspirations ne sera que pourriture et l'aliment de tes Activités ne sera que poussière. Et il ajoute : ‘*— /e poserat des inimifiés entre toi et la femme, entre tes générations et les générations de la femme, * — c'est-à-dire, le genre humain échappera à la domination du Péché par la proscription, ou si l’on veut, par une interrègne du Péché venant du fait de la femme, ‘Ce sera elle qui l'écrasera la téte, malgré toutes tes ruses pour
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la mordre au talon "’—(x) — c'est-à-dire, Marie naîtra libre de l'esclavage de tout péché dans sa conception ; et sa Virginité, portant un Dieu dans ses entrailles, l’enfantant sans douleur, l’allaitant de son doux lait de mère, et l’élevant jusqu’à la croix, où il faut qu’il soit élevé, dans l’effusion de tout
son sang, pour élever ainsi le monde entier jusqu'au ciel ; cette Virginité refera le royaume de Dieu. — Heureuse faute en vérité ! © ZÆélix culpa !
Le péché était entré dans le monde par la femme! Et Jésus a réhabilité la Virginité de toute la race humaine, par la Maternité d’une seule femme : Marie ; et tout en même temps, il a réhabilité aussi la Maternité de toutes les femmes, par la Virginité de cette même Marie. Mais, afin d'opérer cette double réhabilitation qui est toute la femme, —et partant, toute l'humanité, — de même que la Maternité de Marie devait être marquée d’une empreinte divine, celle de son intégrité virginale ; de même aussi, Dieu a voulu marquer également, et d’une empreinte également divine, la Virginité de Marie. Or, cette marque a consisté, pour lui, à faire, de cetteVirginité particulière, un état absolu, souverain, inaccessible à toute autre âme.— C'est bien la Virginité de la Reine du Royaume sans limite et sans fin ; la Virginité de préexistence, équilibrée de toute éternité ; (2) créée dès le principe, avant tous les siècles ; (3) transparente en sa beauté comme la Lune ; unique en ses rayonnements comme le Soleil ; Aurore qui s’est levée sur le monde, Aurore qui marche toujours, qui ne se couchera jamais, et par cela même, pius terrible à la noirceur du péché que toute une armée formidable rangée en bataille, (4) En un mot, c’est le Décret souverain de la Virginité exceptionnelle de Marie, Conceptible et Conçue—(Concipienda et Concepta)—sans tache originelle dans le sein de sa mère, comme elle devait être, et parcequ’elle devait être, elle-même, Concevable et Concevante—(Conceptura et Concipiens)—en son propre sein, sans la
moindre atteinte portée à elle-même, infrangible en sa gloire divine, en son honneur éternel. (5)
{1) Et aït Dominus Deus ad Serpentem : Quia fecisti hoc maledictus es inter omnia animantia et bestias terr@æ, Super pectus tuum gradieris et terram comedes cunctis diebus vitae tuae, — Inimicitias ponam inter te et mulierum et semen tuum et semen illius. Ipsa conteret caput tuum et tu insidiaberis calcaneo suo.— Gen. ZZZ, 14, 15.
(2, Ab ælerno ordinata sum, —- Pro, V/77. 23,
(3) Ab initio et ante sæcula creata sum. — Æcc/i, XXIV. 14,
(4) Quæ est ista que progreditur quasi aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrorum acies ordinata, — Cant, WT. 9.
(5) NOTE, — Jpsissima verba quibus divinæ Scripturæ de increata Sapientia loquuntur, ejusdemque sempiternos origines repræsentant, consuevit Ecclesia, tum in ecclesiasticis officiis, tum in sacrosancta Liturgia adhibere, et ad 1llius Virginis primordia transferre quæ
uno cocdem decreto, cum divinæ Sapientiæ incarnationè fuerant præstituta.—Æulle Dogmatique de lie IX, 8 Décembre 1854
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N'est-elle pas vraiment sublime et n’est-elle pas toute simple en ses magnificences cette force mutuelle, cette vertu solidaire, cette liaison mystérieuse, mais intime et réelle, qui existe entre l’IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE et LE PRÉCIEUX SANG DE JÉsus ? — Qu'ils sont donc à plaindre ceux que tant de splendeurs morales ne sauraient émouvoir, et que ne devrait-on Pas faire pour populariser ces vérités aussi incontestables à croire que consolatrices à étudier ! Malheureusement on les étudie peu et on ne les connait pas”assez. — On ne saif pas ; —du moins, on sait si peu et on veut si peu se rendre compte du peu que l’on sait — et mille confusions d’esprit, soit irréfléchies, soit indifférentes, soit honteuses, se croisent dans les âmes de bien des Fidèles, sur ces données qui sont pourtant tout l’espoir et tout le salut dit monde.
Le Christ avait déjà rendu l'esprit, et le sang de ses mains traversées dans la plus large envergure de leurs embrassements, le sang de ses pieds fixés par le fer sur l’arbre de la Croix, le sang de sa tête, couronnée du royal bandeau des épines, le sang de ses épaules labourées de coups et de toute sa peau flagellée jusqu’à dénudation des os, avait coulé goutte à goutte sur la tête des plus chéris du Maître, commandés, dans cette marche en avant vers la conquête d'un tel bain de sang, par deux femmes, les deux Maries: — la Vierge Immaculée donnée pour mère au genre humain tout entier en la personne du disciple vierge, et la Pécheresse pénitente qui devait inaugurer dans le monde, après cette Reine du monde, cette Dame de Toutes Grâces, les effusions de la vie contemplative et réparatrice. — Les Prétoriens de service en cette journée du déicide consommé, voyant que le Roi des Juifs était bien mort, ne fracturèrent pas les os de ses jambes, symbole prophétique des indéfectibilités qui devaient éternellement signaler la doctrine du Verbe dans les enseignements de son Eglise, aussi bien pour les choses spirituelles, que pour les choses temporelles, — Un seul clou fixait d’ailleurs les ‘deux pieds du Christ au gibet de l'expiation souveraine. — Mais l’un de ces soldés de César brandissant une lance, en transperça la poitrine du crucifié, et ce furent, à la fois, et une fontaine nouvelle de son sang le plus chaud, et une source miraculeuse d’une eau très limpide, qui jaillirent de cette dernière blessure humaine du Sacré-Cœur DE Jésus. L'Amour et la Pureté, le Martyre et les Larmes, la Confession de Foi et la Confession du Repentir ; bref, toute Génération et toute Régénération des âmes, sont contenues dans cette effusion suprême. Et ce Sang et cette Eau ne sont-ils pas aussi le divin témoignage, le couronnement, le sceau, la perfection accomplie et de l’Incarnation humaine du Verbe et de la Conception immaculée de sa Mère.
Il suffit. — Nous aimons à espérer qu'on n'élèvera pas contre tous ces
envisagements l’objection de dire : — ‘ Tout cela est peut-être ingénieux pour ceux qui aiment à s'occuper de pareils sujets, et qui n’ont guère autre chose à faire, mais vous ne sauriez nier que c’est une matière horriblement spéculative ; c’est contraction ou, si l’on veut, pressure de l'intelligence en travail ; (7am non meminit pressure.) (1) cela n'a rien de pratique, et pour en faire une application usuelle de spécifique contre le Sensualisme, il faut véritablement avoir en poche une forte dose de complaisance.”— ‘Il est très-positif d’ailleurs,’ — pourront même ajouter quelques libéralcules — ?’ que ce sont là deux ordres de choses tout-à-faits éparées, et la preuve en est que l’Immaculée Conception a été déclarée Dogme, c’est-à-dire affaire de la foi, de la croyance, des opérations du cerveau, et nullement règle de mœurs, et encore moins, direction sociale.’
Pauvres cerveaux qui raisonnent ainsi ! — Nous leur répondrons par le simple énoncé d’un fait, d’un fait historique, et même co-existant à l’histoire universelle ; attaché à ses flancs comme une ironie de ses égarements, comme la discipline involontaire et aigue de tous ses écarts, comme une fustigation divine de ses oublis de Dieu. Ce fait le voici :
Tout vice du peuple, comme tout désordre des sens dans l’homme, est au moins concornitant à une aberration de l'esprit, à un dérangement de l'équilibre moral et responsable de ses agissements intellectuels, à une atteinte portée à la raison divine, à une erreur philosophique, ou pour parler plus explicitement,à une altération d’un dogme. Oui le Vire est toujours jumeau d'Ærreur, ou, pour mieux dire, il en procède ; et à la suite de cette procession, Vice et Erreur se trouvent être générateurs l’un de l'autre.
Ils sont donc bien irrationnels, bien petits d'esprit, et surtout, bien mesquins de cœur, tous ces séparatistes. — (Ce mot d’ailleurs n’est qu'une variété de la gent libérale,) — du dogme d'avec la morale, du dogme d'avec le domptage des sens, du dogme d’avec la société civile, du dogme d'avec l’honnêteté du foyer des familles, du dogme d’avec la sagesse politique, du dogme d'avec le respect dû à la simple police intérieure d’une Puissance ou d’une Cité ; que sais-je encore, toutes espèces de séparations, au surplus embrassées dans leur grand genre de Séparation, — celle de l’ Eglise et del Etat ; — toutes bâtardises de conscience.
Le Dogme c’est le salut et c’est la joie ; le salut de chacun et la joie sociale. Il faut donc l'aimer en conscience et en société, cominus ef eminus, intrinsecus et extrinsecus, nominatim ef abumdantius, selon ces traits
(1) Joan XVI, 21,