CHAPITRE Vis
LA MISSION
Paler nosler qui es in cœlie, Panem nostrum quotidianum da nobls hodie,
AMEN
D. Qu'entendez-vous par la Mission d'un peuple ? A 7
Æ. “Il y eut un homme ayant mission de Dieu ” ‘* Æurf homo missus a Deo'” ; — C’est par ces paroles que Jean-l’Evangéliste acclame Jean-le- Baptiste, au début de son immortel récit de la vie du Sauveur des hommes.
Celui qui fut le Disciple chéri du Maître ; qui reposa son front si pur sur la poitrine si ardente du Christ, au grand jour de la Première Communion du monde, dans ce dernier souper de la vie mortelle du Fils de l'Homme, qui fut le premier banquet eucharistique de Jésus- Hostie ; dans cette fraction innovée du pain transsubstantié en son Corps, et cet abreuvement miraculeux du vin devenu Sang, Sang du Verbe, Sang de l'Amour, Sang du Nouveau Testamement (1); celui, qui le lendemain de ce prodige perpétuel, de cette institution inénarrable, était debout au pied de la croix, comme le Représentant appelé de l'Humanité tout entière par la vertu d’investiture d’un mandat de filiation surnaturelle envers la
(1) Accepit Jesus panem et benedicens fregit et dedit eis et ait : Sumite. Hoc est Corpus meum, — Et accepto calice gratias agens dedit eis et biberunt ex illo omnes, — Et ait illis; Eic est Sanguis meus Novi Testamenti, — Math, XIV, 22, 23, 24.
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Vierge-Mère ; (1) — lorsqu'il fut parvenu à une extrême vieillesse, dernier survivant des Apôtres, fut prié par les Fidèles de l'Eglise naissante
d'écrire le Quatrième Evangile.
Ce patriarche dela Loi nouvelle, avant de prendre la plume, invita tous ses fils en Jésus-Christ à se faire les précurseurs d’une si haute mission de l'Esprit-Saint et de ses dons, pardes prières redoublées et des jeûnes austères. Alors, après ce recueillement de tout le troupeau, le Pasteur ému n'eut qu'à prêter l'oreille à cet Esprit qui souffle où il veut (2) et qui dicte la science, dans la vertu (3), et il donna pour exorde à son œuvre inspirée cette page, dont on ne pourra jamais assez admirer les splendeurs théologales, connue sous le nom de la Généalogie Spirituelle Au Verbe. ‘* Zn principio erat Verbum.
‘ Vous y trouverez des profondeurs à faire trembler, *” dit Bossuet. — Oui, à faire trembler l'esprit, lorsque l'esprit est livré tout seul à luimême, mais aussi, à faire pâmer le cœur d'amour, de reconnaissance, de fierté, de tendresse et de soumission, quand le cœur incline l'esprit devant cet engendrement ‘‘ initial du Verbe qui était logé en Dieu et gwe Dieu ‘ était en substance. La vie était en lui, et cette vie en lui était de toute ‘ éternité la lumière des hommes (4). ?” Paternité très-claire ! sa vision vous liquéfie l’âme, en vérité! — En vérité aussi, Saint Paul — s'adressant, il faut le dire, à des hommes de Corinthe; mais sous Bossuet, (Bossuetius lle noster, comme avaient sans cesse à la bouche au Concile du Vatican, avec plus d’emphase que de doctrine, bien des abbés français), — sous Bossuet, — n’était on pas un peu Corinthien ? —Saint Paul, disons-nous, était souverainement inspiré quand il faisait cette remarque : ‘ On peut bien ‘ avoir dix mille Hédagogues, même dans le Christ, mais pour des Zères, on
‘ n’en a positivement pas un bien gros nombre (5).
En cinq versets donc, l'essence créatrice, rachetante et lumineuse de la Divinité est professée pour servir d'invariable programme à tout approfondissement du Christianisme.
Puis, au sixième verset, la mission de Jean est définie ; — c’est d'elle que nous avons à vous occuper.
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(r) Dicit matri suæ : Mulier, ecce filius tuus, Deinde dicit discipulo: Ecce mater tua et ex 1lla hora accepit eam discipulus in sua. — Yoan X1X, 26, 27.
(2) Spiritus ubi vult spirat. — Yoan /11, 8,
(3) In virtute autem scientiam, — // Per. Z.S.
(4) In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum, — In pso vita erat et vita erat lux hominum, — %ean 1, 1, 4.
(5) Nam si decem millia pœdagogorum habeatis, in Christo, sed non multos patres, — Z Cor, IP, 15.
EX LA MORT
Deux grandes lois surnaturelles régissent le monde des consciences, Elles ne sont pas opposées, puisqu'elles émanent, l’une et l’autre, de Dieu qui est l'Unité même, mais elles sont distinctes, car Dieu est infiniment admirable dans la variété de toutes ses œuvres.
Ces lois sont : la loi de Vocation et la loi de Assion.
La Vocation, —son étymologie l'indique, —c'est l’4/pez intime que Dieu fait à l'âme. — La A/ssion, c'est le chemin qu’il lui désigue du doigt par un Ænvoi de sa grâce, par une Æwission de sa volonté, afin qu’elle marche vers le but suprême qu’il s’agit pour elle d'atteindre.
La Vocation vient donc immédiatement du St. Esprit, puisqu'elle est souffle accentué, c’est-à-dire, voix. — La Afission, se traduisant par le tracé, la délinéation et la marche des actes à accomplir, émane également du St. Esprit, mais du St. Esprit qui montre et qui démontre par l'Eglise.
L'Eglise, c'est bien en effet le doigt vivant de Dieu, qui se lève pour dessiner et désigner la route ; — pour se poser et pour peser sur tous les accidents de ‘cette route ; — pour enjoindre et pour jalonner les ‘ En Avant ! ’’ et les ‘* Halte ! ”’ les ‘ À droite ”” et les ‘ À gauche ?”’ les Assauts et les Retraites, selon la sacrosainte sonnerie de ses commandements inspirés ; — pour formuler les avertissements, les évolutions, les ordres, les contre-ordres, les sous-ordres, les reproches, les punitions et les condamnations capitales ; — enfin, pour bénir ; car, O Sainteté de cette Mère ! quoiqu'elle fasse, elle bénit ! — Telle est l'Eglise; telestle doigt de Dieu, — Digitus Dei est hic (1), — et par suite, tel est aussi le seul véritable génie, la seule inspiration fiable de la Assion bien comprise.
On peut encore établir que dans l’économie spirituelle et divine du rachat de l’homme, Jésus-Christ a été la Vocation Incarnée, et le St. Esprit, inséparable de Jésus-Christ, a pris, dans ce grand œuvre de notre salut, la part de la #Wission. C'est le Verbe lui-même qui a défini très-explicitement à ses Apôtres, avant de monter au ciel, (2) cette vérité, qui s’appelle précisément, de son terme générique, la AZssion du St. Esprit; lui-même Anchétype de toute Mission.
(1). Æxod VZIT, 19. — “ Exode ” signifie la sortie, la marche de la délivrance, — In digito Dei ejicio dæmonia, profecto pervenit in vos regnam Dei, — Luc XI, 20.
(2) NOTE. — Paracletus autem Spiritus Sanctus quem mittet Pater in nomine meo, ille vos docebit omnia et suggeret vobis omnia quæcumque dixero vobis, — Yoan X7V, 26 — Ego veritatem dic vobis : Expedit vobis ut ego vadam:si enim non abiero, Paracletus non veniet ad vos : si autem abiero, mittam eum ad vos, — Yoan XVL 7.
À Ê “- } Ke ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA. > ( Li NV
Et la Trinité de Dieu a voulu donner, pour résumer, en une seule unité de mission providentielle, l’histoire entière du monde, deux agents humains de la Mission du St. Esprit-Dieu procédant de Dieu-le-Père, dans cet appel, ou soit, dans cette Vocation de Dieu-le-Fils qui s’est fait Homme. — Ces deux Agents sont :
Le premier, le Précurseur JEAN. — Précurseur veut dire : ‘* qui court au devant.” — C'est lui qui résume et couronne, dans la Mission suprême du St. Esprit, tout le cours de l’Ancien Testament. C’est le dernier et le plus grand des Prophètes ; — Il l’a été avant de naître! — Il en cloture le ‘ Nombre louable ?” — Zaudabilis Numerus (1); dans la période de préexistence du Verbe Incarné ; car les prophèties sont bien, elles-mêmes, de leur essence, la préexistence révêlée des évènements, et l’Incarnation est, de son côté, l'évènement qui sert de pivot au monde. — St. Jean concentre donc en sa personne l'interprétation anticipée du salut.
Le second agent, c’est PIERRE, le Conducteur délégué (2) de l'humanité régénérée, l’Interprétateur primordial et indéfectible du Nouveau Testament— lequel n’est que la suite et la révélation de l’Ancien ; — Pierre, souche de l'Enseignement universel, missionnaire de toute vérité, et par suite incarné spirituel de l’Eglise elle-même, car depuis que Jésus-Christ est remonté au Ciel, l'Eglise c’est le Pape. ‘ Uÿi Petrus ; Ibi Ecclesia.”" — Unum ct fdem Papa et Ecclesia.
Au même point de vue, enfin, de l'Histoire Universelle et dans son grand tracé philosophique, cette distinction de la Vocation et de la Mission s'accentue encore en une silhouette lumineuse, pour la ligne sociale primaire de tous les peuples. Nous avons l’ÆZ/ection du peuple Juif, préfigure de la Yocation des Gentils, c’est-à-dire de l’appel de toutes les nations à la lumière révélée ; puis, à la suite de cette Vocation, est venue la #sston, qni constitue précisément l’Æ/ction supérieure et divine des nationalités.
En résumé, la Vocation est inhérente à la personnalité du libre-arbitre ; elle est directe, intérieure, cachée, insaisissable et se distingue de la partrcipation proprement humaine. La volonté de l’homme n’y figure pas même comme instrument ; c’est le don gratuit. Elle contient donc essentiellement
(1) “ Hymne du 7% Deum, Verset 8.
(2) NOTE, — Ut cessavit autem loqui, dixit ad Simonem: Duc in altum et laxate retia vestra. —- Zue PV. 4, |
4 Ut cessavit loqui dixit ’—Assistance perpétuelle du Verbe dans son Eglise. — Dixif ad Simonem.”’ Dieu parle au Pape seul, et c’est ainsi que seul le Pape est infaillible, — ‘ Duc’’ausingulier “ Laxate”’ au pluriel : — C’est la sacrosainte hiérarchie catholique tous entière, Un Chef conducteur et des Evêques travailleurs,
EX LA MISSION
en soi la présence de Dieu.—La si profnnde paroïe de Marthe à Marie ; ‘ Le Maitre EST LÀ et il T'APPELLE *” ‘* Magicter ADEST e/ VOCAT #e (1), ? renferme toute l’économie de ce précepte. C'est là le texte de ralliement de toute vocation. — La ÆAfission est m‘diate et substantivement sociale, c'est-à-dire, qu’elle s'exerce, par L'activité de l’homme et dans le domaine des faits. Elle se produit et se canalise. Elle a bessin du prochain pour être ; et c'est bien elle qui contient tout génie de direction €e commandement, ou soit ; d'Autorité.
Tel est en’ quatre mots le frircipe de la Mission. Examinons rapidement quels sont les éléments de son exercice, autrement dit; les moyens que Dieu a mis à sa disposition, pour qu’elle corresponde au but même de Dieu,
D. Qu'entendez-vous par les Moyens de la Mission providentielle ?
2. Jésus-Christ s’est fait Homme ; et ce moyen c’est l'Homme !
En effet; — Il faut noter cette remarque comme un des signes les plus saisissants de la miséricorde divine, — la grande condition de la perpétuité sans relâche des mérites du Fils de Dieu qui semble avoir été semée par lui sur le sol ingrat de cette terre. (‘ Æcce exit seminans aû seminandum ‘’) (x) consiste en ce que ‘ l’homme doit être pour l’homme /'age”/ du ‘ salut. C’est ainsi que, dans l’ordre spirituel, il a confié de générations en ‘€ générations, à un homme le dépôt indéfectible de sa doctrine; c’est ainsi ‘ que lorsque les nations sont malades, il leur envoie un homme afin de les ‘ guérir.”” (2)
Ce principe constitue toutes les Æwrcations de la vie ; Et que l'échelle en est immense, O mon Dieu, quand on y réfléchit un peu ! — Qu'elle est immense, et variée dans cette immensité ! — Et comme elle se gradue avec harmonie dans cette variété !
En outre, nous pouvons bien affirmer que /’Æwucation Sociale est l’Education majeure par excellence, par ce qu’en somme, elle irradie du sommet à la bâse de tout édifice moral ; du berceau de l'enfant ; — que dis-je ? — de l’ordre de sa conception même, jusqu'au couronnement de l’Autorité qui féconde et qui berce la société tout entière.—Ce couronnement c’est le Pouvoir Souverain, quelle que soit d’ailleurs sa dénomination particulière à chaque nationalité ; autrement dit, qu’il soit monarchique ou républicain,
| (1) arc IV, 3.
(2) L'Abbé Alphonse Villeneuve, Za Comédie Infernale—Dédicace du Quatrième acte ; tt À sa Majesté Très-Chrétienne Henri V, Roi de France,”
N'en est-on donc pas amené à conclure, par la stricte filière de la simple logique, que les ÆZommes des Sociétés, les Æommes d'Etat, sont nécessaires, dans les combinaisons dont Dieu se plait à gouverner le monde, et qu’ils ont, dès lors, une mission éminemment surélevée,
Mais, pour bien saisir les rares et précieuses particularités d’une telle mission, analysons, en traits tout à fait sommaires, — (Le sujet prêterait en lui-même aux plus intarissables développements), — la grande empreinte surnaturelle marque sur ce que nous pouvons bien appeler le sens évangélique du mot: ÆZomme.
Cette empreinte s’y présente, à nos regards, sous la figure ineffaçable des trois côtés d’un triangle mystique, dans les insondables équations de l'Œuvre du Salut éternel ; c’est-à-dire que, par trois fois, la dictée du St. Esprit nous a buriné sur l'Homme une incisif profil dont il est bon de méditer ici un instant la ligne et la portée. — Les inductions à tirer de cette méditation, —+ forcément trés-courte, puisqu' ’elle n’est qu’une prémisse. —forment tout l’objet de ce Chapitre.
Ces trois profils d’une même idée apparaissent dans les trois phrases suivantes :
19 °° Z4 Homo factus est.'' 29 Ecce Homo.’
3° ‘* Fuit Homo missus a Deo.”
Or, voici, pour chacune d’elles, le facile éclairement de leur apparition. * 1° Æt Homo Jactus est ; — C'est le mystère de l’Incarnation, si digne
des admirations, des gratitudes et des respects du monde entier, que sa date, le vingt-cinq Mars, a formé la propre conception de l’êre chrétienne, et le point de départ de sa supputation séculaire.
Un trait, bien social, ce nous senible, rayonne en cette journée des journées. Nous demandons la permission de le peindre, tel qu’un jour, — il y a déjà longtemps, — il prit position devant notre pensée qui s'était recueillie :
Chacun a pu voir un Arc-en-Ciel, mais nous voulons parler d’un tout-àfait bel Arc-en-Ciel, d’un Arc-en-Ciel complet, c'est-à-dire, courant d’un pôle à l’autre de l'horizon, sans aucune défaillance dans ses teintes ; cinglant, en toute uniformité de son cercle, tout ce que le regard de l’homme peut embrasser du ciel, au dessus de sa tête ; tel qu'on en voit, en général, dans les
EX LA MISSION,
pays montagneux, (1) Les sept couleurs qui le composent, reflet de l'unité lumineuse du spectre solaire, dont le mélange absolu est la Blancheur. et produit de l'électricité qui s’est déchargée dans les airs, se fondent ensemble et si subtilement, l’une dans l’autre, qu'on ne saurait marquer, en aucune façon, le point qui les sépare entre elles. La gamme de leurs nuances peut pourtant se diviser en trois tons génériques, mais qui sont, eux-mêmes, unis quoique distincts, en leur harmonie : —le Bleu, couleur du Firmament ; — le Vert, couleur de la Terre, — et le Rouge, couleur de la Flamme. — Le nombre Sept et le nombre Trois sont, d’ailleurs, des nombres surhumains.
Or, ce beau spectacle rappelle à la pensée chrétienne l'instant de l’Incarnation du Verbe, l'instant suprême de l’Æomo fastus est.
Trois ordres constituent, en effet, tout ce qui est Esprit, en dehors de la réprobation irrévocable : le Drvin, l'Humain et l’Angélique. Quand l'heure eut sonné, où ce bel Arc de l’Incarnation vint à se déployer entre le Ciel et la Terre par le message de l’Archange à la Vierge, une vertu en illumina l’explanation radieuse ; c’est la vertu d’Æwmilité, et les trois ordres de tout ce qui a vie spirituelle se teignirent de cette vertu qui les fondit miraculeusement ensemble, comme sont fondues les teintes de l’Arc-en-Ciel physique. — Humilité de l'essence dar :e qui consentit à se faire Chair ; — Humilité de la race A“maïne qui, dans la personne de Marie, accepta, sans aucune révolte de sa raison, le plus surprenant prodige dont elle devenait elle-même le siège, et qui, devant l'honneur d’avoir un Dieu pour Fils, ne s'appella que sa servante ; — enfin, Humilité des légions angéligues ellesmêmes, dont un de leurs chefs, — peut être leur véritable Roi ; qui sait ?— remplit avec joie la mission d’être l'ambassadeur de la grande nouvelle et confessa ainsi l'immense supériorité de la tendresse dévolue par Dieu à l'Homme sur l’Ange.
Je ne pense pas que cette décomposition métaphysique du spectre solaire soit ce qu’on appelle tirée par les cheveux. De tous les phénomènes de la nature, l’Arc-en-Ciel est bien celui pour lequel le Seigneur nous a le plus explicitement accentué lui-même les signes de rédemption et de miséricorde qu’il y a attachés dans son Esprit Souverain. ‘ Je placerai mon Arc dans ‘ les nuages et il sera un signe de fédération entre moi et entre la terre. — tt Et je garderai souvenir de cette alliance que je fais avec vous et avec
(1) NoTE.— En Tyrol, par exemple, il y en a, — cela peut s'affirmer de visu et in memoriam, — qui méritent de passer pour le modèle du genre.
Le Tyrol, soit dit en passant, est une des patries les plus cathoïiques, les plus honnêtes et les plus pures de l’Europe.
“toute âme vivante qui végête chair," —quœ carnem vegetat (1).'' Telles sont les paroles du Très-Haut qui accueillirent les échappés du Déluge à leur sortie de l'Arche, après leur providentielle captivité de quarante jours. — Aussi 'Ecclésiastique se rémémorant au cœur ces paroles diluviennes, nous dit : ‘ C’est triplement que le Soleil brûle les montagnes; ‘ qu'il souffle ses rayons de feu; et que la réfraction de sa lumière est ‘ vive, — au point d’en obscurcir les yeux de l’homme (2). ’’ La Trinité, avec toutes ses émanations mystérieuses, mais si vraies, et la Raison humaine, aussi incapable d'en comprendre que d’en nier les rayonnements embrasés, sont bien désignés dans ce verset, par le poéte théologien qui s’est appelé le Sujet de l'Eglise, ainsi que signifie ce mot : Æcc/ésiastique. Puis, cet aïeul des grands rois de Judée, qui avait nom Jésus, fils de Syrach, nous fait une description mystique de la splendeur des Cieux. La lune y est appelée ‘‘ Un signe de jour de fête ’’ et y est très-remarquablement figurée comme un luminaire emblématique de virginité (3). Enfin l’Arc-en-Ciel reparaît en ces commentaires inspirés du Saint-Esprit: — ‘ Contemplez ‘“cet Arc et bénissez celui qui l’a façonné, car la beauté qui brille en sa ‘“ splendeur est sans égale (4). ??
Résumons ces données et tirons en sans retard ces conclusions pratiques:
Dieu s'étant /a7f homme, il a confié à l’homme 1e devoir de /uire la perpétuité de son œuvre morale et surtout sociale le Sauf. C'est, dans la pensée divine, la ?ransmission de l’Incarnation ; autrement dit c’est la mission ininterrompue des mérites de Jésus-Christ, ainsi que l'indique le mot de #ans—mission.
De plus, l'Æwmilité ayant été le sceau apposé d’une façon tout-à-fait exceptionnelle, à la signature de ce grand pacte fédéral entre le ciel et la terre écrit tout entier avec le Sang de Jésus-Christ, l’on doit en inférer que l'Humilité est appelée à figurer nécessairement comme le contreseing de tout homme d'Etat, c’est-à-dire, de tout homme ayant responsabilité de commandement sur ses semblables. L'Humilité devrait donc être la véri-
(1) Arcum meum ponam in nubibus et erit signum fœæderis inter me et inter terram, — Et recordabor fœderis mei vobiscum et cum omni anima vivente quæ carnem vegetat. — Gen. IX, 13,15.
(2) Tripliciter sol exurens montes, radios ignis exsuflans et refulgens radiis suis obcœæcat oculos, — Æccli, À. LIL, 4.
(3) À luna signum diei festi, luminare quod minuiur in consummatione, — Æccli. XLIIL, 12.
(4) Vide arcum et benedic eum qui fecit illum. Valde speciosus est in splendore suo, — Eccli, XLZII, 12.
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EX LA MISSION. a
table Commission du Pouvoir Public. — Commission ; autre dérivé de la Mission, dont le sens logique est si indiqué qu’il n’a pas besoin de plus ample analyse.
Tel est donc le premier envisagement de l’homme social et telle est la première règle de sa conduite.
Et n'est-il pas permis, de respirer un instant dans la vertu de cette image symbolique de l’Arc-en-Ciel ; — A la fin du Chapitre précédent, à propos de l’Immaculée Conception de la Vierge-Marie, — privilège d’une créature, qui est bien un phénomène d’humilité au suprême chef, tant il a été gratuit de la part du Tout-Puissant ! — nous avons dit un mot des courants ameutés de l'électricité sociale des temps modernes. L’impression involontaire qu’on éprouve quand ont pris fin, dans l’ordre physique, les lourds retentissements et les roulements sourds de ces grands débats de l'atmosphère, qu’on appelle la foudre, et que la vue se rassérène devant l'éclat subit d’un bel-Arc-en-Ciel, n'est-elle pas de nature à nous faire tressaillir d’une grande joie d’espérances catholiquement préconçues, de désirs apostoliquement anticipés et d'appels romainement criés au fin fond du cœur, devant la physionomie universelle que prendra nécessairement le monde, quand le grand orage social se sera éteint dans la vanité décroissante du choc de ses fluides contraires ; — autrement dit, quand l’écharpe de l'Eglise aura réalisé dans l’enlacement si doux de ses plis nuancés la prophètie du Dieu de tous les prophètes, la prophètie si impérativement édictée par le Verbe, la prophètie du Pasteur et du Bercail uniques (1) ; — autrement dit encore, quand le Æègne des Humbles sera enfin venu, sur la terre. — Et pourquoi ne viendrait-il pas? car l’heure approche. — N'en avons-nous pas des pronostics assurés ?P (2)
Oh! quel reverdissement général de la terre, dans ces heures qui succèdent érusquement aux plus violents cataclysmes des airs! quelle fête improvisée ! quel retour inattendu ! quel réveil plus éveillé que tout ce qui a précédé! quelle contre-partie magique du passé qui n’est vieux que de quelques instants : l’obscurité la peur, le fracas, la prostration nerveuse de toute force vive! — Le sol est comme un immense encensoir, tout embrasé, tout embaumé de senteurs inaccoutumées qui s’élancent vers le firmament ; les arbres, les plantes, les herbes pleurent, mais quelles larmes salubres, quelles larmes suaves, quelle rosée de renouveau et de sourires, et de force, et
(1) Et illas oportet me adducere, et fiet unum ovile et unus pastor, (Yoax X, 16.) (2) Filioli, novissima hora est, et sicut audistis quia antichristus venit: et nunc anti Christi multi facti sunt, unde scimns quia novissima hora est, — Yoan, 7, Epist, IL. 18.
4 ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA. > je” à
de paix !—c'est bien l'Æau du Cœur, comme on disait du temps de St. Louis cette Eau, dont seuls les saints peuvent posséder le do», quand il plait aux délicatesses de Dieu de le leur donner ; — cette Eau, qui trouve son réservoir de la presque sixième heure, dans le mystérieux puits de Jacob, où s’achemine cette si métaphysique Samaritaine, alors que la patience active du Dieu Voyageur en fréquente la margelle de ses lassitudes surhumaines, qui ne se laässent jamais; (1) — cette Eau enfin, très-précieuse, trés enviable, très féconde et très-pure qui éclaircit toute pensée, qui filtre tout sentiment, qui pare toute beauté de tant de diamants de la conscience et de tant de perles fines du cœur ! qui distille la vérité sur tous les brins de la nature et dans tout l’embranchement des actes. — Et puis aussi, il y a les chants des oiseaux, le bruissement des insectes, le murmure du ruisseau et jusqu’à la respiration de l’air, qui revêtent, semblables à une parure nouvelle symbolisant je ne sais quelle robe chastement traînante d’une intime veillée d’amour, les charmes purificateurs d’une timidité jusqu'alors inconnue. Oui, mais c’est la timidité fortifiante et consolatrice, parcequ’elle n’est autre chose, en toute assurance, que la hardiesse de se sentir vivre et de vouloir vivre sous l’œil attendri du Seigneur ; de ce doux Seigneur Jésus, qui vous comble, après vous avoir épargné !.…
Assez, mais répétons encore : —- L'ÆZwmiité seule peut, dans tout ordre moral, faire cette rature à l'avenir de cette terre; à un avenir que nous verrons peut-être.
Passons vite maintenant à la seconde notification spirituelle et évangélique de l'Homme, dont nous avons anoncé le titre.
2. Ecce Homo. — “* Jésus-Christ dans le Prétoire, paraît comme un ‘ objet d'abomination devant tout un peuple, dans l’équipage ridicule d’un ‘ Roi de farce, un bouchon d’épines sur la tête comme une couronne, un ‘ roseau en la main comme un sceptre, une vieille mandille sur le dos ‘ comme un manteau de pourpre, le visage tout défiguré de crachats, le ‘ corps tout déchiré de coups de fouet, exposé aux yeux d’une populace ‘ enragée et postposé au plus scélérat de tous les criminels, par toute une ‘ nation qui crie à pleine tête : ‘ La vie pour Barrabas, et Lui, qu’il ‘ meure, qu’on nous l’enlève, qu’il soit crucifié et que son sang retombe ‘ sur nous et sur nos enfants . ?” (2)
(1) OPORTEBAT cum transire par Samariam. — Erat eutem ibi fons Jacob, Jesus ergo fatigatus ex itinere sedebat sic supra fontem. — Hora erat quasi sexta. — %oan 1V, 4, 6. (2) Le R. P. Surin . — (né en 1600, mort en 1665):
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Prgo
LA MISSION
Cette peinture que nous avons recueillie avec empressement parmi les œuvres d’un saint Jésuite, d’il y a deux siècles, est une véritable Æaw-forte de la pensée. On dirait un A/ert Durer de la plume : (1) Elle burine à souhait, pour la méditation qu'elle sollicite invinciblement, les deux traits capitaux du plus capital de tous les drames ; — en premier lieu : — la Parole de Pilate — ‘* Voilà L'Homme'' présentant au peuple l’Æwmanité tout entière, dans l’état où la réduit le péché, — et en second lieu, l’Acte même de ce même Pilate marquant lui-même, au coin de l'ironie de sa propre auforité, ce divin Æof de farce qui saigne la sanglante sueur de tous les péchés du monde.
Que de leçons pratiques à en tirer, chacun pour soi, et #ows pour la Chose Publique !
Comme Æomme c'est donc la loi de Souffrance que l'Eternel force un suppôt de l'Enfer de promulguer à la terre, par les préludes de la mort de son Fils ; de même qu’un Messager du ciel avait promulgué la loi de l’ÆZwmilité, dans les préludes de la naissance de ce même Fils de Dieu, Dieu
(1) Nore. — Il existe une gravure d'Albert Durer très-remarquable. Elle représente non pas l’Æcce Homo historique de la Passion du Divin Maître, mais un Æcce Æomo, en quelque façon, métaphysique et perpétuel. C'est un Æ£cce Æomo de Descente de Croix. Le Christ est assis dans tout cet appareil que peint d’une manière si saïsissante le Jésuite du 17ème Siècle, dont nous venons de citer un extrait ; mais de plus, dans le dessin du grand artiste allemand du 16ème Siècle, de l’hôte austère de la Cour de Charles-Quint, si somptueusement austère elle-même, Notre Seigneur se présente aux regards avec les pieds, es mains et le flanc transpercés ; d'innombrables rayons émanent en longs jets tout autour de sa face, et cette face adorable exprime, — éclatante inspiration de l'artiste | — un magique mélange de Ja laideur du péché et de la beauté de sa réparation. C’est, s’il m'est permis de m’exprimer ainsi, la grimace de divine horreur qui s’imprime en Jésus à la vue de nos fautes et le sourire de céleste compatissance dont il opère ses transverbérations souveraines, Quatre vers latins sont, en outre, gravés au bas de cette Zmage et en rendent bien toute l'idée chrétienne, — Rien n'est métaphysique comme j’art chrétien.
4 © MIHI TANTORUM, JUSTO MIHI, CAUSA DOLORUM ! O CRUuCIS |! O MORTIS CAUSA CRUENTA MIHI !
O Homo! SAT FUERIT TIBI ME SEMEL ISTA TULISSE OÔ CESSA CULPIS ME CRUCIARE NOVIS ! ”
Dont traduction :
Homme ! c’est toi qui fus de toutes mes douleurs La cause volontaire ! Et moi, moi la Justice Eternelle et sans tâche, entre deux malfaiteurs, J'ai subi d’un gibet le sanglant sacrifice |
Oh ! n'est-ce pas assez de m'avoir une fois
Ainsi crucifié ! — Cesse donc à la croix
De me clouer toujours par un nouveau supplice ?
een rene nome um
<<} ST,-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA, a
lui-même. Le triple fléchissement du genou de la part de tout esprit de l'ordre céleste, de l'ordre terrestre et de l’ordre infernal, devant le Nom incommunicable de Jésus, dont nous parle St. Paul, s'est donc pleinement opéré dans toute la filière des réalités spiritualistes qui relie la Conception à l’Agonie du Verbe.' (1)
L'Homo Factus est et l'Ecce Homo n'en sont-ils pas vraiment bien uns en Christ ? L'irradiation doit donc en être une, dans tout ce qui vient du Christ, c’est-à-dire, dans tout ce qui tient à porter dignement le nom de Chrétien : — la Conscience personnelle, — la Famille génératrice, et —l’ Autorité constituée, — Savoir être humble et Savoir souffrir ; c'est, bien positivement, le secret de toute virilité, de tout amour et de toute science du commandement ; cette grande science, dont le meilleur exercice s'appelle l’Z#- Jluence.
Puis, comme Æo, nous devons voir dans l’£cce Æomo du Prétoire, l'état d’abjection, d’avilissement et de honte, où le Pouvoir Public est réduit par le fait des Gouvernements qui agissent comme Pilate en a agi avec la VÉRITÉ—‘* Z/ demande au Christ : Qu'est-ce que la Vérité ? Et ayant fait cette demande il s'en va.’ — Il s'en va parlementer ; ou plutôt, — stipule le texte sacré, — reparlementer avec les Juifs. *’ (2) Après quoi, convaincu de l’innocence de Jésus, (3) sachant bien qu’il n’était traduit à sa barre que par le mobile et le fait d’une basse envie, (4) il le livre à la populace en disant : ‘ Je vais le corriger ! ! (5) — Après quoi encore, de plus en plus persuadé qu’il était irréprochable, qu'il était Roi, qu’il était inspiré de Dieu; résistant aux sollicitations de sa propre famille, (6) il le condamne au plus affreux supplice, préférant à tout l’amitié de César, dont la pensée l’offusque, (7) et se faisant théatralement apporter un lavabo devant le peuple pour se laver les mains du sang de ce /wste / — ‘ Ce Juste !”’(8) C’est encore lui-même qui, jusqu’en cet instant, persiste à en faire l’aveu ! — Quand on analyse cette figure odieuse, on comprend Crillon, ce Français, cet ami d'Henri IV, surnommé par son Roi le ‘ Brave des braves ”” qui entendant
(1) In nomine Jesu omne genu flectatur cœlestium, terrestrium et infernorum.—(?#5/:95 LL 10.
(2) Dicit ei Pilatus: Quid est Veritas ?, et cum hoc dixisset iterum exivit ad Judæos,
(3: Et dicit eis: Ego nullam invenio in eo causam. — Yoan XVIII, 38.
(4) Sciebat enim quod per invidiam tradidissent eum. — Mutk. XXVIL 18.
(5) Emendatum ego illum dimittam. — Lue XXII, 16.
(6) Misit ad eum uxor ejus dicens : nihil tibi et justo illi; multa enim passa sum hodie per visum propter eum. — Math. X\VZZ, 19.
(7) Si hunc dimittis non es amicus Cœæsaris, — Yan AIX, 19.
(8) Accepta aqua lavit manus coram populo dicens: Innocens ego sum a sanguing Justi hujus. Vos videritis, — l'a/k. XXVIL, 24.
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LA MISSION. a
prêcher la Passion, un Vendredi Saint, dans la cathédrale d'Avignon, se dresse de son siége comme mû par un ressort, et portant la main à la poignée de sa rapière, s’écrie à pleine voix dans l'Eglise : ‘Où étais tu Crillon ? *’ — En se livrant à cette ablution, véritable ablution de sang, et sacrilège d ?s sacrilèges, Pilate ajoute: ‘* C'est à vous de voir.” — ‘ Vos videritis.'’
Ah oui ! nous avons vu et nous voyons encore. — Le Crewdo des Apôtres, que nous récitons tous les jours, quand il a inscrit dans le Symbole de ses Articles, le romen et le cognomen de ce lâche politicien, a rendu quotidienne l'horreur de sa mémoire, et cette règle indéfectible de la foi des Chrétiens donne ainsi avertissement, jusqu’à la consommation des siècles, à tout homme baptisé d’avoir à fuir, à réprouver et à maudire l’engeance infâme de ce Procurateur césarien ; car il était écrit que cette engeance devait pulluler dans le monde. De nos jours, elle a plus fait que pulluler ; elle règne, elle
commande, elle triomphe, elle est populaire.
Si j'avais à blasonner l’écu héraldique du Libéralisme moderne, je lui donnerais pour armes parlantes: ‘ Za cuvette de Ponce-Pilate au naturel, sur champ de gueule, avec ‘* Ecce-Homo ** pour cri de guerre /
Apparaît maintenant, en sa place raisonnée, la troisième sentence du St. Esprit sur l’ Homme.
3° Fuit Homo missus a Deo. — La Mission, si caractéristiquement signalée par ce texte, trouve sa démonstration absolue dans les deux autres textes qui précèdent et où, ainsi qu’on a pu s’en rendre compte, le nom d’Aomme est si surnaturellement présenté à nos méditations.
L'homme de Mission, c'est-à-dire, l’homme appelé à exercer l'autorité, doit donc s’élever au-dessus de ses semblables par ces deux ailes de l'Æumilité et de la Patience — ( Science de souffrir, laquelle ne s’apprend réellement que dans la Passion du Sauveur. — Passus sub Pontio Pilato.)
Or, cette Swpériorité morale indispensable à l’homme d'Etat, cette influence légitime et ce pur prestige d’un gouvernement, vertus qui font dire d’une nation qu’e//e vole de ses propres aïles, se déterminent dans l’âme des chefs de cette nation par cette grande résultante de forces spiritualistes qui s'appelle la Soumission. — Et c’est là précisément un autre dérivé bien typique du mot Yission.
Mais, — dira-t-on, peut-être, — la Soumission à qui ? — A quiP... A l'Eglise, et à l'Eglise seule, car c’est uniquement par cette Soumission que l'Homme Public pourra arriver à réaliser ce grand problème : Z’/mitation sociale de Jésus-Christ.
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Pour bien élucider cet ircontestable thénrème de la pol‘ique universelle, étudions donc un peu la physiononie à laquelle on peut reconnaître Ë un homme ; un komme d'autorité légitime et bienfaisante. “ |
D. En cette donnée spéciale, qu'entendes-vous donc par un HOMME? i, \
2. Un Homme, cet homme que cherchent ies nations quand elles sont malades, alors que chacun dit : ‘ Au! si nous avions un homm pour nous sauver ! ’’ ou bien encore : ‘* Comme c'est ist2! nous n'avons pas un homme parmi nous, ”” voici l'idée qne nous nous en faisons, dans
le fond intérieur de notre conscience :t de nos réflexions solitaires ; | |
Cet homme, ce vrai Missionnaire d'autorité civile, quand vous le rencontrerez sur votre chemin, vous le reconnaitrez sûrement à ces signes, dans tout l’ensemble de sa vie pratique et de ses habitudes de morale, — Pour tout ce qui touche aux mœurs, les habitudes, c'est le linge de l’âme.
Il est sobre, chaste et hardi. -— Nous débutons à dessein par ces trois qualités, car elles sont fondamentales pour toute influence politique à exercer, et de plus, elles sont si solidaires entre elles, dans lenr strict accomplissement, qu’un homme public qui se laisserait affiger par un seul des vices opposés à l’une de ces trois vertus, finirait, tôt ou tard, par faillir à toutes les trois ensemble, et par suite, par effacer en lui, en le déconsidérant, son cachet d’Homme Public. — L'observation confirme cette première donnée.
En outre, il se connaît, se possède et se contrôle lui-même. Et cette autre triple occupation habituelle et préoccupation constante de lui-même, mais de lui-même s’exerçant au service des autres, doit devenir, en toute exactitude, pour lui, comme une seconde nature.
A cette bonne et forte trempe de son âme, il doit joindre cette particularité bien élablie et qui n’en est, du reste, que la conséquence : — Toute jouissance terrestre, tout bien-être matériel, tout service de ses aises, le trouvent indifférent, oh mais, souverainement indifférent, par la raison, qu'après Dieu dans le ciel, il n’a absolument qu’un Maître à servir sur terre. Or, son Maître, c’est le Pouvoir, et le service de ce Maître, c’est plus caressante pensée. Bref, il ne pense à son corps que pour en faire l'équilibre des forces vives de son esprit, C’est ainsi que l’on peut remarqner, chez tous les hommes d’Etat qui ont réellement beaucoup à penser, un impérieux besoin de quelque violent ex:cice de l’ordre physique, zomme diversion pondérativc äe leur dépense intellectuelle. —— Notons à
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