‹ Saint Jean-Baptiste, l'évangile et le Canada [microforme]Chapitre 37 sur 65 · OMME · texte numérisé non relu

OMME

Ad elles homm/:

r’avons s, dans

ous le signes, ale, — âme.

es trois que à r strict un seul

faillir décon-

cette

cette ême, toute

partioute es, le Lison, ur

est

faire marser, que, ns à

\ Va <X LA MISSION, NV

ce propos, et tout à fait en passant, que l'exercice dr cheval est bien positivement, en cet ordre d'idées, le plus équilibré de tous les exercices du corps, Et d’ailleurs, ces simples mots : “ Chevalier ” et ‘* Chevalerie,”' dont la signification est à la fois aristocratique en distinction sociale et surtout, dans son essence primordiale, foncièrement active en exercice de puissance publique, ne contiennent-ils pas, dans l'extraordinaire vétusté de leur origine, comme un principe métaphysique de ce secours moral apporté par l'Æguitation aux facultés d'esprit de l’Æomme de cabinet.

Indiquons aussi que ce esoin d'exercices corporels, qu'on appelle violents, présente à l'analyste l'explication A4wmaine de tout ce qui touche, une fois qu’on atteint les sphères supérieures de la vie monastique, à l'ensemble régulier de ces wortifications corporelles, — saintes tueries de la chair — le mot l'indique — dont le terme si profond et si spiritualiste de Discipline embrasse toute la synthèse.

Mais, pour ne parler que de l'Homme de cabinet, seul objet du croquis de ces lignes, disons de lui qu’il trouvera de grands bénéfices de santé intellectuelle et morale, si pour foute question de la vie extérieure, il a été dressé, dès sa plus tendre enfance, à s'habituer à tout et à ne prendre J'habitude de rien.

Au surplus, pénétrons plus avant dans cette structure psychologique de l'Homme d’Etat qui sait bien mériter de ce titre devant Dieu et devant les

hommes.

A cet homme à part, la chose publique sera femme ; ce sera sa vraie femme légitime, dans toutes les intimités de sa pensée et de son cœur, de ses vouloirs et de ses actes ; c’est-à-dire, qu’il se sentira uni à elle comme par la vertu de ce grand Sacrement du consentement mutuel, prenant l'Eglise pour témoignage, pour dépot et pour sanction de toutes les ardentes et

lissolubles promesses d’assistance en tout et de fidélité jusqu’à la mort qui nstituent tout le mariage catholique. — Et véritablement, dans cette ation d’attrait national qui fait d'un citoyen le conjoint de sa patrie, il y il doit y avoir, une descente toute spéciale du St. Esprit, que l’on pourrait appeler le Sacrement de la Républigne, dans le sens toujours hautement chrétien qu’en dépit de tout l'Eglise n’a cessé de conserver à ce mot de ‘ République. ” — Bref, le Aagistrat, — autre expression générique du Pouvoir Pu ‘ic, —pour bien faire, pour agir wmagistralement, devra se pénétrer de tous les voirs si explicitement énoncés, pour les mariés, dans l'Evangile et dans | rits des premiers Apôtres, afin d’en faire une claire, fidèle et

constante application à sa patrie. A cet effet, il devra la chérir,'la respecter et la diriger à souhait. — Nous ne faisons qu’'indiquer cette thèse ; ses développements tiendraient peut-être tout un volume ; et grâce aux sources d’évangélisation et d’apostolicité qu« nous venons d'indiquer, ce volume pourrait avoir quelque relief.

Mais, élevons encore plus haut nos regards dans cette vue du citoyen chef de citoyens.

Il évitera, avant toute chose, de mettre en sa vie ce ‘* Hêtre de repos naturel, ” dont parlent quelques maîtres de la vie spirituelle et qui n’est rien moins que la fausseté de soi-même et l'illusion de son rang. Avec cette fausseté tout intime, on corrompt fatalerient l'esprit de ses administrés ; avec cette personnalité d’illusion, on devient trompeur public. Et rien n’est plus grave.

Pour échapper à ce piège capital et si pernicieux en tout exercice d'autorité civile, l'Homme d’Etat doit monter, monter encore et monter toujours dans l’ascension intérieure de sa conscience la plus active, par ces trois degrés simultanés de toute perfection politique. — Nous ne faisons encore ici qu'indiquer du doigt toute une vaste thèse, qui serait excessivement fertile en développements.

Ces trois degrés consistent à :

19 Réunir en soi le recueillement de l'esprit et la dilatatiou du cœur, ces deux mouvements capitaux de l’âme, qui sont, en apparence, opposés entre eux, mais ce n’est qu’une apparence de combat, car ils tendent en grand unisson à une même fin. Ces forces mutuelles ainsi employées dans un merveilleux accord de liberté, exaltent le moral d’un homme à un point inimaginable.

29 Se ramasser l'âme en un point. — Ce qu est le repliement fécond de soi-même au suprême degré ; — ce qui est l'essence spiritualiste de la liberté individuelle ; — ce qui est l'empreinte vive de la supériorité :

3° Enfin — Réduire tout à l'unité. — Et cette pratique n’est autre que l'épanouissement extérieur des deux précédentes. Elle produit d’emblée ce qu’en politique on appelle précisément le coup-d’æil, don tout spécial de certaines âmes, maîtresses d’autres âmes et qui ne peuvent réellement acquérir cette belle maîtrise qu’à la condition expresse d’être, avant tout, »1aitresses d’elles-mêmes. L'Zmitation de Jésus-Christ exprime à merveille cette règle, dont l'application sociale est indéniable pour tout esprit, même le

LE LA MISSION, D , à M |

ete plus faussé et le plus mal prévenu, pourvu qu’il ait simplement quelque à ses honnêteté ordinaire et quelque bonne-foi courante : ‘ Celui à qui toutes

itodé ‘ choses sont un, et qui ramène toutes choses à un, qui voit toutes choses

lume ‘ en un, peut posséder une solide fermeté et une constante paix. ””

Cette aision, mélange de fermeté et de paix, qu’on appelle la prévision

oyen politique, n'est-elle pas reconnue de tous comme le plus beau privilége et |

la véritable âme des véritables Hommes Publics ? 1

repos | Si l’on veut maintenant, dans la spécialité si tranchée de cette classe | n’est d'hommes, un trait assez curieux, mais qui n’en est pour cela, nullement Avec frivole, nous uüirons un mot de leur âge. Or, il faut admettre qu'on ne inis- peut dignement et en saine valeur porter sur ses épaules le lourd fardeau de Et la responsabilité d'Etat, avant l’âge de quarante ans. Plusieurs maîtres des

plus consommés en connaissance des valeurs humaines ; — humaines et aussi, humanitaires, — constatent cette particularité ; entre autres, Ste. Thérèse.

rcice — Et certes, en fait de cette connaissance, c'était un maître-homme que ‘tou- cette carmélite espagnole ! — Je défie toute loyale intelligence de douter trois seulement de cette affirmation. — Voici donc ce qu’elle dit à ce propos : e ici ‘ L'âme qui se donne au service de Dieu est sujette à de grandes instabilités rtile ‘6 et vicissitudes jusqu’à l’âge de quarante ans ; mais alors, elle doit se fixer

‘ dans la grâce. ”

Et tenez; — ce détail doit être strictement exact, car il trouve sa “} Œur, confirmation dans le scalpel observatif d’esprits tout-à-fait anti-surnaturels, 4. D ogés comme se produit presque toujours le phénomène des grandes étoiles t en de la Sainte Foi se rencontrant, dans la voie des choses infinies,

sun avec les pâles nébuleuses de la triste Raison humaine. N'est-ce pas j

oint d’ailleurs un reflet impénétrable et détourné des purs rayonnements de l’empyrée surnaturel, qui communique la scintillation intermittente 1 | de ces lucioles de l’ordre moral, dont la fréquence est si abondante ond dans les paysages de notre temps? Le mot de Ste. Thérèse que nous venons e la de citer se trouve corroboré par cette boutade de Chamfort : ‘* Tout homme ‘€ qui a quarante ans n’est pas misantrophe n’a jamais aimé les hommes.’ — que Ste. Thérèse et Chamfort qui se donnent la main! La sublime pauvresse blée de Notre Seigneur Dieu, l’inimitable vierge qui a écrit le ‘* CAäteau de 1 de l'Ame,'’ l'amie de St. Pie V et de Grégoire XIII, se trouver d’accord avec le ent marmiteux de la cour de Louis XV devenu vieux, l’auteur d’un ‘* Mustapha uaî- et Zéangir, '’ tragédie quelconque en je ne sais combien d'actes, la ette créature d’un Mirabeau et d’un Rolland ! cela ne peut s'expliquer que par ; le cette triomphante et admirable imposition de lx vérité sur l'erreur, de la 4

N74 | Un SIN, ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA,

croyance sur le doute, de la pureté de l’esprit sur les balbutiements baveux du scepticisme ; éternelle pantomime simienne du Diable, dont la réalité se présente sans cesse à l’esprit, et qui seule peut bien nous délimiter le point de jonction des contrastes de l’homme en cette vallée de ses jugements.

Le Syllabus et les Encycliques sont un véritable album de portraits photographiques des quadrumanes de la Raison humaine,

Mais achevons.

Les Saints enfantent les Saints, parceque ‘“ la Sainteté de l’homme est ‘la grande affaire de Dieu lui-même, car tout ce qu’il fait c’est pour faire ‘des Saints. Et, en effet, c’est pour faire des saints qu’il a créé le monde, ‘ qu'il le conserve et qu’il le gouverne. C’est pour faire des Saints qu’il a ‘ envoyé son Fils dans le monde, et qu’il a institué son Eglise, qui est le ‘ chef d'œuvre de sa puissance et de sa sagesse. C’est pour glorifier et ‘ récompenser ses Saints qu’il a créé le Paradis et qu’il y a amassé tous les ‘ trésors de sa magnificence. Et faut il s’en étonner ? — Il est lui-même ‘ trois fois Saint, et il ne se plait et ne se glorifie que dans les Saints? ”” (1)

Or, si l’on a bien voulu suivre un peu l’enchaînement de tout ce que nous venons de dire sur l’Æomme ; au point de vue social et politique, J' Homme d'Etat, l'Homme de Cabinet, l'Homme Public, l'Homme, chef de file autoritaire et légitime de la marche en avant de sa patrie — n’en concluera-t-on pas forcément que la Sainteté est le premier besoin des peuples dans la personnalité de leurs gouvernants, et qu’elle contient, pour ceux :i, le secret de toute leur valeur positive, de tout leur prestige de bon al, comme de toute leur difficile science d’exercer le pouvoir ; enfin, pour cout dire en un seul trait, de toute la virilité de leurs actes publics.— Vrrilité vient de V?r, qui veut dire HOMME ; et le mot Vertu — Wirfus—est lui-même dérivé de ce terme générique. Æsto vir”? — “Sois homme devrait donc avoir invinciblement, surtout dans les hautes sphères de la société, le mot Saxcéus, Sanctus, Sanctus, pour programme, pour cri de guerre et pour habitude ; — le triple mot unique de l’Eternité.

« Ces hommes-là, ” — dit Veuillot, en parlant, à propos de Washington, de ceux d’entre eux qui méritent rée/emenf devant l’histoire le nom de grands, — ‘* ces hommes là, quoique nés de la femme et formés comme les ‘ autres de la chair et du sang et des communes misères de l’humanité, sont # néanmoins, des élaborations divines.”?

(1) Mgr. Ignace Bourget.—Mandement du 8 Décembre 1862.

Oui, oui, il faut des Saints à /a fête des affaires ;— et dans ce monde des affaires publiques, quand on ne veut pas être saint, on cesse d’être homme. Alors, la patrie ne vit pas ; elle vivotte et chacun se répète à la ronde, mais de façon à ce qu’aufant en emporte le vent : ‘Où est l'homme ? ?’ — “Il nous faut un homme! *’ — ‘Si nous n'avons pas un homme, ma foi, nous culbuterons./’ — |

Et puis, quelquefois il paraît, cet homme, car Dieu l’a é/aboré de longue main, dans ses insondables complaisances de grand ouvrier social ; et quand cet homme parait, s’il fait mine d’être saint ; oh ! comme tout de suite on en a peur ! comme on l’évite ! comme on le renie |! comme on le fuit ! comme on le méconnaît ! comme on le trahit! comme on voudrait qu’il fut enlevé! comme on désirerait de le voir tuer !

Voyez Pie IX à Rome ; — Voyez Henri V, en France ; — Voyez Charles VII en Espagne. — Voyez Louis Riel en Canada !

Ah ! que les nations libéralisées sont donc véritablement Z£ches à /'homme ! — C'est bien là le plus flétrissant stigmate de leur décadence, et ce même Veuillot a bien raison de dire, dans un de ses tout récents articles + ‘6 La terre ne produit plus que des vieilles boites de conserve.’

Un jour le Christ, en montant à Jérusalem, s’arrêta sous le porche à cinq arcades de la Piscine Probatique. (1) — C'était la piscine où se lavaient les agneaux et les brebis qui devaien: être offerts en sacrifice ; — mystérieux symbole des puretés monastiques ds la vie contemplatit .—L':"‘vangile nous détaille les vertus miraculeuses de cette source et les cur:d'tions surnaturelles requises pour bénéficier de c:s iniacles ; (2)—Dieu ra. toujours une condition surnaturelle dans l’accomplissemeut d’un prodige. - : Or, quand Jésus passa par là, un malneureux inñrme gisait depui: trente-huit ans sur le bord de cette fontaine, (3) parce qu'ayant perdu l'usage ‘4u mouvement, il n’arrivait jamais à l'immersion de l’eau remuée par w:. Ange. Et le Christ a pitié de cette cruelle position, et il veut guérir cet abandonné d'une seule parole de sa bouche divine, et c'est ce qu’il fait ; inais le récit sacré contiert un trait éblouissant de la portée sociale qu’il est permis de voir dans cette guérison.— Al'interrogation du Maître : ‘ Veux-tu la sante ?”? (4) le languissant répond :

(r) Est autem Jerosolymis Probatica piscina quinque porticus habens, — Yoan V, 2.

(2) Joan V, 3,4.

(3) Érat autem quidam homo ibi triginta et octo annos habens in infirmitate sua, — an V,5,

(4 Dicit ei: Vis sanus fieri, — Yoan V, 6.

EX ST,-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA, > f

‘Seigneur, je n’ai pas d'homme... pour me faire entrer dans la piscine”? (1)

— “ Æominem non habeo ’ — À lui tout senl, ce lambeau de phrase n'est-il

pas la peinture achevée des languissements sociaux de notre époque ? — Ah!

du moins, le vieux malade de l'Evangile faisait sans vanité, sans orgueil,

sans révolte, à la fois et la confession de ses impotences et la profession de: ses fermes-propos de rétablissement et de vie. Aussi le Christ, le Christ. qu’il ne connaissait pas, —qu’il ne connaissait même pas, après avoir été guéri

de lui, (2)— choisit-il la simple Lonnéteté de ce perclus pour donner à l'esprit soupçonneux et voyant du mal en tout des habitants de Jérusalem (3) un

éclatant témoignage de ses miséricordes. — Mais nous? . . . Sommes nous seulement dignes d'entendre le beau commandement du Verbe: ‘‘ Debout,

‘emporte ton grabat et marche ? ?? (4) — Oh non vraiment, car cet ordre,

Dieu ne cesse de nous l’adresser chaque jour, et quand il frappe nos oreilles nous crions tout de suite à l’intolérance, à la théocratie, à l’absolutisme de l'Eglise, à l'esprit de domination des Papes ; que sais-je encore? — Oh les pauvres malades de frente-huit années que sont, pour la plus grande part,

les Gouvernements modernes! Et aussi, combien d’entre eux sont morts dans leur paralysie, seulement pendant cette période de temps si courte, quand il s’agit de l’histoire !

Il faut donc des Saints pour sauver les nations, mais ces Saints qui pourront opérer un si difficile salut, ces Saints du Trône et du Parlement, ces Saints de la Royauté ou de la Présidence, du Quartier-Général de toute Patrie et de l’Hôtel-de-Ville de toute Cité, Village ou Hameau, on peut leur donner, — et l’on doit le faire — une dénomination tout à part ; il faut qu’ils soient et qu’ils se fassent accepter comme étant: Des Saints terribles.

On comprendra sans peine ce mot. Voici ce qu’en pense, du reste, un Maître, dont nous avons déjà cité quelques passages.

‘ Oh ! que les Saints étaient de terribles gens au prix de nous ! Qu'ils ‘# étaient terribles à l'enfer par la ferveur de leur courage : — Leur aspect ‘est terrible au monde, qui ne comprenant rien dans leurs manières, les re- ‘* garde comme des sauvages ou comme des étrangers, dont il n’entend ‘ point la langue et dont les habits et les modes le choquent. ”?

‘ Pour nous, nous devons les regarder com:1e nos parents qui nous ont

(1) Respondit ei languidus: Hominem non habeo ut cum turbata fuerit aqua, mittat me in piscinam, — Yoan V, 7.

(2) Is autem qui sanus fuerat effectus nesciebat quis esset. — Yoan V, 13,

(3) Joan P, 10.

(4) Dicit ei Jesus : Surge, tolle grabatum tuum et ambula.— Yan V, 8.

tt + D +

LA MISSION

4€ formés à leurs mœurs et qui nous ont appris à vivre surnaturellement et à

‘ nous convertir parfaitement à Jésus-Christ. ? (1)

Récapitulons. — De la notion de l’Æomme, à la persuasion de sa Mission, le lien nous parait clairement établi et solidement fixé par les indications qui précèdent.

Ce lien est la Sasnreté. Puis, de la Suinteté publique, à la Sainteté privée,

la distance est nulle, à proprement parler, c’est-à-dire, qu’on #’exerce la

première qu’en pratiquant la seconde.

Enfin, de la Sainteté des Vivants, à la Sainteté des Aorfs ; autrement dit, de la Virilité morale et productive du chrétien, fils d’une patrie d’icibas, à la Verfu interventionnelle et protectorale des Elus couronnés de la Patrie d’en haut, la liaison n’est qu'une Æ/ude à faire; Etude, d'activité consciencieuse de toutes les forces de l’âme ; Æ#vde, dans ce sens que les

‘Saints du Ciel sont et doivent être des Mowéles, et les saints de la terre sont

et doivent être des Copistes ; bref, on ne saurait trop le redire, c’est le génie surnaturel de ce grand mot, qui a le Christ pour prototype et pour archétype ; L’/mitation.

(1) NOTE. — Après avoir terminé sur les qualités nécessaires de l’Æomme d'Etat, ce bien modeste essai, qui ne peut puiser quelque valeur morale que dans cette notion de l'Æomme Spirituel, dont une foule d’auteurs, nous ont laissé la physionomie écrite, nous avons voulu rechercher ce que les Constitutions des Jésuites pouvaient dire des qualités requises dans la personne du Général de leur Ordr. — Et certes, il y a peu, il n’y a même pas, d'hommes d’Etat dans le monde qui aient autant à faire qu'un Général des Jésuites ! —Je pense qu’on ne contestera pas ce fait.—Or voici quelques extraits de ce qui se lit dans les Constitutions de la Société de Jésus. Neuvième Partie, Chapitre II, ayant pour “titre: Qualis esse debeat Præpositus Generalis.

“ Ut vir sit, cujus in omni virtutum genere exemplum.”

‘ Animi etiam magnitudo ac fortitudo est ei pernecessaria, ut omnibus demum casibus ‘ qui incidere possunt sit superior, — Paratissimus ad mortem subeundam.”

“ Ad res conficiendas, vigilantia et sollicitudo ad eas incipiendas et strenuitas ad ‘“ easdem ad finem et perfectionem suam perducendas, ut nec incuria nec remissione ‘# animi inchoatæ et imperfectæ relinquantur.”?

Les personnes que ce texte pourrait intéresser directement savent très probablement le latin, et en tout cas, chacun a le curé de son village pour se faire expliquer ce qui est écrit dans la langue de l’Eglise.

Or, cette citation ne contient que quelques traits, pris, pour ainsi dire, au hasard, mais qu’un homme public consciencieux s’en empare, qu’il en fasse son programme d’existence politique, qu’il s'évertue à s’incorporer à lui-même chacune des substantielles paroles que nous venons de citer, et il deviendra #névifablement ce qu’on appelle un homme supérieur. Quand trouverons-nous donc un Ministre où un Ambassadeur qui mette simplement en pratique avant de prendre une délibération ou d'accomplir un acte de politique, les simples règles des £xercices de St, Ignace ? Ce ne serait pourtant pas bien difficile d’en essayer. — On essaye tant de choses !

Mais, c’est convenu, les Jésuites il n’en faut pas parler. Ce sont des hommes à part et ils représentent tout ce qu’il y a d’arrièré! Ah! si l’on savait seulement ce qu’en ont pensé, au moment de leurs plus grandes défaveurs, les esprits simplement intelligents, sans

À ; | el À É | |

‘ Deux Amours ont bâti deux Cités: l’ Amour de soi jusqu’au mépris ‘ de Dieu, la Cité de la terre; l'Amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, ‘Ja Cité de Dieu. — L'une se glorifie en soi et l’autre dans le Seigneur. — ‘ L'une demande sa gloire aux hommes ; l’autre met sa gloire la plus chère ‘“en Dieu, fémoin de sa conscience. — L'une, dans l’orgueil de sa gloire, ‘ marche la tête haute ; l’autre dit à Dieu: Vous êtes ma gloire et c’est ‘< vous qui exaltez ma tête. — Celle-là, dans ses chefs, dans ses victoires sur ‘“ les nations, se laisse dominer par sa passion de dominer ; celle-ci nous ‘montre les citoyens unis dans la charité, serviteurs mutuels les uns des ‘“autres, gouvernants tutélaires, sujets obéissants. — (Celle-là, dans ses ‘ princes aime sa propre force ; celle-ci dit à son Dieu : Seigneur, mon ‘“ unique force, je n’aimerai que vous. — Les sages de la première Cité, ‘ vivant selon l’homme, cherchent non le bien, mais les biens : richesses ‘ de ce monde, jouissances sensuelles, raffinement de la volupté ; ceux qui

. ont pu connaître Dieu, l’ont connu sans le glorifier comme tel, sans lui

‘ rendre grâces ; ils se sont évanouis dans le néant de leurs pensées ; leur ‘ cœur s’est obscurci dans la folie, pendant qu’ils se proclamaient sages ; ‘€ ils ont préféré rendre à la créature le culte et l'hommage dûs au Créateur ‘ béni dans tous les siècles. (1) ”?

parler des hautes capacités de la science, comme on aurait vraiment honte de détiter les plus sottes rengaines à leur sujet !

Il a appartenu, ces derniers temps, à Pie IX de faire autoritairement de cette expression : ‘ Jésuites ” le synonime des plus fidèles défenseurs de l’Eglise, de ceux qui tiennent à honneur d'être appelés ‘‘Ultramontains,” et tout en indiquant une des petitesses malsaines, une des lâchetés hypocrites, du Libéralisme, le Pontife Infaillible a appelé ‘“ les fils les plus travailleurs et le plus soumis de l'Eglise,” ceux précisément que les Libéraux appellent, avec intention de mépris, des Ultramontains ou des Jésuites — ‘ ULTRAMONTANORUM AUT JESUITARUM { APPELLATIONEM AFFLIGERE STUDIOSIORIBUS ET OBSEQUENTIORIBUS EJUS FILIIS. ” — Ces paroles sont extraites du Bref adressé par Sa Sainteté au Cercle Catholique de St. Ambroise de Milan, à la date du 6 Mars 1873, — et ce Bref est tout un véritable monument dogmalique,

Encore un petit mot, puisque nous y sommes, Les Jésuites ont contribué pour une proportion, qui est certainement des sept dixièmes, à la fondation de la Nationalité Canadienne. — De nos jours, on sait encore ce qu’ils font, ce qu’ils peuvent faire, et ce qu'il serait de l'intérêt universel du pays qu’ils fissent en toute franchise, en toute vaillance, en toute libérté, Eh bien, lorsqu’a été soulevée en Canada la question VITALE de fonder dans ce pays une Université réellement Catholique et d’en confier la direction à l'Ordre des Jésuites, qui a à sa disposition les plus riches trésors de science et de vertus de l'Univers entier, il y a des Canadiens, des descendants des premiers colons de France, qui piaillaient : ‘* Pouah ! les Jésuites, ce ne sont après tout, que des Etrangers.”

Quand on entend des phrases d’un tel calibre d’ingratitude nationale et d’ignorance foncière, on ne peut vraiment s'empêcher de répéter ce mot que Mgr. de Ségur n’a pas craint de faire imprimer dans un de ses admirables opuscules populaires, à propos du croquemitaine dit : ‘’ Æfeignoër élérical” — ‘ Et il y a des gens, beaucoup de gens, assez bêtes — “(qu'on me pardonne cette expression qui rend exactement ma pensée) — oui, assez « bêtes pour y croire.”

(1) St. Augustin, De Civitate Dei, lib. XIV, cap. 28.

EX LA MISSION

Ca

Et maintenant, souvenons-nous, souvenons-nous que St. Jean-Baptiste est le Fils-Ainé de l’innombrable Tribu des Saints du Paradis, —Quelle imposante primogéniture ! ô mon Dieu ! et en même temps, quel vasselage grandiose de cet Elu, vis-à-vis du Christ et de sa Mère ! — Et alors, ne nous étonnons pas du profond programme de mission sociale, immatriculé au rôle de cet homme, si Haut-Baron du Ciel, dans les si nombreux textes que le Saint Evangile de Dieu a inscrits sur son compte.

D. Quels sont les textes de l'Evangile qui parlent de la mission sociale de St. Jean-Baptiste, et qui peuvent, par cela même, trouver une application toute particuiière à la franchise de lu Nationalité Canadienne ?

2, Ains' que nous l’avons indiqué, dès le début decetécrit, cesmerveilleux textes du Livre de vie formant programme de mission et véritable charpente de doctrine sociale, sont disséminés dans les diverses phases de la vie du Grand Précurseur de la Parole Incarnée. L'ordre, dans lequel nous allons les présenter à la lecture des Catholiques du Canada, aura, pour point de départ, les bouches elles-mêmes qui en ont formulé les oracles. — Et ce sont des oracles en vérité. — Il suffira de les entendre et de les conserver, en en faisant la conférence intime de son cœur, comme faisait la Sainte Vierge des premières adorations rendues au berceau de son Fils, (1) pour en féconder tous les côtes pratiques, non-seulement en soi, mais encore tout autour de soi.

Commençons donc par cette Généalogie spirituelle du Verbe d’où tout émane, au point que rien, n’existe en dehors de ce principe de vie. (2) — Jean-Baptiste occupe d'emblée, en cette sublime vision du Disciple de la dilection divine, la première place 4wmaine dans cette radieuse génération de Dieu. — Nous avons suffisamment médité le ‘* Æxif homo missus a Deo.”” A sa suite, apparait la synthèse très-haute, très-puissante et très-forte du Témoignage. Jean est le Témoignage essentiel, idéal, parfait ; on pourrait dire le Témoignage incarné. Et le témoignage de quoi ? — Le témoignage de la Zumière (3), de cette lumière des hommes qui a sa vie en Dieu (4), qui est l’illumination surnaturelle de la venue au monde de chaque homme, (5) c’est-à-dire, la propre génération elle-même de la grâce ; enfin, de cette lumière, qui fécondée par le témoignage engendre elle-même la Fai (6) —

(1) Maria autem conservabat verba hæc, cenferens in corde suo.—Zuc, II, 10.

(2) Omnia per ipsum facta sunt, etsine ipso factum est nihil quod factum est, — Joan I, 4.

(3) Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, — Joan I, 7.

(4) In ipso vita erat et vita erat lux hominum. — Joan I, 4. .

(s) Erat lux vera quæ illuminat omnem huminem venientem in hunc mundum, —: Joan I. 9.

(6) Ut omnes crederent per illum, — Joan I. 7

159 Le

La Foi, qui est bien l’incompréhensible, mais par cela même, la plus vieille, la plus profonde, la plus attachante et la plus féconde Conception des entrailles de l'Esprit.

Or, si l’on veut un peu condenser dans sa pensée toutes les amplitudes de ces mots, Zémoignage et Témoin, dont nous avons rapidement indiqué, çà et là, quelques silhouettes dans le cours de cet écrit, alors, oh! comme on apercevra, en un rayonnement d’une étonnante splendeur, la hauteur, la largeur et la profondeur du rôle, de l’action et du protectorat de Saint Jean- Baptiste, qu'on peut bien appeler : l’Archange humain du Témoignage Essentiel.

Et ce Témoignage, Jean ne soupçonnait pas que l’éternelle prescience divine en avait ainsi déposé le germe en lui, parce que, si exceptionnellement sanctifié qu’il fût dès.les origines de sa vie, il n’était qu’un homme. Aussi, prend-il grand soin de nous faire connaître, par des confessions réitérées, que son exceptionnelle mission de Témoignage lui a été surnaturellement révélée. (1) Par deux fois, le long du fleuve du Jourdain, — ne serait-ce pas en l’honneur des deux Natures de Notre Seigneur Jésus- Christ ; de sa Divinité et de son Humanité? — Par deux fois, disons-nous, il le voit passer, il le voit marcher, il le voit se promener. — L'Evangile le marque expressément—et avant que le Christ ne l’aborde, il remplit son rôle de Témoin du Christ. (2) — Il y a dans ce détail une touche d’une admirable finesse qui se rapporte à la manière tout à fait intérieure et voilée, on peut même dire, distante, dont s'effectuent dans les âmes les arrivées de la Grâce. — La Grâce, n’est-elle pas la grande promeneuse de l’ Amour de Dieu? — Et chaque fois que le Christ se montre ainsi à Jean dans la pénombre de sa marche divine, Jean dit de Lui : ‘ Voici l’Agneau de Dieu, l’Agneau de Dieu qui porte les péchés du monde! ?’ — Le temps manqne pour s’appesantir ici sur le doux, profond et symbolique mysticisme de cette qualification si chère à Dieu, ‘* l’ Agneau de Dieu. *’ — Et chaque fois aussi, comme ce vient d’être indiqué, le Précurseur affirme son ignorance wafurelle des vues qui lui sont données, c’est-à-dire, l'insuffisance radicale de la raison humaine livrée à ses propres forces pour saisir, pour

(1) Altera die vidit Joannes Jesum venientem ad se et dixit: Ecce Agnus Dei, eccr ‘ qui tollit peccatum mundi.

Altera die iterum stabat Joannes et ex discipulis ejus duo, Et respiciens Jesum ambulantem dixit: Ecce Agnus Dei.—Joan I, 29, 35, 36.

(2) Et ego nesciebam eum, sed ut manifestetur in Israel, propterea veni ego in aqua baptizans,

Et ego nesciebam eum, sed qui misit me baptizare in aqua, ille mihi dixit.— Yvan 1, 21, 33.

Page 1