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SAINT JEAN-BAPTISTE. 'il

à la circoncision le huitième jour. Les parents, les proches, émerveillés de tout ce qui s'est passé déjà, s'empressent à la pieuse cérémonie. Un nouveau prodige éclate sous leurs yeux. Ce sont dabord le père et la mère du nouveau-né qui, dérogeant aux coutumes juives les plus traditionnelles, entreprennent de un donner un nom qui n'est pas le nom de famille. « 11 s'appellera Jean », avait dit l'ange Gabriel ( c'est-à-dire grâce, surabondance de grâce ). Ils insistent l'un et l'autre, malgré l'universel étonnement, pour que ce nom lui soit imposé. Puis, au même instant, Zacharie recouvre l'usage de la parole, qu'en punition de son hésitation à croire aux promesses du messager céleste et comme preuve de la vérité même de ces promesses, il avait perdue depuis la vision du temple. L'émotion de la troupe amie est au comble. On échange à l'envi les impressions que de si étonnantes choses font naître ; on se demande quelles seront bien un jour les destinées de celui dont la première apparition à la vie est environnée de tant de merveilles : « quis, putas, puer iste erlt? »

Et c'est alors que Zacharie, pleinement inspiré de l'esprit saint « repletiis spiritii sancto m , au milieu des effusions de sa joie et de sa reconnaissance pour l'avènement désormais prochain du Messie, parle de son fds en ces termes magnifiques :

« Petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut ; (( tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer ses (( voies ;

« Pour enseigner à son peuple la science du salut, la « science qui conduit à la rémission des péchés ;

« Pour lui apprendre à connaître les miséricordes de (( notre Dieu, au nom desquelles Celui qui se lève des profon- « d£urs du ciel, nous visite;

« Et se prépare à illuminer les âmes assises dans les

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« ténèbres, dans les ombres de la mort, et à conduire nos u pas vers les sentiers de la paix ! »

C'est le commentaire de ce que l'ange avait annoncé le premier, d'un seul mot, quiyid il avait dit : « Son nom sera Jean. » Pas une des indications prophétiques de Zacbarie qui ne se rattache et ne se ramène au nom prédestiné.

Je me suis demandé souvent ce que durent penser de ce langage quelques-uns de ceux qui se trouvaient là, je parle des plus familiarisés avec l'attente et le désir de l'avénement du Messie. Les traits sous lesquels il leur est représenté ne s'accordent point à l'idée générale qu'on se fait de lui en Israël. On espère, on réclame un conquérant irrésistible, un restaurateur de génie, un grand homme, un de ceux qui, par leur puissance et leur fortune, relèvent les nations menacées. Le peuple juif, quand le Messie attendu naîtra, recommencera d'être le peuple privilégié; il retrouvera son antique gloire et sa domination perdue. Probablement même, il s'élancera vers des destinées nouvelles, plus hautes, plus enviables que jamais. Heureux dés lors celui qui lui servira de précuVseur et lui préparera les voies !

Rien de tout ce brillant espoir sur les lèvres de Zacharie : ;( science du salut — rémission des péchés — relèvement « des âmes enchaînées aux ténèbres de mort — chemin de « la paix», voilà pour quels travaux et pour quels bienfaits, le Messie promis de siècle en s'ècle va paraître. Voilà de quel Messie il est glorieux d'être le précurseur !

A la clarté des lumières surnaturelbs, « repletus spiritu sancto )),il entre sans retard dans le vif et le vrai des choses. Du même regard il pénètre l'exacte mission du libérateur attendu, et de Tenfant qui marchera devant sa face. 11 en csi ôbioui. Son entourage n"a rien do cette perspicacité.

SALM JE.\N-BAPÏISTE. iT>

Peut-êli'c, n'cst-il pas très-loin du désappointement et du murmure.

Je me représente maintenant une famille chrétienne les jours qui suivent une naissance.

Il y a charmante fête aussi. Les amis et les proches ne cessent d'accourir. La mère suffit à peine aux félicitations qui lui sont prodiguées : a Et audieruntvicini,'et cognatiejus, et congratula bantur ei ». L'enfant est chargé de caresses» c'est à qui lui offrira l'heureuse bienvenue. Et déjà, sous l'inspiration d'un sentiment sincère ou plutôt pour faire entendre au plus vite quelque flatteuse adulation, on prédit les plus souriants destins : « quis, piitas,puer iste erit? » Il n'est forme de félicité humaine qui ne soit évoquée.

Je me représente encore que le père, au milieu de ces mille et mille souhaits qui s'échangent, soit éclairé soudain d'une intuition profonde, que soulevant le voile de l'avenir, il devine, pressente, sache clairement que son fils un jour sera prêtre, et qu'il veuille dire ce qu il sait. Pourra-t-il en vérité s'exprimer autrement que Zacharie ? Chacun des mots tombés des lèvres de l'époux d'Elisabeth ne sora-t-il point admirablement placé sur ses lèvres?

« Tu, puer, propheta Altisslmi vocaberis, prœibis enim « ante faciem Domini. »

Qu'est le prêtre fidèle à sa vocation inconqjarable, sinon celui qui révèle Dieu aux hommes? Soit qu'il le leur fasse connaître pour la première fois, soit qu'il le leur rappelle quand ils ont eu le malheur de l'oublier. Dieu! non plus seulement l'Être nécessaire, créateur et soutien du monde, que la simple raison, tant qu'elle reste droite et bien orientée, découvre, visible dans ses œuvres, impénétrable dans son essence et dans sa vie ; mais Dieu rap-

proche de nous, Dieu avec nous, Emmanuel ! Le prêtre a pour mission de répéter sans fin le souhait par excellence qui est la traduction populaire du grand nom d'Emmanuel : Le Seigneur avec vous! Dominus vohiscum!

Petit enfant, tu annonceras à tes frères le Dieu de la loi nouvelle, de la crèche et de la croix !

« Ad danclam scientiam salutls plebi ejus, in remissionem peccatorum. »

La science du salut, laquelle ahoutit pratiquement à la rémission des péchés I c'est bien cela. Le Précurseur devait être chargé de l'enseigner aux Juifs, sur les bords du Jourdain, cette science capitale, indispensable ; le prêtre est chargé de l'enseigner à son tour sur les bords de tous les fleuves, sur les rivages de tous les océans, d'une extrémité du globe à l'autre, à toute créature. Oui, son rôle caractéristique est d'apprendre à ses frères la grande vérité, celle qu'il leur est absolument urgent de connaître, savoir que le péché les poursuit, les enlace, les abat, compromet incessamment leurs destinées éternelles, mais qu'il existe un salut, une rémission des péchés, et qu'il y faut recourir ! Le prêtre assurément fera bien de ne rester étranger à aucune des connaissances humaines, d'y acquérir assez d'habileté et de compétence pour s'imposer au moins au respect de ceux dont l'estime exclusive et les louanges ne vont qu'aux choses d'ici-bas ; ce sera plus qu'une convenance et une haute opportunité, ce sera, en diverses mesures, un devoir. Dans le vrai cependant, et par le fond même de sa vocation, la science qu'il doit cultiver plus que toute autre, répandre de préférence à toute autre, c'est la science au terme de laquelle se trouve le salut.

Petit enfant, tu enseigneras le salut par la rémission des péchés !

«[ Per viscera miser Icord iœ Dei noslri; in quitus visitavit

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nos oriens ex alto », science du salut, rémission des péchés qui sont les fruits do la miséricorde divine, sous l'inspiration et impulsion do laquelle le Sauveur Jésus-Christ, dont tu seras l'apôtre, petit enfant, s'est levé comme l'aurore se lève dans l'immensité des cieux !

« Illuminare his qui in tenebris et in umhra mortis sellent... « Le siècle est fier de ses lumières. D'insignes découvertes, dont les applications utiles se nniltiplient à l'infini, l'honorent et lui assignent un rang à part dans l'histoire. L'homme de ce temps a fouillé les entrailles du globe, scruté la profondeur du firmament, saisi de la main ou du regard les éléments ou les vestiges de toute beauté et de toute vie. Les forces de la nature domptées par son intelligence sont occupées aie servir. Tout cela est merveilleux, mais tout cela n'empêche pas qu'il y ait sur la terre, enveloppant les âmes comme un linceul, des ténèbres de mort. Les secrets du monde et des mondes se dévoilent, le grand problème de notre destinée s'obscurcit. Qui sommes-nous? d'où venons-nous? A quel terme tendons-nous, à travers nos rapides années semées de plus de larmes que de joies? Il faudrait le savoir; énergiquement et universellement le savoir! Le doute est affreux; l'insouciance absurde. Or on ne sait pas ! Petit enfant, tu passeras au travers de ces ombres, tu ouvriras toutes grandes les pages de l'Évangile dontchaaue mot rayonne; tu seras un de ceux qui refoulent la nuit!

Et tu contribueras ainsi à ramener la sécurité dans les âmes! « Ad dirigendos jjedes nostros in viam pacis. )> Faire la lumière sur la destinée humaine, c'est établir les âmes dans la paix, dans la voie qui conduit à la paix, qui est elle - même bordée de tranquillité reposante et d'espoir.

(( Tu puer proplieta Altissimi vocaberis. »

'jO SAINT JEAIS-GAPTISTE.

Penser qu'au dix-neuvième siècle, il se rencontre beaucoup de pères de famille ayant assez de foi chrétienne pour croire pleinement à ces magnificences, assez de foi pour être heureux et fiers jusqu'à l'enthousiasme, de ce que leur jeune fils puisse s'y voir appelé quelque jour, serait probablement une témérité.

Il s'en trouve cependant. Je me représente donc qu'un de ces nouveaux Zacharie, devant ses proches, ses parents, ses amis, réunis autour du berceau de son enfant, s'abandonne aux joies et aux espérances que je viens de dire, de combien d'entre eux sera-t-il compris?

Du plus grand nombre? certainement non. — De quelques-uns? je le souhaiterais, je n'en suis point assuré.

Et si, par hasard, l'écho de sa parole et de ses désirs, franchissant le cénacle intime que je suppose, arrivait au dehors, quelles clameurs! quelles protestations! Mysticisme, s'écrierait-on à l'envi ! Qu'est-ce que cette étrange façon d'entendre l'avenir d'un enfant qui naît au sein de l'opulence, à qui s'offrent des facilités de tout genre, pour aborder toutes les carrières, ou même n'en aborder ancune s'il le trouve préférable?

Quelles sont ces prétendues ténèbres à chasser? cette prétendue lumière à répandre?

Qu'est-ce que le prêtre?

Qu'est-ce que Jésus-Christ?

Et voilà précisément ce qui prouve, même à deux mille ans de distance, la désolante vérité de ce mot : « His qui in lenebris et in timbra mortis sedent. »

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