CHAPITRE CINQUIEME
Caractère général de l'œuvre du Précurseur.
« Testimonium de lumine '. >>
Rendre témoignage de la lumière!
Grande parole, philosophie profonde, formule brève et pleine de la destinée universelle. Imaginez, si vous le pouvez, un être, une forme ou un degré quelconque de'la vie qui ne témoigne pas de Dieu ! Le plus insaisissable atome ne s'est point donné l'existence lui-même, pas plus qu'il n'a réglé les lois de pesanteur et d'affinité qui le poussent vers d'autres atomes, l'y attachent, l'y retiennent poiw ébaucher les commencements d'un monde. 11 force qui l'observe et qui veut le comprendre à remonter jusqu'à Celui par qui tout a été fait.
Eu dépit des extravagances qui déshonorent la pensée contemporaine, cette preuve de Dieu parla création et ses
1. « Fuit hoino missus a Deo, cui nomea erat Joaniies. « Hic venit in testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, a utomnes crederent per illum.
(' Non erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine. »
(S. Joann.i, 6, 7, 8.)
42 SAINT JEAiN-BAPTlSTE.
lois splendides, demeure inébranlable*. Ni les prétendues incertitudes qu'on ne saurait franchir ni les négations radicales ne prévaudront contre elle. Les attaques ellesmêmes, avant peu se lasseront. L'intelligence publique froissée enfin du mépris où on la tient, des contradictions où on la jette, une fois de plus fera justice de ces défis à l'évidence. Tout effet veut une cause; le monde suppose un créateur. Celte démonstration très-scientifique bien que populaire, expérimentale et théorique en même temps, nulle audace ne la renversera jamais.
Il y a donc un premier témoignage rendu à la lumière; c'est le vaste et harmonieu.x cantique, que de toutes les profondeurs, de tous les sommets, de tous les confins de la création, même sans en avoir conscience, ce qui existe chante incessamment à Dieu. « Benedicite onmia opéra Domini Domino, laiidate et superexaltale euni insœcida^.
Il y en a d'autres.
L'homme qui, se laissant conduirepar l'essor de sa raison, restée ferme et saine, remonte l'échelle d'or des êtres au sommet de laquelle se tient l'Être nécessaire; ou qui de la comtemplation des magnifiques reflets de beauté répandus sur l'univers, conclut par un élan de transcendance à la beauté absolfle et subsistante, à l'absolue perfection; ou qui, des lois innombrables delà nature invariablement obéies, déduit l'existence certaine d'un législateur, cet homme-là, quel qu'il soit, rend témoignage à la lumière. Ce que font à leur insu les créatures inférieures, il le fait en connaissance de cause, il proclame Dieu! « Credo in Deum facto-
•1. Voir le beau livre de M. Ch. Levêque : les Harmonies providenliclles, qui n'est rien autre que la première partie du Traité de V Existence de Dieu, de Fénelon, accommodée aux découvertes scientifiques les plus contemporaines. (Librairie Haclietle, 1872.)