S. Joann. v
S.VINT JEAIN-BAPTISTE. 49
le consultez « misislis ad Joannem ». Ce témoin agréé de vous, affirme et ne cesse de répéter que je suis le Messie promis. Pourquoi u'allez-vous point jusqu'au bout des conséquences, et refusez-vous de vous rendre à ses affirmations?
« Testimonium de lumine. » Tel fut le rôle du Précurseur, considéré dans son ensemble, vu sous son plus large aspect. Tel fut le but de sa mission.
Il reste maintenant à rapprocher de cette vocation si nettement indiquée par l'évangéliste, et éclairée par les textes que nous avons rappelés, notre vocation de chrétiens ou de prêtres. Les analogies sont frappantes. Qu'on en juge.
tf Vous serez mes témoins dans Jérusalem, dans toute « la Judée et la Samarie, jusqu'aux extrémités de la terre. » (( Et eritis mihi testes in Jérusalem et in omni Judœa et Samaria et usque ad ultimum terrœKïi Qui tient ce langage? Jésus-Christ au moment de remonter au Ciel, sa carrière historique et visible étant achevée. A qui s'adresse-t-il? à la foule amie qui Fentoure, à cette première petite communauté qui dans quelques jours recevra l'Esprit saint et deviendra l'Église.
(c Testes » mes témoins ! Comme il y avait eu un témoignage anticipé qui annonçait le Messie, il y aura pour le rappeler pour perpétuer visiblement sa pensée et son œuvre un témoignage nouveau maintenu jusqu'à la fin des temps, propagé jusqu'aux confins du globe. Use produira d'abord à Jérusalem c'est-à-dire sur le théâtre le plus immédiat, puis en Judée et en Samarie, c'est-à-dire un peu plus loin à l'entour, enfin dans un large et universel essor, il ira partout.
\. Act. Apos., 1, 8.
« Testes » mes témoins! Tout ce que j'aurai dit, fait, voulu, combattu, aimé, vous vous appliquerez à le dire, faire, vouloir, aimer, combattre à votre tour. Ce ne sera pas seulement votre droit, mais votre devoir, votre imprescriptible devoir.
On ne saurait donc contester que le chrétien quel qu'il soit, en sa qualité même de chrétien, mérite d'être appelé comme le Précurseur, « un homme envoyé de Dieu, pour rendre témoignage à la lumière, » la lumière, « Lux niundi, )) c'est le Messie, c'est Jésus-Christ; sa vocation de témoin de la lumière, se déduit rigoureusement de sa vocation de témoin de Jésus-Christ.
On ne saurait non plus nier qu'au regard de cette destinée supérieure, peu importent les conditions passagères de sa vie. La question n'est pas de savoir s'il est de grande race ou d'origine obscure, s'il est riche ou pauvre, s'il est chargé de travaux renommés ou d'un vulgaire labeur, mais si dans une fidélité soutenue, il accomplit l'œuvre par excellence :
Si parmi les avantages de la fortune il reste détaché de cœur ;
Si dans l'épreuve et les larmes, il ne murmure pas;
Si par dessus tout, il a faim et soif de la justice;
Si pour aimer le prochain, il étouffe en lui-même l'égoïsme ;
S'il pardonne à ses ennemis.
Tout cela, c'est le témoignage à la lumière, et finalement de n'importe quelle vie, il ne restera que cela. Heureuses les plus humbles existences pourvu qu'elles jettent ces reflets et rayonnements du Christ ! Au contraire, mille fois à plaindre, les plus illustres, les plus vantées, si elles ne les renvoient pas !
« Testes » mes témoins' Prêtres, qui pourrez lire ces
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pages, IVt'rcs iiicoiiims ({lie jo salue et (jiic je vénère, estil besoin d'ajouter que cette recommandation du Sauveur, adressée sans doute aux disciples qui se trouvaient près de lui, s'adressait cependant plus directement encore aux r.pôtres ? C'étaient eux, dans la pensée de Jésus-Christ, les témoins par excellence, les témoins de profession ! ils l'ont bien prouvé. Ils sont allés à tous les horizons, enseigner, lutter, mourir !
Croirions-nous que pour nous leurs successeurs, le sens des mots ait changé, et (}u'à travers les siècles accumulés qui nous séparent du Seigneur Jésus, le « testes miki eritis » ait cessé de nous viser, nous les premiers?
Nous sommes tellement les témoins de Jésus-Christ et de sa lumière que tout ce que lévangéliste affirme du Précurseur s'applique littéralement à nous. Notre vocation l'emporte sur la sienne, et de beaucoup, nous aurons occasion de le dire ; elle a pourtant avec la sienne ce trait d'absolue ressemblance, qu'elle est un témoignage.
« Homo missus a Deo » homme envoyé par Dieu ! Le prêtre, l'apôtre « apostolus », à s'en tenir à la signification même des termes, est par excellence celui que Dieu envoie. Sa raison d'être en ce monde, le motif de son apparition au sein de la famille humaine est là. Éternellement « ab œlerno » la pensée divine le contemple en cet honneur et gloire ; elle ne voit son existence monter des profondeurs du néant que sous cette forme et pour cette fin. Exister, être envoyé, sont dans sa lointaine et mystérieuse histoire, choses contemporaines. Il peut trahir le dessein providentiel, manquer tristement, et pour son malheur, à sa destinée.... le modifier, le changer, non!
« Vt testimonium perhiberet de lumine. » Envoyé pour rendre témoignage à la lumière ! Tout chrétien, nous venons de l'établir, doit se tenir pour investi de cette
% grande mission. Mais combien plus le prêtre ! CommeJean-
Baptiste, il a charge de montrer incessamment le Messie,
d'affirmer qu'il est là « Ecce agnus Dei; » qu'il est en
réelle et substantielle présence au milieu du monde et
que le monde ne le connaît pas ; « Médius vestrum stetit
quem vos nescitis » ; de le faire en quelque façon à son tour,
toucher du doigt. « Sacerdos demonstrator Christi. »
Son témoignage comme celui du Précurseur doit être de tous les instants. Sa vie, pour parler le langage de l'école, doit s'informer par le témoignage, sans cesse, toujours, partout ! C'est là son trait distinctif, ce qui lui donne sa physionomie et sa beauté propre, ce qui la fait vie sacerdotale, c'est-à-dire vie chrétienne au plus haut degré.
Fausse et dangereuse intelligence des choses, que celle qui consiste à penser qu'il y a pour le prêtre, comment dirai-je ? des heures et des saisons de sacerdoce, durant lesquelles il s'acquitte de ses grands devoirs, et d'autres où il n'a plus à s'en préoccuper. Le magistrat remplit ses fonctions en un lieu et en un temps marqué, le juge rend la justice à son tribunal, le représentant de la nation vote et parle à l'assemblée, le soldat venge ou défend le pays sur les champs de bataille. On n'est pas incessamment magistrat, juge, député, soldat ; mais on est prêtre comme Jean- Baptiste était précurseur, du premier au dernier souffle, dans les grandes circonstances et dans les petites, au désert et sur les rives du Jourdain, parmi les hommes et devant le regard seul de Dieu, sans repos ni trêve, sans intermittences ni solution de continuité. Au témoignage rendu par le ministère public, le saint tribunal, la chaire, l'autel, la visite des malades et des pauvres, doit s'ajouter le témoignage des moindres paroles, des moindres actes, des moindres prières, des moindres habitudes de l'existence. Le témoignage se diversifie à l'infini, autant que l'infini
détail de circonstanct s et d'événements dont toute vie se compose; on ne voit pas de raison plausible pour qu'il s'interrompe un seul moment '.
« Ul omnes crederent per illum. « Et le résultat de ce témoignage ininterrompu, le voilà : faciliter la foi, l'aider à naître dans les âmes, ou quand elle existe déjà, l'aider à s'y maintenir et à croître.
Le Précurseur était parmi les hommes de son pays et de son temps un élément vivant de conviction, un vivant motif de crédibilité. Sa mission de témoin de la lumière aboutissait pratiquement à cette conséquence : « faire croire ! ut omnes crederent. »
Quoi de plus exactement vrai du prêtre et de la mission du prêtre ?
Les sources de lumière pour les âmes droites d'aujourd'hui, comme pour les Juifs contemporains de Jean- Baplisle, sont multiples. Le Chrislianisme en se présentant au respect et à la foi de tous, peut, à l'exemple de son fondateur, se réclamer de bien des titres : — de l'éminente supériorité de sa doctrine d'abord, qui atteste son origine surhumaine ; — de son passé ensuite : « nonne legistis » Peut-il dire au fils de ce siècle, n'avez-vous donc pas lu ? ne savez-vous donc pas lire? L'histoire est pleine du bruit de mes pas! — de ses œuvres enfui, de cettefloraison debeauté morale qui date de son avènement dans le monde qui dure encore et qui durera toujours, « opéra quce ego facio testimoniiim perhibent de me » '^ ; mais comme rien n'est plus important pour toute créature que d'arriver à la connaissance de l'Évangile, d'être rattachée au bienfait de
1. Voir l'Oratoire de France au dix-septième et au dix-neuvième siècle. Troisième partie ; rédiication ecclésiastique, pages 418, 419.