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CHAPITRE NEUVIÈME

Ministère public de saint Jean-Baptiste. Prédication (suite). Présence méconnue du Messie.

« Médius veslruin stetit quem vos nescitis.

(S. Joann. i, 2G.)

Nous cherchons dans le langa^ie du Précurseur les indications et les éléments d'une prédicalion (ructueuse. Ce que nous avons noté jusque-là est de nature, croyonsnous, à justifier noire proposition du début, savoir, que l'ensei^Miement donné du haut de la chaire gagnerait beaucoup à s'inspirer de cette forte et nourrissante doctrine qu'entendirent, il y aura deux mille ans bientôt, quelques centaines d'habitants des rives du Jourdain. Continuons de chercher encore.

Voici cette fois une simple parole, non plus un discours, un mot où se cachent de très -utiles enseignements. De quoi s'agit-il? Le Précurseur baptise. Il déclare que son baptême n'est pas le baptême définitif. 11 proteste contre la tendance oij l'on paraît être de le prendre, lui, pour le Messie. C'est alors que, faisant allusion au Messie véritable, il ajoute: « Il est au milieu de vous ; mais vous ne le connaissez pa.s : Mediiix vesirum stetit quem voi^ nescitis. »

Ainsi présence du Messie ; ignorance où l'on est du Messie.

Celte dédaration formelle au inoinenl même où elle se produit, est-elle pour les auditeurs de Jean-Baptiste l'équivalent d'une accusation de négligence ? Leur appartenait-il de devancer l'heure des manifestations du Messie et de le discerner avant qu'il ne se fût montré? probablement non. Aussi bien l'accent du précurseur, pour le moment, n'a rien de dur ni d'amer. Mais avant peu, combien cette même parole ne va-t-elle point devenir inquiétante, terrible, quand le Messie s'étant une fois révélé par sa doctrine, ses miracles, ses affirmations réitérées et solennelles, on ne le reconnaîtra cependant pas davantage. « 11 est au milieu de vous! vous ne le connaissez pas 1 )) Aujourd'hui ce n'est pas votre faute; vous êtes à plaindre, mais point encore coupables. Demain vous serez coupables. Demain il faudra dire : « Il est au milieu de vous ! vous ne cherchez pas à le voir ! vous vous obstinez à ne pas le voir ! Médius vestrum stetit qiiem vos nescitis, » ^

Interprété de la sorte, le langage du précurseur s'approprie merveilleusement au siècle où nous sommes et aux dispositions intellectuelles de ceux que nous voulons gagner.

Personne ne l'ignore, les méthodes expérimentales sont en singulier honneur aujourd'hui parmi nous. Rien de mieux que ce procédé de connaissance, à condition qu'il sera pratiqué loyalement et qu'on ne se hâtera pas de conclure sur d'insuffisantes données*.

1. Nous faisons, en passant, cette réserve, parce que plus d'une affirmation contemporaine dite scientifique, appuyée, prétendait-on, à des observations décisives, a dû subir d'humiliants démentis qu'autorisaient, qu'imposaient bientôt des expériences mieux conduites et plus multipliées. Pour ne citer qu'un ou deux exemples, on sait comment M. Pasteur, par ses ingénieux appareils, a renversé l'hypothèse un instant bruyante des générations spontanées. On sait également que M. Claude Rcrnnrfl, le savant de ce siècle, le plus positiviste peut-être

En une large mesure, le progrès des sciences naturelles, dont nous nous enorgueillissons à juste titref lui est dû. C'est par l'observation patiente des phénomènes qu'on est allé de découvertes en découvertes et qu'on s'y avance tous les jours.

De là, à l'égard de la vêriié morale et religieuse en général, du christianisme en particulier, une attitude et des exigences un peu nouvelles. Plus volontiers qu'en d'autres temps, avec plus de hauteur dédaigneuse, on lui reproche de n'être pas scientifique, de ne pouvoir pas s'accommoder à cette méthode de l'examen qui partout ailleurs crée la lumière, de s'ébranler et de se dissoudre au toucher de l'expérimentation.

«La foi n'est pas une conclusion démontrable, dit-on; « la croyance s'impose d'elle-même à certaines dispositions « morales et reste pour d'autres absolument inadmissible. » M. H. de Cossolles, qui, dans son livre du Doute, beaucoup moins répandu et médité qu'ilne mériterait de l'être, cite, aux premières pages, cette proposition dédaigneuse d'un contemporain, M. Milsaud, ajoute avec raison :

« Telles sont les maximes partout admises et partout répé- « tées. La vérité subjective, personnelle, individuelle, telle « est l'erreur empoisonnée à laquelle s'abreuvent les géné-

au sens acceptable du mot, déclare à rencontre de toutes les prétentions du matérialisme que le phénomène de la vie expérimentalement étudié ne se peut point ramener aux seuls éléments chimiques, ni aux seules lois physiques, qu'il faut de toute nécessité reconnaître en n'importe quel organisme qui se forme et se développe la présence « d'une idée directrice », sous l'impulsion de laquelle les molécules se groupent de telle ou telle façon plutôt que de telle ou telle autre, pour composer l'être vivant. En d'autres termes, sans faire une seule fois de la métaphysique, M. Claude Bernard, rien qu'au nom de la science, de l'observation, de la méthode expérimentale, introduit jusque dans les profondeurs microscopiques de la cellule primitive la grande et universelle loi de la finalité.

SAINT JEAN-BAPTISTE. Ho

« rations présentes; elle a fait pis que nier la vérilé, elle « l'a profanée et découronnée en la montrant comme le «jouet de nos passions et le fantôme de noire imagination. « Elle a tout pénétré et tout envahi, en même temps que (( tout amolli et tout énervé; elle accoutume les esprits à (( ne plus distinguer entre le oui et le non, le bien et le «mal, le vrai et le faux. C'est sous cette forme nuageuse, « qui fait de la vérité (la vérité morale et religieuse) non « plus l'objet de la raison, mais celui du sentiment, que « le sceptiscisme s'est de noire temps renouvelé, rajeuni, « popularisé et qu'il a séduit des âmes qu'eût repoussées (( la sécheresse des négations absolues*. »

Eh bien! c'est ce mal qu'il faut combattre, c'est ce reproche immérité ; « la foi n'est pas une conclusion démontrable » qu'il s'agit de relever hardiment, à l'aide de la grande parole de Jean-Baptiste : « médius vestrum... nescitis. »

Vous dites : Avec la vérité, religieuse à l'égard du christianisme, la plus féconde et la plus sûre méthode de connaissance est impossible. Nous répondons : Elle est possible, très-possible. Elle donne d'excellents résultats. Votre tort, précisément, c'est de n'en point user assez. Nous vous demandons de faire de la religion expérimentale. Vous n'en faites pas.

Expliquons-nous davantage:

Que la foi soit un don, que pour la produire ou pour la développer dans les âmes, nulle méthode humaine, nul effort intellectuel ne puisse suffire, il n'est pas permis d'en

1. Du Doute, par H. de Cossoles. Préface de la deuxième édition, page XIII. (Didier et Cie, Paris 1872.)

Lire particulièrement en ce nerveux ouvrage les trois chapitres it, V, VI delà deuxième partie.

douter. En douter serait s'inscrire contre l'enseignement le plus formel de la théologie. Loin de nous en plaindre, nous aimons et admirons souverainement pour notre part une doctrine qui, devant le suprême bienfait de Dieu, nous range tous à la même condition d'indigence, nous oblige tous à demander pour recevoir. Se représente-t-on qu'il -y ait dans la famille humaine deux catégories d'âmes, dont les unes, par le seul élan de leur génie, atteindraientla vérité religieuse, et les autres, faute de facultés assez puissantes, se verraient éternellement condamnées à ne la posséder que de seconde main. Qu'il en aille de la sorte, quand il ne s'agit que des vérités accessoires, sciences des nombres, des atomes ou des astres, je le veux bien, mais quand il s'agit de la vérité au singulier, c'est-à-dire de l'indispensable connaissance des rapports de Dieu à la créature, et de la créature à Dieu, j'aime que du premier au dernier mortel, tous aient besoin d'attendre la sainte lumière, de la munificence du Père qui est dans les cieux « panem nostrum da nobis. r> J'aime entendre affirmer que le bonheur de croire est un don.

Mais de ce que la foi est un don, gardons-nous de conclure qu'elle ne se puisse et doive en aucune manière acquérir par aucun labeur rationnel, ou qu'elle se dérobe à notre contrôle, à nos investigations, faute de marques visibles qui la distinguent. Ce serait une erreur de le penser, une flagrante inexactitude de le soutenir.

La foi est un don! cela veut dire que nul génie, nulle érudition, nulle dialectique ne peuvent suffire seuls à la produire ; que toute âme, au moment où elle achève de pousser le plus haut possible son essor, a besoin que Dieu se penche vers elle pour lui faire franchir la distance qui la sépare encore du but désiré, pour la porter du sommet atteint aux dernières cimes. Cela ne veut pas dire le moins

du monde qu'il ne faille rien faire, ni attendre paresseusement je ne sais quelU; niyslérieuse violence d'en haut.

C'est ici que nous revenons directement à ce que nous avancions tout à l'heure sur la possibilité d'user en matière de convictions chrétiennes de la méthode d'expérience et d'observation, de l'obligation impérieuse faite à qui peut y recourir, d'en user.

Non, le christianisme ne se refuse pas au contrôle; non, il ne redoute pas le procédé scientifique de l'observation. Bien au contraire, il le sollicite.

Qu'on veuille lire attentivement dans l'Évangile selon saint Jean les derniers versets du premier chapitre, 58-51 . Rien n'égale l'intérêt et l'attrait du récit qui s'y rencontre. C'est la toute première histoire de la vocation des âmes à la foi. Or, comment y sont-elles amenées ? par quel moyen? Chose absolument remarquable, elles y sont attirées à l'aide de l'observation, au nom de l'expérience : « Veniteet viclete, k venez, voyez ! répond Jésus aux deux disciples qui, l'ayant timidement suivi, se hasardent à lui demander où il demeure, c'est-à-dire qui cherchent à le connaître. « Veni et vide », répond Philippe à Nathanael qui hésite à rien augurer de bon d'un Messie issu de Nazareth. Cette invitation à voir deux fois répétée, au début du quatrième Évangile, nous paraît être tout à fait significative.

Au cours de son ministère public, de quel argument le Sauveur use-t-il de préférence pour exciter des convictions raisonnables et fermes? Incessamment, il en appelle à ses œuvres extérieures, à ce qui tombe sous le regard, s'examine, se discute, à ce qui est du domaine de l'observation. « Les œuvres que j'accomplis rendent témoignage de moi. Si vous ne voulez pas me croire personnellement, du moins croyez à mes œuvres*. » Les Pharisiens ne 1. s. Joann., v. "iG, X, 58.

J18 SALNT .lEAN-BAPTISTE.

consentent pas à regarder avec impartialité et droiture. Le neuvième chapitre de l'Évangile de saint Jean, où se trouve l'incomparable histoire de la guérison de l'aveugle-né, mérite d'être étudié jusqu'aux moindres détails. L'obstination systématique à ne pas tenir compte des faits » le besoin de chercher des explications impossibles quand il y en a une toute simple et obvie, ne seront jamais mieux présentés ni burinés qu'en ces deux ou trois pages. Et c'est précisément de ce parti pris de ne pas voir, que le Sauveur se plaint à ceux qui l'entourent, c'est de quoi il leur fait un continuel reproche. Et lorsqu'un jour poussant contre eux la sévérité plus loin que de coutume encore, il leur déclare qu'ils viennent de commettre un péché sans rémission, le péché contre le Saint-Esprit, c'est qu'ils ont ouvertement faussé et violé la méthode d'observation ^

Qu'est-ce que Zachée? sinon la preuve vivante et parlante de l'efficacité des recherches sincères « Quœrebat videre eum quis esset. » Il désirait voir Jésus. Parce qu'il eut ce désir, et que pour le suivre, il fit bon marché des difficultés amassées à l'encontre, il connut pleinement le Sauveur. 11 mérita d'être appelé par lui « un vrai fils d'Abraham^ ».

Sans plus insister sur ces exemples et sur ces souvenirs de l'Évangile, concluons que tandis qu'il vivait parmi les hommes, Jésus-Christ s'est offert à leur étude, à leurs examens, qu'il les a pressés de contrôler ses œuvres, qu'il a fait de ce contrôle une des meilleuies preuves auxquelles on pût reconnaître sa mission et sa divinité.

Vingt siècles bientôt se sont écoulés depuis l'histoire évangélique. Mais le christianisme contemporain, c'est Jésus-

■1. Voir saint Marc, III, 22. Saint Luc, XI, 15. 2. Saint Luc, XIX, I, 10.

Christ encore vivant, enseignant, agissant au milieu des hommes. Il est parmi nous toujours : « Médius vestrum stetit. » S'il ne se montre plus en présence visible, il n tn est pas moins là réellement, et il se révèle toujours par ses œuvres. Les œuvres rendoni toujours témoignage de lui. Oui, très-indubitablement à cette heure, sur la terre, en Europe, en France, à côté de nous, il y a des faits extérieurs, sensibles et palpjibles, qui se prêtent à l'analyse et qui témoignent de Jésus-Christ. Et c'est la même pressante invitation qu'autrefois : vetiite et videte. Venez ! voyez ! sortez de votre inertie superbe ou paresseuse, de votre parti pris de dédaigneux éloignement; approchez-vous, regardez de près, comparez, jugez, concluez!

L'Église catholique debout [au milieu des institutions en ruine qui jonchent le chemin; debout malgré des assauts ininterrompus au dehors, des éléments de décadence au dedans ; debout quoiqu'on veuille dire, avec ses mêmes dogmes, sa même morale, ses mêmes sacrements, sa même hiérarchie, ses mêmes œuvres, l'Église catholique, c'est Lui ! « Médius vestrum stetit. ))

Ces merveilleuses « vertus réservées » qui s'épanouissent sous nos regards ravis, résignation souriante jusque sous les plus redoutables étreintes de la douleur, charité, humilité, pureté poussées jusqu'à l'héroïsme, c'est Lui ! « Médius vestrum. stetit. »

Ces retours si multipliés vers le catholicisme de nobles et intelligentes âmes nées dans le schisme ou l'hérésie, c'est Lui * !

Ces magnifiques vocations religieuses plus nombreuses

1. Voir le livre très-instructif de M. l'abbé de Madaunc : Ignace Spencer et le Catholicisme en Angleterre; le livre du R. D. Newnian : « Histoire de. mes opinions religieuses » : l'autobiographie du comte Scliouwalof ; les œuvres de madame Swetchine,

peut-être que jamais, ces enfonts des châteaux ou des chaumières qui vont en masse oflVir leurs vingt ans à tous les déshérités de la vie, c'est Lui !

« Médius vestrum. » Tout voilé qu'il soit d'ombres et de mystères, dans sa survivance au milieu des hommes, Jésus- Christ ne laisse cependant pas que de rappeler incessamment sa présence à l'aide d'irrécusables preuves et de provoquer au moins nos sincères attentions'.

1. Une page d'un des derniers livres de M"» Augustus Graven : La sœu7^ Nathalie Narisclikin, rend admirablement ce que nous disons ici et qui est le fond de tout ce chapitre. Nous ne nous refuserons pas le plaisir de la citer :

« La science étudie avec passion tous les mystères de la nature ; elle « contemple avec une juste attention et un intérêt infini le développe- « ment des germes déposés au sein de la terre ; elle se perd dans « l'étude des transformations diverses que la matière peut subir. Com- « bien il est étrange qu'à côté de ce monde extérieur, déjà si beau et « si rempli de mystères, tant de savants négligent coniiilétement cet « autre monde, non moins mystérieux, non moins digne d'étude à « coup sûr, dont les fruits apparaissent au dehors et surprennent ceux « qui les contemplent ! Fruits qu'ils reconnaissent et qu'ils contem- « pleut eux-mêmes, car un savant même incrédule (s'il n'est point en « outre un homme corrompu) admet la beauté du dévouement sans « bornes, de la pureté sans taches, de la charité sans limites. Mais ce « sont là, dans le fait, des choses rares ; il le sait mieux que d'autres. « Il sait bien que l'égoïsme, la sensualité et l'orgueil sont des tendances « naturelles, et qui caractérisent celte plante qu'il a sous les yeux et « (ju'il nomme l'humanité, que c'est une sorte de phénomène que de l'en « trouver exempte. Mais si ce phénomène se produit cependant ? s'il « se répète ? s'il se répète au moyen des mêmes lois ? Ces lois n'ont- « elles rien d'intéressant à étudier? Cette humanité n'est-ce point eux- « mêmes ? N'en font-ils point partie ? Et n'est-ce pas inouï de consumer <( son temps et ses forces à se rendre compte avec exactitude de ce qui « se produit dans le monde extérieur, et d'ignorer complètement ce « qui se passe dans ce monde intérieur qui les touche si directement, « où, s'ils voulaient plonger dans le but de connaître d'autres âmes, « ils seraient conduits à faire de si merveilleuses découvertes dans la « leur ? Un grand écrivain a dit « qu'il fallait prêter l'oreille an son « que rendent les âmes saintes, avec ]> lu s de resjjcct qu'à la voix du « génie ». Combien est-il encore plus vrai de dire qu'il faudrait s'ap-

SAUNT JEAN-BAPTISTE. 121

Je sais bien la difficullé qu'on peut élever, l'objection qu'on peut faire et qu'on fait. On dit que si la méthode d'observation appliquée aux choses chrétiennes est souvent de nature à acheminer une âme vers la foi, très-souvent aussi elle a pour résultat de la jeter dans une perplexité douloureuse. Le spectacle est si mélangé! Tant d'ombres y voilent la lumière! tant de laideurs y côtoient la beauté ! L'église catholique a de sombres pages dans le passé, elle n'est point exempte aujourd'hui même d'insuffisances et de taclies ! Les vertus les plus admirables, ces vertus domestiques ou religieuses dont la vue repose et séduit, s'associent avec de si bizarres défauts ! Bref, l'admiration qui s'était tout d'abord imposée se refroidit si habituellement sous la surprise et les désanchantements qui la suivent ! Parmi ces impressions contradictoires, l'esprit se fatigue et renonce à chercher davantage.

Mince difficulté vraiment, faible excuse que celle-là! L'observation des personnes et des choses chrétiennes ne peut pas n'offrir qu'un tableau de perfection achevée. West inévitable que dans une société d'hommes l'infirmité humaine apparaisse. Mais qu'on y veuille prendre garde. Pour être surabondamment expliquée, l'infirmité humaine n'a besoin que d'elle seule, et sa présence, quelque désolante qu'elle soit, n'infirme en rien le genre de preuves que nous proposons et que nous recommandons ici. Il s'agit de savoir si, malgré les faiblesses, fautes et lacunes qu'on signale dans l'ensemble de l'œuvre et de la société chrétiennes, tel fait en particulier, privé ou public, domestique ou social, ne révèle pas quelque chose de supérieur aux énergies pure-

« procher avec plus de respect, d'attention et de curiosité des mys- « tères que renferme le monde de la grâce que de tous ceux que con- « tient le monde de la nature »

(Matalie Narischkin, chap. m. page 50. Paris, Didier et CJ", 1877.)

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ment naturelles, ne trahit pas l'influence et l'intervention divines. Tout est là.

Ce jeune homme que vous connaissez, votre fils, votre frère, votre ami, brillant élève de l'école polytechnique renonce tout d'un coup aux plus belles promesses de l'avenir ouvert à ses légitimes ambitions. Il entre à Saint- Sulpice ;

Cette jeune fille que vous avez rencontrée dans les dernières soirées du plus grand monde, dont vous avez dit avec tous les autres qu'elle en faisait l'ornement, est aujourd'hui petite sœur des pauvres;

Ce malade brisé dans son corps et dans son âme, sur sa rude couchette d'hôpital où il sent bien qu'il va mourir, n'a pas une plainte contre la Providence; il consomme doucement son sacrifice, les lèvres collées au crucifix;

Gel illustre savant des universités de Cambridge ou d'Oxford, partisan des xxxix articles, adversaire déclaré du papisme, sous prétexte que l'Église catholique aujourd'hui ne ressemblait plus à l'Église primitive, après de laborieiïses recherches et de longues veilles qui ont fait tomber l'objection d'autant plus ardente qu'elle était plus sincère, est à l'heure présente une des gloires du catholicisme;

Ce nouvel enfant prodigue qui jetait toutes les forces de sa vie: intelHgeiice, cœur, santé, fortune, aux grossiers appâts de la débauche, « dissipavit omnem substantiam, » tout d'un coup est rentré en lui-même. Sous la bure du trappiste ou du chartreux, à côté d'anges que le plus léger souffle des vices n'effleura jamt^s, il expie son passé chargé de hontes et se fait une autre innocence avec son repentir.

Voilà des événements de tous les jours devenus ordinaires, à force de se répéter, 11 en est des milliers d'autres semblables.

Dira-l-on pour en amoindrir la signification et la valeur.

SAIiNT .lEAN-BAPTISTE. 123

qu'une foule de jeunes gens chrétiens et catholiques vivent mal, que bon nombre déjeunes filles sont légères et frivoles, que dans les hôpitaux le bruit des blasphèmes étouffe le murmure des prières résignées, que tous les Anglicans ne rentrent pas au giron de l'Église romaine, que tous les pécheurs ne se font pas moines?

Soit ! et qu'importe? Il n'en reste pas moins un ensemble de faits très-extraordinaires, ti'ès-admirables, ceux que nous venons de rappeler. Ils sont là, ils subsistent. Il faut les expliquer. Et pour les expliquer, il faut commencer par consentir à les regarder de près, à les étudier loyalement : « veni et vide. »

Comment en douter? Si chacun de ceux qui hésitent à croire et qui nient entreprenait avec sincérité et courage cette étude des faits chrétiens placés à proximité de leurs observations ; si le « veni et vide » de l'Évangile enfin, pris au sérieux par tous, se pratiquait dans une ample mesure, Notre-Seigneur Jésus-Christ serait incomparablementjolus connu. En tous sens, par toutes les routes, quels qu'eussent été les points de départ, on s'acheminerait vers lui, vers sa lumière et sa beauté. 11 y aurait plus d'Andrés, dePhilippes, de Nathanaels, de Zachées. La foi grandirait sur la terre !

Puisque les préférences des hommes d'aujourd'hui sont acquises à la méthode expérimentale, ne négligeons pas, en nous plaçant sur le terrain même où l'on nous appelle, de recommander chaudement l'esprit et la pratique de l'observation, en matière religieuse.

Nos contemporains non croyants se peuvent diviser et classer en pltisieurs groupes que voici:

Il y a ceux qui de parti pris ferment les yeux à tout ce qui est chrétien dans le passé et le présent, pour lesquels

une institution, un souvenir, un nom sont mauvais dès qu'ils touchent au catholicisme.

Ceux que leur existence habituellement distraite par les affaires ou les plaisirs empêche de se recueillir et de voir.

Ceux qui voient, apprécient, admirent, mais se laissent ensuite désemparer au moindre choc des objections signalées tout à l'heure.

Ceux qui ne veulent ou ne savent pas, une observation une fois entreprise, pousser à bout leur utile labeur, ne déduisent pas les conséquences, ne fixent pas de solution.

11 convient de leur répéter à tous la parole de Jean- Baptiste : u Médius vestrum stetit quem vos nescitis. » Le Messie est au milieu de vous ; il se manifeste à d'indubitables signes. Vous pourriez le connaître, vous acheminer du moins à le connaître. Vous ne le faîtes pas.

A des degrés divers vous êtes coupables !

Et dans la proportion de vos torts, proportion dont le secret appartient à Dieu seul, il faut vous plaindre !

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