‹ Saint Jean-BaptisteChapitre 42 sur 99 · S. Joann.. V, 'ô · texte numérisé non relu

S. Joann.. V, 'ô

Maldonat, que nous suivons volontiers dans noire étude, hé.site à trouver entre ces deux mots « arclens et lucens^ » une différence appréciable. Presque toujours il se méfie do ce qui est ingénieux; c'est pour cela que nous nous attachons de préférence à ses commentaires. « Les auteurs, « dit-il, distinguent avec quelque subtilité ces deux expres- « sions; jene sais trop s'il faut tenir grand compte des « distinctions qu'ils établi:?sent. Pour ma part si je voulais « signaler une différence, j'adopterais l'avis de saint Gré- « goire et de Hupert, dont les iîiterprétations, à supposer « qu'elles ne soient pas absolument littérales, ont un sens « moral très-élevé et trés-pratique. « Brûlant, » dit saint Gré- « goire, c'était le désir intérieur, tout divin, tout céleste. « Brillant, » c'était la parole. L'élévation habituelle de la « pensée et de la vie sont les meilleures sources de la pré-

« dication Et Rupert : « H brûlait intérieurement de la

« pnssion de manifester la vérité, il la faisait resplendir au (( dehors par sa parole et par ses œuvres. «

Cœlesie deslder'nim intrinsecus [testificandce veritatis

amor, belles explications à notre gré du mot du Sauveur:

1. « Lucerna ardens et lucens » quod quidem subtiliter distinguunf. nescio an aliquod faciant operse prelium. Si qiiid discriminis veliin ponere, Grcgorium (llom. in Ezecli., IIj et Rupertum sequi malim, quia « si minus fortasse proprie, moraliter et utiliter inteipretantur. « Ar- « dens » inquit Gregorius per cœleste desiderium, « Lucens « per '< verbum. Ut ergo servetur veritas jjrœdicandi, leneatur necesse est ■< altitmlo Vivendi. 'S al, ut Rupertus ait -.Ardem intrinsecus testificand?c, '• veritatis amore, lucens extrinsecus, verbo et opère.

(Maldonat, in Evangclia.)

Le beau mot de saint Bernard sur ce même texte est connu de tous : « 111e erat a. lucerna ardens et lucens ». Non ait : lucens et ardens quia Joannis ex fervore splendor, non fervor prodiitex splendore. Sunl enim qui non coincent quia fervent, sed magis fervent ut kiceaiit. At isti plane non fervent charitatis spirilu, sed studio vanitatis. Est tanlum lucere vanum, tantum ardere parum, ardere et ucere perfectum.

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ardens, très-légitimes, livs-jiistesr, point du tout subtiles. La parole de Jean-Bnptisle était pleine de clartés, parce qu'elle montait et s'échappait d'un foyer. 11 y avait dans ce cœur de prophète, de prècht^ur, d'apôtre, un courant et un faisceau de tlainmes.

Voilà le modèle! Pour parler bien du Messie, pour rendre pleinement témoignage à la vérité, il faut avant tout porter en soi la flamme sainte. Essayons d'analyser les éléments dont elle se compose.

« Ardens, » c'est le désir pressant et impérieux de comnumiquer à d'autres la vérité qu'on possède. « Testificandce veritatis amor. » Ce désir suppose quelque chose d'antérieur : l'estime, l'admiration, j'allais dire l'enthousiasme des doctrines qu'on veut répandre. Voyez le savant ! Quelque science qu'il cultive, en quelque ordre de recherches qu'il s'exerce, orientaliste ou géologue, astronome ou chimiste, moraliste ou physicien, le savant est l'homme qui, une fois en possession de la vérité ou de ce qu'il prend pour la vérité, en porte en lui-même la contemplation soutenue. Pas de distractions qui l'entravent. Il subit comme d'autres les exigences dissipantes de la vie, il ne s'y laisse jamais prendre pleinement ni captiver. Il se crée un silence au milieu du bruit, un recueillement parmi les agitations quotidiennes, il échappe incessamment aux tyrannies multipliées qui le pressent pour se retrouver seul à seul en face de son idée, la considérer en tous ses aspects, lui découvrir des charmes nouveaux et de nouvelles splendeurs. Il y vit comme dans une patrie de choix; il eu vit comme de l'air respirable et de la chaleur. Bientôt il aspire ardemment à faire connaître ce qu'il voit et ce qu'il sait. Le désir s'attise lui-même, grandit, le voilà

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devenu besoin, puis vraie passion, « intrinsecus testificandce veritatis amor. » Il lui faut parler, écrire, manifester, de quelque manière que ce soit d'ailleurs, les grandes choses dont il a le secret.

On se demande pourquoi semblable phénomène ne se produirait pas chez le prêtre.

Je suis prêtre ! je crois de toutes les énergies de mon âme qu'en Jésus-Christ et avec Jésus-Christ, je touche au plus haut sommet de la vérité, à la vérité totale, à la splendide synthèse de la vérité universelle. « In quo sunt omîtes thesauri sapientiœ et scientiœ absconditi ', » en Lui sont cachés les trésors de toute sagesse et de toute science. L'essence de la vie divine, par Lui, je la connais, j'en sais le nom ! L'œuvre divine par excellence, celle auprès de laquelle pâlit la création entière, je la conuais ! Je pénètre l'énigme de la destinée humaine, de ses joies si rares ici-bas et de ses vastes douleurs. Existences privées et vies sociales, alpha et oméga, temps et éternité, idéal et réel, par le Christ je sais tout, je ramène tout à quelques affirmations très-simples, lesquelles se résument à ce seul nom sublime : « Jesum Christum^ et hune crucifixum. »

Je crois, dis-je, à ces magnificences; la moindre hésitation de ma pai t consentie, acceptée volontairement, serait criminelle.

Le bruit retentissant des pas de la science à mes côtés, sur ma route, l'éclat de ses découvertes prodigieuses, me font éprouver souvent je ne sais quel malaise intime voisin de l'humiliation. Moi aussi je voudrais savoir !... plonger mes yeux avides dans les profondeurs et parmi les espaces, descendre et remonter l'immense échelle de l'Être, peser

1; ColOSS., II, Si

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l'atome et peser l'astre ; il me plairait d'assister au spectacle grandiose de la formation du globe qui me porte, du soloil qui m'éclaire, des soleils qui s'étuigncnt ou s'allument dans l'infini sidéral ; j'aimerais de connaître l'histoire dt'S peuples et des civilisations disparus, découvrir sous les sables ou sous les ruines, sur les marbres, les pnpyrus ou les stèles, les vestiges de leur langue, l'écho de leurs pensées. Je me surprends à jalouser les vastes esprits à qui sont ouverts tous ces champs du savoir, et parfois ma jalousie va jusqu'à me faire souffrir, beaucoup souffrir.

Puis, une secousse mystérieuse m'ébranle l'âme, un rayon Téclaire, une \oix y parle : « J'ai la foi ! je suis prêtre ! je sais l'absolu 1 0 science contemporaine dont le superbe essor atteint partout, ce n'est pas moi qui te dédaignerai jamais! Dans la mesure de mes forces, je m'initierai à tes conquêtes sublimes, mais je ne veux plus gémir outre mesure de mon impuissance à te suivre, ni m'en trop humilier, ni me désespérer. Que tu te penches sur les molécules dont les groupements harmonieux feront la cellule primitive ou que tu t'élances à toutes les poussières d'astres qui tachent le ciel, que tu racontes l'histoire des flores ensevehes ou des nations éteintes, ton domaine est borné, tu ne sors pas des étroites limites du contingent. Ce que tu vois n'est pas ce que Dieu contemple. Et moi, je vole à l'absolu ! j'habite les cimes de l'immuable et de l'éternel ! dés ici-bas je m'établis dans ce qui est la science même de Dieu. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu. Et le Verbe était Dieu. Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. « In principio eral Verbum, et Verhum erat apiul Deunt, et Deiis erat Verbum. Et Verbum caro factum est, et habitavit in nobis '.a

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