‹ Saint Jean-BaptisteChapitre 45 sur 99 · S. Math., XVIII · texte numérisé non relu

S. Math., XVIII

sion, le prêtre, plus heureux que le savant ou l'homme de génie, peut croire, ce n'est point assez, doit croire à l'efficacité de sa parole, attendu que sa parole est moins la sienne que celle même de Jésus-Glirist'.

Non, la parole sacerdotale dont une consécration spéciale a fait l'organe extérieur du Verbe éternel, ne saurait être vouée à l'impuissance. Elle est consacrée pour produire le divin, elle le produit. A l'autel, elle produit réellement et substantiellement le Seigneur Jésus, ailleurs, elle doit le produire moralement. Soit qu'il catéchise de jeunes enfants ou qu'il enseigne du haut de la chaire d'imposantes foules, soit qu'il exhorte au saint Tribunal ou qu'il console penché sur les chevets d'agonie, le prêtre a pour parler des choses chrétiennes une puissance propre, des grâces personnelles, que nul autre même avec les meilleures intentions ne peut revendiquer au même degré. Ah ! s'il en est ainsi, courage! J'irai parmi mes frères et je parlerai. J'étais abattu tout à l'heure, me voilà relevé et prêt aux saints labeurs qui m'appellent !

La confiance, l'inébranlable foi dans la puissance surnaturelle de la parole apostolique, second élément de l'ardeur intérieure que nous cherchons ici à analyser.

Oui ne voit maintenant qu'un troisième élément trèsconsidérable à son tour se relie de la plus étroite manière à celui qui précède? Quand elle est bien établie, la conviction de l'assistance immanente et permanente que Jésus-Christ donne au ministère sacerdotal de la parole, ne peut moins faire que de dépouiller cette parole même

1. Oportet sacerdotem prœdicare. Le devoir de prêcher est mis sur le même rang que le devoir d'administrer les sacrements et d'offrir le saint sacrifice. C'est une fonction d'état. [Pontifical Rom.)

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de riiumaiii au profit de co qui est purement évangèliquo, surnaturel et divin. Assurément, sous prétexte défavoriser l'action divine, le prêtre ne doit pas s'abstenir de donner à sa parole toute la force ou tout l'attrait naturels dont elle est susceptible ; la fausse intelligence de la simplicité évangélique pourrait conduire aux pires abus ; mais ce qu'il ne doit jamais oublier ni négliger, c'est de subordonner, soumettre et assujettir pleinement ses efforts privés à la grande puissance, à l'efficacité souveraine et dominatrice de l'agent qui est avec lui et en lui, du prêcbeur véritable, du Maître et Seigneur Jésus-Cbrist.

Rien n'est plus beau sur ce point, et en même temps plus exact que le pur enseignement de la théologie.

A quoi se résume le dogme de l'Incarnation ? à l'alliance du divin et de l'humain dans la personne adorable du Christ. La nature humaine est là tout entière, ne refusant au Verbe éternel aucune de ses ressources, forces et activités, ne lui dérobant rien jamais de ce dont II peut user pour sa belle œuvre, mais jamais non plus ne se départissant de sa condition qui est d'être un instrument, rien davantage. Si la nature humaine dans le Christ eût osé se substituer en quoi que ce fût à l'Agent divin, à l'instant même elle fût sortie de son rôle, et (pour risqiier une hypothèse impossible) elle eût troublé et faussé l'économie du mystère de la Rédenq^tion du monde.

Quelque chose de semblable se peut dire de la prédication apostolique. Par sa vie entière, par l'ensemble de toutes ses facultés, le prêtre est essentiellement l'instrument de l'action de Jésus-Christ dans le monde ; quand il prêche, il réalise une des circonstances et des formes de cette destinée magnifique. Sa parole est le véhicule de la pensée même de Jésus-Christ. Jésus-Christ en use comme d'un moyen extérieur et visible pour exercer sur les âmes

son influence invisible et cachée ^ Si l'on peut unir ces mots sans irrévérence, c'est en quelque sorte un raccourci de l'Incarnation que la vie du prêtre et, par suite, que sa prédication. Le rôle de la parole sacerdotale est dès lors nettement tracé. Qu'elle soit tout ce qu'elle peut être de meilleur, de plus achevé, comme fut dans le Christ la nature humaine, mais comme elle aussi qu'elle se tienne dans la plus sincère et la plus absolue dépendance, qu'elle s'y établisse pleinement, qu'elle n'entreprenne jamais de se substituer en tant que parole, par aucun artifice ni par aucune recherche personnelle, à l'action magnifique du Verbe divin qu'elle aide à se produire, surtout qu'elle ne cesse pas d'être moyen, instrument pour se reployer misérablement sur elle-même et devenir son propre but.

En quels traits de feu saint Paul a marqué ces lois supérieures de la parole sacerdotale quand il a dit : « Ne « soyons pas de ceux, et malheureusement il y en a beau- « coup, qui font subir un adultère au Verbe de Dieu, parce Ions en toute sincérité au nom de Dieu, devant Dieu ; « parlons dans le Christ^. »

Le souci loyal de ne pas user de la parole sinon de la manière et dans la mesure où elle peut être instrument de l'action divine, souci porté jusqu'à la déHcatesse scrupuleuse, jusqu'aux susceptibilités d'une sainte jalousie, le

1 . Voir les beaux discours de Bossuet sur là parole de Dieu ; plus particulièrement le second, dans lequel la prédication est assimilée à la Sainte Eucliaristie, Jésus-Christ étant présent et agissant sous la voix humaine de l'apôtre, comme il est présent et agissant sous les espèces et apparences eucharistiques. Il n'y a pas identité évidemment, il y a très-réelle similitude. Voir également la péroraison du sermon pour la profession de madame de La Vallière.

2. « Non enim sumus sicut plurimi (ce plurhni est effrayant « adultérantes verbum Dei, sed ex sinceritate, sicut ex Deo, coram « Deo, in Christo loquimur. » (II, Coiinth., n, 17.)

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« pro Christo , legatione fiuujimur » absolument pris au sérieux : élément de plus de cette ardeur intime que nous nous plaisons à étudier.

Résumons et disons : S'éprendre d'admiration, d'une admiration raisonnée et virile pour le mystère du Christ où se ramènent tous les horizons du ciel et de la terre, dont la gloire de Dieu d'un côté, de l'autre e salut des âmes, réclament une immense diffusion ici-bas ;

En proportion de cette admiration, désirer de le faire connaître à ceux qui l'ignorent, de le rappeler à ceux qui l'oublient, de le mieux apprendre à ceux qui déjà le savent, mais insuffisamment et à demi ;

Se créer par des habitudes de foi très -soutenue une indomptable confiance dans l'efficacité du ministère de la prédication, se dire fréquemment : je suis prêtre, par conséquent l'instrument même de l'action du Christ, la parole du Christ, l'éloquence divine et pénétrante du Christ.

Tenir pour folie ou pour crime de se rechercher soimême en quoi que ce soit dans l'exercice d'un si haut ministère, voir avec une netteté d'évidence indiscutable qu'il y aurait à le faire, bassesse, félonie et trahison;

Prier incessamment pour obtenir par avance la grâce et la gloire, quand s'en présentera l'occasion de parlei", « devant Dieu et dans le Christ; »

Tout cela, c'est l'ensemble de ces dispositions intérieures qu'on peut grouper sous la dénomination très-large et très-compréhensive de « lucerna ardens », c'est le foyer, c'est le courant et le faisceau des saintes ardeurs d'où jaillira la lumière : lucerna lucens\

1 , <r Obsurdnerant Judrei quos alloqiiebatur (.loannes) et obturave- « rant aures suas instar aspidis siird;o ut non audirent vocem incan- « tantis sapienter. Nil propterea mirandum si vox clamosa ad eov « fuerit. Clamosa dico, non tnm strepitu cl aeris verberatione exte-

La lumière! Est-il besoin d'expliquer quelle est cette lumière désirable dont le rayonnement éclairera les âmes! Qu'a prêché Jean-Baptiste? Notre-Seigneur le loue de sa prédication qu'il appelle une clarté « lucens ». Comment et par où sa prédication mérite-t-elle cet éloge ?

Ce que nous avons essayé d'établir dans les précédents chapitres, l'analyse que nous avons tenté de faire de l'enseignement du précurseur, est la réponse à cette question. Jean-Baptiste a montré le Christ, » demons^rator Christi. » 11 ne s'est proposé rien autre que de le révéler incessamment. A des gens qui réclamaient avec opiniâtreté un Messie de convention , il a dévoilé le Jlessie véritable , Dieu, Sauveur, Juge, en même temps homme, victime immolée pour le péché des hommes, premier observateur de la grande loi de pénitence qui est la nécessaire expression des relations actuelles de la créature avec Dieu.

« lios autem prœdicamus Christum crucifixum^. » Je prêche Jésus-Christ crucifié. Jean-Baptiste eût pu définir sa prédication comme saint Paul, quinze ou vingt ans plus tard, devait définir la sienne.

Prêcher ainsi au témoignage même du Sauveur, c'est répandre la lumière. C'est donc indubitablement ainsi qu'il faut prêcher.

« riori, quam propter latentem encrgiam in ipsius vivœ vocis actu « reconditam. Sciebat eiiim dictum esse Pricdicatori cuilibet : « Clama « ne cesses, quasi tuba exalta vocem tuara. » Qualiter fiât ? Respondeo (( quod per vitie merilum et per vim interioris gratiœ et fervidœ « contemplationis, ex quibus redditur quodammodo vox ipsa vivax, « ardens et forlis et lucens, et pro sui intcUigibilitale clamosa. » (Gebson, Lectionessup. Marcum, loc. cit.) 1. !• Coriiith., 1. 23.

Nous ne voudrions trahir aucune des convenances que tout nous impose; cependant, nous avouerons volontiers que dès Tâg-e où nos observations ont pu s'exercer en un si grave sujet, nous avons trouvé un peu insuffisante l'attitude prise par l'apologétique et la prédication contemporaines. 11 nous a toujours semblé qu'elles se montraient par trop timides, qu'elles se tenaient trop aux alentours et comme aux avenues de la vérité chrétienne, qu'elles ne se posaient point assez franchement au cœur même de l'Évangile, dans le plein mystère du Christ.

Nous admettons toutes les circonstances atténuantes.

Nous comprenons qu'au sortir de la tourmente révolutionnaire, il ait été bon d'inspirer aux âmes fatiguées l'attrait de la Religion catholique en traçant le tableau des consolations et des beautés qu'elle avait répandues sur le monde. Le Génie du Christianisme était peut-être la seule apologie qu'on pût tenter au début de ce siècle, ou du moins celle dont il était permis d'attendre le plus de fruits.

Nous comprenons qu'en face des objections de l'École éclectique, on ait insisté stir les harmonies de la raison et de la foi ; que pour répondre aux théories socialistes poussées jusqu'aux plus alarmantes conséquences, on ait vanté la puissance merveilleuse de la charité évangélique, l'universelle transformation qu'elle ne manquerait pas de produire, si chacun ici-bas, riche et pauvre, consentait efficacement et pratiquement à la suivre; qu'aux bruyantes prétentions du progrès matériel, on ait opposé une à une les conditions nécessaires de tout progrès véritable et vaste, conditions expressément marquées par l'Évangile.

Nous comprenons enfin qu'à l'heure où la patrie vaincue humiliée, déchirée, presque mourante, excitait la compassion des peuples civilisés, des voix éloquentes se soient

fait entendre au nom du Christianisme, pour lui rendre cœur, lui dire le secret de ses douloureux abaissements, en même temps que lui montrer les sources de restauration et de vie. Certes, nous avons applaudi plus que personne aux nobles accents où vibraient le patriotisme et la foi. Notre âme reconnaissante en retiendra toujours l'écho.

Mais cette intelligence que nous pensons avoir des nécessités diverses auxquelles a dû se ployer la prédication contemporaine, ne tempère qu'imparfaitement le regret dont nous parlions tout à l'heure. Nous croyons que tout en faisant la part aux légitimes exigences du moment, il n'eût pas été impossible de maintenir plus grande, plus ferme, plus ouvertement accentuée la part de la vérité chrétienne proprement dite, du mystère du Christ, de ce « proprium quid )) de l'Évangile, d'après lequel être chrétien, c'est par la médiation de Jésus-Christ Sauveur, entrer vis-à-vis de Dieu, en un ordre de relations absolument distinctes de toutes autres, et pour des intérêts d'un oidre surnaturel absolument supérieurs aux intérêts même les plus graves d'ici-bas.

Nous sommes heureux de pouvoir présenter ici des jugements plus autorisés que nos jugements personnels. Voici comment s'exprime Mgr Isoard :

(( Je dis que la Religion nous est le plus ordinairement « montrée comme la source du bonheur public, comme la « première des institutions sociales, comme la condition « essentielle de la stabilité des dynasties et du bon gouver- « nement de toutes les fortunes.

« Je dis que ceux qui paraissent s'élever à des pensées « plus hautes ne dépassent point cependant les limites de « l'ordre naturel, lorsqu'ils voient dans la Rehgion le foyer « de l'idéal et l'éternel principe de l'art.

(i Je dis que les uns et les autres ne considèrent que les

« effets moraux, visibles et passagers de la Religion, dans « une société passagère elle-même et dans un monde qui « doit finir.

« Je dis que cette manière d'envisager la Religion est « presque universelle, qu'elle se trouve dans nos prédica- « tions, nos exhortations, nos moindres paroles, dans « toutes les apologies du catholicisme, qu'elles soient « écrites par des prêtres ou par des laïques, que ces « apologies semblent prendre pour point de départ cette « pensée d'un Juif allemand, Mendelssohn : « Les meilleurs « principes religieux sont ceux qui se rattachent le plus « étroitement aux intérêts généraux de l'humanité, » et (( qu'en cet état de choses, on peut affirmer que les fidèles « sont fatalement portés à s'atlacher d'abord et surtout « aux avantages que la pratique de la Religion leur assure u pour la vie présente. »

Plus loin :

« Yoici le cadre où se meut invariablement leur pensée « (la pensée de nos contemporains) : Les plus chers intérêts « de la société, de la famille, de l'individu, exigent que la (( religion catholique soit protégée, répandue, défendue et u pratiquée.

« C'est d'abord l'intérêt de la société, car la Religion ;( seule peut accomplir ce qu'aucune constitution n'a pu et « ne pourrait réaliser, même de bien loin. Elle empêche « que les gouvernants n'abusent de leur pouvoir, elle « obtient des gouvernés la patience nécessaire pour suppor- « ter des fautes dont toute la sagesse des gouvernants n'a « pu les garder. Et de là cette conclusion : nul état ne « peut exister sans religion.

« Ce rôle de modérateur qu'on lui attribue dans la « société, on le lui conserve dans la famille. On dit au chef « d'une famille : Dans la question de savoir si vous serez

« OU si VOUS ne serez pas un homme religieux, se trouvent (( engagés vos intérêts les plus cliers, ceux de votre « honneur, de votre tranquillité, de votre fortune. Que la « Religion soit maîtresse dans votre intérieur et le lit « nuptial sera sans tache, et vous finirez par avoir raison « des goûts de luxe et des fantaisies ruineuses de votre « femme; vos enfants seront soumis, ne se hâteront point (( d'échapper à votre tutelle et de dépenser loin de vous un « argent qui sercà le vôtre; vos domestiques respecteront (( votre bien et votre réputation.

« Enfin, lorsqu'on arrive à l'individu, je vous le demande « en grâce, que lui dit -on pour le rendre fidèle, pour « l'amener ou le ramener à la pratique des devoirs essen- « tiels pour son salut, que lui dit-on, sinon ceci :

(( Dans la pratique seule de vos devoirs religieux, vous « trouverez la paix de la conscience et une force suffisante (( pour résister à l'entraînement des passions. Cette pleine (( possession de vous-même vous garantira d'une multitude « de fautes, de la précipitation, des préjugés, de ces (( sympathies et de ces aversions qui offusquent la vue et « ôtent au coup d'œil toute sa précision. Vous devrez de (( plus à la Religion de supporter les contrariétés, les « revers, les malheurs dont l'existence la mieux conduite (( ne peut être entièrement préservée. De sorte qu'elle fera « votre bonheur ici-bas, en même temps qu'elle vous (( ouvrira les plus magnifiques espérances.

« Voilà donc enfin la vie éternelle ! Mais elle arrive à la (( suite de toutes ces apologies comme à la fin de tous les « serm.ons ; chacun s'empresse de se lever dès qu'il la voit « venir; on a compris qu'on n'a plus rien à écouter.

« Et de la sorte, notre sainte foi est classée par la « plupart de ses défenseurs et de ses amis, au nombre des « choses utiles et concourant au bien-être j^énérnl. L'ensei-

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« gnement, l'apolojj'ie ne dépassent guère la limite de ces « bienfaits moraux et économiques. Ils ne laissent pas « même soupçonner la plupart du temps qu'il y ait quelque (i chose derrière ce service des intérêts présents. Recueillez « vos souvenirs, lisez, écoutez, vous aurez bientôt cette (( conviction décevante. Les lidèles, de leur côté, obéissant « aux instincts de notre nature déchue, ne demandent pas i mieux que de rester dans l'ordre naturel, en deçà d'une <( vie nouvelle, supérieure, dont la nécessité, dont l'existence (( ne s'imposent pas d'elle-même à leur esprit. D'où il suit (( que même en s'abstenant de les prendre sur le fait, ainsi « que nous l'avons cependant essayé, on doit, d'après le « seul examen de leurs dispositions naturelles et du « langage qu'il sont accoutumés à entendre, affirmer sans « hésitation : 1° que la notion de la vie surnaturelle va (I s'appauvrissant rapidement parmi eux; — 2'^ qu'un prêtre « est à leurs yeux un homme qui se distingue des autres (( hommes par le genre de services qu'il rend à la société, « beaucoup plus que par des pouvoirs et un caractère (( n'ayant ni sur la terre ni dans le ciel de semblables ou (( d'équivalents; — 5° que les mots : autorité spirituelle, « juridiction ecclésiastique ne leur présentent que des « idées fausses assez souvent, mais plus ordinairement « vagues, indéterminées, presque insaisissables ^ »

\. Hier et aujourd'hui dans la société chrétienne, par Mgr Isoard pages 197, 205 et passim. Lire attentivement du même auteur l'excellent ouvrage qui a pour titre : De la Prédication. JSon-sculement les considérations qui précèdent s'y trouvent reproduites et développées, mais il y est parlé magistralement de tout ce qui peut et doit concourir à façonner un prêcheur tel que le réclament les temps où nous sommes.

Il ne serait pas inutile, croyons-nous, de relire également avec beaucoup de soin les dialogues sur l'éloquence, de Fénelon. 11 y a dans ces quelques pages, vieilles de bientôt deux siècles, des conseils et des critiques d'une admirable opportunité.

Si l'auteur que nous venons de citer et que personne ne nous accusera d'avoir cité trop longuement ne se trompe pas, si de leur côté nos propres appréciations sont exactes, ne serons-nous pas en droit de conclure qu'il y a lieu de modifier une certaine tendance de la prédication contemporaine à s'attarder sur les bords de l'Évangile, nous voulons dire, à présenter de préférence aux fidèles les aspects utilitaires de la foi.

Qu'on ne nous prête point ici des exagérations absolument étrangères à notre pensée. Nous ne réclamons pas, tant s'en faut, l'abandon systématique des méthodes et des procédés indiqués tout à l'heure. Nous sommes persuadé qu'il peut être excellent d'y recourir en une certaine mesure, particulièrement en certaines occasions. Nous souhaiterions simplement qu'une place plus grande fût laissée, dans la prédication surtout, à l'exposition rigoureuse du dogme, lequel se ramène à la vie surnaturelle, à son essence, ses origines, ses lois, son mode de développement, ses ressources, ses périls, son éternelle consommation.

Nous voudrions que le prêcheur, quel qu'il soit, prêtre de paroisse ou missionnaire dans les campagnes et dans les villes, hésitât moins à parler tout haut de la personne même de Notre-Seigneur Jésus-Christ de qui découlent et vers qui remontent les magnificences de la vie surnaturelle. Et pour cela nous demandons que la grande école des Bérulle, des Cojidren, des Rourgoing, des Le Jeune, des Melezeau, des Gaichiez, se relève et fleurisse de nouveau parmi nous. Quelle lumière n'a pas jailli des lèvres et du cœur de ces intelligents apôtres sur l'Église de France au dix-septième siècle ! « Lucerna lucens *. »

1. Voir le livre du P. Ad. Perraud : ÏOratoire de France au dix-septième et au dix-neuvième siècle. Voir et, étudier le grand ouvrage de M. l'abbé Iloussaye sur le cai'dinal de Bérulle, le second volume en

A quoi se pouvait résumer leur prédication? A ce mot déjà rappelé de saint Paul : « Nos autem prœdicamus Cliristum Crucifîxum ' , » Nous prêchons le Christ crucifié !

Le renouvellement du sens chrétien est à ce prix. Instruire! Instruire encore! ne pas craindre de donner aux âmes la substance même et la plus nourrissante moelle de la doctrine! Ne pas douter du succès de ce genre d'enseignement !

Évangéliquement parlant, le doute est impossible. 11 n'est ni permis ni légitime, puisque les plus décisives assurances sont là pour le combattre. Les faits aussi viennent à l'appui des promesses. Les premiers Apôtres, saint Paul entre tous, ne se sont-ils pas résolument tenus, pour évangéliser le monde, sur ce sommet rude et nu où se dresse la Croix? Ne convenaient-ils pas eux-mêmes qu'au sens humain c'était là une .vraie folie, « placuit Deo per « stultitiam prcedicationis salvos facere credentes *. » Ils ont réussi. Pourquoi ne réussirions-nous point comme eux? La parole sacerdotale dont Notre-Seigneur Jésus-Christ a daigné faire un des instruments de son action ici-bas n'a rien perdu, ne peut rien perdre par elle-même de son efficacité. Consentons à la ramener à son vrai rôle, à lui faire rendre ses vrais accents, des accents humbles en même temps qu'émus, comme étaient ceux de Jean-Baptiste ou de saint Paul, et de nouveau, dans une mesure que

particulier. Tout le mouvement de renaissance religieuse et sacerdotale des premières années du dix-septième siècle y est admirablement présenté. L'influence immense qu'eut sur les âmes le continuateur de l'œuvre de saint Philippe de >'éri au milieu de nous, l'influence de ses premiers disciples, les oratoriens nommés plus haut, est faite pour encourager les apôtres d'aujourd'hui. Les difficultés, somme toute, ne sont pas pires, et les sources où puisèrent ces grands prêcheurs ne sont point taries.

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