CHAPITRE DOUZIÈME
Ministère public de Jean-Baptiste. Le Baptême qu'il confère. Baptême de Jésus-Christ.
« Fuit Joannes in deserlo baptizans. »
(S. Marc, i, 4.)
Ce ne sont point ses fonctions et sa qualité de prêcheur qui ont donné au précurseur du Messie sa popularité la plus grande. On ne dit pas : Jean le Prêcheur, on dit : Jean-Baptiste. « Fuit Joannes in deserlo baptizans, » écrit saint Marc quand il commence de parler de lui, et entreprend de le faire connaître. Il ajoute tout de suite, il est vrai : prêchant un baptême de pénitence, « prœdicans « baptismum pœnitentiie, ); ce qui laisse entendre assez clairement que les enseignements se joignent à l'administration du rite pieux, en démontrent l'importance, en expliquent le but. Il n'en est pas moins exact de dire, d'après les Évangiles, que le fils de Zacharie et d'Elisabeth, celui qui « marche devant la face du Seigneur et prépare ses voies », a surtout pour mission de baptiser.
SAINT JEAN-BAI'TISTi;. 161
Qu'était ce baptême ? 11 nous semble à propos de donner au moins quelques rapides indications.
On sait que, parmi les rites de la liturgie hébraïque, les ablutions solennelles tenaient une certaine place. 11 en est question plusieurs fois dans les livres de Moïse, notamment au vingt-neuvième chapitre de lExode, au huilième du Léviliqiie, au huitième des Nombres. 11 ne faudrait pas les assimiler simplement à des habitudes et précautions d'hygiène communes à tous les Orientaux. Une signification religieuse dont le sens se dévoile sarts peine y était attachée. Par la pureté matérielle du corps, on entendait exprimer el symboliser les dispositions intimes de l'âme. D'après le R. P. Patrizzi, quand un païen voulait s'établir chez les Juifs avec le droit de cité, il recevait, outre la circoncision, un baptême appelé le baptême des prosélytes. C'était une sorte d'initiation à des droits nouveaux, un signe extérieur de son passage à une religion nouvelle.
Des traditions orales, quelques textes des prophètes, entre autres celui-ci d'Ézéchiel, chap.xxxvi, 25 : « Je répandrai sur vous une eau pure, je vous laverai de toutes vos iniquités », avaient accrédité cette conviction dans la société juive que le Messie, lorsqu il viendrait, baptiserait solennellement ses premiers et principaux élus. C'est ce qui explique très-bien et l'empressement de la foule sur les rives du Jourdain, fiés que le Précurseur s'y montre, et l'interrogation mêlée de surprise, presque de scandale que lui adressent les pharisiens députés par le Sanhédrin : « Ils lui firent encore cette demande, et lui dirent :« Pour- « quoi donc baptisez-vous, si vous n'êtes ni le Christ, ni « Élie, ni prophète? Et interrogaverunt eum, et clixerunt
ei : Qiiid ergo baptizas , si tu non es Chrlstiis, neque Elias, neque propheta '. Tant il était admis de tous que pour exercer cette fonction il fallait se trouver investi d'une grande mission, être le Messie en personne, ou quelqu'un des personnages fameux chargés de l'annoncer au monde.
Jean leur répondit : « Je baptise dans l'eau ». Ego baptizo in aqua-... » Ne faisait-il dune rien de plus que ce que d'autres avaient fait jusque-là, conformément aux prescriptions mosaïques et aux traditions nationales ? Son baptême ne se distinguait-il en rien des ablutions accoutumées? Les commentateurs s'accordent à dire qu'en baptisant les foules, le Précurseur exerçait indubitablement une fonction spéciale, un ministère à part. Ils font remarquer en premier lieu qu'il en avait reçu de Dieu même la mission directe, ainsi qu'il le déclare expressément : « Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau », dit-il, « qui misit me baptizare in aqua^ ». 11 avait donc été personnellement choisi et envoyé, ce qui n'arrivait pas d'ordinaire. Ils rappellent en second lieu, et c'est en effet un point très-digne d'attention, que le mot : baptême, lorsqu'il s'agit du Précurseur, est toujours accompagné du mot : pénitence. C'est un baptême inusité, portant avec lui une signification, c'est un baptême de pénitence « baptismum