Levitic, xvi
5. « Illud certum, non necessitate uUa agendœ pœnitentise baptisraum accepisse eum « qui peccatum non fecit, neque inventus est « do- « lus in ore ejus » sed polius ut peccata nostra in desertiim, sicut olim hircus, deportaturus, in pœnitentia et peccatoruin baptismo, peccatoris personam indueret. >•
(Maldoxat, in Eraiif/., comment, in Mutlh.^
Ego debeo a te baptizari, et tu venis ad me. C'est à moi d'être baptisé par vous, et c'est vous qui venez à moi! Le Précurseur est tout à fait dans son rôle. Rien de plus vrai que ce mouvement de surprise, presque de sainte terreur, et que le langage qu'il inspire. Quand le Sauveur, à la dernière cène, s'approchera de saint Pierre pour lui laver les pieds, saint Pierre jettera à son tour son cri d'étonnement : Domine, tu mihi lavas pedes. Et il aura raison. Mais, comme Jean-Baptiste, devant la ferme et douce réponse qui lui sera faite, il devra se rendre.
« Ne résistez pas; c'est ainsi qu'il convient que nous accomplissions toute justice. Sine modo; sic enim decet nos implere omnem jiistitiam. »
Alors Jean ne fit plus d'opposition et baptisa. Ce parfait respect du Sauveur pour ce qui, provisoirement encore, est le bien, l'ordre, le devoir, ouvre un vaste champ de réflexions.
C'est un exemple frappant de son entière obéissance à la volonté de son Père. 11 se soumet au baplème comme il s'était soumis à la circoncision. Mais, qui ne le voit tout de suite? pour une âme sacerdotale, la grande et émouvante leçon jaillit de ce simple mot : Decet nos implere omnem justitiam.
C'est comme si le Messie eût dit à Jean-Baptiste : La pleine exécution du dessein providentiel demande notre double concours. Bien qu'à des titres différents, nous sommes tous deux nécessaires. Votre humilité, vos hésitations, votre quasi résistance n'ont rien que de très-louable ; elles témoignent de la haute intelligence que vous avez de ma sainteté divine et de la majesté des choses qui se vont accomplir. Mais puisque, par vocation, vous êtes appelé à coopérer à l'œuvre du salut du monde, ne refusez pas devons y prêter dans la mesure voulue de Dieu. Acquittons-nous l'un et l'autre de ce qui nous échoit et nous convient.
Nos! Je ne me lasse pas d'entendre le doux écho de cette déclaration du Sauveur à une créature qu'il s'unit et s'associe pour la réalisation du plan éternel ! Essayez de vous représenter les circonstances, le lieu, le moment où celle bénie parole tomba des lèvres de Jésus-Christ, le ton d'affectueuse bienveillance avec laquelle il la dut prononcer, le regard dont il la dut commenter, vous aurez quelque peine à ne vous point attendrir. Essayez de mesurer ce qu'elle enfermait pour Jean-Baptiste d'incomparable honneur, vous n'y réussirez pas.
Eh bien, n'est-il pas absolument exact de dire que, dans l'exercice de son ministère pastoral, leprèlre incessamment s'entend tenir par Notre-Seigneur Jésus-Christ le même suave langage. Decet 7ios implere omneni justiliam. 11 y a communauté constante d'efforts et de concours. Sans Jésus-Christ, le prêtre n'est rien qu'un personnage ordinaire, dont la vie s'emploie à de nobles choses, il est vrai, mais ne se distingue plus essentiellement des autres vies. Sans le prêtre, Jésus-Christ cesse d'agir visiblement et extérieurement au milieu du monde. Le chiistianisme, au lieu d'être la religion vivante et toujours en actes de l'Ilomme-Dieu, redevient un culte abstrait, indécis, fondé sur de pieux et touchants souvenirs, condamnés comme tous les souvenirs aux. ombres croissantes de l'oubli. C'est donc la coopération ininterrompue dans le temps et dans l'espace de Jésus- Christ et du prêtre, qui fait la base magnifique de la religion chrétienne, précisons davantage, de la religion catholique, la seule où soient gardés dans leur plénitude les enseignements et les institutions de l'Évangile. C'est la decet nos répété à l'infini.
En lace d'une telle dignité et d'une telle grandeur, le prêtre, comme Jean-Baptiste ne peut que se troubler. Son premier et instinctif mouvement le porterait aussi à je ne sais
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quelle velléité de résistance respectueuse. 0 Jésus-Christ, je vais paraître dans l'assemblée des fidèles pour enseigner en votre nom oportet sacerdotem prxedicare. Esi-W bien possible que ma pauvre parole serve d'organe à vos saintes et sublimes leçons? que la vérité tombée de vos lèvres, il y a vingt siècles, ait besoin pour retentir encore et frapper les cœurs, de ma voix, de mon geste, de mon regard, de ma personne tout entière, transformée en instrument visible de votre invisible action ? — Oui, cela est nécessaire. Sic decet nos implere omnem justiiiam. 0 Jésus-Christ, j'entre au tribunal de la pénitence. Des mes que le péché a flétries m'y attendent. Elles viennent chercher avec le pardon promis, la paix, la joie et l'honneur. Je prononcerai sur elles, sur leur repentir et sur leurs larmes le mot sacré : remittuntur peccata*. J'étendrai mes mains hénissantes, et elles se relèveront purifiées, tout aussi réellement que si vousmême, comme autrefois dans la maison de Simon le pharisien, vous eussiez pardonné. Je dois croire, je ne puis bésiter à croire. J'entends votre solennelle promesse aux apôtres et à leurs successeurs : Quorum remiserlth peccnta remittuntur eis. Et s'il me faut une explication d'un si prodigieux pouvoir, vous me la donnez encore : Sic decet nos implere omnem justiiiam. 0 Jésus-Christ, je monte chaque matin à l'autel eucharistique ; c'est là le point culminant de ma vie sacerdotale Introibo ad altare Dei. Les jours succèdent aux jours, les années aux années, j'en suis encore à mes premières émotions, aux terreurs et aux joies de ma première messe. Je vous demande de les garder jusqu'à la tombe. Je vous demande de les faire grandir. . . . L'Eucharistie, votre immolation rendue permanente et universelle, l'acte par excellence de votre religion et de toute religion envers Dieu, échappant à l'ordinaire destinée des actes qui est de 1. s. Joaiiii., XX, 25.
passer dans la rapidité morne du moment qui les a vus naître ! 11 me semble entrevoir quelque chose des convenances sublimes de ce mystère. Je ne me représente pas que la terre pût rester un seul jour sans autel, ni l'autel sans victime. Je ne me représente pas davantage qu'il eût été possible, après le calvaire, de revenir aux fruits et aux fleurs, aux génisses, aux agneaux, aux colombes, à tout ce qui avait été la pâle figure de la grande réalité de la plénitude des temps. Il fallait que votre sacrifice ne cessât plus, ne s'interrompît jamais, attirant et transformant toutes les expiations des créatures, à mesure que les créatures naîtraient, vivraient et mourraient ici-bas. De la sorte, la réparation se consomme en une perfection absolue. Vou^ demeurez le prêtre éternellement appliqué à l'œuvre supérieure de son sacerdoce : l'immolation, et votre humanité sainte, et notre humanité à nous tous fils d'Adam, la matière immense de cette immolation perpétuelle. Ces vérités m'éblouissent, elles ne me jettent en aucun trouble. J'admire et ne m'effraye pas. Où je suis de nouveau saisi d'une inexprimable épouvante, c'est lorsque de ces splendeurs spéculatives, j'abaisse mon regard vers le prêtre, agent nécessaire, indispensable ouvrier, coopérateur, créateur du mystère de la transsubstantiation : Quoi! sur la blanche hostie que mes mains soulèvent, où mes yeux s'attachent, je vais prononcer cinq courtes paroles ; et dans l'instant même, par la toute divine puissance de ces mots une première fois émis par le Christ et répétés en son nom, l'incompréhensible miracle s'accomplira! Ce pain se transformera en la substance matérielle, au corps de l'Homme- Dieu, hoc est corpus meum, et de ces frontières, de ces bords de son humanité j'irai jusqu'à son âme, jusqu'au Verbe, le Verbe, l'âme, le corps, en l'Homme-Dieu se trouvant inséparablement unis.
— Oui cela est ainsi ! J'emprunte la voix de mes prêtres, pour redire sans fin la grande parole de la Cène, et envelopper la terre de mon Eucharistie : sic decet nos implere omnem justitiam.
Vous et moi, partout et toujours, ô Jésus-Christ! vous et moi dans le temps, pour votre œuvre du temps! vous et moi dans l'éternité, car au ciel je serai uni à votre sacerdoce encore pour la consommation idéale du sacrifice transfiguré. C'est vous qui l'avez dit : Là où je suis, mon ministre sera avec moi : nbi sum ego, illlc et minister meus erit^.
« Jésus ayant été baptisé sortit aussitôt hors de l'eau, en même temps les cieux lui furent ouverts, etc., etc.
On entendit une voix du ciel qui dit : Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui je me plais ^
La traduction tout à fait littérale porte : Celui-ci est mon fils bien-aimé par qui ma justice reçoit une pleine satisfaction "'.
11 faut rapprocher ce passage de saint Matthieu, de ce qui