s. Jonnn. I
samment. Dès qu'il l'aperçoit, il entre en joie et contemplation. « Hinc apparet quomodo stetent, quasi admirabundus, quasi stupore defixus » (Maldonat). C'est l'admiration grandissante, c'est le ravissement, presque l'extase. De nouveau il répète sa suprême parole où se résume la vérité totale du Messie : Celui-là, c'est l'Agneau de Dieu ! « ecceAgnus Dei )>.
Il la redit vraisemblablement pour chacun de ceux qui l'onlourent. Toutefois, à n'en pas douler, c'est aux deux disciples qu'il souhaite plus particulièrement qu'elle arrive. On ; sent qu'il s'adresse à eux surtout. L'événement du reste autorise cette supposition.
« Les deux disciples l'entendirent » : « Audierunt eum duo discipuli ». Ils l'avaient entendu souvent déjà tenir le même langage, mais autre chose est d'entendre au sens matériel du mot, autre chose est de comprendre et de goûter ce que l'on entend. Cette fois, ils touchent à l'intelligence de la vérité cachée sous les mots. Ils y arrivent. L'insistance du Précurseur à se servir de cette expression : « Agnus Dei », l'accent attendri de sa voix, l'ardeur aimante de son regard, les éclairent d'une lumière plus vive que de coutume et qui devient irrésistible. Un commencement de conviction les tire de la préférence jusque-là obstinée et exclusive où ils se sont enfermés. Ils vont du côté de Jésus, « secutisunt Jesum ».
Jésus ne se trouve point là par aventure ; il ne passe point au hasard.
Jésus sait tout, voit tout, entend tout. L'heure a sonné de récompenser le zèle du Précurseur, de rendre son dévouement fructueux. Jean-Baptiste n'a rien négligé pour acheminer vers Lui les âmes. A l'instant même il vient de s'y employer encore en le saluant une fois de plus du nom mystérieux u Agnus Dei ». 0 bonheur ! bonheur qu'il a jus-
qu'à ce jour rêvé sans ypouvoir atteindre, il est enfin écouté, enfin compris ! Les âmes vont à Jé.^us, « secuti sunt Jesum ». Jésus se prête à les recevoii ; « conversiis Jésus, videns eos sequentes se ».
La meilleure preuve des modification? survenues dans les vues et sentiments des disciples, c'est la façon dont ils répondent au Sauveur, qui, après s'être retourné de leur côté, leur a demandé ce qu'ils cherchent, « quid quœritis? »... Rabbi, Maître, disent-ils. Les voilà donc qui consentent à ne plus réserver exclusivement pour Jean- Baptiste ce litre d'honneur. S'ils ne le sont point tout a fait encore, ils inclinent du moins à être persuadés que Jésus- Christ, lui aussi, le mérite. Ce qu'ils cherchent, ils ne peuvent ou n'osent pas le préciser. Incontestablement ils cherchent quelque chose. Ils ont besoin de s'instruire. La vérité présentée, entrevue, mais encore diffuse et hésitante, les presse et les pousse. Ils sollicitent un colloque, une causerie intime, un cordial épanchement : « ubi habitas ? »
Et Jésus avec un souverain respect, comme pour bien affirmer qu'il ne veut pas les entraîner à soi de torce, mais les conquérir dans l'évidence de la lumière et l'attrait de l'amour, leur dit : « Venez, voyez ! »
Ils viennent, ils voient, ils restent longtemps avec le Sauveur: « Manserunt deiillo », elle doux mystère de transformation s'achève. Les disciples du Précurseur sont devenus les disciples du Christ, en attendant de devenir ses Apôtres.
Humble et pourtant bien solennelle histoire, qui émeut toujours plus à mesure qu'on s'y arrête davantage. De quelque façon qu'on la considère, qu'on se place du côté de Jésus-Christ ou du côté de Jean-Baptiste, l'attendrissement, l'admiration, s'imposent.
Jésus qui passe, Jésus qui se retourne, Jésus qui emmène
après lui deux intelligences encore perplexes, deux cœurs encore incertains, les éclaire de sa parole intime, les échauffe de son amour, les fixe dans la pleine vérité, et commence par ce faible début l'universelle attraction des âmes. Quel souvenir ! Dans les annales de l'humanité quelle date incomparable !
Et Jean-Baptiste poussant aux dernières limites la perfection du renoncement ! Ces deux disciples qui se sont attachés à lui dans le double élan d'une admiration sincère et d'une profonde reconnaissance, il les aime. Cela n'est pas écrit, mais cela se devijie et se voit. A'c pas murmurer de l'attrait supérieur qu'un autre leur inspire, ne pas chercher à les retenir, ce serait un noble effort déjà, un beau triomphe de vertu. Que nous voilà plus haut et plus loin ! Non-seulement le Précurseur ne fait pas d'ob- *jections, ne crée pas d'entraves, n'exhale pas de plaintes, mais c'est lui, lui-même qui prépare et conduit tout. Il sait que le Messie est l'époux, qu'il attend les âmes ; il sait que les âmes ont besoin de rencontrer le Messie, de le suivre, de ne le plus quitter. Ils ne souffre pas qu'elles s'attardent à son pâle et insufiîsant prophète.
Et dans le moment même où par son entremise le Messie et les âmes s'unissent, sa joie est pleine, achevée, débordante, sa destinée est remplie, son cantique intérieur éclate en des accents que le ciel entier répète : « Hoc gaudium meum impletum est ^ » .
1. II n'entre pas dans noire plan de nous livrera rien qui sente la polémique. Nous avouons que nous y sommes insuffisamment préparés. Si notre travail offre à quelques lecteurs quelque attrait, ce doit être en mettant sous leurs yeux une itiéditalion pieuse que nous souhaiterions de rendre virile et élevée, plutôt qu'une œuvre de controverse. Toutefois, au terme de cette étude sur les dispositions du Précurseur à l'i'gard de .Jésus, après les textes que nous avons cités, nous no pouvons nous défendre de reproduire ici une page de M. Renan, consa-
Ainsi Jean-P.aptiste admiré, aimé de ses disciples, n'a pas d'ambition plus ardenle que de les conduire à une admiration nieilleuro, à un meilleur amour, à la pleine vérité, à la beauté substantielle et vivante, au Messie. C'est en cela
crée au même sujet, où se révèle en tout son jour la manière fantaisiste et romanesque de l'auteur de la Vie de Jésus :
« ... Quoique le champ d'action du Baptiste fût la Judée, sa renommée *< pénétra vite en Galilée et arriva jusqu'à Jésus qui avait déjà formé n autour de lui par ses premiers discours un cercle d'auditeurs. Jouis- « sant encore de peu d'autorité, et sans doute aussi poussé par le désir « de voir un maître dont les enseignements avaient beaucoup de rap- « ports avec ses propres idées, Jésus quitta la Galilée et se rendit avec « sa petite école auprès de Jean. Les nouveaux venus se firent baptiser « comme tout le monde. Jean accueillit très- bien cet essaim de disciples « galiléens et ne trouva pas mauvais qu'ils restassent distincts des « siens. Les deux maîtres étaient jeunes; ils avaient beaucoup d'idées « communes ; ils s'aimèrent et luttèrent devant le public de préve- « nances réciproques. Un tel fait surprend dans Jean-Baptiste au pre- '• mier coup d'œil et ion est porté à le révoquer en doute. L'humilité « n'a jamais été le trait des fortes âmes juives. II semble qu'un carac- « tère aussi raide, une sorte de Lamennais toujours irrité, devait être « fortcolère et ne souffrir ni rivalité, ni demi-adhésion. Mais cette ma- « nière de concevoir les choses repose sur une lausse conception de la « personne de Jean. On se le représente comme un homme d'un âge f( mûr. (? ? ?) Il était au contraire du même âge que Jésus (on le sait « bien, l'Évangile le dit assez clairement) et très-jeune selon les idées " du temps. Il fut dans l'ordre de l'esprit le frère et non le père de « Jésus. Les deux jeunes ent/wusiastes pleins des mêmes espérances « et des mêmes /mines ont pu faire cause commune et s'appuijer récinproquement. Certes, un vieux maître voyant un homme sans célébrité « venir à lui et garder à son égard des allures d'indépendance se fût « révolté ; on n'a guère d'exemples d'un chef d'école accueillant avec « empressement celui qui va lui succéder. Mais la jeunesse est capa- « ble de toutes les abnégations et il est pennis d'admettre que Jean, « ayant reconnu dans Jésus un esprit analogue au sien, l'accepta sans «■ arrière-pensée personnelle. Ces bonnes relations devinrent ensuite le « point de départ de tout un système développé par les Évangélistes,
surtout qu'il exerce son ministère de précurseur. Il est venu parmi les foules, avant Jésus, de sa part et en son nom. Les regards et les cœurs se sont tournés vers lui. Il n'a point mis d'obstacles à ce mouvement sincère; il l'a même accueilli, quitte à le diriger tout de suite et sans se démentir un seul instant vers son but véritable. 11 faut bien qu'on passe par lui pour arriver au Christ, puisque c'est sa mission de se trouver entre le Christ et ceux qui le cherchent à leur insu ; mais on ne fera que passer. 11 ne souffrira pas qu'on s'arrête. Il ne cessera pas d'avertir qu'il faut aller plus outre. On finira par comprendre. On
« et dont le Lut était de donner pour première base à la mission divine « de Jésus l'attestation de Jean. Tel était le degré d'autorité conquis « par le Baptiste qu'on ne croyait pas pouvoir trouver au monde un 'i meilleur garant. Mais, loin que le Baptiste ail abdiqué devant Jésus, « Jésus, penda?it tout le temps qu'il passa ]ircs de lui, le reconnut piou « supérieur et ne développa son propre génie que timidement. t>
Nous avons souligné, parce qu'elles méritaient surtout qu'on y prît gai'de, les phrases où M. Renan insiste sur la jeunesse de Jean-Baptiste et de Jésus. Il n'y a pas d'autre explication à son avis des bons rapports établis entre eux que leur âge ; quinze ou vingt ans de différence, et l'accord était impossible. Cela est affirmé avec un imperturbable aplomb. Comment refuser de se rendre à une analyse si profonde du cœur humain, à une expérience si consommée de ce que peuvent être et de ce que peuvent faire des jeunes gens ou des vieillards ?
Se contente qui voudra de cet éclaircissement ingénieux des choses. Mais M. Renan ne se borne pas à l'ingénieux. La dernière phrase, non moins affirmative, non moins sûre d'elle-même que les autres, cache manifestement une erreur, il iaut dire un mensonge. « Loin que « le Baptiste ait abdiqué devant Jésus, » etc., cela signifie apparemment que Jean-Baptiste n'a pas reconnu la supériorité de Jésus : or, nous mettons au défi de trouver une parole tombée de ses lèvres, une seule qui ne soit au contraire la déclaration et proclamation solennelle de l'écrasante supériorité du Messie et de sa divinité.
L'art de « solliciter doucement les textes », qui est celui de M.Renan, et qu'il prétend avoir le droit d'élever à la hauteur d'une méthode scientifique, ne peut servir de rien ici. Les textes, quoiqu'on fasse, ne se prêtent pas aux conclusions qu'on nous présente. Il faut de toute
igueui- ou leur trouver un autre sens ou les supprimer.
ira, on montera, on louchera le sommet! Alors sa joie sera pleine.
Qui que vous soyez qui rencontrez sur votre route l'honneur et la joie d'une sincère affection, souvenez-vous de cet exemple, imitez ce modèle. Ne retenez pas dans uue étreinte égoïste les cœurs qui vous abordent. Penchez-vous à leur appel, élevez-les jusqu'à vous, mais que ce soit pour reprendre bientôt ensemble un large essor vers Dieu, sinon l'éternelle fragilité des tendresses humaines, qui ne sont qu'humaines, vous menace à votre tour.
Est-il besoin de l'ajouter'^ C'est au prêtre qu'il revient d'étudier plus attentivement et de mieux comprendre celte grande leçon.
Le Messie ! Les âmes ! Entre les âmes et le Messie, le Précurseur ! L'idée du sacerdoce se trouve là tout entière. Nous sommes prêtres pour occuper le poste de confiance où se tenait Jean-Baptiste, pour remplir avec la même délicate générosité la même mission que lui.
Incomparable honneur, et qui nous donnera de n'y jamais faillir!
Un double péril nous attend. Quand, en retour de nos plus ardents désirs du bien, pour prix de notre zèle à répandre la vérité, cette vérité chrétienne où tout s'appuie ici-bas, nous nous meurtrissons contre des préventions ridicules ou d'indomptables haines, quand ceux-là mêmes qui nous devraient le mieux accueillir nous repoussent, comme on ferait des êtres ineptes ou malfaisants, nous courons risque de nous décourager. 11 est si dur de venir à notre labeur d'apôtres, avec nos vingt-cinq ans couronnés de sacrifices, et de nous heurter à d'invincibles résistances ! A quoi bon nous dévouer ? sommes-nous tentés de dire alors. Parole coupable, langage de la faiblesse et de l'abdication. Non, quelque attitude qu'on prenne à notre égard.
220 SAINT JE\N-BâPTISTË.
de quelques procédés qu'on use envers nous, nous ne devons pas nous lasser ni reculer. Le divin Maître des âmes est là qui passe, et qui attend de notre persévérance courageuse que, restant où il nous a lui-même placés, nous essayions sans repos ni trêve de le faire connaître.
Les temps difficiles que nous traversons, les funestes malentendus attisés de toute part à cette heure rendent plus redoutable qu'à d'autres époques cetle tentation du découragement précoce. Et cependant, ce n'est peut-être pas encore là pour nous le danger le plus grave ni la plus fréquente occasion de manquer à notre magnifique devoir de précurseurs.
En dépit des dispositions malveillantes d'un fort grand nombre de ceux à qui nous nous présentons au nom de Jésus-Christ, tout cependant n'est pas malveillance près de nous et contre nous. Cette foule à laquelle nous nous mêlons sur les bords de notre Jourdain, comme autrefois la foule qu'attirait le baptême de Jean, se divise d'opinions à notre sujet. Nous avons des adversaires, nous en avons beaucoup, sans parler de la masse des indifférents; nous ne rencontrons pas pourtant que des indifférents ou que des adversaires. Quel est le prêtre fidèle à l'honneur de sa vocation, irréprochable dans sa vie, intelligent, dévoué, délicat, qui ne se compose un jour ou l'autre son cortège d'admirations sincères et de chaudes sympathies? Là commence de naître le danger délié, subtil. 11 paraît si légitime d'accepter comme une sorte de compensation des injustices qu'il faut subir ailleurs, presque partout, celte altitude flatteuse et caressante d'une partie du public! Tant qu'il ne s'agit que du public, le péril n'est point accentué ni pressant. Mais des rangs vagues de la foule se détachent bientôt des groupes distincts qui font profession d'une
plus étroite communauté d'idées avec nous, d'une approbation plus ardente, de sentiments plus dévoués. Nous avons nous aussi nos disciples; et parmi ces disciples (pour aller jusqu'au bout du rapprochement avec ce que l'Évangile raconte du Précurseur) il y a des catégories encore, encore un choix.... « ex discipidis ejus duo. » 11 y a ces deux qui ne voient presque plus au monde que leur maître préféré, qui vivent de sa pensée, de son cœur, de son regard, se tiennent prés de lui et ne sont pas loin de croire qu'ils ne pourraient plus vivre sans lui.
Oue faire? Repousser rudement des avances qui sont sincères et droites, briser un attachement qui est pur! Nous ne voyons point que Jean-Baptiste ait aucunement usé de ce procédé rigoureux. Il laissait venir à lui, permettait qu'on se trouvât bien dans son voisinage et dans son intimité. Les auteurs les plus graves, les guides les plus sages ne conseillent rien de semblable non plus. Écoutez ce que dit sur ce point saint Grégoire pape, le grand docteur, dans son admirable Traite' de la charge pastorale ' : « 11 faut savoir que les bons supérieurs ont le droit de chercher à plaire, afin d'entrahier les âmes, par la douceur de l'estime qu'ils leur inspirent, à l'amour de la vérité. Us ne doivent point viser à ce qu'on les aime eux pour
1. « Sciendum quoquc est quod oporteat ut redores boni placere « liominibus appelant, sed ut suœ œstimationis dulcedine proximos in a affectnm veritatis traliant, non ut se amari desiderent, sedut dilcc- M lionem suam quasi quamdam viam faciant per quani corda audkntium i< ad amorem conditoris introducaiit. Hil'ficile quippe est ut quauilibet « recta denuntians prœdicator qui non di/iyitiir libenter audiatur. « Dcbet ergo qui pvgse&i et studcre se diligi quatenus possit audiri, et « tanien amoiein suum ;>/o semelipso noti qiucrere, ne inveiiiatur ei, « oui servire per cfticium cernitur, occulta cogitationis tyrannide a resultare. »
(S. Gbeg., ex Libro curœ pastoralis. lib. II, cap. viii.)
eux, mais à ce que l'affectiou qu'on ressent à leur égard devienne une sorte de voie attrayante par où passeront les cœurs purs en s'élevant à la dilection même de Dieu. Qu'il prêche les plus exactes choses du monde, un prédicateur, s'il n'a point les sympathies de l'auditoire, peut difficilement réussir à se faire écouter. Quiconque exerce une charge doit s'efforcer de se faire aimer pour parvenir à se faire écouter, et cependant ne jamais rechercher ni accaparer pour lui-môme les sentiments qu'il provoque, sans quoi, paraissant officiellement servir Dieu, dans le vrai, sous l'empire d'une préocupation égoïste, il travaille contre Dieu.... »
Oh ! les sages paroles ! Quelle ampleur et tout à la fois quelle fermeté !
Il est donc permis à l'apôtre d'accueillir, même de favoriser, même de provoquer la confiance et l'affection de ceux à qui Jésus-Christ l'envoie. Quel inconvénient verrait-on à ce que par un rare ensemble de qualités élevées, piété, intelligence, savoir, dignité soutenue, sensibilité exquise, dévouement à toute épreuve, chaque prêtre exerçât dans le monde autour de lui comme une douce fascination? Si les prêtres étaient les premiers à tous égards, s'ils ne marchaient au milieu des hommes qu'environnés d'un incontestable prestige, oîi serait le dommage?
Saint Grégoire le dit excellemment : « L'attrait est de sa nature une puissance merveilleuse, une force dont onpeut tirer le plus grand parti. Ce n'est certes pas d'en être capable ni d'en user qui est mal, mais d'en user pour soi-même et à son profit. Tout se ramène à cette distinction élémentaire. Tout est là.
Garder pour nous subrepticement l'élan et l'encens des cœurs que Jésus réclame, trahir la plus délicate mission, nous apercevoir que nous la trahissons et continuer de le
faire; n'ayons jamais cette témérité, ne tombons jamais en cette félonie! Coimiient! nous croyons que toute créature a besoin de Jésus-Cbrist, qu'elle aspire à Jésus-Christ alors même qu'elle ne le soupçonne pas ; nous croyons que Jésus-Christ se tient prêt à répondre à ce besoin sublime ; nous croyons enfin qu'au nom d'une vocation expresse nous sommes placés à cet endroit mystérieux où les âmes et Jésus- Christ, Jésus-Christ el les âmes se doivent rencontrer, el par une substitution non moins ridicule que criminelle, nous entreprendrions de retarder, peut-être même de compromettre à jamais l'union magnifique qui se prépare; nous « les amis de V époux », favorisés de sa confiance, élevés par cette faveur aux plus hauts sommets de la destinée, nous usurperions audacieusement sur ses droits el manquerions au plus vulgaire honneur ! Non, non. Plutôt disparaître à l'instant et mourir!
Chères âmes qui, pour avoir trouvé dans ma parole et mon regard de prêtre un commencement de lumière et de joie, supposez presque que vous ne devez plus rien chercher davantage, vous vous trompez. Ne vous arrêtez pas, ne suspendez pas votre vol. Je ne suis point le Maître, je ne puis pas vous enseigner toute la vérité. Encore moins puis-je vous offrir l'aliment et le repos du cœur. Marchez, montez, arrivez à celui qui achèvera de vous tout apprendre et de vous tout donner, à Jésus la vérité totale et le plein amour ! Il est près de vous, très-près de vous désormais. Allez de son côté. 11 se retournera pour vous demander qui vous cherchez. Vous répondrez : Rabbi, Maître, où donc habitez-vous ? « ubi habitas » ? 11 dira : venez et voyez ! Vous irez, vous suivrez, vous entrerez avec lui dans le secret et dans l'intime de ses saintes retraites. Vous passerez près de lui de longs moments : « Manserunt illo die », vous serez à jamais gagnées et conquises à des clartés qu'aujourd'hui
VOUS ne faites qu'entrevoir, à des félicités d'amour que vous ne faites que pressentir* !
Indubitablement voilà ce qui doit être. Dira-t-on qu'il est difficile qu'il en :-oit ainsi? J'en conviens. Dira-t-on que c'est impossible? Je le nie.
L'expérience moins fréquente peut-être qu'il ne faudrait, mais très-répandue pourtant, vient sur ce point donner raison aux théories et doctrines que saint Grégoire nous faisait entendre tout à l'heure.
Que de bons prêtres dans le monde, nouveaux François de Sales, emploient les dons qu'ils tiennent du ciel à provoquer autour d'eux l'estime, le respect, l'affection, puis de ce doux attrait une fois exercé et subi se font un moyen d'action pour conduire les âmes jusqu'à Dieu! Voyez-les non-seulement sous la couronne des cheveux blancs, mais dans tout l'éclat et l'honneur de la jeunesse. Le murmure des sympathies qu'ils éveillent ne les trouble pas; même au milieu des plus délicates occurrences ils conservent une indépendance parfaite, une entière sérénité. Rien de gêné ni de gfènant dans leur attitude. Paraissent-ils lutter contre