II. Tiraoth. m
SAINT JE\!S-1].VPTISTE. 5
(( Tous deux étaient justes devant Dieu, marchant sans « reproches dans tous les commandements et toutes les lois « du Seigneur.
« Us n'avaient point d'enfants, parce qu'RIisabeth était « stérile, et qu'ils étaient l'un et l'autre avancés en âge.
(( Or il arriva qu'étant dans l'exercice de sa fonction « devant Dieu, au ranî: de sa famille,
« Zacharie fui désigné par le sort, selon la coutume du « sacerdoce, pour offrir les parfums dans le temple du « Seigneur.
(i Et tout le peuple était dehors, priant à l'heure où « l'on offrait l'encens.
« In ange du Seigneur lui apparut debout, du côté droit « de l'autel des parfums, et Zacharie fut troublé à sa vue, (( et la frayeur s'empara de lui.
(v Mais l'ange dit : « Ne craignez point, Zacharie ; votre « prière est exaucée; votre femme Elisabeth concevra un « fils, et vous lui donnerez le nom de Jean.
(( Et cet enfant vous mettra dans la joie et dans le ravis- « sèment, et la multitude se réjouira à sa naissance.
« Car il sera grand devant le Seigneur... Il convertira « plusieurs des enfants d'Israël au Seigneur leur Dieu... « il préparera au Seigneur un peuple parfait ! »
Résumons et essayons de marquer les principaux traits, ceux qui peuvent « être utiles pour instruire ». Il y en a.
Zacharie et Elisabeth sont de famille sacerdotale, avantage de naissance dont ils n'ont pas le mérite, et qui leur crée des devoirs. Ces devoirs, ils les remplissent. Ils sont tous deux justes devant le Seigneur n ambo jusli ante Deum I) c'est-à-dire qu'ils ne se contentent pas d'une certaine correction extérieure de vie à laquelle s'arrête le
regard des hommes, mais qu'ils vont plus outre, qu'ils réalisent la vraie et intime justice de l'âme. Prescriptions légales, ordres secrets de la conscience, tout est gardé, tout est observé courageusement. Point de lacune, point d'intermittence ni de contradiction, « sine querela a. C'est une religion complète et bien entendue ^
Saint Luc ne le mentionne pas expressément, mais il est facile de le conclure de ce qui précède, et surtout de la première parole de l'ange : « exaudita est deprecatio tua )) ; un des devoirs auxquels ils sont le plus fidèles est de prier pour l'avènement du Messie qu'ont annoncé et promis les prophètes. « Votre supplication est exaucée! » Quelle supplication? que demandent-ils? l'honneur de la paternité et de la maternité? les joies tardives d'un berceau? Non; ils savent quels insurmontables obstacles leur défendent cette ambition; ils n'y songent pas, ils n'y peuvent point songer. Seulement ils ont au cœur le dévorant souci de la gloire du Très-Haut, du salut de leur peuple, de leur propre salut, ils portent partout cette sollicitude, ils vivent de cet espoir, ils ne cessent d'en implorer du Ciel l'accomplissement.
Sainteté de vie, ardeur soutenue du désir de la gloire de Dieu, manifestement ils ont cela.
Or, sans aller jusqu'à dire qu'étant ce qu'ils sont, ils méritent la grâce extraordinaire de donner le jour au précurseur immédiat du Messie, n'est-il point permis de croire
1. « Dit oultre saint Luc, i, 6, que « tous deux estaient justes devant « Dieu, et alaietit, et accomj)Ussaient tous les commendements et ins- « iilutions de Dieu, sans plaintes ». Notez quel bel couple, quant « espous et espouse sont tous deux bons, et que c'est devant Dieu, « sans ypocrisie, faintise, et que c'est es commendements, sans nul « trépasser, et que c'est sans plainte ou escande. »
(GEnsox, sermon pour le jour de la leste de la nativité de saint Jean- Baptiste. Édition du l'iii, tome III, page 1597.)
qu'entre une faveur si exceptionnelle et leurs dispositions, il y a bien quelque relation et rapport? Au moins faut-il leur reconnaître l'incontestable mérite de n'avoir opposé au plan divin aucun obstacle. Ce qu'il convenait, ce qu'il fallait qu'ils fussent pour que l'éternel dessein de Dieu s'accomplit, ils l'ont été jusque-là, ils le seront encore. L'enfant du miracle et des bénédictions choisies, Jean, peut leur être confié. C'est une vocation qui, pour ne leur être point due, au sens rigoureux des mots, ne se rattache pas moins à leur passé par voie de conséquence. Ils auraient pu la compromettre, ils ne l'ont pas compromise; au contraire, autant qu'il leur était permis, ils ont concouru à la préparer, et maintenant dans le ravissement de leur joie « gaudium et exultatio » les voilà prêts à l'entourer d'un inexprimable amour.
Nous pensons qu'il y a là de grands enseignements.
Le Messie est venu, c'est le Seigneur Jésus-Christ. Il a fondé le règne définitif de Dieu sur la terre. Ce régne a besoin de s'étendre, de se dilater, de gagner de pioche en proche les intelligences, de s'établir dans les cœurs. Son moyen splendide et puissant de propagation, c'est le sacei^doce. Doctrine, saciifice, présence de Jésus Chi ist, rayonnement de son œuvre, le sacerdoce "catholique est tout cela.
Plus il y aura de prêtres, de vrais prêtres, plus la lumière se répandra sur le mondée
\. On fait quelquefois d'étrang'es calculs... 40,000 prêtres en France, ai-je entendu dire souvent, n'est-ce pas assez ? D'abord û ne s'agit point seulement, qu'on veuille y réfléchir, d'une contrée ou d'un siècle, mais de l'univers entier. Comment oser prétendre qu'il y ait à cette
G SAI>'T JEA>;-rArTISTE.
Peut-on raisonnablement supposer que la divine sagesse néglige de se choisir en quantité suffisante ces ouvriers de lumière; qu'après avoir échelonné, le long des âges, les anciens prophètes depuis Jacob et Moïse jusqu'au Précurseur, afin d'éclairer les avenues de l'Incarnation promise, elle ne multiplie pas au degré convenable de ce côté des temps, les apôtres, les « autres Christ » ceux qui ontmission d'appliquer les mérites et de semer à pleines mains les
heure autant de prêtres qu'il en faudrait pour la masse des hommes répandus sur le globe ?
Au surplus, pour notre pays lui-même qui pourrait trouver surabondant même le chiffre indiqué tout à l'heure ? ÎS'est-il pas avéré que dans nos grandes villes surtout, il y a pénurie d'ouvriers évangéliques, « Opcraril pauci », eu égard au besoin immense des âmes, le mot du Sauveur est toujours vrai.
a Si quelque chose est évident, dit le Père Gratry, c'est qu'il y a mille « fois trop peu d'hommes consacrés à l'éducalion religieuse et morale « du geni'e humain. D'incalculables richesses morales se perdent par « toute la terre faute d'ouvriers dans la moijson des âmes, a La mois- « son est grande, dit le Christ, mais il y a peu d'ouvriers. » Cette aba sence d'ouvriers véritables est un des traits caractéristiques de « l'histoire du monde jusqu'au siècle où nous sommes. Et c'est pource quoi tous les travaux humains sans exception sont en retard. « Priez « donc le Père de famille, d'envoyer des ouvriers dans sa moisson ». « C'est le premier besoin du monde, et c'est là ce qu'il faut demander « à Dieu.
« Je ne connais pas de plus sage enthousiasme que celui qui excite « les hommes à devenir ouvriers de Dieu.
« Il n'y a pas assez de prêtres, et il y a beaucoup trop de soldats. Or « nul n'est prêtre malgré lui, tandis que la force et la loi chez tous les « peuples, obligent des milliers d'hommes dans chaque génération à « se faire soldat malgré eux. Pourquoi plaint-on les prêtres et ne « plaint-on pas les soldats ?
« L'homme qui choisit le travail sacré de la moisson de Dieu pour « emploi de sa vie, choisit la meilleure part. Son ambition est, sans « comparaison, la plus grande, la plus noble de toutes, et son œuvre « la plus féconde et la plus nécessaire. Le monde nous trompe, quand « il nous montre le sacerdoce sous um masque de mort, et tout le « reste dans la gloire, la lumière et la vie... »
(Henri Perreyve, par A. Gratry, chap. n, vocation, page 63.)
clartés de rincarnation accomplie? Le vouloir divin ne saurait se contredire; il ne s'inflige pas à lui-même de démenti. Entre l'e-xpansion de christianisme que l'éternelle pensée de Dieu médite et le nombre de prêtres marqués par ses desseins, il y a proportion. Fin et moyens sont deux termes qui se supposent l'un l'autre et qui se lient.
Non, Dieu ne néglige point d'appeler, mais ses appels ne sont pas suffisamment écoutés.
A qui la faute?
A ceux-là mômes d'abord, qui entendant les secrètes sollicitations d'en haut « sequere me » les repoussent; puis à tons ceux, qui dans quelque mesure que ce soit, ont contribué à préparer ces tristes refus.
Époux chrétiens, comprenez-vous? Comprenez-vous qu'il y a des vocations sacerdotales en grand nombre, incessamment exposées, perdues, à cause des influences néfastes qu'elles rencontrent autour d'elles, germes divinement féconds qui s'étiolent, blés au sillon qui meurent; que c'est là une catastrophe; qu'un seul bon prêtre de moins dans le monde attarde singulièrement la diffusion de l'Évangile, et qu'à tout prix il faut éloigner de vos vies la responsabilité d'un tel malheur.
Dans la fleur de vos années la douce Providence vous fait vous connaître, vous aimer, vous unir. Vous venez tous deux de familles chrétiennes, apportant l'héritage de longues traditions de foi et de vertu; vous êtes à votre façon de race sacerdotale, c'est-à-dire privilégiée et bénie. Ne se peut-il pas, dites-moi, que cette même Providence, vous employant à ses plus hauts desseins, vous confie l'honneur, l'immense honneur de donner un prêtre à l'Église de Jésus- Christ?
Non-seulement cette supposition n'a rien de chimérique,
mais elle paraît être fondée sur des présomptions tout à fait raisoiniables. C'est pour cela qu'il vous convient de remarquer très-particulièrement et de bien retenir ce que dit l'Évangile de Zacharie et d'Elisabeth.
« Erantjusti ambo ante Deum. » Soyez justes « devant le Seigneur » à votre tour; en d'autres termes aspirez à la vraie intelligence et plénitude de l'esprit chrétien. Ne glissez pas sur cette pente si universellement tracée et creusée aujourd'hui qui mène à je ne sais quelle religion amoindrie, toute d'habitude et de décence extérieure, déshéritée de sève, de flamme, de beauté et d'honneur. Persuadez-vous qu'il n'y a pas deux façons d'entendre l'Évangile, que tout s'y résume à sentir en soi-même ce que Jésus-Christ a senti, « sentite in vobis quod et in Christo Jesu ^ » à penser, juger vouloir, agir comme lui. Faites ainsi parce que si vous ne le faites pas, l'enfant dont il se peut que le Ciel ait marqué le destin parmi la tribu sacerdotale, risquerait de ne point s'initier suffisamment à la vraie religion, à mesure qu'avec sa raison naissante, et ses premières observations, il découvrirait mieux l'insuffisance de la vôtre. Des recommandations même multipliées et sincères, qui ne s'appuient pas aux exemples, sont plutôt un écueil qu'un encouragement et un soutien.
« Justi ambo. » Soyez justes de cette justice totale, courageuse, poussée à fond,... tous deux « ambo ». Qui ne sait par expérience à quel point le dualisme de conduite au fover domestique peut être fatal, combien il l'est fréqueinment? Le moyen en vérité qu'il ne le soit pas! Gomment attendre de l'enfant, à moins qu'une grâce excep-