Ep. Joaun., I' I
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Voilà pour l'admiration. La reconnaissance suit de près.
Eux aussi, bien qu'on en doute généralement et qu'on le nie, eux les saints accomplissent de grandes choses. La foule mondaine qui manque de perspicacité, qui ne mesure l'activité de l'homme qu'à un certain genre de résultats, dédaigne volontiers ce que font les saints. Assurément, s'il 'n'y a d'estimable que les sciences, les arts, l'industrie, les découvertes, les progrès capables d'embellir les demeures que nous habitons un jour, tout est dit par avance. Il ne faut plus mettre les saints au nombre des amis et des bienfaiteurs de l'humanité. Encore qu'ils ne méprisent point de parti pris les intérêts du temps, que bon nombre d'entre eux les aient secondés par un large et glorieux concours, il est certain que leurs meilleurs efforts sont dirigés et tendus à d'autres objets, et qu'ils rendent à la société dont ils sont les membres d'autres services. Ils naissent, vivent et meurent pour témoigner de la vérité. Venitin testimonium, ut testimonium perhiberet de lumine, testimonium perhibuit veritati.
La question est de savoir si c'est là faire quelque chose d'utile, quelque chose de grand.
Or, comment nier de sens rassis, que contribuer à maintenir parmi les hommes la vérité et toutes les conséquences pratiques qui en découlent, contribuer à favoriser par les sollicitations de l'exemple les transformations privées et sociales, à faire reculer le mal, à faire grandir le bien, à soulever les consciences jusqu'aux plus sublimes hauteurs de lÉvangile, à préparer l'avènement plus universel du règne de Dieu « adveniat regnum tuum », ne soit une œuvre capitale, un bienfait de choix?
Supposez que tout d'un coup, faute de cœurs intrépides qui s'y adonnent et qui en conservent au milieu de nous l'arôme, la cliarito, la pureté, l'humilité, la résignation
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courageuse sous les étreintes de la douleur, le sincère dé tachenient parmi les joies abondantes, vionneiit à dis|ia railre, ne voyez-vous pas que la terre se refroidit aussitôt, qu'elle s'obscurcit, qu'elle retourne par une pente fatale aux ténèbres et aux ignominies du paganisme, et que les avantages d'une civilisalion même extpiise et rafinée ne la défendront point de la ruine ? Au contraire, supposez que prenant soudain un large essor, la sainteté dont l'Évangile est le code immortel s'étende loin, se multiplie de tous côtés, séduise, gagne et transfigure la famille humaine en de vastes proportions; supposez qu'il y ait sur le globe une universelle floraison de vertus, que la vérité des pensées et des actes sorte enfin de l'âme humaine comme moisson mûre aux sillons « veritas de terra orta est ; terra noslra dahit fructum suum » , ne pressentez-vous pas qu'une ère merveilleuse commencerait de naître, et que de nouveaux destins se lèveraient sur le monde étonné?
Entre observateurs et penseurs intelligents, ceci ne se discute même pas. Il est prouvé que l'avenir est aux nations qui s'inspireront le plus de l'Évangile, à celles qui tout à côté des progrès matériels très-désirables, en même temps que la très-légitime culture des lettres, des sciences et des arts, feront une place d'honneur aux améliorglioiis morales prêchées par Jésus-Christ.
Si do::c il est avéré que les saints, dans le monde, sont les propagateurs nés des divers enseignements du Christ, les ouvriers de cet incomparable labeur de justice, de vérité, de transformation courageuse et croissante dont les hommes ont surtout besoin, il faudra bien leur savoir gré de leur belle tâche, les entourer de sincères acclamations et de reconnaissance. Il n'y aurait ni faux entraînement, ni puéril enthousiasme à baiser dans la poussière la trace féconde de leurs pas !
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Autre considération très-capable à son tour d'éveiller notre gratitude et nos émotions. Le saint rend à Dieu, à Jésus-Christ Dieu parmi nous, ce culte d'adoration et d'amour que la masse des hommes lui refusent, et dont nous-mêmes, croyants, nous nous acquittons, hélas! d'une si chétive façon. Avouez qu'il est humiliant, qu'il est dur, lorsqu'qji a l'âme pleine de foi rayonnante, de constater en soi-même et chez le plus grand nombre des créatures l'oubli de la réelle et substantielle présence du Verbe fait chair au sein de l'humanité ! En certaines heures d'illumination plus vive, la surprise va jusqu'à la souffrance, la souffrance jusqu'au tourment. C'est alors qu'on cherche d'instinct à travers la foule des esprits inattentifs et des cœurs insensibles, une intelligence et un cœur décidément orientés en haut, vers la croix et le tabernacle, vers l'ami divin qui s'y voile et qui attend qu'on l'aime. Ah ! quand vous voudrez répondre à nos plus secrets désirs, murmurent certaines âmes, calmer nos plus douloureuses peines, révélez-nous de préférence parmi les noms vantés des hommes, les noms des saints ! Dites-nous ce qu'ils sont et ce qu'ils font pour Jésus-Christ, comment ils le comprennent, comment dans une force de charité toujours croissante ils s'attachent toujours plus à lui, comment ils l'entourent de fidèle tendresse et le vengent ! Puis, qu'il nous soit permis de les remercier ardemment des compensations qu'ils donnent à nos tristes insuffisances !
Non surrexil major Joanne Baptista... En apparence, nous voilà fort loin de Jcan-Ëaptiste. Les développements où nous nous sommes laissés conduire auront peut-être tout l'air d'une digression déplacée. C'était bien cependant les yeux fixés sur le Précurseur que nous éci'ivions ce qui précède. Jugez plutôt:
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L'admiration! Forcément lo fils de Zncharie et d'Elisabeth la prùYoque, et dans quelle mesure ! Pour clore la chaîne de ces Prophètes sublimes f|ui, depuis Jacob jusqu'à Zacharie, avaient du milieu des ombres universelles salué la venue lointaine du Messie, il fallait un prophète encore, mais un prophète à la mission plus haute, à la gloire plus achevée, dont le rôle serait de montrer le Christ au lieu de le prédire, et de qui l'âme, à cause de cette proximité magnifique, s'enrichirait d'une plénitude de grâces, s'éclairerait d'une splendeur de lumière, acquerrait une éminence de sainteté inconnues jusque-là. Ce privilégié supérieur aux Prophètes, c'est lui, c'est le Précurseur!
La reconnaissance ! il la mérite, et quel élan, quelle vigueur de reconnaissance !
Représentez-vous bien quece solitaire^étrange des bords du Jourdain, ce prêcheur dont les accents nedevaientrien avoir de moelleux ni de poli, a le premier sur terre annoncé que le royaume de Dieu était proche, (|u'il fallait pour y être initié se régénérer par la pénitence et le repentir, que le salut était œuvre de vaillance et non de généalogie privilégiée, que les pierres du chemin pouvaient se changer en fils d'Abraham;
Représentez-vous qu'il a démasqué et confondu l'hypocrisie des orgueilleux, aplani les voies pour les âmes droites et sincères ;
Représentez-vous qu'il a flétri impitoyablement le vice, et qu'à trente-deux ans il a été tué pour l'avoir flétri ;
Représentez-vous enfin, et par-dessus tout le reste, qu'il a eu le premier l'incomparable gloire de révéler la présence de Jésus-Christ dans le monde : « Ecce Agmis Dei. »
■ Dites maintenant ce que valent, ce que pèsent auprès des destinées de cet homme, à côté des services qu'ont rendus pour jamais à l'humanité sa révélation miblime du
Christ, ses enseignements, sa vie, sa mort, la destinée et les services des plus illustres parmi ses contemporains? Les contemporains de Jean-Baptibte étonnent ou charment le monde, je le sais bien, par la puissance de leurs triomphes ou l'agrément délicat de leur esprit. Nous sommes au siècle d'Auguste. Les grands généraux, les grands oraleurs, les grands poètes abondent. Que reste-t-il du relentissement de leurs noms et de leurs œuvres pour le bien vérita])le des intelligences, des consciences, des cœurs? « Ubi sapiens ! uhi scriha? ubi conquisitor hujus sœculi? * »
Cherchez et amassez à la fois les charmants récits de Tite-Live, la pompeuse éloquence de M. Tullius, la verve d'Horace, l'exquise perfection des chants de Virgile, les inventions brillantes de Lucrèce ; certes, je suis de ceux que le génie des belles-lettres attire et séduit, mais j^vous demande en quoi ces incomparables merveilles ont servi et servent encore les plus impérieux besoins de l'âme humaine?
Je vous demande si ces quelques mots du Précurseur n'enferment pas à eux seuls plus de sève, plus de lumière, plus de rayonnante et bienfaisante vérité que tous les trésors littéraires éclos dans le temps même où ils furent jetés au monde :
« Pœnitentiam agite; appropinquavit enim recjnum cœ- « lorum.
« Qui habet duas tnnicas, del non habenti.
« Ecce Agniis Dei. ecce qui iollil peccatum mundi.
« ISon licet tibi habere uxorem fratris lui. »
Vous répondrez peut-être que ce sont là des ordres
d'idées et de choses absolument différentes, entre lesquels
on ne sauiait élablir de comparaison. Je me permets d'in.
sister. Je prétends que le rapprochement est légitime. Je