I* ad Tiinotli., ii
Pour mettre en pleine lumière de telles magnificences, il faudrait de vastes développements. Toutefois, ce que nous en disons ici peut suffire à marquer nettement la distinction du Nouveau Testament avec l'Ancien'.
Quand le Sauveur parle comme il le fait à l'occasion de Jean-Baptiste, il signale donc sous une forme discrète, mais transparente, la prééminence d'un ordre de choses et d'institutions sur un autre, de l'Église sur la Synagogue; de la grâce par les sacrements sur la justification par le lointain espoir du Messie; du Tabernacle et de l'Autel eucharistiques, si pauvres qu'ils soient, sur le temple resplendissant et vide de Jérusalem ; de la vivante réalité sur In préfiguration, l'image, la naissante et incomplète ébauche qui a duré quatre mille ans.
Appartenir à cet ordre nouveau, « à ce royaume de Dieu » qu'ouvrent les temps évangéliques, c'est se trouver par là même établi dans une condition meilleure, pkis élevée, plus féconde que la condition des temps passés. Jean-Baptiste surgissant aux confins de l'ère qui s'achève, avoisine d'aussi près que possible l'ère qui commence, mais il n'y entre pas de plain-pied, il ne lui appartient pas entièrement. Sa situation native, dès lors, reste inférieure à celle des privilégiés qui viendront après lui ^ : « Qui minor (( est in regno cœlorum, major est illo. »
\. Consulter sur cet admirable sujet l'ouvrage de M. Ch. Gay : Vie et vertus chrétiennes, en particulier les premiers chapitres du 1" volume, De la vie chrétienne en elle-même. De la vie chrétienne en nous.
2. Suarez semble hésiter à reconnaître que Jean-Ba[itiste n'est pas un personnage proprement dit du Nouveau Testament. H s'exprime pourtant en des ternies qui paraîtraient devoir trancher la question :
« Potest Joannes considerari vel ut metnbrum Ecclesiœ, vel ut jjro- « pheta et prœcursor Christi. Priori modo, non pertinuit Joannes au
« NOVUM TESTAMENTUM, QUIA NON FUIT PROPRIE MEMBRUM EccLESl^, UT A ChRISTO
SAIM JEA>i-BAl'TISTE. 519
Ce n'est certes pas à dire pour cela que Jean-Baptiste n'ait point alleiiit un degré de sainteté, réalisé une plénitude de perlection qui dépassent de beaucoup le point où les saints des temps évangéliques pourront jamais atteindre. Il demeure au sein de l'innombrable f;uiiille des élus, l'ami par excellence du Christ, le plus vaillant imitateur de sa vie pénitente, le prêcheur le plus intrépide de la vérité. Mais, ainsi que Maldonat le remarque tré.->-justement, ce qu'il est et ce qu'il fait, il l'est, il le fait à la manière d'autres personnages fameux des siècles anté-messianiques. par une appropriation anticipée des efficacités merveilleuses de grâce qui naîtront de la croix, et non par un usage propre et autonome de cette même grâce descendue du Calvaire et coulant à flots dans l'Eglise par les canaux féconds des sacrements. « Qui minimus est in Evangelio, eo « qui maximus fuit in lege, major fuisse perinbetur, quia
HIC VELUTI HEREDITARIA ET DOMI NATA, ILLE ALIENA ET QUASI MDTUO ACCEPTA VIRTUTE FACTCS EST MAGAUS. ))
En somme, ce n'est point une comparaison que le Sauveur établit entre des mérites individuels, ni tel ou tel privilégié qu'il entreprend de mettre en regard de Jean- Baptiste. Il proclame la supériorité d'une situation en quelque sorte abstraite sur une autre, la prédominance de l'avenir sur le passé.
Il proclame l'immense honneur qu'un homme doit trouver à pouvoir dire, en comprenant et goûtant ce qu'il dit : Je suis chrétien !
« INSTlTDTi; PBIUS EMM MORTUïïS EST QUAM CdRISTCS EcCLESUM SHAM PER- «I FECTE FLNDARET... Quœst. XXXVJII, SCCtiO VI.
Dans la rigueur des choses et de la vérité, le Précurseur n'a pas fait partie de l'ordre nouveau, il n'a pas éié membre de l'Église: « Non fuit « proprie mcmbriun Ecclesiœ. » Gela suffit pour lui laisser sa place dans l'ancien Testament, et légitimer l'interprétation du « minor in rcgno cœlorwn, major illv », que donne Maldonat.
« Qui minor est in regno cœlorum. »
En ce royaume céleste dont parle Jésus et parmi ceux qui l'habitent, il y a donc des distinctions, des rangs hiélarchiques, des degrés? Pour qu'il soit fait mention d'une ci)ndition inférieure « qui minor est », il faut bien qu'il existe des conditions supérieures, autrement l'expression même où se cache une idée de relation, n'aurait pas de sens.
Oui, l'ordre nouveau de choses; oui, la mesure de participation à la vie du Christ qui en est le principe, comporte des différences presque infinies. Nous mettons de côté toujours la question des mérites personnels, lesquels ne peuvent être connus et appréciés de qui que ce soit ici-bas. Ce que nous disons, nous le disons une fois d^ plus des situations abstraites, des vocations.
Il y a la vocation des simples chrétiens:
Il y a la vocation des prêtres ;
On peut s'en tenir à cette démarcation élémentaire.
Personne ne nous demandera d'entreprendre ici l'etpufeition dogmatique des grandeurs du sacerdoce. Ce n'est pas un chapitre, ni même un volume qu'il y faudrait consacrer, mais une vie entière, ne dût-elle être employée qu'à collationner et reproduire les admirables choses écrites sur ce sujet depuis saint Paul, saint Ephrem, saint .lean Chrysostome, saint Jérôme, saint Grégoire, jusqu'aux premiers oratoriens de France, lesBériiUe, les Condren,les Bourgoing, lesThomassin, de qui l'étude préférée était de contempler dans son type suprême Jésus-Christ, les magnificences du caractère sacerdotal, jusqu'à saint Vincent de Paul, jusqu'à M. Olier, jusqu'au vénérable curé d'Ars, notre contemporain. Tout au plus, et pour suivre l'indication discrète et voilée que le
Sauveur semble fournir en se servant de ce mot : « qui minor est », nous est-il possible d'opposer l'une à l'autre la dignité spécifique du simple chrétl^ et du prêtre et de marquer ainsi d'un trait rapide la distinction essentielle qui existe entre les deux étals.
Il faut remonter au principe fondamental de l'ordre surnaturel qui est l'Incarnation. Pourquoi le Verbe s'est-il fait chair, c'est-à-dire pourquoi le Verbe a-t-il élevé la nature humaine jusqu'à Lui, jusqu'à sa personne infinie, dans une intimité et dans une profondeur de relations telles qu'il est devenu nécessaire de créer un nom à part pour le désigner exactement ? La théologie répond : afin de présenter à Dieu d'un côté le seul vrai sacrifice dont la justice souveraine se pût accommoder, de l'autre afin de rendre le bonheur à la créature déchue et de la régénérer par l'efficacité même de ce sacrifice plénier. « Vnus mediator Dei et hominum, homo Christus Jésus. » C'est la réponse de saint Paul ; c'est la doctrine du Christ médiateur unique entre Dieu et les hommes; immolant la nature humaine à Dieu, donnant Dieu à la nature humaine; sacrificateur et sanctificateur en même temps.
Celte double et sublime fonction du médiateur, ne constituait rien moins que la réalité la plus absolue du sacerdoce. Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a pas été seulement « un prêtre ». Il a été le Prêtre parfait, idéal, éternel^.
Éternel ! c'est-à-dire qu'il est prêtre encore aujourd'hui, qu'il le sera demain et toujours « sempitermmi habel sacerdotiiim ». Jésus-Christ sacrifie et sanctifie toujours : dans le ciel au milieu des Élus, d'une façon triomphante et glorieuse, que nous ne pouvons pas nous représenter ici-bas; sur la terre, parmi les Chrétiens, d'une façon très-mysté-