CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
Prière au saint Précurseur.
« Confi/por Deo omnipoienli , « Beatss Mar'ise semper Virgini, « Bealo Michaeli Archarujelo,
« Beato Joanni. Baptistx. »
Tous les jours el plusieurs fois chaque jour l'Église nous invite à nous accuser dans l'humilité de notre cœur de nos
infinies misères : « Confiteor quia peccavi. » J'avoue
devant Dieu Tout-Puissant que je suis pécheur. Je l'avoue devant la Vierge Marie, la première des créatures ; devant saint Michel, le premier des Anges ; immédiatement après, devant le bienheureux saint Jean-Baptiste « Beato Joanni Baptistce ».
A défaut d'autres preuves, on pourrait établir par le rang qui est assigné au Précurseur dans la plus usuelle des prières liturgiques, l'estime, la vénération particulière où le tient la sainte Église, et aussi la confiance dont elle se sent pénétrée en l'efficacité de son secjours'.
i. Le. culte de saint Jean-Baptiste occupait autrefois dans la piété chrétieniie une place d'honneur. Les anciennes liturgies, expression véridique de la pensée régnante et des sentiments plus universellement
Ai-je pris garde jamais à ce détail tout à fait digne d'attention ! Au moment d'achever ce livre, je veux le relever ; je veux en faire la conclusion pieuse des méditations qui précèdent.
0 saint Précurseur du Messie, votre souvenir m'a souvent ému dans le cours de cet humble travail, à mesure que vous étudiant de plus près je vous comprenais davantage. Je ressens à celte heure quelque chose de meilleur encore que l'émotion. Je vous contemple, et lorsque ensuite mon regard redescend sur moi, toute mon âme s'emplit d'une confusion salutaire. Vous n'étiez que le plus grand des prophètes ; je suis prêtre ! Par dignité de vocation et d'état, je l'emporte sur vous inexprimablement. Or, ce que vous fûtes pour Jésus-Christ, je ne le suis pas. Ce que vous avez fait, je ne le fais pas.
{( Confiteor quia peccavi. »
répandus, sont pleines de ses inspirations. On sait qu'au moyen âîre dans les représentations naïves des faits évangéliques, l'iiistoire à la t'ois si douce et si dramatique du Précurseur n'était pas oubliée. On jouait le mystère du fils de Zacharie et d'Elisabeth, comme le mystère du divin fils de Marie. Assurément il reste encore aujourd'hui parmi les catholiques intelligents une dévotion solide envers celui qui fut l'ami et le révélateur du Messie. On peut aifirmer néanmoins que cette dévotion n'a plus à beaucoup près sa popularité des anciens jours, qu'elle n'est plus ni aussi comprise ni aussi goûtée.
J'ai lu dans un livre récent où cette question même était débattue, et cette différence signalée, que peut-être fallait-il attribuer l'espèce de discrédit qui semblait envahir la mémoire du saint Précurseur, à la mollesse, au sensualisme des présentes générations. Le « pœnitentiam agile » du rude prédicateur des bords du Jourdain, l'austérité de sa vie coniorme à l'austérité de ses enseignements sont moins bien accueillis que jamais. 11 y a tendance générale à reléguer dans le domaine de l'exagération pure de tels exemples et de telles leçons. D'instinct on se méfie, on se détourne ; d'un re^te d'admiration traditionnelle, on passe à la critique de moins en moins respectueuse, puis à l'oubli. Le pénitent dans saint Jean-Baptiste nuit au martyr.
II se pourrait bien, malheureusement, que cette explication fût la vraie.
SAINT JEAN-BAPTISXE. 327
Je confesse que je suis loin d'être autant que vous pénétré de l'indispensable nécessité de la pénitence, loin surtout d'y adapter ma vie, loin de m'établir devant le véritable esprit et l'habitude soutenue de la mortification.
Je confesse que mon zèle à révéler à mes contemporains « Celui qui est au milieu d'eux et qu'ils ne connaissent pas », « l'Agneau de Dieu chargé du péché du monde » ne sait pas comme le vôtre se tenir ferme, vaillant, intrépide, partout, toujours; qu'il se déconcerte devant l'obstacle, s'attriste de l'insuccès jusqu'à l'abattement, et parfois, au sein des exceptionnelles difficultés de l'heure présente, semble vouloir s'évanouir.
Je confesse que ma prétendue abnégation au service du Maître adorable que vous avez servi cache une multitude de recherches et de retours, de préoccupations et de soucis, dont assurément je souffre, mais qui vous eussent fait horreur.
Je confesse que votre humilité prodigieuse, votre passion pour l'humilité m'écrase.
Je confesse enfin, et tout se résume à ce désolant aveu, qu'au prix des merveilleuses délicatesses de votre amour pour le Sauveur, je ne puis que rougir de ce que j'ai bien la témérité de nommer aussi mon amour, j
« Confiteor... quia peccavi. »
Et maintenant ce que je vous demande avec la plus sincère ardeur de mon désir, c'est que vous m'aidiez à conquérir ce qui me manque. « Ideo precor. >) Oui, je vous supplie à genoux de vous intéresser au progrès de ma vie sacerdotale, à l'épanouissement courageux de ma vocation'.
1. « Vis nosse verbum quod apud Patrem manet absconditum, quod « lucem habitat iiiaccessibilem ? Dices : Volo ; convei te preces ad ic Joannem, hic nempe vox estVerbi, et index ejus et praeco... Haec offi-
Je vous supplie d'étendre ce même bienfait à tous mes frères dans le sacerdoce qui en auraient besoin.
Oh ! s'il allait se lever une génération de prêtres universellement faits à votre image, mortifiés, zélés, désintéressés, humbles, comme vous ; comme vous épris du Messie ; prêts comme vous à mourir pour la justice et pour la vérité !
S'ils étaient comme vous décidés à ne rien ambitionner sur terre, sinon la gloire de marcher devant la face du Seigneur, et de répéter puissamment au monde que son divin régne approche !
Qui pourrait dire la place réservée au siècle de demain, parmi les plus féconds pour l'Évangile, parmi ceux dont l'Éternité même gardera le souvenir !
« cia tum suscepit et peregit dum viveret, prsedicando ; illud idem in « suis devotis operatur suis ineritis et orationibus, ad Christi gratiam « notitiamque suscipiendam, salubriter inspirando. »
(Gerson., lect., sup. Marcum loc. cit.)