CUM PRIVILEGIO REGIS ET APPROBATIONE DOCTORUM
En. tête de cette belle édition se trouve un magnifique portrait du saint. De la main gauche il tient la houlette du pasteur, et de la droite une bourse ouverte et légèrement renversée d'où s'échappent des pièces d'or, en témoignage de sa charité généreuse. Au bas du portrait sont inscrites ces lignes :
S. Paulinus ex divite, Senatore, Consule, pauper, Monachiis, Presbyler, Episcopus Nolanns;, mundi contemptu, eleèmosynanirn largitale,fevvore fidei, caritatis ardore, sctipturarum, et studio scientiœ, cordis humilitate, mansuetudine spiritus, bonis omnibus ecj régie carus, obiit anno Christi, 451 , œtatis 78.
POËME VP
Souverain Père de tous les êtres, puissance éternelle du ciel; Christ qui lui es uni, gloire des saints et notre salut; Esprit également lié au Père et au Fils, Esprit qui diriges les cœurs et les voix, qui communiques les forces auxquelles la foi seule peut prétendre, Esprit à qui appartient le plein pouvoir de rendre l'usage de la parole aux muets, donnemoi de faire courir en mes vers comme sur le lit desséché d'un ruisseau, l'histoire de Jean que je puise aux sources évangéliques.
11 fut grand, aussi grand que put le présenter au monde celui qui le fit naître au sein de prodiges inouïs. 11 n'est point interdit d'offrir d'humbles hommages même aux plus illustres et le ciel accueille nos pauvres louanges d'ici-bas. C'est un mérite que de célébrer le mérite des saints.
Je ne dirai rien de nouveau ni qui me soit personnel. Les prophètes ont tout révélé par avance. Ils ont en un langage transparent consacré et la naissance miraculeusement promise, et la vie et la mort de ce saint personnage... la mort! si l'on peut appeler de ce nom un supplice qui mérita le ciel. Je me propose seulement de reproduire ce qu'ils ont dit, en mes vers harmonieux, et par l'agrément de la poésie de plaire au lecteur. Ainsi (pour comparer les grandes choses aux petites, les anciennes aux modernes, les parfaites aux plus élémentaires, les éternelles aux plus fugitives) ainsi David, autrefois, David! nom vénéré, répéta sur sa harpe que Dieu même inspirait, tout ce qu'avaient chanté les patriarches, et conserva dans ses hymnes célestes l'écho fidèle de leurs accents. A mon tour, je veux évoquer
SAINT JEAX-BAPIISTE. ôZb
les divins souvenirs, bien que mon cœur chargé de fautes s'ouvre difficilement aux inspirations d'en haut.
Zacharie, prêtre d'une tribu autrefois syrienne {?), remplissait de solennels emplois dans le temple confié à ses soins. D'une piété, d'une foi, d'une gravité, d'une vigilance au-dessus de tout éloge, il menait une vie digne de Dieu. 11 avait pour épouse l'aimable Elisabeth, issue de l'antique souche des saints patriarches, femme qui par ses vertus ne le cédait en rien à son époux. Elle n'avait pas d'enfants (privation réputée humiliante par les traditions anciennes); déjà avancée en âge, arrivée à ce point où plus aucun espoir d'être mère n'est possible, elle se sentait triste de son infécondité. Un jour le peuple entier offrait à Dieu un sacrifice solennel. Le pieux prêtre avait allumé les flammes sacrées, il en avait entouré le sanctuaire intérieur. Tout d'un coup un messager céleste se présente à côté de l'autel. Il porte un brillant vêtement ; son aspect inspire la vénération; son altitude et son regard dénotent qu'il vient du ciel. Il laisse monter ces mots de son cœur où la sainteté réside :
« Prêtre que le Dieu du ciel aime, recevez les ordres du « Dieu Éternel, du Dieu qui se préoccupe sans repos ni trêve u de ses saints, du Dieu dont le cœur éternellement fidèle « rend aux justes amour pour amour.
« 11 ne veut pas que votre famille s'éteigne faute de fécon- (' dite. Voici que votre épouse à qui son âge interdisait tout M espoir n'est plus stérile. Pourquoi, sous l'inspiration du « sens humain, hésitez-vous à croire en la puissance de « Dieu? Vous croirez. Vous aurez des preuves. Il vous naîtra « un fils digne d'un tel garant, dont la renommée sera « éternelle, un fils qui dès l'âge le plus tendre plus grand « que vous, portera dans une âme invincible des forces « plus directement communiquées par Dieu que par son
<{ propre père. Et sachez-le, le nom que vous donnerez au « nouveau-né n'est point laissé à votre choix et à votre « préférence propres. Dieu qui le fait naître, veut qu'il « s'appelle Jean. L'honneur de ce nom, l'immense suite de « mérites qui s'y rattachent, ne sont connus que de celui-là « seul qui en est l'auteur, et qui vous réserve, à vous, d'in- « croyables joies.
« La joie! elle ne sera pas pour vous seul. Le bonheur « qui se limite à un seul foyer compte peu. L'univers « entier, tout le globe qu'éclaire la lumière naissante et « couchante du jour, se réjouira avec vous de votre postérité. « Quoi d'étonnant ! Ce fils qui vous est promis échappera « même aux plus légères atteintes du mal. 11 mènera sans « chute, sans défaillance une vie angélique. 11 s'abstiendra « par une mortification soutenue de boire le vin qui enivre, (( jamais il ne portera à ses lèvres la coupe où pétille la (i liqueur aux inspirations mauvaises. Et tandis qu'il « annoncera au genre humain le salut après le péché, et « qu'il renouvellera les mortels par l'eau sainte, lui n'aura « rien en son être qui ait besoin d'être purifié.
« Pour ne point vous retenir par des énigmes, vous, « prêtre savant, vous connaissez les mérites d'Élie, de cet « Éliequi, affranchi delà loi commune et odieuse de la mort, « jouit corporellement d'une vie éternelle. Cet Élie qu'un « char de feu traîné par deux ardents coursiers emporta « à travers les espaces, votre fils l'égalera par le merveil- « leux éclat de ses vertus; il aura les mêmes mérites, il « aura la même gloire.
« N'hésitez pas à croire. Accordez sans crainte à un si « grand bienfait votre meilleure reconnaissance. Dieu, qui « vous comble, pourrait s'irriter et joindre aux avances « dont il vous honore, un juste châtiment. »
Ainsi parle l'ange, et déployant ses ailes dans l'espace
SAliM JEAiN-BAl'TISTE. 357
diaphane, il répand au loin à travers les airs un céleste et délicieux parfum. Zacharie ému, troublé, se sent tout saisi de fiayeur. 11 roule eu son âme floltnnte les promesses qu'il vient d'entendre. Il ne vient pas à bout de croire qu'il ait pu mériter une si prodigieuse faveur, qu'il soit l'ohjet des attentions du Dieu souverain, (ju'un ange envoyé des profondeurs du ciel, soit venu lui apporter les ordres du Tièsllaul. 11 redoute une surprise. Ce n'est peut être qu'une hallucination. Sa vie accoutumée est trop imparfaite pour se voir récompensée d'un tel honneur.
L'excès de sa ft»i le fait pécher contre la foi. Il ne veut pas se croire digne de tant de gloire. 11 s'attire par sa résistance un douloureux châtiment. A l'instant même sa langue s'altache à son palais embarrassé, elle n'a plus de mouvements, elle ne peut plus émeltre un seul accent, elle se fige dans l'immobilité. 11 voudrait faire part à la foule du miracle dont il vient d'être l'objet. Vains efforts. 11 est réduit à un invincible silence. Triste, il se relire cachant sa douleur au fond de son âme, et demandant, du plus intime de son cœur, pardon pour son péché.
Que la tendresse de Dieu est grande ! Que Dieu est clément ! Avec lui, le repentir suffît. Le temjis qui fait tout éclore s'écoule. 0 prodige ! Le sein d'Elisabeth s'enfle peu à peu et se charge du saint fardeau que l'ange a promis. Au déclin et dans Tépuisemeiit de l'âge, Elisabeth a retrouvé l'hoimeur de la jeunesse.
Pendant ce temps, saint Gabriel, l'ange même député auprès de Zacharie, s'acquittant d'un devoir plus sublime encore, dirige son vol vers Maiie, Marie qui, fiancée à un mortel, n'apparlient cependant qu'à Dieu, et qui, sur le point d'enfanter le sauve jr du monde, garde l'intégrité virginale de la plus délicate pureté. A peine a-t-elle entrevu l'attrayante beauté de l'apparition céleste, elle
baisse soudain les yeux, une subite rougeur colore ses joues.
L'ange dit : « 0 Vierge plus heureuse que toutes les « vierges qui existèrent, existent ou existeront jamais sur « cette terre dont le soleil fait périodiquement le tour, vous « que le Très-Haut a choisie pour que vous fussiez mère de « Celui dont il est le Père, suivez votre incomparable des- (( tin. Sans nul commerce mortel, par la seule parole de « Dieu, devent^z féconde, connaissez l'honneur de la mater- « nitè. Que votre chaste sein façonne le corps de Celui qui « créa le ciel et la terre, l'océan et les astres, de Celui « qui fut toujours, qui est aujourd'hui, qui sera jusqu'à la « fin des siècles. Grâce à vous, le maiire de l'univers, le « créateur de la lumière, lui aussi révélera notre huma- « nité. lise montrera à nos regards. Il prendra rang parmi « nous. Ne vous effrayez pas de l'annonce de si merveil- « leuses choses. Celui qui étant fils de Dieu veut être aussi « votre fils, qui de son divin vouloir règle et gouverne tout, « vous donnera confiance et courage. »
A ces mots, l'ange se dérobe aux yeux de Marie, quitte la terre, et d'un facile essor remonte vers les régions saintes qu'il habite. L'ordre de Dieu s'accomplit. La Vierge croit sans hésiter. Sa foi prompte double ses mérites accoutumés. Dans les mystérieuses profondeurs de son être s'élabore le corps divin. Le doux et sacré fardeau commence de se faire sentir. Marie porte en son sein le Seigneur et le maître des cieux.
Bientôt ce divin fils, quoique invisible encore, inspire à sa sainte mère le dessein d'aller visiter Elisabeth, Elisabeth qui presque au déclin de l'âge va donner le jour à un enfant chéri de Dieu. Marie suit l'inspiration de son fils, tant est grande sa foi. Elle vient où l'ordre secret lui commande de venir. Jean fait tressaillir le sein maternel, et remplit d'une
divination sublime l'âme d'Élisa])eth. l'rophote et révélateur avant que d'être né, du fond du doux asile où il se cache, il voit le passé et découvre l'avenir.
Dès qu'i\lisabeth aperçoit Marie toute resplendissante de la lumière qu'elle a conçue, elle se porte en hâte à sa rencontre. Elle lui tend affectueusement les bras et s'écrie : Je vous salue, ô mère du Seigneur; je vous salue, Vierge pieuse qui enfanterez bientôt eu dehors des exigences accoutumées de la nature. Votre pureté vous aura mérité la double gloire de vierge et de mère. Mais d'où me vient à moi, qui ne le mérite à aucun titre, l'honneur de si tlatteuses avances ? Comment la gloire même du ciel s'abaissant jusqu'à m.on humble et pauvre demeure, verse-t-elle l'éclat de sa lumière sur les ombres mêmes où j'habite? Que votre fils, ô Marie, soit doux et bon pour ses serviteurs, qu'il continue de répandre sur eux les faveurs dont il eut le premier Tinitialive. Ainsi parle Elisabeth, et se jetant au cou de Marie, elle l'enveloppe de ses caresses, elle baise pieusement le sein qui porte le Dieu de ses adorations et de son amour.
Et maintenant, ô criminelle Judée, souillée du sang de ton roi, si les promesses de tes patriarches ne te semblent pas véridiques, si tu penses que les prophètes se sont trompés, si, dans ton hostilité impie et coupable, tu accuses de mensonge Moïse et David, ciois donc au moins à ceux qui ne sont pas encore nés. Blotti dans le sein maternel, voici que Jean révèle à Elisabeth ce qu'il voit. Qui donc, je te le demande, lui fait ainsi connaître Celui que Marie porte en son flanc virginal? Qui do«ic l'initie à cet enfantement inouï dans le cours des siècles? Les regards des saints pénètrent les mystères, et découvrent ce qu'ignoreront toujours les pécheurs.
Mais, franchissant les bornes, mon char s'emporte à travers champs; sans souci de mes forces, il s'aventure à des
courses trop longues. Un jour, je l'espère, ayant acquis plus de vigueur, je tenterai de conduire un vaillant quadrige en pleine carrière. Pour le moment reprenons le sentier commencé. Que le langage d'un mortel raconte les choses mortelles. Aux paroles divines de célébrer le Seigneur.
Lorsque se fut écoulé le temps marqué par la nature, l'enfant illustre rompit le sein maternel. L'indubitable événement vient remplir les promesses de Dieu qui n'avaient pas été crues tout d'abord (incrédulité châtiée d'une dure peine). Le nouveau -né s'oflVe en preuve vivante et irrécusable. Suivant la coutume, les proches et les amis s'assem blenl pour donner à l'enfant un nom qui tienne à la fois du nom des ancêtres et des merveilleuses circonstances de son apparition à la vie. Mais Elisabeth informée par son fils des volontés célesies, affirme que les parents n'ont pas la liberté du choix. On consulte le père dont la parole depuis longtemps enchaînée se refuse à tout langage. S'il ne peut parler, du moins il indiquera ce qu'il pense en écrivant. On l'interroge. Il demande des tablettes. 11 écrit : Jean. Surprise universelle. On fait remarquer que ce nom ne fut jamais porté par aucun des ancêtres. Efficacité de la fui même tardive! Parce que la main deZacharie a tracé ce que croit son âme, la peine de son péché lui est soudain remise. Sa langue est tout d'un coup débarrassée des obstacles qui la gênaient. Le vieillard se fait entendre à son tour. Il révèle à la famille les ordres jusque-là voilés de Dieu, et par l'accomplissement qu'il donne des prophéties passées , il offre une garantie de l'avenir. Qui douterait encore des hauts destins de l'enfant qu'en dehors de toutes les luis de la nature, au seul commandement de Di>^u, on voit entrer ainsi dans la vie. Le châtiment et le pardon de Zacharie sont aux yeuicde tous le mémorable témoignage de son iiésitation, et les cœurs se partagent entre la crainte et l'espoir.
L'âge (iu berceau s'écoule. Di''jà les indices de la surnaturelle vigueur de l'enfant se manifestent. Caresses, souriies, cris mélangés de joie ou de douleur, il ne connaît rien de tout cela. Au lieu de gaieté folâtre, une maturité précoce le façonne dès le début, au genre de vie qui l'attend.
Dès qu'il commence à pouvoir marcher seul, dès que sa voix articule les premiers mots, il est tout entier à écouter les saintes conversations de son père ; il s'inilie aux faits illustres des aïeux; il étudie la loi (|ue Dieu lui-même a promulguée par Moïse, et qui se trouve gravée sur les tables de pierre. Il s'entretient assidûment de ces pieux souvenirs et de tous ceux qui peuvent former son cœur. Conmient supposer que celui qui par un don du ciel connaît l'avenir ignore rien du passé? Quand les années ont apporté à son corps la force nécessaire (lar pour l'âme, dès les premiers joiu's, le Seigneur l'avait comblée), il ambitionne d'apprendre ce que les houmies ne sauraient enseigner. Il se prive de nourriture et de boisson. Il éc;irte tout ce qui pourrait entraver l'essor d'une sainte vie. Abandonnant le foyer pourtant chaste et pur de son père, fuyant la société des hommes, il s'en va dans la solitude chercher un abri secret, où il lui soit permis de ne s'occuper que de son âme et de s'adonner entièrement, libre des vulgaires soucis, à l'observation des préceptes sacrés. Pour endurcir contre la sen. sialité ses membres délicats, il porte un vêtement tissé des poils d'un chameau bossu ; leurs pointes en aiguillonnant son corps, chassent le lourd sommeil. Une rude ceinture le relient à la hauteur des reins.' Il n'a pas d'autre aliment que du miel sauvage, des fi uits, des lieibes poussées au milieu des rochers. Il étanche sa soif aux eaux courantes.
Où pourrait bien encore se glisser le vice? par quelle issue les instincts mauvais pénétreraient-ils en cette âme
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sainte qui se fortifie? comment pécherait celui qui ne désire rien?
Quel! piège de l'adversaire peut redouter celui qui n'a besoin de quoi que ce soit au monde? xUnsi vécurent, à l'origine, les premiets mortels. Dieu les avait pour jamais établis en ces habitudes sublimes, jusqu'à ce que se glisse dans les cœurs la volupté, sinistre conseillère traînant après soi le luxe et la cupidité. C'est d'elle que datent les haines, les luttes, les fraudes, les jalousies, la colère, les meurtres, les armes, le sang, les batailles, la mort. Elle a déchaîné le péché qui offense Dieu et que l'enfer doit inexorablement punir.
J'instruis le procès des fautes du genre humain, et je m'oublie moi-même. Mieux vaut attendre et espérer le pardon qu'aggraver les torts du passé. Admirons surtout cet homme vraiment divin, qui dépasse les proportions humaines, qui se dresse comme une rnerveille dont les siècles anciens n'offrent aucun exemple, qui pur de toute tache afflige son corps des plus dures privations, et nous enseigne ce que nous devrions faire, nous pécheurs. Quand il a passé un long temps à fortifier ainsi son âme robuste, quand il a trouvé dans la méditation solitaire tout ce qu'il y était venu chercher, un jour, il entend une voix du ciel qui lui dit :
« Prophète chéri, voici d'assez longues années consa- « crées à ton progrès personnel. Le moment est venu de « faire profiter les autres des dons que tu as reçus et de « leur faire retrouver ce qu'ils avaient commencé de per- « dre. Avance-toi donc du eôté des eaux saintes du Jour- « dain limpide. Lave de ses flots quiconque se repentira « de ses fautes passées, les accusera, et se proposera de « mieux vivre. Toute créature renaîtra qui d'un cœur sin- « cère aura cherché dans un baptême pieux l'effacement de
f ses crimes, pourvu qu'elle mène une vie renouvelée et (( qu'elle condamne par là son ancienne vie. »
Jean, d'un esprit soumis, obéit aux ordres d'en haut, et sans attendre, descend vers les rivages du fleuve qui lui sont indiqués. Là, avec de redoutables accents, il prêche la loi de Dieu ; il jette au pkis profond des cœurs des germes de salut. 11 efface les péchés par le baptême. 11 débarrasse les consciences de leur terreur, il les soustrait au châtiment. 11 éteint les flammes avec l'eau sacrée. Il excite au repentir du mal. 11 façonne pour une nouvelle vie de nouveaux êtres.
0 Père ! ô créateur éternel des hommes et des choses, quelle n'est point votre inépuisable tendresse. Quel père entreprit jamais de pardonner autant de fois à son fils coupable ! Vous donnez à vos enfants un sûr instinct qui leur fait connaître le bien et le mal. Ce n'est point assez. Vous tracez les règles de la loi qu'il faut suivre, vous en étiiblissez la sanction par des châtiments portés contre les transgresseurs, des récompenses promises aux observateurs fidèles. Quelqu'un a-t-il méprisé ces avances... qu'il revienne! Le pardon lui est assuré. Voici un baptême saint qui réparera sa vie, régénérera le passé, fera de lui un homme nouveau. Que demander de plus? 11 y a pourtant une grâce plus précieuse. Quelqu'un en profanant son corps, a-t-il violé ce bienfait de la régénération... Bien que son péché soit déjà excessif, qu'il s'arrête dans le mal, qu'il revienne, qu'il s'accuse le premier, il sera pardonné ! 0 vraiment combien, suivant votre parole, le fardeau que nous [lortons est léger ! combien suave le joug auquel nous sommes soumis, puisque le pardon est tant de fois octroyé à un même coupable ! Et cependant nous péchons toujours; la race humaine ne cesse pas de pécher. Seigneur, votre bonté s'en révèle d'autant mieux. Plus grands sont les torts du coupable, plus grande aussi est la munificence de celui
qui pardonne ! Que tous les cœurs vous rendent donc grâce, ô mon Dieu, que tonte bouche vous glorifie, et si le pauvre genre humain ne réussit pas à vous plaire autant qu'il faudrait, du moins qu'il vons soit reconnaissant. 0 Père, si j'entreprenais de célébrer vos louanges, j'ouvrirais mes voiles à l'immensité même et à l'infini.. Mon esprit s'effraye d'une tâche dont il sent toutes les difficultés, connaissant sa faiblesse, il en tient compte. Il laisse à de plus hauts génies de continuer ce qu'il faudrait dire encore.
Je reviens à mon récit. 0 saint Jean, votre œuvre est donc de régénérer les âmes en purifiant les corps. Quand le Très- Haut vous avertit par une voix venue du ciel, ce ne fut pas la première fois qu'il révéla son dessein sur vous. Plusieurs siècles auparavant, par labouche de son saint Prophète Isaïe, le plus grand prophète des temps anciens, il avait dit déjà : « Mon fils, j'enverrai devant vous, sous vos yeux, sous vos « pas, un précurseur. 11 déblayera les chemins couverts <( de ronces, il abaissera les élévations de terrain, il « exhaussera les endroits défoncés et creux. Ce qui était « tortueux il le redressera, il rendra praticable ce qui « était âpre, il adoucira ce qui était rude. Il aplanira le « monde entier. »
Aimable Jean, don du Père suprême, c'est donc vous qui, promis en même temps que le Christ, venez avec h.i; c'est vous qu'il célèbre lui-même après qu'il vous a envoyé comme son précurseur. Les prophètes vous ont annoncé par- avance. Vous avez l'honneur de porter un nom angélique. La clémence de Dieu se manifeste par vous, pour la première fois. Pour la première fois par vous s'exerce la puissance du pardon. Au moment où les merveilles opérées au sein du peuple renouvelé vous faisaient rechercher davantage, le Christ a dit de vous : « Voici un prophète tel que les siè- « clés antérieurs n'en connurent jamais. Je vous le dis en
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« vérité, moi qui pénètre les secrets du passé et de l'ave- « nir, entre les lils de la femme, parmi ceux qui prennent « placi' dans la famille Inimaiiic par une naissance mor- « telle, nul ne pourra jamais s'élcvor au-dessus de Jean. » Telle est, à votre égard, ralfirmalion de celui qui scrute les profondeurs du cœur humain, qui contemple d'un infaillible regard la suite des siècles, comme nous contemplons, nous, les événements qui s'accomplissent sous nos yeux...