SON ÉDUCATION CHRÉTIENNE. SES ANNÉES DE RETRAITS
ET d'ascétisme. -— SES PREMIERS OUVRAGES
Ânthusa était une mère attentive et une chrétienne fervente. C'est à elle que Jean dut sans doute sa première éducation religieuse. Il ne nous a point donné à ce sujet de détails particuliers; mais il nous est permis de bien connaître au contraire cette préparation plus complète qu'il reçut après sa vingtième année de maîtres excellents, et qui le conduisit bientôt à se détacher du monde pour mener d'abord la vie monastique et recevoir ensuite le sacerdoce.
Dans les familles chrétiennes du iv® siècle, la règle n'était pas encore de baptiser les enfants nouveaunés. Le plus souvent, le baptême était retardé, souvent jusqu'à l'âge mûr, parfois jusqu'à la vieillesse et la veille même de la mort. Celte coutume, qui nous surprend aujourd'hui, s'explique par un certain nombre de raisons de nature assez diverse, les unes assez peu honorables, et les autres plus élevées. Outre qu'il y avait là comme une survivance de ces premiers
temps du christianisme, où les chrétiens de caissance étaient fort rares, et où le recrutement de l'Église se faisait surtout par les conversions d'hommes d'un âge mûr, le motif principal était que, le baptême effaçant tous les péchés, on le retardait le plus possible précisément pour se réserver aussi longtemps qu'on pouvait le bénéfice de cette grâce souveraine, a II faut que jeunesse se passe », disaient les pères et les mères, et on baptisait les jeunes gens quand on les croyait dégoûtés du vice. Il semblait que le baptême seul pût effacer certains grands crimes; on le gardait en réserve par précaution contre (certaines rechutes profondes dans le péché. Il se mêlait à cette prudence assez basse un sentiment plus noble : c'était ridée qu'on se faisait alors de la pénitence, et qui était autrement sérieuse, autrement redoutable que celle qu'on s'en fait aujourd'hui. Nous verrons plus tard Chrysostome combattre avec la dernière énergie ces abus, dont les exemples illustres sont innombrables*. Lui-même cependant, suivant, comme nous venons de le voir, la coutume générale, ne fut baptisé qu'assez tard, sans doute vers 869, par les soins de Mélèce, qui l'ordonna bientôt après lecteur. Les deux principaux maîtres qui formèrent Chry-
I. Constantin tout d'abord; un des magistrats les plus célèbres du iv* siècle, Probus, dont les écrivains chrétiens contemporains ont souvent fait Téloge, ne fut baptisé qu'à la fin de sa vie; Nectaire, à qui Jean succéda comme archevêque de Coustantinople, ne Tétait pas encore quand on pensa à lui pour Tépiscopat.
sostome à la vie religieuse furent Mélèce et Dîodore de Tarse. Le premier fut évêque d'Ântioche de 36o à 386. Caractère modéré, il fut élu au moment où les discordes causées par Tarianisme étaient encore très vives et il semble que l'on s'attendait, bien qu'il ftlt orthodoxe, à le voir montrer certains ménagements pour ses adversaires. Mais il afSrma au contraire sa foi de façon très nette dans le discours qu'il tint, lors desa consécration, devantl'empereur Constance. Plus tard, sous Valens, il fut exilé de 870 à 878, et Flavien, qui devint ensuite son successeur, fut, pendant cet exil, avec l'assistance de Diodore, le véritable cbet de la communauté orthodoxe d' Antîoche . Mélèce était moins un théologien qu'un homme d'action, dévoué à son église, cherchant à exercer une influence directe sur ses fidèles, ennemi de toutes les exagérations, et, — Chrysostomes'ensouvi^ndraplus tard, après ses premières années d'entraînement et d'enthousiasme, — moins porté à admirer certains excès un peu ambitieux de l'ascétisme comtemporain qu'à recommander la pratique sans faste, dans le monde même, des vertus actives*. Diodore, plus tard évêque de Tarse (378-394), et à qui Jean demeura toujours attaché, était au contraire avant tout un savant remarquable. Il est le chef de cette école exégétique d'Antioche, dont les principes furent après lui poussés plus loin par son élève Théodore de
I . Voir par exemple le mot que rapporte de lui Thëodoret H. E. IV, a6.
Mopsueste, et qui s'oppose si nettement à celle d'Alexandrie. Tandis que les Alexandrins, depufe Origène, s'enivrent d'explications allégoriques, Diodore, sans proscrire brutalement l'allégorie, la relègue doucement avi second plan, et enseigne que jamais il ne faut perdre de vue le sens historique de rÊcriture. C'est lui qui, comme Lucien au siècle précédent, a fait d'Antioche au iv* siècle un brillant foyer de hautes études théologiques. Son enseignement a exercé une influence profonde sur le développement de la pensée de Jean, dont les homélies, qui sont presque toutes composées sous forme de commentaires des Livres Saints, sont, en ce qui concerne l'exégèse, tout à fait fidèles à la méthode préconisée par Diodore.
A Diodore et àMélèce il faut joindre encore, pour être complet, un personnage moins connu, Carterius, qui semble aussi avoir aidé à la formation de Jean à la même époque. Carterius dirigeait à Antioche, avec Diodore, ce que Sozomène* appelle un àa-xYjTYipiov. Faut-il voir là une véritable communauté monastique, établie, contre l'usage du temps, non point dans la solitude, mais au cœur de la ville même? Il faut comprendre plutôt peut-être une sorte d'école, une réunion plus libre qu'un couvent proprement dit, de ces jeunes gens d'élite auxquels Diodore donnait un enseignement doctrinal et que Carterius exerçait à certaines pratiques ascétiques. Quoi qu'il en soit, peu