I. Sozomène. VIII, a
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d'années après son baptême, Jean, Timagination enfiévrée, comme beaucoup de jeunes chrétiens de son temps, par le récit des prodiges que l'on rapportait des Pères du désert, ne pensait qu'à se retirer luimême dans les montagnes voisines d'Antioche qui s'étaient remplies de bonne heure de cénobites ou d'anachorètes : car la Syrie fut une des premières provinces de l'empire qui suivirent l'exemple donné par l'Egypte. Quand on se représente l'état général de la société chrétienne au iv* siècle, tel que nous le feront bientôt connaître les œuvres de Jean, on comprend aisément cet élan irrésistible qui entraînait vers la solitude les âmes les plus généreuses .Dans le monde chrétien élargi, le relâchement des mœurs était devenu plus sensible. On sentait combien il était difficile que la pure doctrine de l'Évangile devînt, sans aucun sacrifice, sans aucune altération, la règle absolue de la vie. On était pris, en face de la médiocrité ordinaire des mœurs régnantes, du même dégoût qui avait saisi, en face de la corruption païenne, les chrétiens des premiers âges. Le monachisme recrutait l'élite mo* raie de la société chrétienne, comme le christianisme avait alors recruté celle de la société païenne, par l'attrait d'une perfection plus grande, par la séduction même d'une sévérité plus rigoureuse. Et ainsi presque tous les grands hommes du iv* siècle ont subi en quelque mesure l'influence de l'ascétisme. Ils ont presque tous connu, au début de leur maturité, une heure de crise, où ils ont hésité entre la vie active et la vie contemplative, le ^(oçnpocHXWOç et le ^lo*^ O^copT^*
Tixoç*. Jean, qui plus tard s'est si décidément prononcé en faveur de la première, allait, à l'époque où nous le considérons, vers la seconde avec tout l'élan d'une âme jeune et ardente. Il nous a entretenu, dans les premières pages de son beau traité* sur le Sacerdoce, des rêves qu'il faisait alors, et auxquels s'associait ce Basile, qui fut aussi d'abord, comme nous l'avons vu, le compagnon de ses études classiques et le confident de l'enthousiasme qu'elles lui inspiraient. Mais il fut arrêté par la résistance d'Anthusa, qui ne put se résigner à un tel sacrifice. Il se sentit forcé de demeurer à Antioche, auprès de Diodore, de Carterius, de Flavien. Déjà, toutefois, sa réputation de science, d'éloquence et de sainlt à était grande, et peu s'en fallut qu'il ne lui arrivât, comme à tant d'autres au iv® siècle, d'être élevé à l'épiscopat malgré lui. Il nous a raconté, au début du traité sur leSacerdoce, sans préciser tous les détails, cette histoire, qui doit se placer approximativement vers l'année 873. On voulut donc les faire éveques, lui et Basile. Mais Jean, tout en laissant ignorer à son ami qu'il se déroberait, ne se crut pas digne d'accepter des fonctions, que plus tard encore, lorsqu'il fut appelé à Constantinople, non seulement il ne rechercha pas, mais il ne reçut que par ordre. A l'insu de Basile il prit la fuite, tandis que Basile au contraire demeurait, et devait se laisser consacrer. Ces incidents lui fournirent un peu
I. Ainsi saint Grégoire de Nazianze (Carmen de vita sua). a. De Sacerdoiio I, 4i 6«
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plus tard roccasion de composer son traité du Sacerdoce, qu'il a dédié a Basile, et où il s'est préoccupé d'expliquer, dans un long préambule, les motifs qui lui avaient alors dicté sa conduite.
Un de ces motifs, — bien que Jean lui-même nous parle de préférence de la crainte qu'il avait de n'être point digne de ces hautes fonctions, — dut être certainement qu'il n'avait pas renoncé, dans le secret de son cœur, à mener un jour la vie ascétique, et en effet, peu après ces événements, en 874 ou 3^5, il réalisa son rêve. Anthusa avait-elle enfin cédé à ses instances ? Jean ne nous en a rien dit, et il est probable que s'il eût réussi à la fléchir il n'aurait pas négligé de nous l'apprendre. II est donc plus vraisemblable qu'elle était morte, lorsqu'il quitta Antioche pour se retirer dans les montagnes qui l'avoisinent. Là, il mena d'abord pendant quatre ans la vie cénobitique, puis, voulant pousser jusqu'au bout l'épreuve, il vécut pendant deux ans en anachorète, dans une caverne, jusqu au moment où il sentit sa santé atteinte par de telles austérités*. Il rentra alors à Antioche, prêt à suivre désormais régulièrement les degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Il fut ordonné d'abord diacre, en38i, par Mélèce, l'évêque qui l'avait baptisé, et qui, depuis trois ans, était revenu de l'exil. En 386, après la mort de Mélèce, à qui Flavien venait de succéder, il fut ordonné prêtre. Dès lors commence la grande période de son existence, celle où