‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 12 sur 88 · I. Voir à ce sujette dialogue de Palladius · texte numérisé non relu

I. Voir à ce sujette dialogue de Palladius

se manifestent tout à coup, à la fois, en leur plénitude, son grand talent oratoire, et le don non moins remarquable qu'il avait d'agir sur les âmes et de les diriger.

Mais les dernières années de cette première période, dont nous venons de terminer le récit, n'ont pas été consacrées uniquement aux pratiques ascétiques que nous avons racontées, ou à de simples études préparatoires. Ce sont déjà des années fécondes, où Jean, n'ayant pas encore de tribune à sa disposition, dépense, en un grand nombre de traités, tantôt brefs, tantôt au contraire très étendus, cette éloquence qui jaillissait si naturellement de son âme et avait besoin de s'épancher. Ces divers ouvrages sont intéressants à plus d'un titre, non seulement par la nature des sujets, mais encore parce que Jean ne s'est plus guère servi dans la suite de cette forme du traité dogmatique ou du dialogue, — c'est dans rhomélie qu'il excellera et qu'il se renfermera, — et aussi parce que les idées mêmes, sans présenter aucune contradiction formelle avec celles que nous rencontrerons plus tard dans ses grandes œuvres oratoires, offrent cependant, comparées à elles, des nuances assez sensiblement différentes ; le ton, en tout cas, avec lequel elles sont exprimées, n'est pas le même. Et ce n'est pas seulement le ton qui est parfois plus âpre et plus violent. Jean a toujours, à vrai dire, gardé une fougue extraordinaire de langage, qui a souvent induit en erreur les critiques un peu pressés sur la modération réelle de sa pensée*

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Mais a l'époque de sa pleine maturité, il était très soucieux de ménager les intérêts divers en présence desquels il se trouvait; très désireux de ne compromettre par aucune exagération funeste le résultat utile de sa prédication; il savait, très exactement, par le contact journalier qui s'établissait entre lui et la foule, ce qu'il pouvait exiger de la moyenne des fidèles, et, si haut que fût l'idéal qu'il aimait à leur présenter, il n'exigeait d'eux, en réalité, que le possible. Dans ses années de jeunesse, il n'avait point atteint encore, — et on ne saurait s'en étonner, — ce merveilleux équilibre, qu'on admire en lui pendant le temps de sa prédication à Antioche, et qu'il perdit parfois de nouveau, à la fin de sa vie, lors des grandes crises où l'entraînèrent, à Constantinople, ses démêlés avec l'impératrice. Une certaine exubérance de jeunesse, un certain manque de sens pratique sont sensibles dans ces œuvres de début.

On peut placer à cette époque, c'est-à-dire approximativement entre SjS et 38 1 , les divers écrits suivants qui, par un caractère très marqué d'intransigeance, semblent bien appartenir à la période d'ascétisme aigu que traversa d'abord Jean : l'Exhortation adressée à Théodore après sa chute*; — les deux livres sur la Pénitence (ÏIsplxaTavuÇscoç) dédiés le premier à Démétrius, et le second à Stéléchius ; —

I. Aiyoç itapatv6Tix5; elç Oe^ôcopov épLuecrévTa. Un second discours a pour titre dans nos éditions : Uphç t6v aOxàv 6e6Ô(dpov Xéyoç p\ C'est une question de savoir s'il s'adresse au même personnage.

les trois livres contre les adversaires du monachisme (IIpoç Toùç TToXejxoiïVTaçToTçeTrlTO (xovàJ^eiv evàyoua-vv); — le petit écrit intitulé : Comparaison du roi et du moine, qui montre, par son titre seul, que Jean était à cette époque non seulement en pleine fièvre d'ascétisme, mais encore parfaitement accessible à rinfluence de ses premières études; car ce thème est par excellence un thème classique, où le moine, déclaré supérieur au roi, tient la place du philosophe stoïcien; — les trois livres de consolation et de conseils adressés au démoniaque Stagire (IIpoç STaysipiov àor.YjXTiV Saijxovwvxa) ; — le traité sur le Sacerdoce*, en forme de dialogue, une de ses œuvres les plus soignées dans le détail, et l'exposé dogmatique le plus étendu qu'il ait écrit; — un certain nombre d'œuvres où le fils d'Anthusa nous paraît préoccupé d'acquitter en quelque sorte sous forme de bons conseils adressés aux veuves la dette de reconnaissance qu'il avait contractée envers sa mère : A une jeune veuve (Elç vetoTipav ^Yipeufrao-av) ; — sur la monogamie (Ilepl jjLOvavSptaç); — enfin le traité de la virginité (IIspl TrapGevtaç).

Je laisserai a peu près de côté les divers traités qui ont rapport au monachisme, y compris le traité

I . On a vu plus haut que les événements qui donnèrent àChrysostomeroccasion de composer ce traité se sont passés sans doute vers 873. Mais rien ne prouve que Chrysostome Tait composé aussitôt après et Thistorien Socrate (VI, 3) en place la date vers la fin de la période que nous étudions (38i), après que Jean avait déjà reçu le diaconat. La perfection de Touvrage rend cette date assez vraisemblable.

de la Virginité. Il me suffit de rappeler ce que j'ai déjà dit de l'état d'esprit où était Jean quand il les écrivit, et combien cet état différait de celui auquel nous le verrons arriver plus tard. Lorsque dans ses fonctions de prêtre à Antioche, ou d'évêque à Constantinople, il fut mêlé de plus près à la vie de ses fidèles, il se préoccupa davantage de proportionner l'idéal auquel il les conviait aux devoirs et aux exigences de la société civile. Il comprit mieux le prix de la vie de famille ; il rabaissa moins la vie active; sans cesser cependant d'admirer la noblesse et la pureté de la vie ascétique. Il n'entre point dans mon esprit, par contre, de rabaisser celle-ci; mais je veux dire seulement qu'en cette première période, c'est avec quelque exclusivisme queCbrysostome la célébrait. L'exemple le plus frappant qu'on en puisse donner est le traité sur la Virginité, dont il me faut bien dire un mot. C'est assurément, en plus d'une page, une œuvre exquise, pleine de grâce, de fraîcheur, d'éclat, et que la jeunesse même de l'auteur illumine et colore. On se sent parfois mal à l'aise cependant en le lisant. Jean, assurément, avec la modération naturelle de son esprit, s'y propose de combattre à la fois deux excès opposés : celui des divers hérétiques (marcionites, valentiniens, manichéens, etc.), qui condamnent trop sévèrement le mariage ; celui, d'autre part, de certains fidèles, qui placent sur le même rang la virginité et le mariage, ou même tendent plus ou moins directement à déprécier la virginité. La position qu'il

prend ainsi est en somme inattaquable, et également éloignée des deux extrêmes. Mais, dans Tune et dans l'autre des deux discussions qu'il soutient, Chrysostome ne nous apparaît point tout à fait tel qu^il sera dans la suite. Contre les hérétiques contempteurs de la chair, ses attaques manquent trop souvent de mesure, comme lorsqu'il déclare « que la pire luxure n'est pas aussi coupable que leur continence^. » Et quand il nous parle du mariage, soit qu'il le rabaisse contre ceux qui l'exaltent trop, soit même qu'au contraire il le réhabilite contre ses détracteurs, son argumentation n'est point pour nous sans quelques surprises. On a de la peine par exemple à voir le fils de Secundus et d'Anthusa proclamer qu'en réalité il n'y a jamais que de mauvais ménages, et montrer, avec une exagération manifeste, le triste tableau des intérieurs désunis, pour conclure: Si telle est la condition des époux, il n'est pas bon de se marier* : « Des querelles incessantes, des haines mutuelles, voilà les voluptés du mariage. » Il y a là un emportement de jeunesse évident, et dans cette seconde partie de son traité, Chrysostome, à son insu, finit par se rapprocher peu à peu de ces manichéens ou marcionites qu'il combattait au début : il est vrai qu'il ne condamne pas le mariage, comme eux, mais s'il ne le condamne pas, il le méprise.

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